28/5/2014
Conseil de sécurité
CS/11416

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Conseil de sécurité                                        

7184e séance – matin                                       


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES ENLÈVEMENTS CONTRE RANÇONS ET LE PHÉNOMÈNE DES COMBATTANTS ÉTRANGERS, NOUVEAUX DÉFIS DES COMITÉS CONTRE LE TERRORISME


Le Conseil de sécurité a assigné aujourd’hui à ses Comités contre le terrorisme deux nouveaux défis: les enlèvements contre rançons et le phénomène des combattants étrangers.  Le Conseil tenait sa réunion semestrielle avec les Présidents des Comités créés en vertu de la résolution 1373 (2001) contre le terrorisme, la résolution 1540 (2004) contre l’accès des acteurs non étatiques aux armes de destruction massive, et les résolutions 1267 (1999) et 1989 (2011) contre Al-Qaida et les individus et entités associés.


D’emblée, les membres du Conseil de sécurité se sont félicités que le Comité contre Al-Qaida ait pris la décision, le 22 mai dernier, de placer les extrémistes islamistes de Boko Haram dans la liste des individus et entités soumis aux sanctions financières et à l’embargo sur les armes, ce qui a été confirmé aujourd’hui par le Président du Comité, M. Gary Francis Quinlan de l’Australie.


Cette décision a été prise quelques jours après le Sommet de Paris sur la sécurité au Nigéria, qui s’est tenu le 17 mai dernier et qui a, selon le représentant du Royaume-Uni, donné lieu à un accord entre les Nations Unies, l’Union européenne et les États-Unis.  Le Sommet, qui a eu lieu, après l’enlèvement le 15 avril dernier de 300 écolières par Boko Haram, dans l’État nigérian de Borno, a donc traité d’une question qui est devenue un défi pour le Comité contre le terrorisme. 


Sa Présidente, Mme Raimonda Murmokaitė de la Lituanie, a annoncé la préparation, dans les prochains mois, d’une réunion spéciale sur la question des enlèvements contre rançons.  Le représentant du Tchad a insisté sur la dangerosité du paiement des rançons, « une source de revenus qui contribue à perpétuer les actes criminels et terroristes ».  Il s’est dit préoccupé par le regroupement dans le sud de la Libye de militants d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) après leur défaite au Mali.  La Présidente du Comité contre le terrorisme a d’ailleurs indiqué que sa Direction exécutive a tenu, ce mois-ci, la toute première réunion annuelle des réseaux professionnels de la police des frontières, des services de douane et des agences de renseignements sur le renforcement de la coopération dans le domaine du contrôle des frontières dans les régions du Maghreb et du Sahel. 


Le contrôle des frontières est directement lié au phénomène des combattants étrangers, un autre défi dans la lutte contre le terrorisme que le représentant de la France a décrit comme « des jeunes gens qui s’autoradicalisent et partent combattre aux côtés de terroristes et qui représentent non seulement une menace pour les pays où ils se rendent mais également pour leur pays d’origine où il est probable qu’ils reviennent s’installer ». 


Les autorités françaises n’ont pas dit, a affirmé aujourd’hui le représentant de la Syrie, que la propre sœur du terroriste Mohammed Merah avait quitté la France pour rejoindre les « combattants étrangers » en Syrie.  Le représentant syrien qui a dit préférer le terme simple de « terroristes » a estimé à 80 le nombre des États d’origine des combattants qui rejoignent les groupes armés dans son pays, « soit un nombre supérieur à celui des étrangers envoyés en Afghanistan et en Iraq », a-t-il insisté.


Le Comité contre Al-Qaida doit prendre des mesures contre ce phénomène et notamment contre les filières qui contribuent à leur acheminement, a voulu le représentant de la France.  Nul doute que ces questions seront approfondies au mois de juin, pendant l’examen de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies.  Les délégations ont souhaité que le renforcement de la coordination entre les trois Comités soit au cœur de cet examen. 



EXPOSÉS DES PRÉSIDENTS DES ORGANES SUBSIDIAIRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ


Déclarations


Mme RAIMONDA MURMOKAITĖ (Lituanie) Présidente du Comité contre le terrorisme établi en vertu de la résolution 1373 (2001), a fait une déclaration conjointe au nom des Comités créés en vertu des résolutions 1540 (2004), 1267 (1999) et 1989 (2011).  Elle a fait le point sur le partage des informations et les réunions communes, les activités de sensibilisation et les visites dans les pays, et la participation au cadre plus large de la lutte contre le terrorisme. 


