DOCUMENT D’INFORMATION9


Partenariats pour l’environnement urbain

La crise de l’environnement urbain restera l’un des problèmes les plus pressants de l’humanité au XXIe siècle. La plupart des plus sérieuses menaces à la qualité de l’air et de l’eau et à la quantité d’eau disponible et des plus gros problèmes que posent l’élimination des déchets et la consommation d’énergie sont aggravés par la densité de la population et l’activité dans les agglomérations urbaines. Les gouvernements ne peuvent à eux seuls faire face à la situation; des partenariats entre les gouvernements locaux, le secteur privé et les associations de particuliers sont indispensables.

A l’heure actuelle, la moitié de la population mondiale vit dans des villes, proportion qui, d’ici à 2025, sera des deux tiers. De plus en plus, les urbanistes et les démographes évoquent la nécessité de privilégier le développement durable des centres de peuplement urbains, encore que les incidences écologiques et autres de la vie urbaine soient sans aucun doute appelées à se faire sentir bien au­delà des villes.

Six cents millions de citadins au moins vivent actuellement dans un environnement qui menace non seulement leur santé mais aussi leur vie. Ainsi, selon le secrétariat de la Décennie internationale de la prévention des catastrophes naturelles (ONU), l’expansion des villes amplifie souvent les risques d’inondation soudaine dans la mesure où l’urbanisation accroît sensiblement le volume et le débit des eaux de ruissellement et les crues sont d’autant plus graves. En outre, les risques liés à la mauvaise qualité de l’air et de l’eau sont graves et omniprésents. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 4 millions d’enfants de moins de 5 ans sont morts l’an dernier d’affections aiguës des voies respiratoires dans les pays en développement. Beaucoup ont souffert de la pollution de l’air dans des cabanes pauvrement ventilées où la bouse de vache et les déchets agricoles, tout comme le bois, servent de combustible pour le chauffage et la cuisine. En milieu urbain, l’air des habitations est encore plus pollué; dans les 20 plus grandes villes du monde, la qualité de l’air n’est pas conforme aux normes fixées par l’OMS. Dans les villes, la concentration de plomb dans l’air, provenant pour l’essentiel des automobiles, est dangereusement élevée et contribue à une baisse du quotient intellectuel des enfants, qui peut atteindre 4 %. Dans certaines villes, les parents sont invités à garder autant que possible leurs jeunes enfants à l’intérieur afin de ne pas les exposer à la pollution ambiante.

Dans bien des pays, non seulement la qualité de l’eau est mauvaise mais aussi les réserves d’eau douce diminuent. On estime, par exemple, que l’Egypte consomme déjà 95% de ses ressources en eau et que, de même que plusieurs autres pays, elle devra faire face, dans les 30 à 40 années à venir, à une grande pénurie d’eau. Selon l’Organisation météorologique mondiale, les quantités d’eau utilisées dans le monde devraient plus que tripler d’ici à l’an 2050. Même lorsque les ressources sont suffisantes, le mauvais fonctionnement des installations d’adduction d’eau rendra l’approvisionnement en eau potable moins sûr dans les villes en expansion rapide.

Etablissements humains et développement durable

A la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED), qui s’est tenue à Rio de Janeiro en 1992, la communauté mondiale s’est donné comme objectif de réaliser une croissance économique durable tout en préservant l’indispensable intégrité des

systèmes écologiques. Le plan d’action de la CNUED, Action 21, sera appliqué pour une large part à l’échelon local dans les ville, puisque c’est déjà dans les zones urbaines que la répartition de la population et la production et la consommation de biens et services portant atteinte à l’environnement et à l’économie locale sont les plus sensibles.

Une des principales tâches de la deuxième Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II), qui doit se tenir à Istanbul (Turquie) du 3 au 14 juin 1996, sera de donner un nouvel élan aux initiatives prioritaires intéressant l’environnement au niveau des établissements humains en mettant à profit les résultats de la CNUED.

