DOCUMENT D’INFORMATION9


Les femmes, le logement et les communautés

Alors que les femmes comptent pour plus de la moitié de l’humanité, elles sont généralement tenues à l’écart des décisions relatives au développement des établissements humains en ville et à la campagne. Les programmes de construction de logements sont bien plus efficaces lorsqu’ils prennent en compte la diversité des rôles et des besoins de ceux (hommes, femmes, garçons et filles) auxquels ils s’adressent. Les femmes ont des rôles multiples à remplir, qu’elles restent au foyer pour s’occuper des enfants et des personnes âgées, ou qu’elles exercent une activité rémunérée chez elles ou à l’extérieur. La multiplicité de leurs rôles fait qu’elles ont des besoins propres non seulement en ce qui concerne le cadre de vie et de travail, mais aussi sur le plan des services de base, comme les crèches et le transport.

Toutefois, on mesure généralement mal à quel point les femmes sont défavorisées, en grande partie parce qu’il n’existe guère de statistiques sur la question. Afin de remédier à cet état de choses et de promouvoir l’égalité entre les sexes, 40000 personnes-des femmes pour la plupart-représentant les gouvernements et la société civile ont participé à la quatrième Conférence mondiale sur la femmes, qui s’est tenue à Beijing en septembre 1995. Le Programme d’action adopté à cette occasion vise à donner aux femmes les moyens de devenir autonomes et de participer, sur un pied d’égalité avec les hommes, à la prise de décisions. Les objectifs du Programme d’action rejoignent ceux de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains, qui mettent l’accent sur la nécessité de prendre en compte l’expérience, les besoins et les points de vue des femmes dans les programmes de construction de logements et de développement des établissements humains, tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

Il faut notamment prendre les mesures suivantes :
  • Les logements doivent être conçus et les services de base organisés compte tenu des points de vue et des besoins des femmes et des hommes;
  • Les pouvoirs publics responsables du logement à tous les niveaux doivent tenir compte des sexospécificités lorsqu’ils élaborent des lois, règlements ou projets en matière de construction de logements;
  • Les organismes de crédit et les prêts doivent être accessibles aux femmes;
  • Les femmes, y compris les plus jeunes d’entre elles, qui ne peuvent généralement pas compter sur les sources traditionnelles de garanties, doivent pouvoir bénéficier des services de formation et de vulgarisation, dans les zones urbaines comme dans les zones rurales;
  • Il convient, par des mesures énergiques et concrètes, d’encourager les femmes à faire carrière dans des domaines tels que l’architecture, le génie, le bâtiment ou l’urbanisme, qui sont encore largement réservés aux hommes;
  • Les programmes de construction d’abris de secours à l’intention des réfugiés et des victimes de catastrophes naturelles ou causées par l’homme doivent comprendre des mesures destinées à assurer la sécurité des femmes et à satisfaire leurs besoins en matière de santé;
  • Les lois régissant le divorce, la succession et la propriété ne doivent pas être discriminatoires mais doivent au contraire garantir aux femmes l’accès aux ressources et à la propriété dans des conditions d’égalité avec les hommes.
Les dirigeants et planificateurs doivent prendre conscience et tenir compte des nombreux obstacles qui empêchent les femmes de participer pleinement à l’élaboration des politiques en matière d’établissements humains. Lorsque l’on donne aux femmes la possibilité de participer à la prise de décisions, les effets bénéfiques s’en font sentir au niveau du logement, de l’éducation, de la santé et des revenus. Qui plus est, les femmes deviennent autonomes. Les dirigeants et planificateurs doivent faciliter l’accès des femmes à la terre, à la propriété, au crédit, à la formation et à la technologie, afin que celles­ci puissent surmonter les handicaps de leur condition. Il faut aider les organisations féministes à user de moyens de pression plus efficaces et à établir des liens plus étroits avec d’autres organisations féminines.