Les trois Comités et leur Groupe d’experts respectif, a-t-elle dit, continuent de tenir des réunions pour discuter des questions communes, coordonner leurs actions et échanger des informations sur des questions particulières. 


Par exemple, le Groupe d’experts du Comité 1540 et l’Équipe de surveillance du Comité 1267 ont tenu des échanges informels sur les nouveaux défis, comme l’implication des avancées scientifiques et technologiques dans le domaine des armes chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires pour les acteurs non étatiques, y compris les terroristes.


Tous les Groupes d’experts continuent de coordonner leurs activités de sensibilisation et les visites dans les pays, de manière régulière.  Les trois Groupes d’experts se consultent lorsqu’ils planifient des visites et d’autres missions, pour faciliter la participation de leurs experts et assurer une approche cohérente. 


Ils ont ainsi, par exemple procédé, cette semaine, à l’évaluation de la visite en Mongolie.  Au niveau régional, la Présidente a attiré l’attention sur la création d’un point focal commun pour la région des Caraïbes en vue de travailler sur les questions dont s’occupent les trois Comités et leur Groupe d’experts.  Le point focal est abrité par la CARICOM et financé par le Gouvernement de l’Australie.  Il est chargé de traiter des demandes des États de la région s’agissant de l’assistance technique.  Cette initiative peut être considérée comme un projet pilote qui pourrait conduire au recours partagé des points focaux dans d’autres régions. 


Intervenant au nom du Comité contre le terrorisme, la Présidente a rappelé que l’évaluation et le suivi, aux niveaux national et régional, demeurent au cœur du travail du Comité.  Les nouveaux outils, tels que les sondages sur la mise en œuvre de la résolution pertinente, ont permis de faire une évaluation plus détaillée des défis nationaux, régionaux et internationaux, des lacunes et des pratiques exemplaires mais aussi de contribuer à un renforcement des capacités plus ciblé et plus efficace.  Dans ce contexte, le Comité a évalué la mise en œuvre des efforts déployés par 27 États Membres.


Sa Direction exécutive a tenu par exemple, ce mois-ci, la toute première réunion annuelle des réseaux professionnels de la police des frontières, des services douaniers et des agences de renseignements pour renforcer la coopération dans le domaine du contrôle des frontières dans les régions du Sahel et du Maghreb. 


Toujours ce mois-ci, la Direction exécutive a facilité l’organisation au Kenya d’un atelier sur la mise en œuvre de la résolution 1624 (2005).  La Direction a aussi continué de collecter les pratiques exemplaires sur la législation et d’autres mesures telles que les programmes d’éducation à la promotion de la paix, du dialogue et de la compréhension entre les civilisations.


En décembre 2013, des procureurs du monde entier se sont retrouvés à Tunis pour discuter du phénomène grandissant de la radicalisation individuelle qui donne lieu à des cellules terroristes de très petite taille.


La Direction exécutive et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) ont aussi lancé une initiative pour renforcer les capacités d’enquête et de poursuite des pays.  L’initiative pluriannuelle traitera des défis dans ces domaines dont le respect des droits de l’homme et de l’état de droit.


Au cours des prochains mois, le Comité entend, entre autres, préparer la réunion spéciale sur la question des enlèvements contre rançons, a encore dit la Présidente.


M. OH JOON (République de Corée), Président du Comité créé en vertu de la résolution 1540 (2004) sur la prolifération des armes nucléaires, chimiques ou biologiques ou de leurs vecteurs, a notamment souligné que le Comité continuerait d’accroître sa coopération avec les autres Comités et de coordonner ses activités avec les organisations régionales et sous-régionales concernées. 


Il a indiqué que, depuis le dernier exposé devant le Conseil de sécurité, le Comité avait, à leur invitation, effectué deux visites de pays au Niger et au Bangladesh et avait participé à 46 activités d’information dans le monde, représentant une excellente opportunité de mettre en œuvre la résolution 1540 (2004). 


Alors que l’on célèbre le dixième anniversaire de cette résolution, beaucoup de travail reste à réaliser, a dit M. Oh.  Le Président du Comité s’est engagé à la pleine mise en œuvre universelle de la résolution 1540 (2004).


