18/03/2014
Conseil économique et social
FEM/1985

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commission de la condition de la femme

Cinquante-huitième session

12e & 13e séances – matin et après-midi


« IL FAUT MOTIVER LES FILLES POUR ÉTUDIER LES SCIENCES, LES TECHNOLOGIES, L’INGÉNIÉRIE ET LES MATHÉMATIQUES »,

 RECONNAISSENT PANÉLISTES ET ÉTATS MEMBRES, AU COURS DE TABLES RONDES


« Il existe toujours un écart entre les hommes et les femmes dans les domaines des sciences et des technologies, même si cet écart a tendance à se réduire », ont constaté, experts et délégations, au cours d’une première table ronde organisée par la Commission de la condition de la femme sur le thème de l’« Égalité de l’accès et de la participation des femmes et des filles à l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques ».  Au cours de leur échange avec les panélistes, plusieurs États Membres ont cité les mesures incitatives prises par leur gouvernement, parfois avec la participation du secteur privé, pour encourager les femmes à participer plus activement dans ces domaines.


Au niveau de l’enseignement secondaire, de plus en plus de pays fournissent des ordinateurs portables à leurs élèves pour les initier à l’informatique, comme cela se fait notamment au Pakistan pour les meilleurs étudiants.  La Directrice du genre, de la société et des politiques à l’université argentine FLACSO a rappelé, à cet égard, les résultats positifs de l’initiative « Un ordinateur par enfant ».  Pour encourager les filles à poursuivre leur formation dans ce domaine, les Philippines offrent des stages et un suivi assuré par des femmes, tandis que le Japon organise des camps de vacances sur ce thème.  La République-Unie de Tanzanie, quant à elle, fournit des bourses aux filles qui choisissent d’étudier les sciences.


Les délégations ont également souligné la nécessité d’améliorer la formation des enseignants dans les sciences et les technologies et d’augmenter la présence de femmes dans le corps professoral.  « Il faut non seulement davantage de femmes dans ces domaines, mais aussi une éducation mieux adaptée aux nouvelles réalités », a renchéri la responsable de l’université FLACSO.


Il est cependant apparu qu’une fille qui choisit d’étudier les STIM est considérée comme étant peu « féminine », comme l’a fait observer la représentante de Youth for Technology Foundation du Nigéria-YTF.  Changer les mentalités sur le rôle des femmes est donc indispensable pour augmenter le nombre de celles-ci dans les domaines scientifiques.  La représentante de la République islamique d’Iran a ainsi mis l’accent sur le rôle que doivent jouer les parents à cet égard.  Pour éliminer les stéréotypes et les préjugés, la Directrice de la Division de l’égalité du genre au Fonds des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a recommandé d’inspirer les jeunes filles en les mettant davantage en présence avec des femmes qui leur servent de modèles ou de « mentors ».


La représentante de YTF a proposé trois stratégies qui pourraient motiver les filles à poursuivre des études dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques: offrir des cours ayant des liens directs avec les opportunités de carrière; engager les parents qui sont convaincus du potentiel de leurs filles; et organiser des études et des formations personnalisées.


Pour convaincre les délégations de l’utilité de ces filières pour les filles, une enseignante en science informatique new-yorkaise a expliqué que le domaine des technologies offre des emplois stables, bien rémunérés et qui n’exigent pas de longues études.  Elle était accompagnée d’une de ses étudiantes qui a témoigné de son intérêt pour ces matières.  Grâce à ses connaissances, cette jeune fille a reconnu avoir l’impression de pouvoir changer le monde.  « Quand je vois un problème, je sais que je peux le résoudre et aider les autres », a-t-elle dit. 


