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Les femmes, le logement et les communautés ![]() Alors que les femmes comptent pour plus de la moitié de lhumanité, elles sont généralement tenues à lécart des décisions relatives au développement des établissements humains en ville et à la campagne. Les programmes de construction de logements sont bien plus efficaces lorsquils prennent en compte la diversité des rôles et des besoins de ceux (hommes, femmes, garçons et filles) auxquels ils sadressent. Les femmes ont des rôles multiples à remplir, quelles restent au foyer pour soccuper des enfants et des personnes âgées, ou quelles exercent une activité rémunérée chez elles ou à lextérieur. La multiplicité de leurs rôles fait quelles ont des besoins propres non seulement en ce qui concerne le cadre de vie et de travail, mais aussi sur le plan des services de base, comme les crèches et le transport. Toutefois, on mesure généralement mal à quel point les femmes sont défavorisées, en grande partie parce quil nexiste guère de statistiques sur la question. Afin de remédier à cet état de choses et de promouvoir légalité entre les sexes, 40000 personnes-des femmes pour la plupart-représentant les gouvernements et la société civile ont participé à la quatrième Conférence mondiale sur la femmes, qui sest tenue à Beijing en septembre 1995. Le Programme daction adopté à cette occasion vise à donner aux femmes les moyens de devenir autonomes et de participer, sur un pied dégalité avec les hommes, à la prise de décisions. Les objectifs du Programme daction rejoignent ceux de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains, qui mettent laccent sur la nécessité de prendre en compte lexpérience, les besoins et les points de vue des femmes dans les programmes de construction de logements et de développement des établissements humains, tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Il faut notamment prendre les mesures suivantes :
Eliminer la pauvreté des femmes ![]() La paupérisation des femmes (ou féminisation de la pauvreté) est telle que les équipes dirigeantes ne peuvent se dérober plus longtemps. Il y aurait de par le monde 3 milliards de personnes vivant dans la pauvreté; 70 % sont des femmes. Comme elles doivent gagner leur vie tout en soccupant des autres membres de la famille et des tâches ménagères, les femmes se trouvent doublement désavantagées. Dans le monde entier, près dun tiers des ménages ont maintenant une femme à leur tête. Dans certaines régions dAfrique et dAmérique latine cest le cas de 45% des ménages. Comme ces familles sont en général plus démunies que les ménages dirigés par un homme, elles sont souvent logées dans les quartiers les plus pauvres des villes et, à la campagne, elles occupent les terres les moins fertiles et de faible rendement. Le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II), M. Wally NDow, a déclaré à ce propos : "On saperçoit de plus en plus que les femmes sont les plus mal loties et les plus mal logées. En soi, cest déjà une raison suffisante pour que nous nous intéressions davantage à elles." Laugmentation du nombre de ménages dirigés par une femme sexplique également par les forts courants migratoires que lon observe dans de nombreuses régions du monde. Souvent, les femmes deviennent chef de famille parce que leur conjoint a quitté le foyer pour chercher du travail, ou alors à la suite dun veuvage, dun divorce, de troubles civils, de déplacements de population consécutifs à une catastrophe naturelle ou causée par lhomme ou de maternités hors mariage. Voici lexemple dune femme qui a dû fuir la campagne pour la ville :
Investir dans le logement ![]() La qualité du logement, en particulier dans les villes des pays en développement, ne cesse de se détériorer. Selon les estimations, près dun quart de lhumanité ne dispose pas dun logement correct et il y aurait 100 millions de sansabri. Le Centre des Nations Unies pour les établissements humains (CNUEH)Habitat a calculé que, dans les villes des pays en développement, au moins 600 millions de personnes vivent dans des logements insalubres, voire dangereux. Comme les femmes et les enfants passent plus de temps que les hommes à la maison, ils pâtissent davantage des mauvaises conditions de logement. Selon lOrganisation mondiale de la santé, 70 millions de femmes et denfants sont exposés aux fumées nocives provenant de feux de cuisson. Il est démontré que, loin dêtre une dépense publique improductive, investir dans le logement est un placement rentable. On a calculé que chaque denier investi dans la construction de logements rapporte une somme équivalente au trésor public. Industrie de mainduvre, la construction de logements sociaux crée des emplois et donne aux futurs locataires la possibilité daugmenter leur revenu. Lorsque lon améliore leur cadre de vie, les femmes comme les hommes parviennent à mieux gagner leur vie. Pour en tirer profit, toutefois, les femmes doivent pouvoir bénéficier de programmes de formation. * Après la nourriture, cest au logement que les familles pauvres consacrent la part la plus importante de leur budget mensuel : 33% en moyenne dans le monde et jusquà 45% ou 50 % en Afrique et en Amérique latine. Tenir compte des modes de vie des femmes ![]() Les programmes de construction de logements sont plus efficaces lorsquils tiennent compte des rôles sociaux, économiques et culturels qui sont impartis aux deux sexes, ainsi que des besoins différents quont les hommes et les femmes en fait despace, dintimité, de sécurité et de services de base. Lorsquelles exercent une activité rémunératrice à la maison, par exemple, les femmes doivent disposer dun endroit où elles puissent travailler et dun espace de rangement. Dans les cultures où elles sont cloîtrées à la maison, elles ont besoin de suffisamment despace pour sacquitter des tâches domestiques et soccuper de leurs enfants, et dun endroit où elles peuvent retrouver dautres femmes. On trouvera ciaprès un exemple de projet de logement qui ne tient pas suffisamment compte du mode de vie de ses bénéficiaires.