M. GARY FRANCIS QUINLAN (Australie), Président du Comité du Conseil de sécurité créé en vertu des résolutions 1267 (1999) et 1989 (2011) concernant Al-Qaida, les Taliban et les individus et entités qui leur sont associés, a concentré son intervention sur l’évolution de la menace à la paix et à la sécurité internationales posée par Al-Qaida et les groupes qui lui sont associés et au renforcement de l’efficacité du régime de sanctions.


M. Quinlan a indiqué notamment que le Comité avait, la semaine dernière, approuvé l’ajout de Boko Haram à sa liste d’individus et d’entités sujets à des sanctions financières ciblées et à l’embargo sur les armes tel qu’établi dans la résolution 2083 (2012).


Le Comité, a-t-il dit, est actuellement en train d’examiner plus de 150 entrées sur la liste des sanctions, soit plus de la moitié du total.  L’évolution rapide de la menace à la paix et à la sécurité internationales que représentent Al-Qaida et les groupes qui lui sont associés exige, a souligné M. Quinlan, une action dynamique et opportune de la part du Comité des sanctions et de l’ensemble des États Membres des Nations Unies.  Assurer l’efficacité de cet instrument est une entreprise commune, a-t-il dit.


Le Président du Comité a encouragé les États Membres à faire en sorte que la liste des sanctions soit pertinente.  Il les a également exhortés à concentrer leurs efforts sur la pleine mise en œuvre des sanctions contre les individus et les entités figurant sur la liste et relevant de leurs juridictions. 


M. MICHAEL TATHAM (Royaume-Uni) a indiqué que la menace du terrorisme est en pleine évolution et que le Conseil de sécurité devait donc prendre les devants pour la contrecarrer.  La résolution 2133 (2014) se penche sur l’une des tendances émergentes à savoir l’enlèvement pour rançon qui constitue une grave menace à la paix et la sécurité internationales.  La menace mondiale d’Al-Qaida n’a pas changé, a-t-il constaté, et le régime des sanctions reste de mise.  Évoquant les enlèvements des jeunes écolières au Nigéria par Boko Haram, il a souligné que l’horreur de cet acte montre à quel point il est nécessaire de redoubler d’efforts.  C’est la raison pour laquelle le Royaume-Uni s’est porté coauteur de la proposition du Nigéria de prendre des mesures de sanctions contre Boko Haram.  Le représentant a rappelé que le Sommet de Paris sur la sécurité au Nigéria s’est achevé sur un accord entre les Nations Unies, l’Union européenne et les États-Unis.  Concernant la mise en œuvre de la résolution 1540 (2004), il a félicité la présidence et a invité les États Membres à persévérer dans la mise en œuvre de cette résolution.


M. CRISTIÁN BARROS MELET (Chili) s’est en particulier félicité de la rapidité et de l’efficacité avec laquelle le groupe terroriste Boko Haram a été ajouté le 22 mai dernier à la liste des personnes et entités soumises à des sanctions financières et à l’embargo sur les armes.  Il a appelé les États Membres à continuer de travailler à l’amélioration des procédures qui mettent l’accent sur l’autorité et la légitimité des mesures imposées par le Conseil.  Dans ce contexte, il a souligné l’importance de l’examen de la résolution 2083 (2012) cette année.


Le délégué chilien a estimé que le travail le plus important du Comité 1373 et de sa Direction exécutive était de promouvoir la capacité des États à appliquer et mettre en œuvre les résolutions 1373 (2001) et 1624 (2005), grâce à la coopération internationale et au transfert efficace de technologies.


En ce qui concerne les travaux du Comité 1540, il a rappelé que la résolution 1540 (2004) fut la première liée à la menace de la prolifération des armes nucléaires, chimiques ou biologiques ou de leurs vecteurs et comblait une lacune dans le système international du maintien de la paix et de la sécurité.  Dix ans après, a-t-il ajouté, il reste beaucoup à faire car la menace des acteurs non étatiques et des groupes terroristes persiste.


M. JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a estimé que les derniers évènements, dont l’enlèvement des jeunes écolières au Nigéria et l’attentat à la bombe au Yémen, soulignent la nécessité d’une action rapide et efficace.  Une approche impliquant tout le système des Nations Unies est nécessaire face au paysage du terrorisme toujours changeant.  Les Présidents des Comités, a encore estimé le représentant, ont fait un travail « excellent » pour promouvoir le respect des résolutions du Conseil de sécurité.  Il revient maintenant à ce dernier de se concentrer sur la question des enlèvements contre rançon et celle des combattants qui passent de frontière en frontière.  Une mise en œuvre effective des résolutions pourrait aussi traiter de la question des explosifs improvisés qui font tant de morts dans le monde.  Parmi d’autres actions, le représentant a cité la nécessité de faire du Comité contre le terrorisme et de sa Directrice exécutive un « site de rencontres » entre les États qui ont besoin d’une aide technique et ceux qui peuvent la leur apporter.  Chaque État doit identifier ses propres besoins et lacunes et tout le monde doit être ouvert au partage des informations, a insisté le représentant.


M. KAYODE LARO (Nigéria) s’est félicité de la coopération entre les trois Comités qui, a-t-il dit, leur a permis de partager leurs expériences face aux difficultés.  Le Nigéria reste déterminé à faire face au défi du terrorisme qui menace sa propre sécurité nationale.  En 2014, le Gouvernement fédéral a lancé un plan en quatre points visant, entre autres, à réaffirmer l’identité nationale et à éliminer la pauvreté endémique qui alimente le terrorisme. 


Le renforcement des capacités dans la lutte contre le terrorisme est de plus en plus impératif, a-t-il ajouté, notant que les terroristes utilisaient l’Internet et les moyens de communications modernes pour entreprendre et financer leurs actions. 


Le délégué nigérian s’est félicité du caractère universel du régime des sanctions contre Al-Qaida.  Il a espéré que l’inscription récente du groupe Boko Haram aidera à lutter contre le terrorisme. 


Sur la non-prolifération, il est essentiel, selon lui, de veiller à ce que les acteurs non étatiques ne puissent acquérir des armes de destruction massive.  La décision du Comité 1540 de renforcer sa coopération avec les autres Comités et des organisations régionales et sous-régionales ne pourra que mieux contribuer à l’exécution de son mandat.


M. WANG MIN (Chine) a affirmé que le terrorisme était l’ennemi commun de toute l’humanité.  Les actions récentes au Nigéria et dans son pays sont inexcusables, a-t-il dit, estimant que la communauté internationale devait adopter une politique de tolérance zéro. 


L’ONU doit jouer un rôle accru dans la lutte contre le terrorisme.  Elle doit fixer des critères clairs et éviter la politique du deux poids deux mesures dans le cadre de la coopération internationale contre le terrorisme, conformément à la Charte des Nations Unies.


Le Comité contre le terrorisme a une responsabilité majeure dans la lutte contre ce fléau, a ajouté le représentant chinois, espérant qu’il maintiendra son dialogue avec les autres Comités et les États Membres.


Le représentant, qui a exprimé le soutien de son pays au Comité des sanctions contre Al-Qaida et à ses activités, a également rappelé que cette année marquait le dixième anniversaire du Comité 1540.  La prochaine étape consiste à promouvoir la mise en œuvre universelle de la résolution 1540 (2004).  La Chine, a-t-il conclu, est prête à renforcer la gouvernance mondiale dans le domaine de la non-prolifération.


M.OLIVIER NDUHUNGIREHE (Rwanda) a, après l’attentat terroriste contre le Musée juif à Bruxelles, appelé à la vigilance.  Il a prévenu que l’absence d’un commandement à la tête d’Al-Qaida ne l’empêche pas de sévir dans plusieurs régions, notamment en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel.  Faute d’efforts concertés pour régler les conflits, ce groupe ne fera que proliférer dans d’autres régions. 


Le représentant s’est félicité de l’inscription de Boko Haram sur la liste récapitulative.  Prévenant de la porosité des frontières, il a ajouté que le temps passe et le terrorisme s’intensifie grâce à l’utilisation d’Internet et l’attrait qu’il a auprès des jeunes.  Il a mis l’accent sur l’importance de la sensibilisation et la collaboration entre les différents Comités.


M. EIHAB OMAISH (Jordanie) a affirmé qu’Al-Qaida et les entités qui y sont associées représentaient toujours une menace à la paix et à la sécurité internationales.  Les nouvelles entités utilisent de nouveaux moyens comme les technologies de l’information, s’est-il notamment inquiété.  Les conflits ravageurs dans la région du Moyen-Orient représentent un terreau favorable à l’apparition de groupes terroristes, a-t-il dit. 