Dans l’après-midi, au cours d’une deuxième table ronde intitulée « Le passage des femmes de l’éducation au plein emploi et à un travail décent, avec un accent particulier sur l’emploi dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques », la représentante de l’Institut Masdar des Émirats arabes unis, a déclaré que la Constitution de son pays reconnaît les droits des femmes et les encourage à étudier dans les mêmes domaines que les garçons.  Les initiatives prises par le Gouvernement des Émirats arabes unis ont donné des résultats extraordinaires, avec 62% de filles dans les universités publiques et 43% dans les universités privées.


Un professeur d’histoire de la science à Stanford University, Mme Londa Schiebinger, a invité les gouvernements à adopter des approches stratégiques afin que les sciences et les technologies soient mieux adaptées aux besoins des femmes.  Elle a également estimé qu’il était nécessaire d’encourager les revues scientifiques à publier davantage d’analyses basées sur des cas concernant particulièrement les femmes.


Avant de clore cette table ronde, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Mme Lakshmi Puri, a souligné l’importance d’assurer l’accès et la participation des femmes à l’éducation, la formation, la science et la technologie; de garantir l’égalité d’accès à l’emploi et à un travail décent; et, enfin, de mettre les technologies au service de l’autonomisation des femmes.


La prochaine réunion de la Commission de la condition de la femme sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.


SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »


a) Réalisation des objectifs stratégiques, mesures à prendre dans les domaines critiques et autres mesures et initiatives (E/CN.6/2014/3 et E/CN.6/2014/4)


ii) Thème de l’évaluation: accès et participation des femmes et des filles à l’éducation, à la formation, à la science et à la technologie, y compris pour la promotion de l’égalité d’accès au plein emploi et à un travail décent


Table ronde 4 sur le thème « Égalité de l’accès et de la participation des femmes et des filles à l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques »


Déclarations


M. CARLOS GARCIA GONZALEZ (El Salvador), Vice-Présidentde la Commission de la condition de la femme, qui animait cette table ronde, a souligné que les femmes et les filles sont sous représentées dans les domaines de la science et des technologies.  Cela s’explique notamment par le manque de modèle dont disposent les femmes pour choisir la voie scientifique et technique.  Cette sous-représentation a des conséquences sur l’autonomisation économique des femmes, a-t-il aussi observé.  M. Garcia Gonzalez a invité les délégations à évaluer les progrès accomplis par les États Membres et les autres parties prenantes dans la mise en œuvre des conclusions de la cinquante-cinquième session de la Commission dont le thème portait sur l’accès et la participation des femmes et des filles dans l’éducation, la formation, la science et la technologie.  Il a émis l’espoir que le dialogue de ce matin permettrait de soulever les problèmes comme les opportunités qu’offre le contexte mondial actuel.


Mme GLORIA BONDER, Directrice du genre, de la société et des politiques à l’université argentine FLACSO, a commencé son intervention en expliquant qu’il était difficile de trouver des données sur la présence des femmes dans les domaines des sciences et des technologies.  Si ces données existent, elles ne sont pas nécessairement intégrées à un programme public, ce qui rend plus difficile leur suivi.  Elle a ensuite fait remarquer que de nombreux congrès et conférences avaient été consacrés à l’accès des femmes aux sciences et aux technologies, notamment aux technologies de l’information et de la communication (TIC).  Elle a aussi parlé d’initiatives visant à renforcer cet accès, comme le programme intitulé « Un ordinateur par enfant », qui avait permis d’équiper les écoles en matériel informatique.  De nombreuses études ont été menées sur les moyens d’atteindre la parité dans ces domaines, a-t-elle observé.