Lorsquelles sont consultées, les femmes peuvent attirer lattention des responsables politiques sur ce qui leur tient vraiment à cur. Ainsi, les crèches constituent une priorité que les responsables des services sociaux et de logement ont tendance à négliger. Tous les projets de construction de logements sociaux devraient prévoir des espaces communs pour des crèches ou des jardins denfants. Miser sur les femmes ![]() On sait maintenant à quel point il est rentable de faire crédit aux femmes. Cellesci consacrent une plus grande partie de leur revenu à la famille et, lorsquelles exercent une activité rémunératrice, leurs enfants sont mieux nourris, sont en meilleure santé et sont mieux éduqués. La meilleure façon daccroître le niveau de vie des femmes pauvres et de leur donner davantage de moyens daméliorer leur sort, cest de leur accorder des crédits. Comme elles occupent la plupart du temps des emplois à temps partiel ou irréguliers et quelles ne peuvent pas nécessairement fournir les garanties quexigent la plupart des banques, elles nont pas suffisamment de ressources pour investir dans le logement. *Les plans de crédit qui marchent le mieux sont ceux qui proposent aux femmes des échéances souples, adaptées aux fluctuations de leur revenu. Le personnel des institutions bancaires et autres qui soccupent de programmes de microprêts sont généralement formés pour aider les femmes à introduire leur demande et à gérer le remboursement. * La Banque Grameen au Bangladesh a inauguré, avec beaucoup de succès, ce type de prêts ouverts à des groupes de femmes exerçant des activités génératrices de revenus. On constate que les prêts sont remboursés ponctuellement et quil est plus efficace daccorder des prêts à des coopératives dépargne et à certaines associations que de prêter directement aux particuliers, dune part, parce quun plus grand nombre de femmes en bénéficient et, dautre part, parce que, la pression du groupe aidant, chaque femme tient à respecter ses obligations financières. Voici un exemple de programme de crédit réussi : Bina était ouvrière du textile à Madras (Inde), où son salaire de misère lui permettait à peine de survivre. Un programme daction communautaire la encouragée à monter une coopérative de confection avec quelquesunes de ses collègues. Elles ont pu obtenir un microcrédit grâce au Working Womens Forum, une organisation communautaire. Les premiers fonds ont été consacrés à lachat de métiers et de matériel de teinture, mais les crédits suivants ont été utilisés pour rénover et améliorer le logement des travailleuses. Assurer aux femmes le droit à la propriété et à la succession ![]() Outre quelles ont très peu accès au crédit, dans bien des pays les femmes ne jouissent pas des mêmes droits que les hommes en matière daccès à la terre et à la propriété. Les pouvoirs publics peuvent remédier à cette situation en faisant entrer la sécurité de jouissance dans le droit et en garantissant aux femmes une meilleure protection de leurs droits réels. Si les femmes avaient plus facilement accès à la propriété et à la terre, elles disposeraient de garanties leur permettant dobtenir des crédits auprès des banques. En ouvrant davantage de perspectives aux femmes dans ce domaine, on leur donne dautant plus de choix sur le plan du logement et de lemploi. Lorsque les lois successorales sont mal appliquées, cest souvent au détriment des femmes, comme le montre lexemple suivant :
Certaines réformes juridiques simposent, notamment en ce qui concerne :
Laccès des femmes au pouvoir et leur participation au processus de prise de décisions ![]() Des réformes juridiques ne suffisent pas cependant pour améliorer la situation des femmes pauvres sur le plan de lemploi, de la santé et du logement. La discrimination de fait persiste même dans les pays où on a mis en place des mécanismes juridiques appropriés. Souvent, le problème tient au fait que les femmes ignorent leurs droits et les possibilités qui leur sont offertes. Etant donné que les ménages dirigés par des femmes sont les plus pauvres, ils sont particulièrement vulnérables aux ordres déviction et de démolition. Les pouvoirs publics, les organisations non gouvernementales, les organisations communautaires et autres groupes dintérêt devraient faire savoir aux femmes quelles ont le droit de disposer dun logement adéquat, permanent et à un prix abordable. Il faut que les décideurs et les professionnels du secteur (ingénieurs, architectes, urbanistes et banquiers) prennent conscience que les femmes et les hommes ont des rôles et des besoins différents et quils tiennent compte de cette différence dans leurs plans et programmes. Les hommes et femmes cadres ont besoin de prendre conscience des sexospécificités, comme le montre lexemple suivant : Presque partout, on manque de données ventilées par sexe. Dans bien des pays, aucune information nest disponible concernant les femmes et le logement. Le Centre des Nations Unies pour les établissements humains (Habitat) et dautres institutions spécialisées des Nations Unies [en particulier, le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) et lInstitut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme (INSTRAW)] encouragent actuellement les gouvernements à rassembler et à diffuser des données concernant la condition féminine et les activités exercées par