Les Comités des Nations Unies chargés de la lutte contre le terrorisme doivent ainsi poursuivre leurs tâches sans relâche au Moyen-Orient.  La Jordanie apprécie le rôle important joué par le Comité contre le terrorisme et sa Direction exécutive.  Le représentant a affirmé l’importance pour le Comité et de sa Direction de poursuivre et de coordonner l’assistance technique aux États Membres, conformément à leurs besoins.  Il a insisté sur la nécessité de renforcer les efforts nationaux, régionaux et internationaux pour faire face au fléau du terrorisme.


M. PHILIPPE BERTOUX (France) s’est félicité que, quelques jours après le Sommet de Paris sur la sécurité au Nigéria, qui s’est tenu le 17 mai, le Comité contre Al-Qaida ait inscrit Boko Haram sur la liste des entités visées par les sanctions du Conseil de sécurité.  Il a jugé indispensable de poursuivre les efforts visant à mettre à jour la liste des sanctions, afin qu’elle reflète correctement les menaces émergentes, en particulier ce que la France appelle les « combattants étrangers », ces jeunes gens qui s’autoradicalisent et partent combattre aux côtés des terroristes.  « Il est urgent que le Comité des sanctions prennent des mesures contre ce phénomène et notamment contre les filières qui contribuent à leur acheminement », a déclaré M. Bertoux, qui s’est dit favorable à ce que le Comité contre le terrorisme (CTC) s’intéresse lui aussi à cette problématique.  En outre, a précisé le représentant, il faut que les procédures de désignation et de radiation de la liste des sanctions respectent les libertés fondamentales des personnes inscrites sur la liste.  La France a par ailleurs salué le CTC pour ses discussions relatives à la résolution 2133 (2014) sur les « enlèvements contre rançons ». 


Sur le Comité 1540, la France a rappelé que la mise en œuvre rigoureuse de la résolution 1540 (2004) par les États Membres joue un rôle important dans la prévention des risques de prolifération des armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques.  Depuis 2004, les progrès observés dans sa mise en œuvre sont importants, a estimé la délégation, qui a noté qu’une majorité d’États avait adopté des mesures visant à transcrire en dispositions de cette résolution dans leur droit national.  Le Comité, a relevé le représentant, a également poursuivi pendant ces 10 dernières années sa coopération avec plusieurs organisations internationales, régionales et sous-régionales, ainsi qu’avec d’autres organes subsidiaires du Conseil.  Il a estimé que le Comité devait engager une réflexion stratégique sur la mise en œuvre de la résolution 1540 (2004) après 2021.  Enfin, M. Bertoux a affirmé qu’il serait utile qu’un renforcement de la coordination fasse partie des questions traitées lors de l’examen de la Stratégie antiterroriste des Nations Unies, qui aura lieu en juin.


M. MARIO OYARZÁBAL (Argentine) a rappelé, à son tour, que l’Assemblée générale va procéder cette année à l’examen et à l’évaluation de la Stratégie antiterroriste mondiale.  Il a appuyé l’inscription de Boko Haram dans la liste des sanctions.  Il a regretté que le Médiateur ait été obligé de rendre compte de ses déplacements, contrairement au principe d’indépendance.  Il a souhaité que la liste soit traduite dans les six langues officielles.  Il a voulu que le respect des droits de l’homme et de l’état de droit reste au centre du travail du Comité contre le terrorisme.  L’efficacité des efforts, a-t-il prévenu, dépend de l’application au niveau national et des ressources.  Faute de cela, on sera devant un risque sérieux d’aggravation du terrorisme.


M. MAHAMAT ZENE CHÉRIF (Tchad) a notamment insisté sur le danger que constitue le paiement des rançons, une source de revenus qui contribue à perpétuer les actes criminels et terroristes.  De même, le Tchad attend avec intérêt la stratégie pour la mise en œuvre intégrale de la résolution 1540 (2004) et appelle à un dialogue accru entre le Comité 1540 et les 21 États Membres qui n’ont pas présenté leurs rapports.  Le Tchad, a poursuivi le représentant, se félicite que le groupe Boko Haram figure désormais sur la liste des sanctions.  Il est préoccupé par le regroupement de militants d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) dans le sud de la Libye après leur défaite au Mali.  Le Tchad est aussi préoccupé par la diversité et les moyens sophistiqués utilisés par les groupes terroristes à travers le monde. 