« Du vin nouveau dans des vieilles outres »: c’est ainsi qu’elle a comparé les mesures prises ces dernières années pour dispenser une éducation dans les domaines de la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM selon l’acronyme anglais).  Ce mode d’éducation est en train de disparaître, a-t-elle cependant averti, en annonçant les changements nécessaires en cours, notamment en matière de partage des connaissances.  Il faut non seulement davantage de femmes dans ces domaines, mais aussi une éducation rénovée, a-t-elle estimé.  Les politiques sur la parité peuvent influencer les modes d’éducation.  Il ne faut pas imposer des méthodes mais arriver à un dialogue sur ce sujet, a-t-elle conseillé, la meilleure façon selon elle d’arriver à un changement structurel.  Il nous faut analyser les modes de conception et de gestion des institutions du monde de l’éducation, a-t-elle aussi recommandé.  Quelle place occupent les femmes dans ces institutions?  Quelles sont les stratégies « douteuses » qui consistent à placer quelques femmes dans des domaines clefs des STEM?  Elle a aussi invité à réfléchir aux relations entre les sciences, les technologies et l’innovation, d’un côté, et l’éthique, de l’autre.  En conclusion, elle a souhaité que l’on cherche à mieux connaître les jeunes afin d’évaluer leurs aspirations en termes d’éducation.


Mme NJIDEKA U. HARRY, Youth for Technology Foundation du Nigéria- YTF, a fait part de l’enseignement de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) aux jeunes filles au Nigéria.  Le programme tente de faire le lien entre les jeunes filles de 10-18 ans et les STIM et montre comment la compréhension des problèmes dans leur communauté peut influencer et inspirer la passion des STIM.  Il organise des activités manuelles, des jeux de rôles, le tutorat et la recherche de carrière pour améliorer la confiance des jeunes filles en elles-mêmes et pour les inspirer à devenir des scientifiques.  YTF recourt à la fois à l’enseignement à distance et dans les écoles site.  Mme Harry a ensuite indiqué que la culture locale n’encourageait pas particulièrement les jeunes filles à entreprendre des études scientifiques et technologiques à cause des comportements sociaux et des mentalités, des stéréotypes, de l’absence de mentors ou modèles féminins ou de l’influence de l’environnement scolaire qui privilégient les garçons au détriment des filles.  Une fille qui choisit d’étudier les STIM est considérée comme étant peut « féminine ».  Au Nigéria, 69 millions de la population sont des femmes et des filles, a indiqué Mme Harry, qui a ensuite précisé que les filles représentaient 47% des élèves du cycle primaire, mais seulement 44% dans le cycle secondaire.  Leur exclusion des STIM est une perte énorme et signifie que les chances de faire carrière dans une des régions qui connaît une forte croissance économique sont très limitées, a-t-elle regretté.


Le premier contact des étudiantes à la science se fait pendant les cours où les enseignants ne font que citer des faits et diffuser des informations.  Cette méthode fait perdre l’intérêt des jeunes et la connaissance des STIM chez les filles est ainsi très faible.  Il s’agit de la conséquence directe du problème du stéréotype basé sur le genre.  Les STIM sont perçues comme masculines et de nombreuses filles ne réalisent pas leur potentiel dans ces matières.  Pour inverser cette tendance, Mme Harry a suggéré que l’éducation des STIM connaît du succès quand les étudiants arrivent à établir des liens personnels avec les idées développées par les STIM.  Ceci peut arriver non seulement en classe mais aussi par des expériences personnelles et en groupes en dehors des classes et dans le cadre de cours avancés.  Les parents doivent aussi s’impliquer.  En outre, les matériels didactiques font défaut pour développer des liens entre les STIM et les autres sujets qui intéressent naturellement les filles.  Mme Harry a fait remarquer que 97% d’entre elles disent qu’elles veulent aider les gens et, en même temps, autant de filles disent vouloir changer le monde.  C’est pourquoi, YTF recrute des femmes qui ont connu du succès dans différentes disciplines comme conférencières pour encourager les filles à explorer les matières dans lesquelles elles sont sous-représentées.