les femmes. Pour Habitat, la ventilation des données par sexe est indispensable à toute politique efficace en matière de logement et durbanisme. Encourager la participation ![]() Les autorités locales peuvent améliorer et renforcer la participation des femmes à la prise de décisions en resserrant leurs liens avec les organisations communautaires et les associations féminines. Lorsquelles se mobilisent et participent à la prise de décisions, les organisations et associations arrivent souvent à obtenir lamélioration de services de base comme ladduction deau, lassainissement, lévacuation des ordures et le recyclage. Evidemment, cela alourdit encore les responsabilités qui incombent aux femmes. Il faudrait donc que les administrations locales trouvent des moyens concrets dépauler leurs efforts. * Selon les estimations dHabitat, 50 % des habitants des pays en développement ne disposent pas dun point deau à moins de 200 mètres de leur logement et 32 % nont même pas leau potable. Comme cest généralement aux femmes quincombe la corvée deau et le ramassage du bois, elles ont tout intérêt à participer à des programmes de mise en valeur des ressources en eau et dexploitation de sources dénergie de remplacement et de recyclage. Grâce à létablissement de réseaux dassociations féminines, les femmes pourront mieux faire entendre leurs voix dans le débat sur les établissements humains. Plus organisées et mieux formées et informées, les femmes sont mieux à même de faire valoir leurs droits et dexiger que des mesures correctives soient prises. Grâce aux réseaux, des femmes ayant des origines sociales et des niveaux dinstruction différents peuvent utilement faire part de leur expérience. Elles peuvent y être aidées par des groupes comme le Réseau "Femmes et logement" de la Coalition Habitat international et la Coalition internationale "Femmes et crédit". Il est également essentiel que les femmes participent plus largement à la vie politique, nationale aussi bien que locale. Eliminer la pauvreté des femmes ![]() Si lon veut que les femmes puissent mettre leur talent et leur énergie au service de la politique du logement, il faudra sensiblement améliorer leur niveau de vie dans les villes comme dans les campagnes. Pour favoriser le changement, les mesures suivantes simposent :
Les meilleures pratiques ![]() Les travaux dHabitat II seront axés sur les moyens de rendre, dans le monde entier, les villes, les villages et les habitations plus vivables et plus rationnels. La Conférence sera loccasion de faire le point des meilleures pratiques appliquées un peu partout dans le monde. Bon nombre dentre elles ont été mises au point dans le cadre de projets auxquels des femmes ont été associées tant au stade de la conception quà celui de lexécution et qui ont permis daméliorer concrètement la qualité de la vie et des logements.
A Sri Lanka, la "Banque des femmes" aide les femmes économiquement faibles à avoir accès au crédit et à lépargne. La situation économique de ces femmes sest améliorée, ce qui leur permet dobtenir plus facilement des prêts au logement et de mieux prendre soin de leurs familles. Leur capacité de mobilisation et leur statut social sen sont aussi trouvés améliorés. Au Rwanda, la Coopérative des veuves de Save (Duhozanye) soccupe de reconstruire des logements. Les 300 femmes de la coopérative travaillent ensemble, exercent des métiers non traditionnels (bâtiment) et vivent dans des structures sociales non traditionnelles (coopératives). Cette coopérative est plus quune entreprise de construction, elle contribue à leffort de relèvement du pays. Ces femmes reconstituent le tissu social et ramènent la vie dans les campagnes. Elles saident lune lautre à surmonter leurs chagrins et leurs deuils. En Norvège, le Gouvernement a lancé un programme destiné à encourager la participation des femmes aux projets municipaux durbanisme dans six municipalités. Il sagissait de prendre en compte la perspective des femmes dans les projets municipaux, de faire évoluer les attitudes et les mentalités, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Au Kenya, où les biocarburants sépuisent en raison de laccroissement de la population et de lexpansion du commerce et de lagriculture, des ONG, des particuliers et des ministères ont mis au point des fourneaux économes en combustible, qui sont fabriqués et vendus par de nombreuses associations féminines. Ces fourneaux permettent une réduction des fumées nocives dans les cuisines, une économie de temps de 10 % pour les ménagères et un gain de 10 % en couverture végétale et en fertilité des sols. En Colombie, une organisation non gouvernementales locale et la Banque mondiale des femmes ont lancé en 1990 un programme de crédit à lintention des femmes chefs de famille qui vivent à Cali, troisième ville du pays. En 1992, cinq autres villes ont lancé ce programme, suivies par une dizaine dautres en 1993. Ce programme, qui est un moyen efficace dinstitutionnaliser la prise en compte des sexospécificités dans le contexte de la décentralisation a fortement influencé la nouvelle Constitution colombienne, qui prévoit une assistance spéciale pour les ménages dirigés par des femmes. ![]() Publié par le Département de linformation des Nations Unies DPI/1730/Rev.1/HAB/CON-Fevrier 1996 |
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