M. EVGENY ZAGAYNOV (Fédération de Russie) a déclaré que les événements récents montrent que le terrorisme constitue encore une menace à la paix et la sécurité internationales.  La violence en Syrie déborde maintenant en Afrique et dans la région du Moyen-Orient et les terroristes se servent des progrès les plus récents en matière de technologie de l’information et de la communication et exploitent les lacunes juridiques des États.  Les risques émergents doivent être analysés et traités et les idéologies terroristes dénoncées, y compris par les médias.  L’on comprend de mieux en mieux, a dit le représentant, la nécessité d’inclure les médias et la société civile dans les politiques et les efforts des structures institutionnelles de lutte contre le terrorisme.  Le représentant a recommandé de poursuivre l’examen et l’évaluation globale des résolutions 1373 (2001) et 1624 (2005) et le raffermissement de la coopération entre les deux Comités, avant de saluer la réunion des réseaux professionnels de la police des frontières et des douanes, organisé par le Service fédéral de la Fédération de Russie. Il a aussi salué l’inscription de nouvelles personnalités sur la liste des sanctions.


Il a critiqué s l’approche parfois trop étroite limitant les prérogatives du Médiateur.  Saluant le rôle de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme, il s’est prononcé en faveur de son renforcement  en vue notamment de maintenir le rythme des visites dans les pays.  La résolution 1267 (1999) demeure l’une des plus efficaces dans la lutte contre le terrorisme, a-t-il affirmé. S’agissant de la résolution 1540 (2004), il a aussi affirmé que celle-ci n’avait jamais été aussi pertinente qu’à l’heure actuelle.


Mme SYLVIE LUCAS (Luxembourg) s’est félicitée que, face au terrorisme, les trois Comités compétents du Conseil de sécurité et leurs Groupes d’experts continuent d’interagir afin de coordonner leurs activités et d’échanger leurs informations sur les questions dont ils sont saisis.  Le régime de sanctions mis en place par les résolutions 1267 (1999) et 1989 (2011) concernant Al-Qaida et les individus et entités qui leur sont associés est l’un des outils multilatéraux les plus importants dont la communauté internationale dispose pour lutter contre le terrorisme, a-t-elle souligné.  Pour que ce régime soit efficace, a-t-elle dit, « les processus d’inscription sur la liste de personnes et entités visées par les sanctions et de radiation de cette liste doivent être guidés par les principes d’équité, de respect de l’état de droit, de crédibilité et de transparence.  De même, les sanctions doivent être appliquées, avec diligence » et la liste récapitulative évoluer en fonction de la menace.


Le Luxembourg, a indiqué Mme Lucas, appuie l’action rapide et stratégique du Comité 1267, qui veille à ce que les sanctions imposées par le Conseil soutiennent les réponses nationales et régionales, « une approche qui a fait ses preuves pas plus tard que la semaine dernière, lorsque le Comité a approuvé l’inscription de Boko Haram sur la liste des sanctions ».


S’agissant du travail du Comité contre le terrorisme, la délégation a appuyé les efforts déployés par ce Comité pour renforcer les capacités des États Membres dans la mise en œuvre des résolutions 1373 (2001) et 1624 (2005).  « Il est bienvenu que le Comité ait décidé de porter une attention accrue à la lutte contre la prise d’otages pour rançon et la prévention de l’utilisation abusive par des terroristes de documents de voyage », a poursuivi le Luxembourg, qui s’est dit disposé à prêter son concours aux activités de la Direction exécutive pour renforcer les capacités des États Membres qui en font la demande. 


Enfin, en ce qui concerne le Comité créé par la résolution 1540 (2004), le Conseil a rappelé, le 7 mai dernier, qu’il constituait un centre d’échanges essentiel qui met en rapport « les demandeurs et les pourvoyeurs d’assistance ».  Il faut continuer à créer des synergies entre les trois Comités et leurs groupes d’experts: « Chacun y gagnera, et les terroristes y perdront », a conclu Mme Lucas.


M. DAVID YITSHAK ROET (Israël) a affirmé qu’au cours de ses 66 ans d’histoire, son pays n’avait pas connu un seul jour sans terrorisme.  Le Hamas recherche la légitimité internationale avec son partenariat avec le Fatah.  La portée des organisations terroristes a augmenté de façon dangereuse, a-t-il dit, soulignant qu’Israël était devenu la cible d’une campagne de terreur iranienne exécutée par les Gardiens de la révolution iraniens et le Hezbollah.  L’Iran, a-t-il déclaré, continue d’attiser les flammes du conflit à travers le Moyen-Orient.


