20/1/2014
Secrétaire général
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« IL SE PEUT QUE LA CHANCE QUI S’OFFRE À NOUS DE SAUVER LA SOLUTION DES DEUX ÉTATS

SOIT LA DERNIÈRE » PRÉVIENT M. BAN À PROPOS DU PROCESSUS ISRAÉLO-PALESTINIEN


On trouvera ci-après le discours du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, lors du débat public du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen-Orient, le 20 janvier:


Je vous remercie, Monsieur le Président, d’avoir organisé cette importante séance sur la situation au Moyen-Orient.


Avant de commencer, je tiens à dire quelques mots sur la situation concernant les pourparlers sur la Syrie.  Les participants sont au courant des faits récents concernant la conférence de Genève sur la Syrie.  D’intenses et pressantes discussions sont en cours, et j’aurai davantage à dire sur la situation dans le courant de la journée.  Pour l’instant, je voudrais une fois encore appeler toutes les parties concernées à garder avant tout présents à l’esprit les besoins du peuple syrien.


Je reviens tout juste de la région où j’ai effectué ma cinquième visite en Iraq.  Le pays se heurte toujours à de graves menaces à sa stabilité.  J’ai exprimé mes préoccupations à de nombreux dirigeants iraquiens, et j’ai exhorté toutes les parties à continuer à promouvoir le dialogue politique et à veiller au respect de l’état de droit et des droits de l’homme.  J’ai été rassuré par leur promesse d’organiser des élections législatives comme prévu le 30 avril.  Aujourd’hui, je réitère le message que j’ai lancé aux dirigeants politiques iraquiens pour les inciter à s’acquitter des responsabilités qui leur incombe de garantir la tenue d’un dialogue ouvert à tous, la cohésion sociale et la réalisation de progrès politiques tangibles.


Je me suis également rendu au Koweït.  Je suis extrêmement reconnaissant aux nombreux pays qui ont promis de verser de généreuses contributions lors de la deuxième Conférence internationale d’annonces de contributions pour l’aide humanitaire à la Syrie.  En outre, je me suis entretenu avec l’émir du Koweït, et me réjouis de l’amélioration des relations bilatérales entre son pays et l’Iraq.  Nous avons également discuté de la mise en œuvre de la résolution 2107 (2013).


Concernant le Liban, je félicite le Président Sleiman du leadership dont il a fait montre en réaffirmant la politique de dissociation de son pays.  Cela est essentiel pour éviter que la crise syrienne n’exacerbe les tensions au Liban, comme nous l’avons vu avec les actes de terrorisme et les attentats à la bombe survenus récemment.  Neuf ans après l’assassinat de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri, l’ouverture la semaine dernière du procès du Tribunal spécial pour le Liban vient nous rappeler la lutte qui est menée pour mettre fin à l’impunité au Liban.


Les violations de la frontière entre le Liban et la Syrie se poursuivent, avec notamment l’intensification inquiétante des tirs de roquettes et des frappes aériennes dans la région de la Bekaa au Liban.  Les réfugiés continuent de pénétrer en grand nombre au Liban, où leur nombre s’élève désormais à plus de 860 000 – soit six fois plus que l’an dernier.


La situation dans la zone d’opération de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban demeure relativement stable grâce à la coopération des autorités libanaises et israéliennes à la maîtrise des récents incidents.  La stabilité qui prévaut le long de la Ligne bleue en vertu de la résolution 1701 (2006) doit servir d’exemple à tous.


Le Conseil de sécurité et le Groupe international d’appui au Liban ont demandé qu’un soutien généreux soit apporté à l’action humanitaire et aux efforts de stabilisation, ainsi qu’à l’Armée libanaise.


Le Royaume d’Arabie saoudite s’est engagé à verser 3 milliards de dollars à titre d’aide à l’armée libanaise.


Je salue les efforts déployés en vue de la formation d’un gouvernement, et j’engage toutes les parties à tout mettre en œuvre pour que les élections présidentielles se tiennent dans les délais prévus.  Le peuple libanais attend de ses dirigeants qu’ils œuvrent de concert pour bien guider le pays au cours de cette période difficile.


