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Population et urbanisation

Le monde s’urbanise toujours davantage. Les gens quittent les zones rurales, qui ne leur offrent plus désormais de quoi vivre, pour les villes, espérant y trouver un emploi et y bénéficier d’un accès plus facile à l’éducation et d’un niveau de vie plus élevé. Aujourd’hui, presque la moitié de l’humanité vit dans les zones urbaines, et la population urbaine augmente deux fois et demie plus vite que la population rurale. En 2025, les citadins représenteront les deux tiers de la population mondiale. Cette tendance est d’ores et déjà bien accentuée, et même les zones rurales sont de plus en plus sensibles aux effets de la croissance urbaine.

La population urbaine augmente beaucoup plus rapidement dans les pays en développement que dans les pays développés. Aujourd’hui, pour chaque citadin vivant dans un pays développé, on en compte deux vivant dans un pays en développement. En 2015, on en comptera plus de trois et, en 2025, presque quatre.

La rapidité de la croissance démographique urbaine dépasse les capacités des gouvernements nationaux et locaux en matière de services de base, ce qui, bien souvent, nuit à la fois à l’homme et à l’environnement et débouche sur des modes de développement non viables. Elle suscite immanquablement des problèmes difficiles à résoudre : pauvreté, chômage, logements insalubres, mauvaise qualité des systèmes d’assainissement ou absence de tout système, ressources en eau polluées ou insuffisantes, pollution de l’air et autres formes de dégradation de l’environnement, embouteillages et saturation des moyens de transport.

C’est pour relever ces nouveaux défis que les gouvernements des pays du monde ont décidé de tenir à Istanbul, du 3 au 14 juin 1996, la deuxième Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II). En préparation de la Conférence, diverses initiatives ont été prises par les pays, un système d’établissement de rapports nationaux a été mis en place et un plan d’action est en cours de mise au point. Grâce à un système original d’échanges d’informations sur les "meilleures pratiques" en matière de gestion urbaine, les participants mettront en commun leurs expériences positives concernant les programmes et politiques qu’ils auront mis en oeuvre dans le domaine considéré.

Habitat II s’appuiera sur les résultats de la Conférence internationale sur la population et le développement, tenue au Caire en 1994, et qui a fait une priorité de la stabilisation de la croissance démographique mondiale. Habitat II approfondira encore la question en considérant la cause profonde de la croissance urbaine, à savoir l’augmentation du nombre d’habitants. Les gouvernements examineront aussi plusieurs des problèmes posés par la rapidité de l’urbanisation, notamment la difficulté d’assurer les services de base tels qu’approvisionnement en eau et en électricité, assainissement, logement, soins de santé et transports.

On ne pourra contrôler l’hypertrophie urbaine et stabiliser la croissance de la population qu’en progressant vers la réalisation des objectifs fixés à la Conférence du Caire. L’émancipation de la femme par l’éducation, l’accès à l’emploi et aux soins de santé est parmi les premiers de ces objectifs. Les gouvernements sont également convenus de réaliser un développement durable en stabilisant la croissance démographique mondiale, en augmentant l’espérance de vie, en diminuant les taux de mortalité maternelle et infantile, et en ouvrant l’accès à l’éducation à l’ensemble de la population et aux soins de santé génésique d’ici à l’an 2015. Ces objectifs sont d’une importance vitale, non seulement pour les villes mais aussi pour le développement humain en général. Les États Membres se sont engagés à les atteindre tout en favorisant une croissance urbaine soutenue.

L’un des principaux problèmes causés par la croissance de la population urbaine est l’aggravation de la paupérisation. Aujourd’hui, il y a dans les zones urbaines au moins 600 millions de personnes qui ne peuvent subvenir à leurs besoins essentiels (logement, emploi, eau et santé). On estime que dans plusieurs villes situées dans certains des pays les plus pauvres, environ la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Si dans plusieurs régions du monde la proportion de pauvres a baissé, en raison de la croissance démographique, leur nombre a augmenté en termes absolus, surtout dans les villes. Cela étant, dans plusieurs pays d’Asie, la pauvreté urbaine est en régression depuis le milieu des années 80, ce qui prouve qu’il est possible d’agir.

