2/5/2014
Conseil de sécurité
CS/11377

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Conseil de sécurité                                        

7167e séance – après-midi                                  


CONVOQUÉ PAR LA FÉDÉRATION DE RUSSIE POUR UNE NOUVELLE SÉANCE D’URGENCE,

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ AFFICHE SES DIVISIONS SUR LE DOSSIER UKRAINIEN


Deux jours après son dernier exposé, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques,

M. Jeffrey Feltman, fait état d’une escalade supplémentaire de la crise dans l’est de l’Ukraine


Trois jours à peine après sa précédente réunion d’urgence sur la question, le Conseil de sécurité a de nouveau été convoqué aujourd’hui, à la demande de la Fédération de Russie et dans une ambiance particulièrement tendue, pour débattre de la situation en Ukraine qui, comme l’a décrit le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques de l’ONU, s’était encore détériorée.


« Dans plus d’une dizaine de villes, des régions administratives de Donetsk et de Lougansk, des groupes armés se sont emparés de bâtiments publics.  La situation la plus préoccupante est celle de la ville de Slaviansk, aux mains des insurgés depuis le 12 avril.  Selon le Ministère ukrainien de la défense, au cours des opérations menées par les autorités, deux hélicoptères ont été abattus et au moins un des pilotes a été tué.  D’autres pertes civiles ont été signalées sur le terrain », a constaté M. Jeffrey Feltman, à qui le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a demandé de se rendre à Moscou et à Kiev la semaine prochaine pour « promouvoir la désescalade et œuvrer en vue d’un règlement pacifique de la crise ».


Alors que les sept observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) retenus en otage n’ont toujours pas été libérés, la crise, a précisé M. Feltman, connaît également une escalade à Donetsk où, hier, des séparatistes autoproclamés ont pris d’assaut le bureau du procureur régional.  Les autorités ukrainiennes, qui font état des tentatives de ressortissants russes de franchir la frontière avec l’Ukraine, auraient suspendu les vols commerciaux en direction de Donetsk et Kharkiv.


Dans une déclaration faite peu avant la tenue de cette séance, a rappelé M. Feltman, le Secrétaire général a souligné que « l’expansion  des activités de la milice et l’occupation en cours des bâtiments publics par des groupes armés non identifiés sapent l’esprit et la lettre de la Déclaration de Genève », document auquel avaient pourtant adhéré, le 17 avril, l’Ukraine, la Fédération de Russie, les États-Unis et l’Union européenne, et dont la mise en œuvre est paralysée.


Le représentant russe a expliqué qu’il avait convoqué cette séance publique en raison de la reprise, par la « clique de Kiev », d’opérations militaires auxquelles participeraient, selon lui, des formations ultranationalistes et dans le cadre desquelles des chars, des hélicoptères et des roquettes seraient employés contre des « civils protestataires ».


« Si l’Ukraine ne met pas immédiatement fin à cette aventure, les conséquences seront catastrophiques pour ce pays », a prévenu M. Vitaly Churkin, pour qui le régime en place à Kiev a agi en violation des Accords du 21 février et de la Déclaration du 17 avril et les pays occidentaux, les États-Unis en particulier, ne cessent de jeter de l’huile sur le feu.


Son homologue des États-Unis, Mme Samantha Power, a réagi fermement contre cette analyse, en demandant à M. Churkin de dire aux membres du Conseil ce que le Président Poutine ferait « si un territoire de 26 000 kilomètres carrés appartenant à la Russie était confisqué » par un autre État.  Comme l’Ukraine, elle a jugé parfaitement infondées les allégations du représentant russe, selon lesquelles des « éléments anglophones » seraient mêlés aux forces ukrainiennes dans le cadre de leur opération militaire dans l’est.


Le représentant de l’Ukraine a, au contraire, dénoncé les « agissements » de la Fédération de Russie, accusée de soutenir des « groupes de miliciens illégaux » qui mettent en danger la sécurité de l’État, en rappelant que l’objectif premier du « Gouvernement par intérim » était l’organisation, le 25 mai prochain, d’« élections présidentielles justes et transparentes ».


Le « calme » et la « réserve » avec lesquels l’Ukraine a géré la crise depuis le début ont été salués par plusieurs membres du Conseil, de la France à la Lituanie, qui ont cependant qualifié de légitime l’« offensive antiterroriste » que Kiev vient de lancer contre les « séparatistes autoproclamés ».


Le représentant de la France s’est, pour sa part, dit surpris que des « bandes armées » aient à leur disposition des armes lourdes, notamment des missiles sol-air, qui ont permis d’abattre les deux hélicoptères ukrainiens, en notant que « ce genre d’équipement n’existe pas sur le marché à Kharkiv ».


