16/05/2014
Conseil économique et social
DH/5182

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Instance permanente sur les questions autochtones

Treizième session

8e séance – matin


INSTANCE PERMANENTE: TA’KAIYA BLANEY, 13 ANS, IMPUTE LES TAUX ÉLEVÉS DE SUICIDE

CHEZ LES JEUNES AUTOCHTONES AU « GÉNOCIDE CULTUREL »


L’Australie enregistre un taux record de suicide chez les jeunes autochtones de 15 à 19 ans dont la courbe est 5 fois plus élevée que la moyenne nationale.  Dans un pays développé, il est difficile de s’arrêter à l’insuffisance des investissements dans une éducation de qualité pour expliquer ce phénomène.  Alors pourquoi ces suicides et ces taux records?  Parce que, a répondu Ta’Kaiya Blaney, 13 ans, ces jeunes sont victimes d’un « génocide culturel ».


L’Instance permanente sur les questions autochtones examinait aujourd’hui la situation des enfants et des jeunes autochtones, armée d’un rapport sur ce qui se fait au Mexique, au Guatemala, au Honduras et au Nicaragua.  Dans ces pays en développement, la situation difficile des enfants et des jeunes tient au fait qu’ils se trouvent bien souvent dans des contextes de désintégration familiale et qu’il y a un manque patent d’infrastructures d’enseignement dans les zones rurales ou urbaines marginalisées dans lesquelles ils vivent. 


À ces défaillances, il faut ajouter que les programmes d’études et les méthodes d’enseignement sont souvent culturellement inappropriés et que la langue utilisée pour l’instruction n’est pas celle des enfants autochtones.*


C’est le « génocide culturel » dont parle la jeune autochtone canadienne de 13 ans, Ta’Kaiya Blaney.  « Lorsque la langue meurt, le sentiment de collectivité disparait », a-t-elle prévenu en alertant de l’« état de guerre permanent » dont sont victimes les jeunes autochtones et qui, a-t-elle tranché, est la première cause de suicides parmi eux. 


Celle de la Commission des droits de l’homme de l’Australie n’a pas dit autre chose lorsqu’elle a expliqué les taux records de suicide chez les jeunes autochtones de 15 à 19 ans, 5 fois plus élevés que la moyenne nationale.  Elle a attribué ces taux à « la dépossession culturelle et matérielle qui sape la force et la résilience de la communauté »; la transmission de la culture étant le meilleur moyen de lutter contre le désespoir chez les jeunes. 


« Nous continuons de souffrir des conséquences de la perte de notre langue et de nos coutumes parce que ce génocide culturel est inscrit dans notre identité », a renchéri la représentante des enfants autochtones du Canada.  Aux facteurs historiques d’exclusion sociale hérités de la colonisation comme la dépossession de terres, il faut ajouter de nouveaux facteurs, comme la dépossession culturelle, qui creusent de nouveaux fossés entre l’enfant autochtone et le reste de la population, a acquiescé M. Alvaro Pop, membre de l’Instance.


La Présidente de l’Instance Mme Dalee Sambo Dorough a précisé que le Canada avait produit de nombreuses études démontrant les liens entre déculturation et taux de suicide chez les jeunes La représentante de la Fédération de Russie a précisé que 13 347 enfants autochtones ont accès à un enseignement dans leur langue maternelle.  Celle du Caucus des autochtones du Pacifique a exigé des États-Unis des mesures pour faire passer de 1 à 10 le taux des enfants hawaïens ayant accès à une éducation primaire en langue hawaïenne.  Son homologue de la Plateforme continentale des femmes autochtones d’Amérique a soulevé la question de la traduction des lois nationales en langues autochtones.


Le représentant de l’Équateur a décrit une nouvelle approche interculturelle favorisant l’enseignement bilingue.  La représentante du Chili a parlé d’un projet de loi sur la création d’un ministère et d’un conseil consultatif des peuples autochtones.  Un ministère est également à l’étude au Guatemala, a dit son représentant. 


L’article 11 de la Déclaration des Nations Unies disposent que les peuples autochtones ont le droit de conserver, de protéger et de développer leur culture et que les États doivent accorder réparation aux autochtones suite aux violations de leurs lois, traditions et coutumes.  Le représentant duMécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones a indiqué que son Mécanisme a été invité, par la résolution 34/10 du Conseil des droits de l’homme, à poursuivre ses travaux sur la question de la justice réparatrice.


Celui d’El Salvador a souhaité que le vingt-cinquième anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant mette l’accent sur la question de l’identité culturelle des enfants autochtones.  Face à la faible action du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), un membre de la Nation Sliammon a appelé à la création d’un fonds pour l’accès à la santé, à l’éducation, à la langue et à la culture des enfants autochtones.  Les institutions spécialisées de l’ONU et le Bureau de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, membre de l’Instance, ont été invités par Mme Joan Carling, membre de l’Instance, à favoriser la mise en œuvre du dernier Protocole à la Convention relative aux droits de l’enfant.  La représentante de la Fédération des 64 nations indiennes Saskachewan a demandé à l’ONU une enquête sur les 1 200 femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada.


Véritable attraction de la journée, « Looking Horse », Chef sioux de la dix-neuvième génération des gardiens de la pipe sacrée offerte par la femme-bison, a voulu que le 21 juin, l’on célèbre véritablement la Journée de la Terre nourricière –Pachamama-.  « Nous devons nous attendre encore à beaucoup de souffrances avant que la Terre nourricière ne guérisse de tous ses maux. »     


L’Instance permanente discutera lundi 19 mai à partir de 10 heures de la Conférence mondiale sur les peuples autochtones prévue pour septembre 2014.  


*E/C.19/2014/5


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