L’année 2014 sera décisive s’agissant d’aider les Israéliens et les Palestiniens à sortir d’un statu quo dangereux et intenable.  Le Secrétaire d’État américain, M. Kerry, s’est employé avec diligence à définir un cadre couvrant toutes les questions clefs afin de répondre aux attentes des Israéliens et des Palestiniens d’une manière équitable et équilibrée, et pour que les négociations puissent se poursuivre en vue de la conclusion d’un accord sur le statut permanent.  Je tiens également à rendre un hommage particulier à la Jordanie pour le rôle crucial qu’elle joue dans ce processus.


Les dirigeants israéliens et palestiniens devront prendre des décisions courageuses et faire des compromis difficiles en faveur de la paix.  Ils doivent préparer leurs peuples à accepter ces mesures nécessaires.  L’absence de progrès sur le plan politique pourrait conduire à une dégradation de la situation sur le terrain.  Je suis préoccupé par les violences récurrentes et les incitations de la part de toutes les parties, ainsi que par la poursuite des activités de peuplement, qui sont illégales en vertu du droit international.  L’implantation de colonies de peuplement n’est pas compatible avec des efforts visant à conclure un accord de paix durable.


Les deux parties doivent agir de manière responsable et faire preuve de retenue.  Gaza demeure également une source de préoccupation.  En fin de compte, une solution viable des deux États exigera des Palestiniens qu’ils surmontent leurs divisions.  L’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) commence l’année 2014 avec un budget ordinaire dont le déficit devrait s’élever à 67 millions de dollars à la fin de l’année.  J’invite tous les États Membres à étudier les moyens de renforcer leur coopération avec l’UNRWA et de fournir des fonds supplémentaires, surtout pour financer son budget ordinaire.


J’espère que les parties parviendront à un accord-cadre.  Celui-ci devra être juste et conforme aux principes portant sur toutes les questions clefs énoncés dans les résolutions du Conseil de sécurité, aux principes de Madrid – y compris le principe de l’échange de territoires contre la paix –, à la Feuille de route et à l’Initiative de paix arabe de 2002.  Les Palestiniens doivent pouvoir réaliser leurs aspirations légitimes à un État, à l’autodétermination, à la dignité et à la liberté, y compris la fin de l’occupation qui a commencé en 1967, grâce à une solution juste au problème des réfugiés et au règlement de la question du statut de Jérusalem.  Les Israéliens doivent pouvoir vivre dans la paix et la sécurité, à l’intérieur de frontières reconnues, ce qui ouvrira la voie à leur intégration croissante dans une région stable et sûre.


La mise en œuvre de l’Initiative de paix arabe apportera des avantages socio-économiques, commerciaux et de sécurité à tous les peuples du Moyen-Orient.  Pour les Palestiniens, un accord de paix global est la promesse de devenir un État Membre pleinement reconnu, au même statut que les autres États.  Pour parvenir à cet objectif, il n’y a pas d’autre solution que les négociations.  Ce n’est qu’à ce moment que les relations entre l’ONU et la Palestine pourront véritablement se transformer en vue de l’exécution et de l’achèvement du programme d’édification de l’État palestinien.


Pour Israël également, seule une solution négociée pourra apporter la sécurité et la reconnaissance dans la région et au-delà.  Israël pourra ainsi tirer pleinement profit de toutes les formes de coopération qui existent au sein du système des Nations Unies.  L’ONU et ses Membres pourront également tirer pleinement parti des contributions d’Israël. 


Je ne sous-estime pas les difficultés qui existent, mais l’inaction ou la capitulation présentent des risques encore plus graves.  Il se peut que la chance qui s’offre à nous de sauver la solution des deux États soit la dernière.  Tout simplement, nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer, les enjeux sont trop élevés.


Mon message au Président Abbas et au Premier Ministre Netanyahu est clair.  S’ils sont prêts à prendre les décisions courageuses qui s’imposent, je continuerai à promouvoir le programme constructif des dividendes de la paix en faveur des deux parties et une action de l’ONU en faveur de la réalisation des aspirations légitimes des peuples israélien et palestinien dans le cadre d’un règlement régional global.  Nous devons tirer le meilleur parti de la perspective débloquée par le Secrétaire d’État, M. Kerry, en vue de la création de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, que leurs peuples appellent de leurs vœux et méritent.


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