Education

L’éducation, notamment celle des femmes et des filles, est l’un des piliers du développement économique et social. Les études effectuées à ce sujet ont montré qu’elle permettait de lutter efficacement contre la pauvreté. Les femmes qui ont reçu une éducation sont plus aptes à prendre en charge leur propre santé et celle de leur famille. Elles se marient et deviennent mères plus tard, elles ont moins d’enfants, et ceux­ci sont en meilleure santé. C’est pourquoi l’éducation est une condition essentielle du développement durable.

Dans les zones rurales, les filles n’ont pas facilement accès à l’éducation, surtout dans les milieux traditionalistes. Dans les zones urbaines, les mentalités sont souvent plus évoluées. En outre, le taux de scolarisation, la proportion d’écoles où toutes les classes du primaire sont représentées et le nombre total d’écoles y sont plus élevés. Ces avantages sont encore plus nets dans l’enseignement secondaire et universitaire. Il s’agit maintenant d’offrir ces possibilités à l’ensemble des enfants et de conserver les acquis en dépit de l’inévitable augmentation de la population d’âge scolaire, qui mettra à rude épreuve la capacité de bien des écoles à faire face à l’augmentation de la demande résultant notamment de l’élévation du taux de scolarisation féminine.

Santé

Une croissance urbaine rapide implique des risques supplémentaires pour la santé des pauvres (pollution, augmentation du nombre de sans­abri, réduction des ressources publiques allouées aux soins de santé). La densité de la population peut favoriser la recrudescence de certaines maladies autrefois maîtrisées et la propagation de virus tels que le VIH. C’est pourquoi le taux de mortalité parmi les pauvres y est souvent plus élevé que dans les zones rurales. En revanche, le taux de mortalité maternelle y est toujours plus faible, même chez les pauvres, probablement parce que les femmes font l’objet d’un meilleur suivi médical durant la grossesse et peuvent accéder plus facilement aux soins obstétriques d’urgence.

Les zones urbaines sont également plus favorables à la mise en place de services de santé, y compris de santé génésique - autre objectif majeur de la Conférence du Caire. Elles regroupent l’écrasante majorité des services de soins publics. Parce qu’il est plus facile aux citadines d’accéder aux services médicaux, celles­ci ont plus de chances de recevoir des soins de santé maternelle spécialisés et de meilleure qualité. De même, l’ensemble des citadins peuvent bénéficier d’une meilleure prise en charge médicale, ce qui augmente leur longévité et la qualité de leur vie. Pour les gouvernements, il s’agit maintenant d’améliorer la qualité des services (y compris les soins d’urgence) et de la maintenir malgré la pression démographique croissante.

Une éducation plus poussée associée à de meilleurs soins de santé, y compris les soins de santé génésique, donne une plus grande liberté aux femmes, pour leur plus grand profit et celui de leurs enfants, comme on peut le voir, par exemple, à Sri Lanka et en Corée du Sud. Dans ces deux pays, les femmes ont généralement passé plus de six années à l’école. Les taux de mortalité maternelle et infantile y sont parmi les plus bas d’Asie et les familles comptent en moyenne deux enfants. Une population plus stable et en meilleure santé a plus de chances de parvenir à un développement durable. L’état de santé des habitants et les chances qu’ils ont de mener une vie saine et équilibrée conditionnent directement leur productivité ainsi que leur sentiment de bien­être et de sécurité.