Eliminer la pauvreté des femmes

La paupérisation des femmes (ou féminisation de la pauvreté) est telle que les équipes dirigeantes ne peuvent se dérober plus longtemps. Il y aurait de par le monde 3 milliards de personnes vivant dans la pauvreté; 70 % sont des femmes. Comme elles doivent gagner leur vie tout en s’occupant des autres membres de la famille et des tâches ménagères, les femmes se trouvent doublement désavantagées. Dans le monde entier, près d’un tiers des ménages ont maintenant une femme à leur tête. Dans certaines régions d’Afrique et d’Amérique latine c’est le cas de 45% des ménages. Comme ces familles sont en général plus démunies que les ménages dirigés par un homme, elles sont souvent logées dans les quartiers les plus pauvres des villes et, à la campagne, elles occupent les terres les moins fertiles et de faible rendement. Le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II), M. Wally N’Dow, a déclaré à ce propos : "On s’aperçoit de plus en plus que les femmes sont les plus mal loties et les plus mal logées. En soi, c’est déjà une raison suffisante pour que nous nous intéressions davantage à elles."

L’augmentation du nombre de ménages dirigés par une femme s’explique également par les forts courants migratoires que l’on observe dans de nombreuses régions du monde. Souvent, les femmes deviennent chef de famille parce que leur conjoint a quitté le foyer pour chercher du travail, ou alors à la suite d’un veuvage, d’un divorce, de troubles civils, de déplacements de population consécutifs à une catastrophe naturelle ou causée par l’homme ou de maternités hors mariage. Voici l’exemple d’une femme qui a dû fuir la campagne pour la ville :
    Imena a quitté sa petite ferme pour Nairobi, à la recherche d’une vie meilleure. Son mari, un ouvrier agricole migrant, avait abandonné sa famille quatre ans auparavant, la laissant seule pour s’occuper de leurs trois jeunes enfants et d’une tante infirme. Ses maigres économies ayant fondu peu de temps après son arrivée à la ville, Imena a dû s’installer avec sa famille dans un bidonville des faubourgs de Nairobi. Grâce à un projet d’auto­assistance, avec d’autres, elle a pu construire des logements moins précaires. Une coopérative de femmes a été créée dans le cadre du même projet, qui va permettre à Imena de gagner sa vie et de faire face aux frais de scolarité de ses enfants.
Il reste que la plupart des migrantes occupent des emplois non qualifiés et très précaires. Dans le meilleur des cas, elles dépendent de leur employeur ou de parents pour le gîte et le couvert. Au pire, elles vivent dans des taudis qu’elles occupent illégalement ou qu’elles louent. La migration d’un ou plusieurs membres adultes de la famille est souvent le seul moyen qu’ont les familles pauvres d’assurer leur subsistance, ne fût­ce que le minimum vital. Mais les coûts sociaux sont élevés : du fait des longues périodes de séparation, les couples éclatent, les intéressés se retrouvent souvent sans domicile, et les femmes âgées ont la lourde charge d’élever leurs petits enfants.

Investir dans le logement

La qualité du logement, en particulier dans les villes des pays en développement, ne cesse de se détériorer. Selon les estimations, près d’un quart de l’humanité ne dispose pas d’un logement correct et il y aurait 100 millions de sans­abri.

Le Centre des Nations Unies pour les établissements humains (CNUEH)­Habitat a calculé que, dans les villes des pays en développement, au moins 600 millions de personnes vivent dans des logements insalubres, voire dangereux. Comme les femmes et les enfants passent plus de temps que les hommes à la maison, ils pâtissent davantage des mauvaises conditions de logement. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 70 millions de femmes et d’enfants sont exposés aux fumées nocives provenant de feux de cuisson. Il est démontré que, loin d’être une dépense publique improductive, investir dans le logement est un placement rentable. On a calculé que chaque denier investi dans la construction de logements rapporte une somme équivalente au trésor public. Industrie de main­d’œuvre, la construction de logements sociaux crée des emplois et donne aux futurs locataires la possibilité d’augmenter leur revenu. Lorsque l’on améliore leur cadre de vie, les femmes comme les hommes parviennent à mieux gagner leur vie. Pour en tirer profit, toutefois, les femmes doivent pouvoir bénéficier de programmes de formation.

* Après la nourriture, c’est au logement que les familles pauvres consacrent la part la plus importante de leur budget mensuel : 33% en moyenne dans le monde et jusqu’à 45% ou 50 % en Afrique et en Amérique latine.

Tenir compte des modes de vie des femmes

Les programmes de construction de logements sont plus efficaces lorsqu’ils tiennent compte des rôles sociaux, économiques et culturels qui sont impartis aux deux sexes, ainsi que des besoins différents qu’ont les hommes et les femmes en fait d’espace, d’intimité, de sécurité et de services de base. Lorsqu’elles exercent une activité rémunératrice à la maison, par exemple, les femmes doivent disposer d’un endroit où elles puissent travailler et d’un espace de rangement. Dans les cultures où elles sont cloîtrées à la maison, elles ont besoin de suffisamment d’espace pour s’acquitter des tâches domestiques et s’occuper de leurs enfants, et d’un endroit où elles peuvent retrouver d’autres femmes.