YTF utilise l’Internet, des formations personnalisées, l’accès à la science, la technologie et les cours relatifs à la santé en ligne, des recherches personnalisées et le développement de l’entreprenariat pour aider les filles à étudier les STIM.  Mme Harry a annoncé trois stratégies qui pourraient motiver les filles à poursuivre des études dans les STIM: des cours ayant des liens directs avec les opportunités de carrière; des parents engagés qui croient en leur potentiel; et des études et formations personnalisées.  Avant de terminer, Mme Harry a formulé quelques recommandations aux gouvernements, au secteur privé et même aux hommes pour aider à développer l’apprentissage des STIM pour les filles, notamment la création d’un corps enseignant des STIMS, des cours qui sont enseignés dès les plus jeunes âges avant que les filles perdent leur intérêt et la confiance, des partenariats renforcés avec le secteur privé et des campagnes de communications et des forums culturels pour sensibiliser sur l’importance de la participation des femmes à la science. 


Mme LEIGH ANN SUDOL-DELYSER, consultante en éducation de la science informatique au Département de l’éducation de la ville de New York, a invité à donner aux femmes un meilleur accès aux sciences et technologies, en les aidant à dépasser les obstacles.  Près de 80% des personnes qui achètent des biens technologiques sont des femmes, a-t-elle signalé, en regrettant qu’elles soient en revanche sous-représentées dans la production de ces produits.  Les emplois technologiques offrent une bonne sécurité d’emploi, de bons salaires, sans avoir à mener des études trop longues.  Avec seulement deux ans d’études supérieures, on peut intégrer le marché de l’emploi, ce qui n’empêche pas de poursuivre sa formation plus tard et obtenir des salaires plus élevés.  Elle a conseillé d’inspirer les étudiants pour qu’ils mettent en place des programmes d’enseignements adaptés aux prochaines générations.  Elle a donné l’exemple d’étudiants de l’Académie de logiciel qui se transforment en formateurs pour apprendre la programmation à des enseignants.


Mme Sudol-Delyser a poursuivi en expliquant le rôle du site http://Code.org, un site consacré à la programmation par les étudiants.  Le programme intitulé « One Hour of Code » a ainsi atteint 53% de filles et 47% de garçons dans 170 pays.  Elle a recommandé la mise en place de programmes scolaires permettant aux étudiants de recevoir une formation sur les sciences et les technologies, ce qui leur donnera ensuite accès à l’enseignement supérieur dans ce domaine.  Elle a ensuite présenté une étudiante brillante de l’Academy for Software Engineering pour qu’elle partage son expérience.


Cette étudiante à l’Academy for Software Engineering, LUNA RUIZ, a ainsi expliqué sa motivation pour poursuivre des études d’informatique.  « J’ai commencé à m’intéresser à ce domaine dans mon lycée où des ordinateurs portables étaient fournis aux élèves », a-t-elle précisé.  « Nous avons appris, par exemple, à utiliser PowerPoint, et cela m’a enthousiasmé », a-t-elle dit.  Luna Ruiz a ensuite expliqué sa « fascination » lors d’une journée « portes ouvertes » dans une école d’informatique.  Elle a reconnu que cette école accueillait plus de garçons que de filles.  Grâce à un mentor qui suivait son évolution au cours de ses études et stage qu’elle a pu effectuer dans une banque pour mettre en pratique ses connaissances, elle a eu l’impression qu’elle pouvait changer le monde en utilisant les technologies, a-t-elle dit.  « Quand je vois un problème, je sais que je peux le résoudre et aider les autres. »  « On ne fait pas assez confiance aux femmes, mais elles sont plus fortes que les hommes », a-t-elle lancé.


Débat interactif


Le dialogue s’est basé sur la constatation qu’il existe toujours un écart entre les hommes et les femmes dans les domaines des sciences et des technologies, même s’il tend à se réduire.  Les délégations ont donné des exemples de mesures incitatives et de promotion de ces secteurs pour améliorer l’accès des femmes à ces filières.