L’information est un outil essentiel pour stabiliser la population. Dans certaines régions du monde, on a constaté un ralentissement de la croissance démographique, imputé à l’élargissement des possibilités offertes aux femmes, notamment à de plus grandes facilités d’accès aux soins de santé génésique et à l’amélioration de la qualité de ces soins. Au Kenya, la fécondité a diminué : le nombre moyen d’enfants par femme est passé à un peu plus de six, contre plus de huit dans les années 70. On observe le même phénomène en Iran, où les femmes n’ont plus, en moyenne, que cinq enfants, contre presque sept au début des années 80. Cette diminution résulte de la décision prise en 1989 par le Gouvernement, tendant à donner la priorité aux soins de santé génésique et à faciliter aux femmes l’accès aux services de planification familiale. Pour les pays en développement, l’objectif est désormais de mieux répondre encore aux besoins des femmes.

Problèmes liés à une urbanisation rapide

L’urbanisation peut être très bénéfique aux sociétés en développement. C’est dans les villes que peuvent s’épanouir l’esprit d’entreprise et la créativité et que se créent le plus de richesses. De plus, l’éducation et les services sanitaires et sociaux sont généralement de bien meilleure qualité dans les villes que dans les zones rurales.

Toutefois, des problèmes surgissent lorsque la rapidité de l’urbanisation ne permet pas de subvenir aux besoins de tous les habitants. Dans la plupart des grandes villes du monde, les réseaux d’égouts et les systèmes d’évacuation des eaux et d’élimination des déchets solides sont insuffisants et la qualité de l’air et de l’eau est médiocre. Ce sont le plus souvent les autorités municipales qui doivent assumer la lourde tâche d’améliorer cette situation. Habitat II vise à attirer l’attention de la communauté mondiale sur ces problèmes et à lancer un débat sur les solutions qui peuvent y être apportées.

Parmi les stratégies proposées figure l’instauration d’un partenariat entre les entreprises privées et les gouvernements en vue de résoudre les problèmes, mais aussi de partager des informations sur les solutions qui se sont avérées les plus efficaces afin qu’elles soient appliquées dans d’autres agglomérations.

L’approvisionnement en eau est l’un des problèmes les plus graves que connaissent les villes des pays en développement. Il se pose différemment dans chacune d’entre elles; c’est pourquoi il est essentiel de connaître les caractéristiques géographiques, topographiques et météorologiques de chaque ville afin de pouvoir mettre au point des solutions adaptées. La plupart des réseaux d’assainissement, comme la plupart des réseaux de distribution d’eau, ont été construits pour répondre aux besoins des populations coloniales. L’un des objectifs à atteindre dans les décennies à venir sera donc de renforcer ces réseaux pour faire face à la croissance rapide des villes des pays en développement.

Pour ce qui est de la pollution atmosphérique, les problèmes varient également d’une ville à l’autre en fonction du climat, de la topographie et des sources locales de pollution. Dans tous les pays en développement, la pollution atmosphérique résulte de ce que les systèmes de ventilation naturelle des villes ne suffisent pas à chasser les gaz rejetés par les véhicules et par les usines, ni les émissions découlant de l’utilisation de combustibles à des fins ménagères telles que le chauffage et la cuisine. Il est donc essentiel de parvenir à limiter ces sources de pollution, notamment en mettant au point de nouvelles technologies moins polluantes.

Les conditions de transport varient considérablement suivant les villes, où la densité de la circulation aussi bien que les solutions adoptées en vue de lutter contre les encombrements peuvent être très différentes. De nombreuses villes connaissent de graves problèmes de circulation dus à l’augmentation très rapide du nombre de véhicules privés. Pour y remédier, certaines se sont lancées dans des réalisations très coûteuses, telles que la construction de réseaux de transport public. Certaines ont choisi d’améliorer les transports par autobus, ceux­ci étant souvent surchargés et mal entretenus. De nombreuses autres appliquent des stratégies peu coûteuses d’amélioration technique et de gestion. L’objectif est dans ce domaine de concevoir des systèmes de transport fonctionnels et d’un coût modéré en tenant compte des ressources disponibles, de la géographie de chaque ville, des technologies existantes et des besoins de la population.