On trouvera ci­après un exemple de projet de logement qui ne tient pas suffisamment compte du mode de vie de ses bénéficiaires.
    Fatima occupait avec sa famille élargie un petit appartement, sans eau courante, dans un bidonville du Caire. Son mari était marchand ambulant et Fatima contribuait au revenu familial en travaillant comme domestique chaque fois qu’elle pouvait trouver quelqu’un pour garder ses enfants. Dans le cadre d’un projet de relogement, la famille s’est installée dans un appartement encore plus petit, dans un autre quartier de la ville. Il y avait l’eau courante, mais rien n’était prévu pour la garde des enfants, il n’y avait pas d’endroit où les femmes puissent se retrouver et, l’après­midi, pas de transport public vers les autres quartiers de la ville. Fatima a donc dû cesser de travailler. La famille avait été relogée, mais son niveau de vie ne s’était pas amélioré pour autant.
Trop souvent, les femmes n’ont pas voix au chapitre lors de la conception des programmes de construction de logements :
  • En El Salvador, les femmes ont refusé d’utiliser les toilettes installées dans le cadre d’un projet communautaire parce que leurs pieds étaient visibles sous la porte, ce qui heurtait leur sens de la pudeur. De même, dans un grand ensemble au Bangladesh, les femmes n’utilisaient les toilettes qu’avant le lever du soleil et après son coucher, seuls moments de la journée où elles étaient sûres de pouvoir s’isoler. Les toilettes publiques doivent toujours être conçues de façon à ménager la pudeur des usagers.
  • A Montréal, pour remédier aux carences des pouvoirs publics en matière d’urbanisme, une association appelée "Les femmes et la ville" a fait pression pour que les lieux publics et les parcs de stationnement soient conçus et aménagés de façon à ce que les femmes s’y sentent en sécurité (éclairage, disposition des lieux). Les entrées des immeubles, les allées d’accès, les arrêts d’autobus et de train doivent être suffisamment éclairés pour donner aux femmes un sentiment de sécurité.
"Les femmes n’ont pas le même pouvoir de décision que les hommes pour ce qui est du choix du type de logement ou du quartier, de même qu’elles ne sont guère consultées en ce qui concerne l’aménagement et la configuration des quartiers, des villages et des villes. Leur combat n’en est que plus difficile", a déclaré Catalina Hinchey Trujillo, qui est à la tête du Programme de développement concernant les femmes et les établissements humains d’Habitat.

Lorsqu’elles sont consultées, les femmes peuvent attirer l’attention des responsables politiques sur ce qui leur tient vraiment à cœur. Ainsi, les crèches constituent une priorité que les responsables des services sociaux et de logement ont tendance à négliger. Tous les projets de construction de logements sociaux devraient prévoir des espaces communs pour des crèches ou des jardins d’enfants.

Miser sur les femmes

On sait maintenant à quel point il est rentable de faire crédit aux femmes. Celles­ci consacrent une plus grande partie de leur revenu à la famille et, lorsqu’elles exercent une activité rémunératrice, leurs enfants sont mieux nourris, sont en meilleure santé et sont mieux éduqués.

La meilleure façon d’accroître le niveau de vie des femmes pauvres et de leur donner davantage de moyens d’améliorer leur sort, c’est de leur accorder des crédits. Comme elles occupent la plupart du temps des emplois à temps partiel ou irréguliers et qu’elles ne peuvent pas nécessairement fournir les garanties qu’exigent la plupart des banques, elles n’ont pas suffisamment de ressources pour investir dans le logement.

*Les plans de crédit qui marchent le mieux sont ceux qui proposent aux femmes des échéances souples, adaptées aux fluctuations de leur revenu. Le personnel des institutions bancaires et autres qui s’occupent de programmes de microprêts sont généralement formés pour aider les femmes à introduire leur demande et à gérer le remboursement.

* La Banque Grameen au Bangladesh a inauguré, avec beaucoup de succès, ce type de prêts ouverts à des groupes de femmes exerçant des activités génératrices de revenus. On constate que les prêts sont remboursés ponctuellement et qu’il est plus efficace d’accorder des prêts à des coopératives d’épargne et à certaines associations que de prêter directement aux particuliers, d’une part, parce qu’un plus grand nombre de femmes en bénéficient et, d’autre part, parce que, la pression du groupe aidant, chaque femme tient à respecter ses obligations financières.