Comme tous les intervenants, la représentante de l’Italie a plaidé en faveur d’une pleine participation des femmes au secteur des technologies, afin de contribuer au développement de nos sociétés.  Elle a présenté l’initiative d’autonomisation des femmes dans les carrières scientifiques qu’appuie le Gouvernement italien.  Dans les pays de l’Union européenne, où 75% des étudiants en ingénierie, architecture, sciences et informatique sont des hommes, une initiative a été lancée pour inciter les filles à choisir ces filières.  Dans le cas des Philippines, ce sont les mesures incitatives prises au cours des cinq dernières années, comme des offres de stage et l’octroi de mentors femmes, qui ont permis de faire augmenter le nombre de filles étudiantes dans les sciences et les technologies.


Il y a quelques années, il n’y avait aucune fille inscrite en informatique dans son pays, a indiqué la représentante de la Finlande, avant d’expliquer les mesures prises pour inverser cette tendance qui ont abouti à la parité.  Cette situation est semblable à celle du Japon, qui a organisé toute une série d’activités, comme des camps de vacances, pour inciter les filles à s’engager dans des études et des carrières scientifiques.  Les mesures doivent aussi être prises au niveau des écoles, a expliqué le représentant du Pakistan, en donnant l’exemple de son pays qui fournit des ordinateurs portables aux meilleurs étudiants.  La République-Unie de Tanzanie offre, quant à elle, des bourses aux filles qui choisissent d’étudier les sciences.


Outre les mesures incitant les filles à choisir les filières scientifiques et technologiques, plusieurs délégations ont souligné l’importance de former des enseignants dans ces domaines et d’assurer une meilleure représentation des femmes dans le corps professoral.  En ce qui concerne la Suisse, des progrès ont été faits ces dernières années grâce à deux programmes qui avaient contribué à une augmentation du nombre de femmes enseignantes.  La représentante du Koweït a indiqué pour sa part que des femmes koweïtiennes occupent des postes de recteur d’université.  En Ouganda, les enseignants sont formés en informatique et les écoles sont équipées d’ordinateurs, a indiqué son représentant.  Son homologue de l’Équateur a parlé de la formation axée sur le genre qui est dispensée aux enseignants.


À cet égard, la représentante d’une ONG, la Fédération irlandaise de l’éducation universitaire, a mentionné l’existence d’un programme intitulé « Gender Innovation in Monitoring in Math and Science » qui aborde la notion de parité de manière innovante.  Elle a aussi fait valoir l’engagement des enseignants en faveur d’une éducation de qualité, question qui fait l’objet de l’initiative « Unite for Quality Education » lancée dans son pays. 


Changer les mentalités sur le rôle des femmes est une autre condition indispensable pour augmenter le nombre de femmes dans les secteurs scientifiques, a fait remarquer la représentante de la République islamique d’Iran.  Il faudrait au départ assurer un bon partage des droits et des responsabilités entre les parents.  Le rôle des parents a d’ailleurs été souligné par la représentante du Tadjikistan, pays qui a adopté une loi obligeant les parents à investir tout autant dans l’éducation des filles que dans celle des garçons.


La représentante de l’Équateur a, quant à elle, mis l’accent sur l’importance des données ventilées par sexe et des statistiques pour mieux comprendre les problèmes que les femmes rencontrent pour accéder à ces filières.  Les évaluations dans ce domaine sont encore trop rares, a constaté la Directrice du genre, de la société et des politiques à l’université argentine FLACSO.  Elle a invité à créer des liens entre les différentes expériences afin d’associer le secteur de l’éducation aux initiatives privées.


