19/3/2014
Vice-Secrétaire général
DSG/SM/756
SC/11327
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LA VIOLENCE EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ET AU SOUDAN DU SUD MONTRE LA NÉCESSITÉ D’UNE COMMISSION DE CONSOLIDATION DE LA PAIX AU RÔLE DE CATALYSEUR, DÉCLARE LE VICE-SECRÉTAIRE GÉNÉRAL


On trouvera ci-après le discours du Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, lors du débat public que le Conseil de sécurité a tenue sur la consolidation de la paix postconflit, le 19 mars:


Je vous remercie, Madame la Présidente, d’avoir organisé le présent débat qui tombe à point nommé.  Je connais bien l’étendue de votre engagement et de votre expérience, et celle de plusieurs de vos collègues au Conseil, concernant les travaux de la Commission de consolidation de la paix.


La consolidation de la paix englobe une variété d’activités politiques et de développement conduites par les opérations de maintien de la paix, les missions politiques spéciales et les équipes de pays des Nations Unies, et d’autres acteurs.  Elle est au cœur des aspirations des Nations Unies dans les pays qui sortent d’un conflit.


Il y a tout juste deux semaines, le Secrétaire général s’est rendu en Sierra Leone pour la cérémonie de clôture de l’opération de consolidation de la paix des Nations Unies en Sierra Leone, à savoir le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone.  La transition à l’équipe de pays est en marche, en étroite collaboration avec le Gouvernement sierra-léonais et avec l’appui politique constant de la Commission de consolidation de la paix.


L’exemple de la Sierra Leone, et avant elle du Timor-Leste, est une preuve de la façon dont la consolidation de la paix après un conflit peut empêcher un pays de retomber dans la violence et peut en soutenir le développement au sortir du conflit.  D’autre part, les flambées de violence observées récemment en République centrafricaine et au Soudan du Sud montrent à quel point sont imprévisibles les conditions dans lesquelles s’opère la consolidation de la paix, et les risques élevés encourus.  C’est pourquoi nous devons toujours être prêts à nous adapter et à chercher de nouvelles stratégies fondées sur l’expérience et sur les faits.


En 2012, le Secrétaire général a identifié l’ouverture, le renforcement des institutions et la nécessité à la fois d’un appui continu de la communauté internationale et de la responsabilité mutuelle comme étant les trois domaines prioritaires de la consolidation de la paix.  Je voudrais aborder en quelques mots chacun de ces domaines.


Concernant, premièrement, la question de l’ouverture, la prise en mains et la direction des processus au niveau national et l’interaction des forces politiques nationales sont des éléments indispensables à une paix durable.  Mais les accords de paix qui ne font intervenir qu’un nombre limité de protagonistes ou d’acteurs clefs ne parviennent souvent pas à répondre aux besoins et aux attentes des populations, et se révèlent donc fragiles.


Si force est d’admettre que la négociation des accords de paix doit faire une place aux groupes armés, la consolidation de la paix implique principalement des processus politiques à large participation et une responsabilité des acteurs devant le public.


En Guinée, l’année dernière, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique de l’Ouest, M. Said Djinnit, a facilité, avec le soutien de la Commission de consolidation de la paix et du Fonds pour la consolidation de la paix, un dialogue politique qui a contribué au renforcement de la confiance entre les partis politiques et à un rôle accru des femmes, y compris en tant qu’observatrices électorales.  Tous ces éléments ont influé de façon critique sur le déroulement – largement pacifique – des élections de septembre 2013.


Au Yémen, au cours des deux dernières années, le Conseiller spécial du Secrétaire général s’est employé à faire entendre la voix des femmes et des jeunes au sein du dialogue national.  Ces deux exemples mettent en évidence l’importance de la prise en compte du sort des femmes dans le cadre de la consolidation de la paix et de la participation des femmes aux processus de paix.


Je tiens à souligner l’engagement, dans ce domaine, du Secrétaire général, qui a promis de consacrer 15 % des fonds de consolidation de la paix gérés par l’ONU aux projets favorisant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.  Je sais que l’objectif n’a pas encore été atteint, mais il demeure un objectif prioritaire pour la consolidation de la paix.


Mon deuxième point concerne le renforcement des institutions dans le but de promouvoir la paix, le développement et la cohésion sociale.  Renforcer l’ensemble des institutions de l’État dans les domaines de la justice, de l’éducation et des soins de santé peut aider les gouvernements à s’attirer une large confiance populaire et à veiller à ce que les différends et la compétition politique soient gérés sans recourir à la violence.


Des institutions judiciaires et de sécurité efficaces et impartiales sont particulièrement importantes pour promouvoir le respect des droits de l’homme et l’état de droit.


Nous voyons le rôle primordial que joue le renforcement des institutions au Libéria, où l’appui de l’ONU à la création de cinq pôles régionaux pour la sécurité et la justice a contribué à restaurer la confiance à l’égard des services de sécurité du pays.  Le développement des services judiciaires et des réformes juridiques sont des éléments centraux de la déclaration libérienne d’engagements réciproques avec la Commission de consolidation de la paix.  Et l’appui apporté à la Commission foncière et aux « huttes de la paix » a favorisé le règlement pacifique des différends.  Je sais que le représentant de la Jordanie connaît fort bien la question.


