20/2/2014
Secrétaire général
SG/SM/15655
SC/11289
AFR/2820

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AVANT DE PRÉSENTER LES LIGNES GÉNÉRALES D’UNE MISSION EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE, M. BAN PROPOSE UNE INITIATIVE EN SIX POINTS POUR PARER AUX RISQUES LES PLUS GRAVES


On trouvera ci-après le discours du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, à la réunion du Conseil de sécurité sur la situation en République centrafricaine, le 20 février:


Je remercie S. E. M. Smaїl Chergui d’être des nôtres aujourd’hui.  J’attache la plus haute importance à l’existence de relations étroites avec l’Union africaine.  À l’Organisation des Nations Unies, nous continuerons à travailler main dans la main avec l’Union africaine pour promouvoir le développement et la paix durable sur le continent africain.


La crise qui se poursuit en République centrafricaine met l’ensemble de la communauté internationale à l’épreuve.  La situation dans ce pays figure à l’ordre du jour du Conseil de sécurité depuis de nombreuses années, mais l’urgence actuelle lui confère une tout autre ampleur, plus inquiétante.  Il s’agit d’une calamité qui interpelle vivement la conscience de l’humanité. 


Au cours de l’année écoulée, nous avons été témoins, en succession rapide, du renversement du Gouvernement par la violence, de l’effondrement des institutions de l’État et d’une descente dans l’anarchie et une violence sectaire.  Plus de 2,5 millions de personnes –soit plus de la moitié de la population– ont besoin d’une aide humanitaire immédiate.


Le nouveau Chef de l’État par intérim, Mme Catherine Samba-Panza, est déterminée à rétablir l’autorité de l’État, et je salue ses efforts courageux.  Mais sans budget, avec des ressources dérisoires et face à la pauvreté généralisée du pays, ses possibilités sont très limitées.  Le chemin vers le rétablissement de l’autorité de l’État sera très long.


Des civils innocents sont tués en grand nombre.  Ces victimes ne sont pas ce que l’on appelle des « dommages collatéraux » des combats entre les groupes rebelles.  Elles sont tuées délibérément, prises pour cible en raison de leurs croyances religieuses et de leur appartenance à une communauté donnée – pour ce qu’elles sont.  Les musulmans sont particulièrement visés, mais les ex-Séléka continuent également de s’en prendre aux chrétiens.


On dénombre près d’un million de personnes déplacées, et beaucoup de maisons ont été réduites en cendres pour les empêcher d’y revenir un jour.  Des populations entières ont été forcées de se déplacer.  L’on assiste à une partition progressive et de facto du pays, avec les musulmans d’un côté et les chrétiens de l’autre.  Cette séparation sème les germes du conflit et de l’instabilité pour des années, voire des générations, à venir.


L’Union africaine et la France ont déployé des troupes en République centrafricaine pour essayer d’endiguer la violence.  Nous devons à ces dirigeants et à ces soldats toute notre gratitude pour avoir sauvé tant de vies et protégé les populations là où ils peuvent.  Nous devons à la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) et à l’opération Sangaris notre solidarité et notre aide.


Cependant, étant donné l’ampleur et la portée géographique de la violence, les besoins en matière de sécurité dépassent de loin les capacités des effectifs internationaux déployés dans le pays à l’heure actuelle.  Dans les zones où il n’y a pas de forces internationales, pour beaucoup trop de civils, il n’y a qu’un seul choix : fuir ou être tué.


La famille humaine ne doit pas se dérober face à ce qui se passe aujourd’hui en République centrafricaine.  Nous ne devons pas non plus nous dérober à nos responsabilités –celles du Conseil comme les miennes– en vertu de la Charte des Nations Unies.  Les événements en cours en République centrafricaine ont des répercussions dans l’ensemble de la région et nous somment de défendre des valeurs universelles.  Cette crise politique, humanitaire, de sécurité et des droits de l’homme complexe exige une riposte globale et intégrée.