Voici un exemple de programme de crédit réussi : Bina était ouvrière du textile à Madras (Inde), où son salaire de misère lui permettait à peine de survivre. Un programme d’action communautaire l’a encouragée à monter une coopérative de confection avec quelques­unes de ses collègues. Elles ont pu obtenir un microcrédit grâce au Working Women’s Forum, une organisation communautaire. Les premiers fonds ont été consacrés à l’achat de métiers et de matériel de teinture, mais les crédits suivants ont été utilisés pour rénover et améliorer le logement des travailleuses.

Assurer aux femmes le droit à la propriété et à la succession

Outre qu’elles ont très peu accès au crédit, dans bien des pays les femmes ne jouissent pas des mêmes droits que les hommes en matière d’accès à la terre et à la propriété. Les pouvoirs publics peuvent remédier à cette situation en faisant entrer la sécurité de jouissance dans le droit et en garantissant aux femmes une meilleure protection de leurs droits réels. Si les femmes avaient plus facilement accès à la propriété et à la terre, elles disposeraient de garanties leur permettant d’obtenir des crédits auprès des banques. En ouvrant davantage de perspectives aux femmes dans ce domaine, on leur donne d’autant plus de choix sur le plan du logement et de l’emploi.

Lorsque les lois successorales sont mal appliquées, c’est souvent au détriment des femmes, comme le montre l’exemple suivant :
    Le mari de Wanda, qui était joueur de football, a trouvé la mort dans le tragique accident d’avion qui s’est produit au Gabon en 1993. Avant l’accident, Wanda vivait avec son mari et ses trois enfants dans un quartier résidentiel de Lusaka, en Zambie. Sous prétexte d’aider Wanda à surmonter son deuil et à organiser l’enterrement, sa belle­mère est venue s’installer dans la maison avec d’autres membres de la famille. Un tribunal local a désigné un parent de sexe masculin comme curateur. En moins de trois semaines, la belle­famille de Wanda s’est appropriée la maison familiale, la voiture et le compte en banque. Ce n’est que plusieurs mois plus tard et grâce à l’intervention d’une organisation non gouvernementale que Wanda a pu trouver un emploi et obtenir une petite allocation pour elle­même et ses enfants.
Les réformes agraires et la législation du logement devraient protéger les intérêts des femmes. Le législateur peut s’inspirer pour cela de la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui contient des recommandations sur les moyens de garantir aux femmes les mêmes droits que les hommes et d’un autre document de référence du Programme d’action de la quatrième Conférence sur les femmes qui demandent aux gouvernements d’"entreprendre des réformes législatives et administratives afin que les femmes puissent jouir sur un pied d’égalité des mêmes droits que les hommes sur les ressources économiques", notamment en matière de propriété de terres et d’autres biens, de crédit, de succession et d’accès aux ressources naturelles et aux techniques appropriées.

Certaines réformes juridiques s’imposent, notamment en ce qui concerne :
  • Les lois successorales qui empêchent les femmes (notamment les veuves) d’hériter;
  • Les lois sur le patrimoine qui sont discriminatoires à l’égard des femmes mariées, surtout en cas de divorce ou de séparation;
  • Les obstacles tels que les règlements de zonage qui interdisent toute activité économique et toute culture dans des zones résidentielles, ce qui pose de sérieux problèmes aux femmes qui exercent une activité rémunératrice à la maison ou qui améliorent l’ordinaire de la famille grâce à leur propre production vivrière;
  • Les lois qui désavantagent le secteur non structuré et frappent donc surtout les femmes, qui sont plus nombreuses à travailler dans les petites industries familiales.
En adoptant et en appliquant des lois équitables qui améliorent l’accès des femmes à la terre et à la propriété, on les aidera à surmonter les obstacles inhérents à leur condition et à donner à leur famille le niveau de vie auquel elles aspirent depuis de nombreuses générations.

L’accès des femmes au pouvoir et leur participation au processus de prise de décisions

Des réformes juridiques ne suffisent pas cependant pour améliorer la situation des femmes pauvres sur le plan de l’emploi, de la santé et du logement. La discrimination de fait persiste même dans les pays où on a mis en place des mécanismes juridiques appropriés. Souvent, le problème tient au fait que les femmes ignorent leurs droits et les possibilités qui leur sont offertes.