Les exemples positifs de consolidation de la paix que je viens de citer dépendent d’un appui financier et politique durable et prévisible de la part de la communauté internationale, ce qui m’amène à mon troisième point.  Là où une mission des Nations Unies assure la transition vers une équipe de pays des Nations Unies, comme au Burundi ou en Sierra Leone, nous devons veiller à assurer un financement continu des activités essentielles. 


Nous devons également apporter le soutien politique nécessaire et agir de manière décisive dans les moments critiques.  Comme l’a relevé le Conseil au cours de sa récente mission au Mali, le cantonnement est une mesure de confiance cruciale dans le processus de paix.  Un financement rapide et fiable du Fonds pour la consolidation de la paix est indispensable pour que l’ONU soit en mesure de promouvoir le cantonnement.


Le New Deal pour la Somalie a mis en adéquation l’aide des donateurs avec les priorités définies par le Gouvernement et les homologues somaliens, ce qui a permis de renforcer la responsabilité mutuelle.  Au Libéria, la mise en place d’une sorte de « tableau de bord » accessible au public, montrant les détails du financement des bailleurs de fonds, a permis de favoriser la transparence.


Je voudrais aussi ajouter que l’engagement de l’Union africaine en République centrafricaine, en Somalie et ailleurs en Afrique met en exergue l’importance d’un travail en partenariat étroit avec les organisations régionales, dans l’esprit du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.


Instaurer un environnement régional propice à la paix doit être une priorité essentielle des pays qui sortent d’un conflit, qui peuvent ainsi consolider des transitions fragiles et réduire les flux financiers ou mouvements d’armes illicites.


Les Représentants spéciaux du Secrétaire général au Burundi, en République centrafricaine et en Guinée-Bissau ont activement travaillé avec la Commission de consolidation de la paix pour s’assurer la coopération des pays voisins et des organisations régionales.


En mai dernier, le Secrétaire général et le Président de la Banque mondiale ont parcouru la région des Grands Lacs en Afrique, et ils se sont rendus au Sahel au mois de novembre avec le Président de l’Union africaine, le Président de la Banque africaine de développement et le Commissaire au développement de l’Union européenne.  Ces voyages ont fait opportunément la preuve de la volonté commune d’appuyer une action de transformation et de s’engager à instaurer la paix et le développement. 


Des partenariats similaires ont été mis au point dans la région des Grands Lacs, où l’ONU et l’Union européenne œuvrent aux côtés des gouvernements et de la société civile pour améliorer la gestion des ressources naturelles.


Les États Membres ont créé un nouveau dispositif de consolidation de la paix au Sommet de 2005 pour faire face au retour fréquent de la violence dans les pays sortant d’un conflit armé.


Compte tenu de sa composition diversifiée, la Commission de consolidation de la paix est bien placée pour contribuer à garantir la cohérence des efforts et maintenir fermement l’attention sur la promotion de la paix.  Je tiens en outre à dire que l’utilité et la souplesse d’utilisation du Fonds pour la consolidation de la paix sont désormais largement reconnues. 


Mais des questions demeurent quant à savoir où et comment la Commission peut être la plus utile et la plus adaptée.  La Commission et ses formations pays s’emploient sans trêve à jouer un utile rôle consultatif auprès du Conseil de sécurité, et à faire peser pleinement la volonté collective des États Membres en faveur des priorités de la consolidation de la paix.


Nous nous devons de rappeler, cependant, que la Commission de consolidation de la paix est un organe subsidiaire du Conseil et qu’elle ne peut être utilisée de manière optimale, je le répète, que si celui-ci lui en donne la latitude et met pleinement à profit son potentiel.  Lorsque la Commission de consolidation de la paix a été créée – il se trouve que j’étais à l’époque Président de l’Assemblée générale – nous pensions que le Conseil pourrait tirer parti d’un organe consultatif capable de s’inscrire dans une perspective à plus long terme au lendemain d’un conflit. 


J’aimerais ici appeler le Conseil à profiter de l’examen du dispositif de consolidation de la paix en 2015 pour tracer les contours d’une Commission de consolidation de la paix actuelle, efficace, au rôle de catalyseur, pour le moins du point de vue du Conseil de sécurité mais aussi, naturellement, dans l’intérêt des États concernés.


La réalité nous rappelle assurément que cette fonction et que ce rôle de l’ONU répondent bel et bien à un besoin et à une attente.  Je me réjouis d’entendre le nouveau Président de la Commission de consolidation de la paix s’exprimer sur ce point.  Les défis, dans des pays comme l’Afghanistan, la République centrafricaine, le Soudan du Sud, le Mali et la Somalie, sont nombreux, graves et pressants.  Je suis certain que les Gouvernements et la population de ces pays auraient beaucoup à gagner à un dispositif de consolidation de la paix des Nations Unies efficace et doté d’un large ancrage.


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