L’ONU travaille avec l’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), l’Union européenne et la Banque mondiale pour s’attaquer aux divers problèmes que rencontre ce pays.  Ces efforts seront toutefois vains si nous ne faisons pas plus pour mettre un terme aux atrocités, à la destruction de communautés et au déplacement massif de populations.


Le Conseil de sécurité m’a demandé de formuler des recommandations sur une future opération de maintien de la paix des Nations Unies.  J’indiquerai bientôt au Conseil les lignes générales d’une mission dotée d’un solide mandat de protection des civils et de promotion de la stabilité.  Néanmoins, le déploiement d’une opération de maintien de la paix, s’il est autorisé, prendra des mois; le peuple centrafricain ne peut pas attendre des mois.  La communauté internationale doit prendre maintenant des mesures résolues pour prévenir toute nouvelle aggravation de la situation et répondre aux besoins pressants de la population du pays.  Dans cet esprit, je propose aujourd’hui une initiative en six points pour parer aux risques les plus graves auxquels est exposée la population centrafricaine.


Premièrement, et surtout, je préconise le renforcement rapide des contingents de l’Union africaine et des contingents qui sont maintenant présents sur le terrain, avec le déploiement d’au moins 3 000 effectifs militaires et de police supplémentaires.  Ce nouveau personnel, y compris les unités de police constituées, doit être déployé le plus rapidement possible, dans les jours et semaines à venir, et avoir la mobilité nécessaire, notamment aérienne, pour être en mesure d’opérer partout où cela est nécessaire.  La Présidente de la Commission de l’Union africaine, Mme Dlamini-Zuma, m’a informé qu’elle proposera au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine un renforcement de la MISCA.  Je salue son initiative et invite les membres du Conseil de paix et de sécurité à l’approuver.  Le Président français, M.  Hollande, a annoncé une augmentation de 25% des effectifs de l’opération Sangaris, ce qui portera le contingent à 2 000 hommes au total.  En outre, l’Union européenne est sur le point de faire passer de 500 à 1 000 hommes le déploiement prévu, une première capacité opérationnelle devant être sur le terrain début mars.  J’apprécie ces engagements.  Il faut cependant en prendre d’autres rapidement, et l’ensemble de la communauté internationale doit partager ce fardeau.


Deuxièmement, je propose que toutes les forces internationales en République centrafricaine soient placées sous un commandement coordonné et que la mission de ces forces soit axée sur les priorités les plus pressantes, à savoir contenir la violence, protéger les civils, prévenir de nouveaux déplacements, créer un environnement sûr pour l’acheminement de l’aide humanitaire et mettre en place des conditions propices au passage du témoin à une force de maintien de la paix des Nations Unies dans les meilleurs délais.


Troisièmement, je propose que les contingents africains qui joindront cette force bénéficient d’un appui logistique et financier, y compris des rations, de l’eau et du carburant et le remboursement de leur matériel militaire non létal principal.  Le coût de ce train de mesures, qui comprend le strict minimum, est estimé à 38 millions de dollars pour une période transitoire de six mois.


Quatrièmement, je recommande de fournir un appui rapide et concret au Gouvernement centrafricain en vue de l’aider à mettre en place des capacités minimales pour fonctionner.  Cet appui doit comprendre l’aide financière nécessaire pour que la police retourne dans la rue, pour que les juges retournent dans les salles d’audience et pour que les gardiens de prison reprennent leur travail.  Je suis heureux d’annoncer qu’aujourd’hui le Danemark a confirmé une contribution de 2 millions de dollars au profit de cette initiative.  J’ai l’intention de m’assurer qu’il soit fait rapidement bon usage de ces ressources.  La Norvège a également confirmé aujourd’hui qu’elle fera un don en faveur de cet effort.


Cinquièmement, je préconise l’accélération d’un processus politique et de réconciliation afin de prévenir une rupture plus grande des liens communautaires et pour jeter les bases de la fin du conflit.  Les chefs communautaires et religieux auront un rôle particulièrement important à jouer dans la promotion de la tolérance, de la coexistence pacifique et de la non-violence.  Un processus politique exigera également la participation active de la CEEAC, de l’Union africaine et de la communauté internationale.  Je tiens à saluer tout particulièrement les efforts inlassables du Médiateur en chef de la CEEAC, le Président de la République du Congo, M. Denis Sassou Nguesso.