Les possibilités de logement qui s’offrent aux personnes à faible revenu sont de plus en plus réduites. On trouve, par exemple, de moins en moins de terrains domaniaux inutilisés et de quartiers centraux faiblement peuplés. Alors que la demande de terrains augmente, l’offre est limitée dans la plupart des villes des pays en développement, à la fois pour des raisons véritables et pour des raisons artificielles. On estime que, d’ici 15 à 20 ans, la superficie des zones urbanisées devrait doubler dans la plupart des pays en développement. Dans la mesure où les terrains sont un élément essentiel dans la croissance urbaine, l’une des tâches les plus importantes des planificateurs et des décideurs sera donc de mettre au point des politiques d’aménagement foncier équitables et efficaces. Les gouvernements devront veiller au maintien ou à l’élaboration de politiques et de mécanismes qui fassent appel à la participation de tous les secteurs de la collectivité. Habitat II les encouragera ainsi que les autorités locales à collaborer avec les organisations non gouvernementales (ONG), les organisations communautaires et les industriels afin d’améliorer la gestion des villes. De la sorte, Habitat II favorisera la participation des citoyens au processus de prise de décisions à l’échelon local et l’invention de solutions nouvelles aux problèmes que pose l’urbanisation.

Exemples de projets

On a déjà entrepris de diverses parts un certain nombre d’activités. Une ONG indonésienne, Yayasan Kusuma Buana (YKB), a par exemple ouvert des dispensaires urbains qui proposent des services de planification familiale ainsi que des soins prénatals, des vaccinations et des services de soins et d’information concernant la santé de la mère et de l’enfant en général. Ces dispensaires accueillent des personnes ayant des revenus faibles à modérés et viennent compléter les dispensaires publics, destinés avant tout aux plus pauvres, et les cliniques et hôpitaux privés, fréquentés par les Indonésiens les plus riches. Les tarifs pratiqués y sont très modiques et des possibilités de crédit y sont offertes.

A Nairobi, l’Organisation des Nations Unies et les autorités municipales ont, pour traiter les questions de planification familiale et les questions de santé, mis en place des dispensaires et organisé des activités de sensibilisation faisant appel au concours des populations locales. Des centaines de personnes ont reçu une formation de manière à assurer la distribution de contraceptifs et à sensibiliser la population aux questions de santé génésique : planification familiale, soins prénatals et postnatals, nutrition, vaccinations, hygiène et rapports sexuels sans risque.

Cette formation a porté également sur les soins dispensés à domicile aux malades du sida. Des infirmières qualifiées supervisent les activités des habitants ainsi formés, en collaboration avec les centres de santé. Ensemble, ils encouragent les collectivités à lancer des campagnes de sensibilisation sur la planification familiale et sur le sida. Certaines collectivités sont même allées plus loin en créant dans les villages des comités de volontaires qui veillent à la salubrité de l’environnement, assurant l’approvisionnement en eau salubre et le ramassage des ordures et veillant à l’installation de toilettes publiques et de réseaux d’évacuation des eaux de pluie.

Si les villes doivent aujourd’hui faire face à autant de problèmes, c’est parce que leur population s’accroît à un rythme sans précédent. Cet accroissement démographique, toutefois, n’est pas seulement source de problèmes, il peut également être source d’espérance. Il est toujours possible d’innover et Habitat II a précisément pour but d’attirer l’attention sur les domaines dans lesquels il faut agir. Une forte densité de population urbaine peut permettre de nombreuses économies d’échelle : en principe, plus de personnes peuvent vivre dans de meilleures conditions en consommant moins de ressources par tête. L’amélioration de la situation sociale et économique de tous les citadins apparaît en définitive comme une condition essentielle d’un développement durable, notamment dans les pays en développement, où la croissance et les besoins sont les plus importants.

Publié par le Département de l’information des Nations Unies
DPI/1795/HAB/CON-Fevrier 1996


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