En lâchant « des bandes de voyous sur l’Ukraine », « la Russie a ouvert une boîte de Pandore », a estimé M. Gérard Araud, qui lui a demandé de cesser de se comporter en « pompier pyromane » et d’arrêter « ce mauvais roman d'espionnage ».  « Nous sommes prêts depuis des semaines à contribuer à la désescalade », a assuré le représentant, en exigeant toutefois qu’au préalable, Moscou calme les bandes armées « qu’elle équipe et encadre », obtienne la libération des observateurs de l’OSCE et s’ouvre aux négociations.


Interrogé par le représentant de la République de Corée –qui est également le Président du Conseil de sécurité pour le mois de mai– sur la marche à suivre, son collègue russe s’est déclaré favorable à l’adoption d’une « déclaration présidentielle » soulignant que son pays demande la fin des violences commises par certains groupes armés dans l’est de l’Ukraine et la mise en œuvre des engagements pris en vertu de la Déclaration de Genève du 17 avril.


Le représentant de l’Ukraine a assuré, quant à lui, que son gouvernement était disposé à discuter avec l’Envoyé spécial que le Président Poutine a l’intention de dépêcher pour voir comment celui-ci pourrait contribuer à faire libérer les observateurs de l’OSCE.



LETTRE DATÉE DU 13 AVRIL 2014, ADRESSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2014/264)


Déclarations


M. JEFFREY FELTMAN, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a déclaré que la situation en Ukraine s’était encore détériorée depuis la réunion du Conseil de sécurité, il y a deux jours à peine, remettant ainsi en cause la stabilité du pays, mais aussi de la région toute entière.  « Dans plus d’une dizaine d’autres villes des régions administratives de Donetsk et de Lougansk, des groupes armés se sont emparés d’autres bâtiments publics.  La situation la plus préoccupante est celle qui se déroule dans la ville de Slaviansk, peuplée de 125 000 habitants et aux mains des insurgés depuis le 12 avril.  Selon le Ministère ukrainien de la défense, au cours des opérations menées par les autorités, deux hélicoptères ont été abattus et au moins un des pilotes a été tué, a noté M. Feltman.  D’autres pertes civiles ont été signalées sur le terrain, de part et d’autre, a-t-il dit.  Si, selon le Ministre par intérim de l’intérieur de l’Ukraine, de nombreuses barricades ont été retirées autour de la ville, les médias soutiennent que d’autres sont maintenues dans différents secteurs de la ville.


Parallèlement, les sept observateurs de l’OSCE et les militaires ukrainiens qui les accompagnaient sont toujours en détention, en dépit des appels répétés en faveur de leur libération.  « Nous comprenons que le Président russe, M. Vladimir Poutine, a dépêché un Envoyé spécial pour participer aux négociations afin d’obtenir la libération des otages », a relevé le Secrétaire général adjoint.  La crise, a-t-il ajouté, a également connu une escalade à Donetsk où, hier, des séparatistes autoproclamés ont pris d’assaut le bureau du procureur régional.  Des informations font également état d’une interdiction, par les autorités ukrainiennes, des vols commerciaux en direction de Donetsk et de Kharkiv.


Avant d’annoncer qu’il se rendra, à la demande du Secrétaire général de l’ONU, à Moscou et à Kiev la semaine prochaine, M. Feltman a lu la déclaration que M. Ban Ki-moon a faite, aujourd’hui, sur la situation en Ukraine:


« Le Secrétaire général réitère sa grande préoccupation devant la détérioration de la situation dans les régions de l’est et du sud de l’Ukraine.  L’escalade de la violence et les pertes en vies humaines qui s’accumulent dans la ville de Slaviansk, aujourd’hui constituent un rappel brutal de la situation dangereuse à laquelle on est arrivé.  L’expansion des activités de la milice et les saisies de bâtiments publics par des groupes armés non identifiés sapent la lettre et l’esprit de la Déclaration de Genève du 17 avril.  Par conséquent, le Secrétaire général exhorte toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue et appelle ceux qui ont des griefs à les exprimer de manière pacifique, de façon à éviter un autre bain de sang.  Il appelle toutes les parties à respecter pleinement la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine.


Le Secrétaire général exhorte à nouveau les responsables de la capture et de la détention des observateurs militaires de l’OSCE et du personnel ukrainien qui les accompagne, à les libérer immédiatement, sans condition et sains et saufs.


Le Secrétaire général souligne qu’une solution diplomatique est le seul moyen de sortir de cette crise et que toutes les parties doivent redoubler d’efforts pour relancer l’esprit de compromis affiché pendant les pourparlers du 17 avril à Genève. »


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que son pays avait convoqué cette réunion en raison de la reprise par la « clique de Kiev » d’opérations militaires auxquelles participent des formations ultranationalistes.  Il a condamné le recours par les autorités de Kiev à des chars, hélicoptères et roquettes contre des civils protestataires.  « Si l’Ukraine ne cesse pas immédiatement cette aventure, les conséquences seront catastrophiques pour ce pays », a prévenu le représentant russe.  Ces actes contre son propre peuple démontrent que le « Gouvernement de l’Ukraine » n’est pas en mesure de mettre en œuvre la Déclaration du 17 avril, a-t-il encore ajouté.