L’ONU renforce actuellement les capacités analytiques et opérationnelles du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine afin que nous puissions aider les autorités nationales à remettre la transition sur les rails, à étendre l’autorité de l’État et à mettre en place des institutions crédibles dans tout le pays.


L’application du principe de responsabilité et les mesures de justice doivent être des éléments clefs de tout processus de paix et de réconciliation.  De façon plus immédiate, de telles mesures contribueront à prévenir les violations des droits de l’homme qui se poursuivent.  Je suis heureux d’annoncer que le Président de la commission d’enquête mandaté par le Conseil de sécurité ainsi qu’une mission préparatoire se rendront en République centrafricaine pour exécuter leur tâche importante.


Sixièmement, enfin, j’appelle au financement urgent de l’aide humanitaire, actuellement insuffisant pour faire face à la crise.  Seuls 15 % des ressources nécessaires cette année ont été reçus, malgré les généreuses promesses de don faites à la conférence sur le financement tenue à Bruxelles le mois dernier.  La Coordonnatrice des secours d’urgence, Mme Valerie Amos, se trouve en République centrafricaine.  Elle s’est dit choquée par ce qu’elle a vu aujourd’hui à Bossangoa et a indiqué que les tensions intercommunautaires sont très vives et que les gens craignent pour leur vie.  Elle a insisté sur le fait que des effectifs supplémentaires étaient nécessaires sur le terrain pour assurer sécurité et protection dans tout le pays.


Ces derniers jours, j’ai, ainsi que mes collègues de haut niveau, contacté des dizaines d’États Membres afin qu’ils appuient mes propositions.  J’ai été encouragé par leur réponse positive.  Certains envisagent d’envoyer des effectifs militaires et de police supplémentaires, d’autres se sont engagés à fournir un appui budgétaire au Gouvernement.  Ces engagements auront des retombées concrètes dans les prochains jours.


Pour sa part, l’ONU, grâce à l’appui généreux du Canada et d’autres, a alloué 5 millions de dollars du fonds d’affectation spéciale de la MISCA pour fournir du matériel de communication essentiel aux contingents africains, et ces articles sont en train d’être acheminés à Bangui en ce moment même.


L’initiative en six points que je viens de présenter vise à appuyer et à compléter le travail difficile actuellement réalisé par divers acteurs.  Elle vise à atteindre les objectifs les plus pressants, à savoir stabiliser les conditions de sécurité et sauver des vies qui seraient autrement perdues à cause d’une haine confessionnelle gratuite.  Ces propositions appellent des contributions de nombreux acteurs.  Elles nous obligent à éviter une approche décousue dans laquelle certaines propositions bénéficient d’un plus grand appui que d’autres.  Pour être efficaces, ces propositions doivent être adoptées et mises en œuvre comme un ensemble intégré.


Nous savons ce qui se passe en République centrafricaine.  Nous savons pourquoi cette situation est différente de précédentes flambées de violence.  Nous savons pourquoi cela est important pour chacun d’entre nous et ce que nous devons faire.

Nous ne disposons pas seulement de connaissances.  Par une action collective, telle que prévue par la Charte des Nations Unies, nous avons le pouvoir de mettre fin à la tuerie et de sortir la République centrafricaine du cauchemar qu’elle vit actuellement.


J’exhorte le Conseil à appuyer ma proposition, et j’appelle les États Membres à prendre les mesures nécessaires pour la mettre en œuvre.  Montrons au peuple centrafricain que l’ONU est à ses côtés et que l’appui dont il a besoin de toute urgence est en route.  C’est notre responsabilité commune.  Les Centrafricains ont demandé notre aide.  J’exhorte le Conseil à se joindre à moi pour répondre à leur appel.


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