La Syrie, a également expliqué le délégué israélien, est devenue le berceau principal de l’enseignement du terrorisme, les terroristes sunnites ou chiites livrant leur philosophie du fondamentalisme, leur savoir-faire en matière d’explosifs et de chaos.


La communauté internationale doit demeurer ferme dans la lutte contre le terrorisme, a-t-il dit.  Israël attache ainsi une grande importance au travail des Comités, a-t-il ajouté, saluant en particulier l’action de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme.  Israël appuie la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, laquelle est actuellement négociée, ses quatre piliers devant être abordés dans leur ensemble, a précisé le représentant.


M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a noté que six mois se sont écoulés depuis le dernier briefing des présidents des organes subsidiaires et que pendant cette période, un nombre incalculable d’actes de terrorisme a été commis aux quatre coins du monde, dont la ville de Homs.  Il a regretté que parfois le Secrétaire général et certains membres du Conseil continuent de nier la présence terroriste en Syrie.  Le terrorisme est le terrorisme, quel que soit l’endroit où il se manifeste, a-t-il tranché, renvoyant à l’enlèvement massif de jeunes filles au Nigéria par Boko Haram.


Il y a à peine deux jours, dans la ville d’Alep, des éléments d’Al Nousra se sont fait explosés et il s’est avéré qu’ils étaient tous étrangers, dont un Américain.  Les autorités françaises n’ont pas dit, a dévoilé le représentant, que la sœur du terroriste Mohammed Merah avait quitté la France pour rejoindre les « combattants  étrangers » en Syrie.  Le représentant a dit d’ailleurs préféré « terroristes » à l’expression « combattants étrangers ».


Le représentant a critiqué un rapport du Qatar sur des sociétés supposément caritatives qui en réalité envoient des millions de dollars à des groupes terroristes qui, grâce aux moyens modernes de communication, arrivent à leurrer les jeunes et à les recruter.  Le Comité 1540 doit accorder l’importance voulue aux renseignements transmis par le Gouvernement syrien, a exigé le représentant, en demandant des efforts plus intenses sur le contrôle des frontières pour enrayer le flux des terroristes étrangers en Syrie issus de quelque 80 États.  Leur nombre, a-t-il prévenu, est supérieur à celui des étrangers envoyés en Afghanistan et en Iraq.


Les pays voisins de la Syrie ne respectent pas comme ils devraient leurs obligations en vertu des dispositions des résolutions du Conseil, a accusé le représentant.  Les États qui appuient les actes terroristes, et parmi eux Israël, suivi de l’Arabie saoudite, de la Turquie et du Qatar, doivent cesser leur politique, a-t-il voulu.   


M. THOMAS MAYR-HARTING, de l’Union européenne, s’est déclaré favorable aux activités visant à mieux faire connaître les travaux des trois Comités, comme le débat organisé par le Conseil le 10 avril et le débat thématique du 7 mai qui marquait le dixième anniversaire de la résolution 1540 (2004) sur la non-prolifération.  Il s’est félicité des efforts déployés par le Comité 1540 pour encourager les donateurs à répondre aux attentes des pays s’agissant de l’assistance financière et technique.  L’Union européenne, a indiqué M. Mayr-Harting, a d’ailleurs adopté une décision en ce sens et signé un accord avec le Bureau des affaires de désarmement. 


La menace terroriste ne cesse d’évoluer, avec des groupes plus actifs que jamais, comme en témoigne le fait qu’en 2013, près de 10 000 attaques aient été commises dans le monde, provoquant la mort de 18 000 personnes et faisant plus de 32 000 blessés.  De tels chiffres, a ajouté le représentant, rendent les résolutions 1267 (1999) et 1373 (2001) particulièrement pertinentes, dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie antiterroriste mondiale, à condition qu’elle se fasse dans le respect le plus strict des principes de l’état de droit. 


Le représentant a salué les mesures prises par le Conseil de sécurité pour renforcer les procédures d’inscription sur la liste récapitulative et de radiation.  Abordant les travaux du Comité 1373, il s’est félicité de l’adoption de la résolution 2129, qui a renouvelé le mandat de la Direction exécutive, à laquelle il est également demandé d’être encore plus active contre les violences extrémistes et dans les efforts de prévention.