Deux des problèmes les plus pressants touchant les centres urbains, auxquels tous les pays se heurtent aujourd’hui, à savoir la pauvreté et la dégradation de l’environnement, sont liés. Les couches pauvres de la population sont les moins à même de réagir aux menaces qui pèsent sur l’environnement et de s’adapter à la situation ainsi créée. Dans les grandes villes notamment, les pauvres sont particulièrement exposés à des risques écologiques et sanitaires. De plus, ils vivent souvent très près de décharges publiques ou de zones industrielles. Les établissements humains improvisés sont particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles du fait de leur emplacement (plaines inondables, flancs de colline sujets à glissements de terrain) et de la mauvaise qualité des logements et des équipements collectifs, et du fait qu’ils sont mal viabilisés. De plus, leurs habitants disposent généralement de faibles revenus et ont très peu de possibilités d’agir pour prévenir les effets de catastrophes potentielles. Pour améliorer la qualité de la vie dans les zones urbaines, il faut s’attacher à réduire la pauvreté et les risques écologiques auxquels sont exposés les groupes les plus vulnérables de la société.

On peut voir aussi dans Habitat II une occasion d’appliquer au domaine des établissements humains bon nombre des principes, résolutions et plans d’action adoptés par d’autres grandes conférences des Nations Unies. Ainsi la Conférence des Nations Unies sur la population et le développement, tenue au Caire en 1994, a souligné que l’accroissement de la population était l’élément moteur de la plupart des interactions entre l’urbanisation et l’écologie. Elle a conclu que les améliorations de la santé de base, en particulier la santé infantile et génésique, se traduisaient par une réduction des taux de natalité. Dans un grand nombre de pays, les femmes ont beaucoup d’enfants pour être sûres que certains atteindront l’âge adulte et pourront travailler pour pourvoir aux besoins de ses parents devenus vieux. Or, lorsque les chances de survie des enfants sont meilleures-notamment grâce à une amélioration des conditions de vie-, le nombre des naissances diminue. Actuellement, dans presque tous les pays en développement, les taux de fécondité baissent mais les paysans sont toujours plus nombreux à migrer vers les villes dans l’espoir d’y trouver un emploi, et les équipements urbains sont de plus en plus mis à mal.

Le Plan mondial d’action d’Habitat II (Programme pour l’habitat) doit être un catalyseur de l’action en faveur de l’environnement urbain. La société contemporaine traite et consomme des quantités considérables de matériaux et d’énergie. Un urbanisme de qualité peut promouvoir l’utilisation optimale de ces ressources tout en réduisant au maximum la pollution de l’environnement, y compris dans les grandes agglomérations.

Les villes, centres d’innovation :
la recherche de solutions par le partenariat


Habitat II doit permettre de s’attaquer aux mille et un défis de l’environnement urbain. En même temps, il favorisera une démarche intégrée s’appuyant sur des partenariats entre les gouvernements, les ONG, les collectivités, les ménages et le secteur privé pour faire face aux problèmes complexes soulevés par les établissements humains. Le processus Habitat II est expressément axé sur une vaste participation, à tous les niveaux du gouvernement et de la société, de manière que les formules et les initiatives qui s’en dégageront soient largement débattues et suivies d’effets. Il facilite ainsi le développement durable alimenté, au plus haut niveau, par l’appui des gouvernements et des animateurs des communautés et, à la base, par l’action des citoyens et des groupes civiques.

A certains égards, l’intégration des autorités locales aux préparatifs d’Habitat II est sans précédent. Elle découle de la conviction que le développement des villes doit être coordonné au niveau local. Le processus d’Habitat II se traduit pas une vaste participation à l’élaboration de plans d’action nationaux, et, en même temps, les réseaux d’organisations non gouvernementales locales contribuent à réunir des groupes tout à fait disparates et d’autres intéressés. Habitat II se veut catalyseur pour l’introduction d’un système amélioré de gestion des villes et de planification globale, qui soit transparent, démocratique et équitable.

Il est patent que de tels partenariats existent déjà. Les femmes en particulier jouent un rôle important, en organisant leur communauté et en mobilisant les ressources locales, notamment dans les zones urbaines à faibles revenus des pays en développement. Le partenariat entre le secteur public et le secteur privé, de plus en plus fréquent au niveau de l’infrastructure urbaine, par exemple pour l’évacuation des déchets et le logement, est particulièrement utile aux municipalités, qui ont une fonction de réglementation mais qui ont rarement les ressources voulues pour fournir ou gérer l’infrastructure. Ainsi, dans certains pays, les services de voirie ramassent régulièrement moins de 50 % des ordures dans les villes. Or, les autorités locales peuvent résoudre ce problème en formant des partenariats avec des entreprises du secteur privé, des ONG et des organisations communautaires.