« Il faut inspirer non seulement les étudiants, mais aussi les enseignants pour qu’ils inspirent à leur tour leurs étudiants, a recommandé la panéliste de Youth for Technology Foundation du Nigeria- YTF.  Elle a aussi conseillé d’apprendre aux jeunes la vigilance dont ils doivent faire preuve face aux dangers que présentent ces technologies. »


La table ronde s’est conclue par l’intervention de Mme GÜLSER CORAT, Directrice de la Division de l’égalité du genre au Fonds des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), qui a appelé à relever les défis pour éliminer les obstacles à l’accès des femmes aux sciences et aux technologies.  Même en 2014, il y a encore beaucoup de filles qui ne vont pas à l’école, surtout dans le secondaire, a-t-elle fait remarquer.  À ce jour, seulement 30% de femmes embrassent des carrières scientifiques dans le monde.  Elle a recommandé d’éliminer les stéréotypes et les préjugés, avant d’ajouter qu’il serait utile que des femmes servent de modèles ou de mentors pour inspirer les jeunes filles.  Elle a conclu en invitant à mieux connaître la jeunesse et ses attentes.


Suite des déclarations


Mme HIND ALOWAIS, Institut Masdar des Émirats arabes unis, a déclaré que le secteur de la technologie était un secteur porteur dans tous les domaines, pour tous les pays en général et les pays arabes en particulier.  La Constitution des Émirats arabes unis reconnaît les droits des femmes et encourage la participation des femmes, notamment dans le domaine de l’éducation où les filles ont un égal accès que les garçons.  Certaines universités sont réservées uniquement pour les femmes afin qu’elles ne se consacrent qu’à leurs études.  Les initiatives prises par le Gouvernement ont mené à des résultats concrets: 70% des étudiantes dans les universités sont des femmes.  Dans les universités publiques, les femmes représentent 62% des étudiants et 43% dans les universités privées.  Selon le Ministre d’État aux affaires étrangères, M. Anwar Gargash, les femmes comptent pour 59% de la force de travail du pays, y compris dans les domaines de l’ingénierie et de la science. 


Dans la fonction publique gouvernementale, ce taux monte à 66% avec 30% de femmes dans des postes de directeurs.  Ceci montre qu’aux Émirats arabes unis, lorsque les femmes ont fait des efforts pour étudier et pour trouver du travail, elles parviennent toujours au plus haut niveau des études pour occuper ensuite des postes de rang élevé.  De plus, la participation des femmes à la vie publique et politique est très active, a-t-elle indiqué, en précisant qu’elles représentent 17% des ministres et 22,5% des membres du Conseil national fédéral.  Récemment, une décision a été prise pour que les conseils d’administration des entreprises et des agences gouvernementales comptent des femmes dans leurs rangs.  Les Émirats arabes unis occupent le quarante-unième rang sur 187 pays selon l’indice de l’égalité entre les sexes du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et sont le premier pays au Moyen-Orient.


S’agissant de l’éducation de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), le Gouvernement des Émirats arabes unis considère que c’est la meilleure voie à suivre.  Aujourd’hui, 80% des étudiantes sont convaincues que des études dans les domaines de la science, la technologie et l’ingénierie sont profitables pour les femmes.  Convaincu du rôle de famille et de la société dans la motivation et l’appui à la participation des femmes dans les STIM, l’Institut Masdar a approché les familles pour tenter d’apaiser leurs craintes et partager les informations sur les avantages d’étudier avec l’Institut.


Mme LONDA SCHIEBINGER, Professeur d’histoire de la science à Stanford University, a invité les gouvernements à adopter des approches stratégiques afin que les sciences et les technologies soient durables et adaptées aux besoins des femmes.  Elle a d’abord recommandé d’améliorer les institutions pour arriver à des changements structurels qui permettent d’intégrer les analyses basées sur le genre.  Elle a aussi souligné la nécessité d’améliorer la façon dont les données sont recueillies, afin de les analyser en fonction du genre.  Elle a cité l’exemple de l’accès à l’eau qui est important pour les femmes, en particulier celles qui doivent approvisionner leur foyer en eau.  Mme Schiebinger a ensuite fait observer que dans le domaine de la médecine, les efforts sont souvent concentrés sur les hommes, ce qui peut donner lieu à de mauvais diagnostics du rôle des femmes.  Il est donc important d’adopter des méthodes de recherche médicale en faveur des femmes, a-t-elle souligné.  À titre d’exemple, elle a indiqué que les chercheurs savent, par exemple, que les problèmes cardiovasculaires ne se détectent pas de la même manière chez les hommes que chez les femmes.