Etant donné que les ménages dirigés par des femmes sont les plus pauvres, ils sont particulièrement vulnérables aux ordres d’éviction et de démolition. Les pouvoirs publics, les organisations non gouvernementales, les organisations communautaires et autres groupes d’intérêt devraient faire savoir aux femmes qu’elles ont le droit de disposer d’un logement adéquat, permanent et à un prix abordable.

Il faut que les décideurs et les professionnels du secteur (ingénieurs, architectes, urbanistes et banquiers) prennent conscience que les femmes et les hommes ont des rôles et des besoins différents et qu’ils tiennent compte de cette différence dans leurs plans et programmes. Les hommes et femmes cadres ont besoin de prendre conscience des sexospécificités, comme le montre l’exemple suivant :
Il faudrait encourager les femmes à choisir des professions qui sont traditionnellement réservées aux hommes. L’indifférence aux sexospécificités dans le domaine du logement se trouve encore aggravée par le fait qu’il y a très peu de femmes parmi les cadres et les techniciens travaillant dans ce domaine. D’après une étude récente menée au Canada, seulement 10 % des architectes du pays sont des femmes et, sur ce nombre, seulement une sur 10 a déclaré avoir tenu compte dans son travail des besoins des usagères.
Presque partout, on manque de données ventilées par sexe. Dans bien des pays, aucune information n’est disponible concernant les femmes et le logement. Le Centre des Nations Unies pour les établissements humains (Habitat) et d’autres institutions spécialisées des Nations Unies [en particulier, le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) et l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme (INSTRAW)] encouragent actuellement les gouvernements à rassembler et à diffuser des données concernant la condition féminine et les activités exercées par les femmes. Pour Habitat, la ventilation des données par sexe est indispensable à toute politique efficace en matière de logement et d’urbanisme.

Encourager la participation

Les autorités locales peuvent améliorer et renforcer la participation des femmes à la prise de décisions en resserrant leurs liens avec les organisations communautaires et les associations féminines. Lorsqu’elles se mobilisent et participent à la prise de décisions, les organisations et associations arrivent souvent à obtenir l’amélioration de services de base comme l’adduction d’eau, l’assainissement, l’évacuation des ordures et le recyclage. Evidemment, cela alourdit encore les responsabilités qui incombent aux femmes. Il faudrait donc que les administrations locales trouvent des moyens concrets d’épauler leurs efforts.

* Selon les estimations d’Habitat, 50 % des habitants des pays en développement ne disposent pas d’un point d’eau à moins de 200 mètres de leur logement et 32 % n’ont même pas l’eau potable. Comme c’est généralement aux femmes qu’incombe la corvée d’eau et le ramassage du bois, elles ont tout intérêt à participer à des programmes de mise en valeur des ressources en eau et d’exploitation de sources d’énergie de remplacement et de recyclage.

Grâce à l’établissement de réseaux d’associations féminines, les femmes pourront mieux faire entendre leurs voix dans le débat sur les établissements humains. Plus organisées et mieux formées et informées, les femmes sont mieux à même de faire valoir leurs droits et d’exiger que des mesures correctives soient prises. Grâce aux réseaux, des femmes ayant des origines sociales et des niveaux d’instruction différents peuvent utilement faire part de leur expérience. Elles peuvent y être aidées par des groupes comme le Réseau "Femmes et logement" de la Coalition Habitat international et la Coalition internationale "Femmes et crédit". Il est également essentiel que les femmes participent plus largement à la vie politique, nationale aussi bien que locale.