De tels partenariats permettent également aux pouvoirs publics de répondre aux besoins croissants et variés en matière d’expansion de l’infrastructure. Il peut s’agir aussi bien de sous­traiter ou privatiser des services tels que l’adduction d’eau ou l’assainissement dans toute la ville que d’aider les différentes ONG et organisations communautaires qui installent une infrastructure dans des quartiers à faibles revenus. Ainsi, en Afrique de l’Ouest, une société de la Côte d’Ivoire (Société des eaux de la Côte d’Ivoire) exploite et gère le réseau d’adduction d’eau à Abidjan, la capitale, et dans la plupart des autres centres urbains, le Gouvernement continuant d’être responsable des investissements et de la construction.

Principes et pratiques d’une saine gestion

Habitat II aide aussi à faire mieux connaître bien d’autres exemples de "saine gestion" dans le secteur urbain. En diffusant ces informations, il permet aux municipalités, au secteur privé, aux ONG, aux organisations communautaires et aux particuliers, de tirer profit des enseignements de programmes qui se sont avérés probants ailleurs.

Le partenariat peut porter sur différents éléments-études de faisabilité, conception, construction et gestion de projets-dans différents secteurs. Une des formules les plus courantes, aussi bien dans le Nord que dans le Sud, est la sous­traitance de services d’infrastructure tels que le ramassage et le traitement des ordures. Souvent (mais pas toujours) les études de cas montrent que l’intervention du secteur privé a permis de réduire les coûts. Il est de plus en plus fréquent aussi que des contrats soient passés avec des groupes d’éboueurs du secteur non structuré pour le ramassage et le traitement des ordures.
    Egypte

    Ainsi, au Caire, un groupe d’éboueurs du secteur non structuré (les zabbaleen) et des entrepreneurs locaux (les wahis) ont formé une société privée, la Société de protection de l’environnement, qui est chargée du ramassage des ordures dans plusieurs secteurs de la ville. Pendant longtemps, le service de voirie et les zabbaleen se partageaient les responsabilités du ramassage des ordures, puis la formation de la Société de protection de l’environnement a donné aux wahis et aux zabbaleen un rôle clef dans le programme lancé par le Gouverneur local pour améliorer le ramassage des ordures au Caire. Les wahis gèrent le système, louent

    des services de la Société, collectent des redevances auprès des ménages et supervisent les services. Les zabbaleen, dont beaucoup se trouveraient peut­être sans travail et sans logement, ramassent et transportent des ordures.

    Pakistan

    Les partenariats peuvent aussi contribuer à l’intégration d’une communauté. A Karachi, le projet pilote d’Orangi est un exemple de coopération entre les ONG et la collectivité dans le développement de l’infrastructure. Dans le bidonville d’Orangi, qui s’est développé sans autorisation, environ un million de personnes se sont construit des logements, mais le secteur public n’assure pas l’assainissement. Une organisation locale, l’Orangi Pilot Project (OPP), a montré que, si les habitants participaient davantage à la planification de la communauté, il était possible d’installer, à moindre coût, un système d’assainissement mieux adapté.

    En travaillant par groupes de 10 à 15 ménages contigus, sous la supervision de l’OPP, les habitants ont pu mettre en commun leurs ressources pour financer la construction initiale de réseaux d’assainissement. Le coût estimatif par ménage était un septième de ce que les autorités locales réclamaient pour mener à bien le projet. Une fois que les ménages d’une ruelle ont participé à l’installation des caniveaux, ils devenaient automatiquement responsables de l’entretien et des réparations. L’OPP a montré que des ménages à faibles revenus pouvaient payer entièrement l’installation de réseaux d’assainissement si tous les ménages d’une rue ou d’une ruelle collaboraient.

    Etats­Unis

    Des partenariats entre divers secteurs de la société sont tout aussi efficaces dans les pays développés. En 1970, Chattanooga, dans le Tennessee, était l’une des villes les plus polluées des Etats­Unis, risquant le déclin économique et social, la désintégration urbaine et la dégradation sociale, et, en 1993, elle satisfait à toutes les normes fédérales en matière de qualité de l’air. Cette transformation remarquable a été le résultat d’un système du partenariat entre le secteur public et le secteur privé en vue d’améliorer l’infrastructure, de proposer des logements à des prix abordables, de favoriser le développement économique et la création d’emplois, de réduire le gaspillage, d’éduquer la main­d’œuvre et de reverdir la ville. Les projets portaient, par exemple, sur la formation professionnelle, l’hygiène de l’environnement, des logements et des parcs.

Publié par le Département de l’information des Nations Unies
DPI/1790/HAB/CON-Fevrier 1996


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