Mme Schiebinger a mis l’accent sur l’importance de favoriser l’emploi de technologies et la recherche en faveur des femmes.  Elle a également estimé qu’il était nécessaire d’encourager les revues scientifiques à intégrer des analyses sexospécifiques avant la publication de travaux.  La panéliste a aussi jugé nécessaire pour les gouvernements d’intégrer des informations au sujet de la médecine concernant les femmes dans les programmes des écoles publiques.  Il est très dangereux de ne pas savoir qu’une femme peut réagir différemment à un traitement qu’un homme.  C’est une question de vie ou de mort, a-t-elle souligné.


Table ronde 5 sur le thème « Le passage des femmes de l’éducation au plein emploi et à un travail décent, avec un accent particulier sur l’emploi dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques »


Débat interactif 2


Après avoir résumé la table ronde du matin, la Vice-Présidente de la Commission de la condition de la femme, Mme Neli Shiolashvili (Géorgie), a introduit celle de l’après-midi en présentant une courte vidéo qui montre des femmes appelant leurs congénères à embrasser la carrière scientifique et à s’intéresser aux technologies.


Le représentant du Sénégal a insisté sur l’importance d’encourager les femmes à suivre une filière scientifique dans le cadre de leurs études.  Il a indiqué que son gouvernement avait récemment créé un Programme d’appui à la promotion du personnel d’enseignement et de recherche qui entend encourager les chercheurs, en particulier les femmes, à achever leurs thèses d’études.  Il a indiqué que 200 000 dollars avaient été consacrés au financement de projets en faveur de femmes chercheurs.  La représentante de l’Union européenne a relevé que si les femmes étaient bien représentées dans le domaine des sciences, cela n’était pas le cas dans des disciplines comme les mathématiques et l’ingénierie.  Elle a rappelé que l’Union européenne avait lancé, en 2012, une initiative pour encourager les jeunes filles à étudier les sciences.  Elle a voulu ensuite savoir par quels moyens lutter contre les stéréotypes sexistes dans les domaines scientifiques où les femmes sont le plus sous-représentées.


Comment faire pour que l’éducation des femmes se traduise en emplois? a demandé la représentante du Pakistan.  La représentante de l’Italie a expliqué que les entreprises italiennes qui emploient des femmes dans des secteurs non traditionnels bénéficiaient d’une réduction de 50% de leurs contributions sociales.  La représentante du Burkina Faso a estimé qu’outre la formation scientifique des femmes, il faudrait réfléchir au moyen d’adapter les technologies qui sont disponibles sur le marché aux femmes analphabètes et aux femmes qui n’ont pas une éducation scientifique afin de leur permettre de les utiliser.  Former des femmes ne suffit pas, il faut également réfléchir à la situation des utilisatrices des nouvelles technologies pour les aider à en tirer pleinement profit, a-t-elle souligné.


La représentante de la Colombie a indiqué que son pays avait donné accès aux femmes au sein de la police, de l’armée et de la médecine vétérinaire.  Un fonds de réparation a été créé pour venir en aide aux femmes et filles victimes de violences sexuelles.  Les TIC permettent aux jeunes de se former et de créer une société inclusive.  La Colombie a établi un Plan du numérique qui a contribué à l’autonomisation des femmes. 


Aux Philippines, a déclaré la représentante, la participation des femmes et des filles reste faible dans le domaine scientifique, à l’exception de l’ingénierie chimique.  Elle a demandé comment le changement de mentalités pouvait faire modifier les choses.  Répondant à cette question, Mme Schiebinger a souligné qu’il faudrait remédier aux lacunes au détriment des femmes, et que les gouvernements devraient orienter la politique vers les domaines qui intéressent particulièrement les femmes.  Mme Alowais a insisté sur la volonté politique et l’engagement des autorités pour ouvrir les institutions publiques et les universités aux femmes.  