Eliminer la pauvreté des femmes

Si l’on veut que les femmes puissent mettre leur talent et leur énergie au service de la politique du logement, il faudra sensiblement améliorer leur niveau de vie dans les villes comme dans les campagnes. Pour favoriser le changement, les mesures suivantes s’imposent :
  • Sensibiliser les décideurs et les professionnels du secteur aux sexospécificités;
  • Améliorer l’accès des femmes au crédit et à la propriété foncière et autre;
  • Mettre en place des programmes de formation et de vulgarisation à l’intention des femmes, en particulier dans le secteur du bâtiment et les secteurs apparentés;
  • Améliorer les possibilités que les femmes ont de s’instruire, depuis des campagnes d’alphabétisation jusqu’aux bourses d’études dans des disciplines auxquelles elles n’ont pas traditionnellement accès, qu’il s’agisse de sciences ou de domaines liés au logement (architecture, génie civil, urbanisme);
  • Rassembler, analyser et diffuser des données ventilées par sexe concernant le logement;
  • Faire en sorte que les femmes participent, sur un pied d’égalité avec les hommes, aux programmes de construction de logements et d’urbanisme, depuis le stade de la formulation des politiques jusqu’à celui de leur mise en œuvre.
Mme Trujillo, d’Habitat, a déclaré : "Dans la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, nous nous sommes engagés à bâtir des villes et des villages où nous pourrons tous-femmes et hommes, filles et garçons-, conscients et respectueux de nos différences, participer activement à l’édification de notre avenir commun."

Les meilleures pratiques

Les travaux d’Habitat II seront axés sur les moyens de rendre, dans le monde entier, les villes, les villages et les habitations plus vivables et plus rationnels. La Conférence sera l’occasion de faire le point des meilleures pratiques appliquées un peu partout dans le monde. Bon nombre d’entre elles ont été mises au point dans le cadre de projets auxquels des femmes ont été associées tant au stade de la conception qu’à celui de l’exécution et qui ont permis d’améliorer concrètement la qualité de la vie et des logements.
    Ainsi, un concours a été organisé à Vienne à l’intention d’architectes femmes, sur le thème "Aménagements structurels et pratiques du logement qui répondent spécifiquement aux besoins des femmes". Les projets présentés portaient sur la conception de cages d’escaliers bien éclairées, d’espaces de rangement et buanderies faciles d’accès, etc. Le meilleur projet a été repris dans les plans de construction de logement.

    A Sri Lanka, la "Banque des femmes" aide les femmes économiquement faibles à avoir accès au crédit et à l’épargne. La situation économique de ces femmes s’est améliorée, ce qui leur permet d’obtenir plus facilement des prêts au logement et de mieux prendre soin de leurs familles. Leur capacité de mobilisation et leur statut social s’en sont aussi trouvés améliorés.

    Au Rwanda, la Coopérative des veuves de Save (Duhozanye) s’occupe de reconstruire des logements. Les 300 femmes de la coopérative travaillent ensemble, exercent des métiers non traditionnels (bâtiment) et vivent dans des structures sociales non traditionnelles (coopératives). Cette coopérative est plus qu’une entreprise de construction, elle contribue à l’effort de relèvement du pays. Ces femmes reconstituent le tissu social et ramènent la vie dans les campagnes. Elles s’aident l’une l’autre à surmonter leurs chagrins et leurs deuils.

    En Norvège, le Gouvernement a lancé un programme destiné à encourager la participation des femmes aux projets municipaux d’urbanisme dans six municipalités. Il s’agissait de prendre en compte la perspective des femmes dans les projets municipaux, de faire évoluer les attitudes et les mentalités, aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

    Au Kenya, où les biocarburants s’épuisent en raison de l’accroissement de la population et de l’expansion du commerce et de l’agriculture, des ONG, des particuliers et des ministères ont mis au point des fourneaux économes en combustible, qui sont fabriqués et vendus par de nombreuses associations féminines. Ces fourneaux permettent une réduction des fumées nocives dans les cuisines, une économie de temps de 10 % pour les ménagères et un gain de 10 % en couverture végétale et en fertilité des sols.

    En Colombie, une organisation non gouvernementales locale et la Banque mondiale des femmes ont lancé en 1990 un programme de crédit à l’intention des femmes chefs de famille qui vivent à Cali, troisième ville du pays. En 1992, cinq autres villes ont lancé ce programme, suivies par une dizaine d’autres en 1993. Ce programme, qui est un moyen efficace d’institutionnaliser la prise en compte des sexospécificités dans le contexte de la décentralisation a fortement influencé la nouvelle Constitution colombienne, qui prévoit une assistance spéciale pour les ménages dirigés par des femmes.
La Charte européenne des femmes dans la ville offre un autre exemple de participation des femmes aux projets d’urbanisme. Elle vise à mettre en place un réseau européen spécialisé dans les questions de sexospécificités dans le cadre de l’aménagement urbain. La Charte a été établie avec le soutien financier du Groupe de l’égalité des chances de la Commission de l’Union européenne.

Publié par le Département de l’information des Nations Unies
DPI/1730/Rev.1/HAB/CON-Fevrier 1996


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