M. KAZUYOSHI UMEMOTO (Japon), estimant que la menace du terrorisme était toujours une réalité, a affirmé que la communauté internationale devait continuer à travailler ensemble pour éliminer toutes les formes de violence.  Dans ce contexte, le quatrième examen de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies constitue une occasion d’améliorer la prise de conscience sur l’importance et la nécessité de mesures efficaces contre le terrorisme.


Le délégué japonais a appelé chaque organisme compétent à travailler individuellement de manière efficace, mais aussi à travailler en étroite coordination avec les autres organes afin de générer un effet de synergie.  Ainsi, a-t-il dit, le Japon apprécie hautement l’initiative du Président du Comité 1540 d’organiser une séance d’information ouverte aux États Membres le 28 février dernier, en présence du Secrétaire général de l’Organisation mondiale des douanes, M. Kunio Mikuriy.  Le Japon, a-t-il dit, appuie une telle coopération entre les trois Comités et d’autres organisations pertinentes.


Pour le représentant japonais, davantage doit être fait pour assurer la pleine mise en œuvre de la résolution 1540 (2004).  Il a, à cet égard, salué les efforts déployés par le Président du Comité 1540 pour sensibiliser à l’importance de la non-prolifération, en particulier les hauts responsables politiques.


Il a indiqué que le Japon s’était engagé récemment à verser environ trois millions de dollars pour soutenir le renforcement des capacités, par le biais de l’ONUDC, au Moyen-Orient et en Afrique.


M. MASOOD KHAN (Pakistan) a recommandé une approche systémique de la communauté internationale qui doit s’accompagner de mesures socioéconomiques et de développement.  Il a voulu que le régime de sanctions d’Al-Qaida repose sur une approche plus vigoureuse et plus efficace et des mesures plus transparentes.  Le processus d’inscription sur la liste du Comité doit être harmonisé, a-t-il encore recommandé.  Le Comité 1540 devrait assurer l’équilibre entre l’offre et la demande en matière d’assistance au renforcement des capacités.  L’objectif de la coopération entre les Comités et leurs Groupes d’experts ne sera atteint que dans le respect des mandats respectifs, a conclu le représentant. 


Mme BÉNÉDICTE FRANKINET (Belgique), qui s’exprimait au nom du Groupe des États de même avis sur les sanctions ciblées, qui comprend également l’Autriche, le Costa Rica, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, le Liechtenstein, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et la Suisse, a invité le Conseil de sécurité à prendre diverses mesures en vue de renforcer l’efficacité des régimes de l’ONU.


Ainsi, le Bureau du Médiateur devrait être devenir permanent, afin de donner plus de poids et de crédibilité à son travail.  Ensuite, le partage d’informations entre les États Membres et le Médiateur, ainsi qu’entre le Comité des sanctions et les États Membres, les juridictions nationales, régionales et d’autres autorités doit être amélioré. 


De même, il faut renforcer la transparence concernant la tenue des listes, chaque décision de maintenir ou de radier un particulier ou une entité devant contenir des raisons adéquates et importantes.  Enfin, les Comités doivent continuer à procéder à l’examen triennal de façon rapide et approfondie et d’informer régulièrement les États Membres sur les résultats de tous les examens prévus par la résolution 2083 (2012).


Mme SHORNA-KAY RICHARDS (Jamaïque) a affirmé que son pays ainsi que d’autres États membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) restaient déterminés à honorer leurs obligations, en particulier en ce qui concerne les résolutions 1267 (1999), 1373 (2001) et 1540 (2004).  « Nous prenons ces obligations au sérieux, toujours conscients du fait que le maintien de la paix et de la sécurité est une responsabilité partagée et un effort qui doivent être pleinement assumés par tous au sein du système international », a-t-elle dit.


Depuis 2009, la CARICOM, a-t-elle dit, a démontré qu’elle appréhendait pleinement cette réalité avec son initiative à l’échelle régionale visant à mettre en œuvre la résolution 1540 (2004) du Conseil de sécurité.  Ce mécanisme, conçu et constitué au sein de la CARICOM, a permis à ses membres de faire progresser par des moyens sans précédent les activités nationales et régionales de non-prolifération.


La représentante a exprimé le soutien de sa délégation au Comité contre le terrorisme et à sa Direction exécutive.  Grâce à cet effort commun et innovant, des résultats importants et quantifiables continueront d’être enregistrés en vue de prévenir la prolifération et de doter les États Membres des outils nécessaires à une lutte efficace, globale et coordonnée, contre le terrorisme.


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