La représentante de la Finlande a dit que dans son pays, l’accès à l’éducation était libre.  Elle a cependant fait remarquer que l’écart des salaires était de 19% en Finlande.  La représentante du Nigéria a regretté la sous-utilisation du mentorat qui pourrait, pourtant, aider les jeunes filles à s’orienter vers les sciences.  Elle a indiqué que la Banque mondiale avait investi 200 millions de dollars dans des programmes d’éducation scientifique des filles et des jeunes femmes dans son pays.  Après avoir fait part des difficultés que rencontraient les femmes syriennes et en particulier les filles à l’école à cause de la « lutte contre les terroristes », la représentante de la République arabe syrienne a demandé des précisions sur la manière dont les femmes peuvent être encouragées à choisir les sciences appliquées.  Le représentant de la République de Corée a aussi reconnu que les femmes gagnaient moins que les hommes pour le même travail alors qu’elles sont actuellement 53% à travailler contre 52% en 2012.  L’année 2014 sera l’année de l’amélioration de la condition de la femme dans le domaine du travail, a dit le représentant. 


La représentante de la Suisse a demandé s’il existait un domaine de la technologie où les personnes âgées pourraient avoir une occupation générant des revenus.  La représentante de l’Ouganda a voulu savoir comment combler le « fossé technologique générationnel » en faveur des personnes âgées.  Mme Schiebinger a répondu que la robotique pouvait rendre des services aux personnes âgées.  Des recherches impliquant personnel médical et personnes âgées pourraient être conduites.  En tout cas, il est important de repenser l’ingénierie telle qu’elle se présente aujourd’hui.  En ce qui concerne les différentes formes de travail, elle a préconisé d’essayer « l’horaire souple » et le « travail flexible » tout en faisant en sorte que les femmes puissent accéder à des postes plus importants.  « L’horaire de travail doit s’adapter aux femmes et non l’inverse », a dit Mme Schiebinger.  La représentante de la Syrie a répondu que le « travail flexible » est une tentative de consacrer le rôle de la femme: la famille d’abord, le travail après, a-t-elle dit.  


Résumant la table ronde, la Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes, Mme Puri, a retenu trois points: l’accès et la participation des femmes à l’éducation de la technologie et de la science, l’égal accès des femmes et des hommes au plein emploi et à un travail décent, et les moyens de mettre les technologies au service de l’autonomisation des femmes.  Pour y parvenir, elle a suggéré des changements institutionnels.  Elle a assuré que les choses avaient commencé à changer réellement aux Émirats arabes unis, grâce à la volonté politique des dirigeants du pays.  Elle a aussi dit qu’il faudrait créer des institutions spécialisées pour la formation et l’éducation des femmes, tout en demandant de faciliter l’accès des femmes à des domaines traditionnellement réservés aux hommes. 


La Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes a avoué qu’elle a manqué son rêve de devenir chercheur à cause de l’idée fausse selon laquelle les filles ne sont pas faites pour les sciences.  Elle a également reconnu le rôle des « modèles » qui pourraient motiver les femmes à embrasser une carrière scientifique.  Elle a aussi souligné le rôle accru des TIC dans l’amélioration de l’éducation pour les femmes.  L’ONU-Femmes et le Canada ont lancé conjointement le programme « Portail de connaissance », utilisé par 40 000 personnes, a-t-elle révélé.  « She will connect » est une autre initiative visant à connecter les femmes à Internet, a-t-elle ajouté.  Pour ce qui est de la lutte contre la pauvreté, elle a estimé que la technologie pourrait aider par « l’innovation frugale » qui impliquerait les femmes en tant que conceptrices et responsables de la gestion des produits.  Enfin, elle a plaidé pour que les objectifs de développement durable prennent en compte l’éducation des STIM en faveur des femmes. 


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