Le représentant a estimé que le régime de Kiev avait violé les Accords du 21 février et la Déclaration du 17 avril exigeant que l’on mette fin immédiatement à toute violence.  Il a dénoncé la participation de formations ultranationalistes aux forces ukrainiennes et s’est étonné que l’on ait entendu parler anglais parmi les membres de cette force.  Il a demandé que les États-Unis cessent d’adopter une politique des « deux poids, deux mesures ».  Les États-Unis, de toute évidence, misent sur la force, a soutenu le représentant russe avant d’appeler les autorités de Kiev à évaluer de manière lucide les conséquences de leurs actes et opérations punitives contre son propre peuple.  Il a appelé à engager un dialogue politique avec toutes les régions de l’Ukraine. 


M. GÉRARD ARAUD (France) a rappelé que des bandes armées s’emparaient progressivement des villes de l’est de l’Ukraine.  Il a noté qu’il n’y avait aucune foule pour les soutenir, si ce n’est quelques centaines de manifestants.  Il a cependant attiré l’attention sur l’armement lourd qui est à leur disposition, ainsi que la présence d’officiers russes qui paradent sur les télévisions locales.  Il a aussi souligné que les observateurs de l’OSCE et des journalistes étaient pris en otage, sachant en outre qu’on fait état de disparitions forcées, d’assassinats et de tortures.  « Ces voyous, plus ou moins manipulés par les services russes », a-t-il dit, « ont refusé de mettre en œuvre l’Accord de Genève qui devait conduire à la restauration de l’État ukrainien sur son territoire ». 


Le représentant de la France a, de même, souligné la retenue exemplaire dont a fait preuve l’Ukraine, avant d’utiliser son armée et sa police contre les bandes armées qui établissent un climat d’insécurité aux dépens des populations qui, dans la majorité, ne les soutiennent pas.  « Ces bandes armées sont si peu des regroupements locaux spontanés qu’elles ont été capables d’abattre un hélicoptère avec un missile sol-air », a-t-il fait remarquer, en notant que ce genre d’équipement n’existe pas sur le marché à Kharkiv.


« De quel droit nous immiscerions-nous dans les affaires intérieures d’un État qui ne fait qu’essayer de rétablir sa souveraineté bafouée? » a interrogé le représentant.  M. Araud a estimé qu’il suffisait de rappeler à l’Ukraine, de manière bilatérale, la nécessité d’agir avec retenue.  « Aller plus loin serait violer la Charte des Nations Unies », a-t-il averti.  Après avoir piétiné le principe d’intégrité territoriale des États, la Russie peut en faire de même avec le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.  Comme le dit le moraliste, après tout, dans le péché, il n’y a que le premier pas qui coûte.  M. Araud a considéré que ce pays essaie de rejeter la faute sur l’autre.  Notant que la Russie « agite l’Accord de Genève », il a regretté qu’elle n’ait consenti aucun effort pour le mettre en œuvre. 


« La Russie a ouvert une boîte de Pandore », a-t-il poursuivi, en estimant qu’elle avait « lâché des bandes de voyous sur l’Ukraine ».  Il a accusé la Russie d’être un « pompier pyromane » et lui a demandé de faire marche arrière.  « Nous sommes prêts depuis des semaines à contribuer à la désescalade », a assuré le représentant de la France, en demandant qu’au préalable, la Russie calme les bandes armées qu’elle équipe et encadre, obtienne la libération des observateurs de l’OSCE et ouvre une négociation avec l’Ukraine.  Il a estimé que des compromis sont possibles.  « Arrêtons ce mauvais roman d’espionnage », a-t-il dit en souhaitant que les diplomates reviennent aux principes de la vie internationale. »


M. LYALL GRANT (Royaume-Uni) a défendu le droit et la responsabilité du Gouvernement ukrainien de défendre l’intégrité territoriale de son pays.  Il a déclaré que les actions lancées, ce matin, à Slaviansk avaient comme seul objectif de libérer la ville d’une occupation sponsorisée par la Fédération de Russie.  Aucun membre du Conseil de sécurité ne peut accepter que des villes ukrainiennes soient envahies par des groupes lourdement armés avec l’appui d’un pays étranger.  Le représentant britannique a rappelé que la Russie avait armé les régimes les plus terribles du monde dont la Syrie.  Il a jugé que les indignations russes n’étaient pas recevables.  Il est impensable, a-t-il dit, que ce soient des manifestants qui aient abattu trois hélicoptères de combats ukrainiens.


M. Lyall Grant s’est dit indigné par l’enlèvement des observateurs de l’OSCE, en appelant la Russie à condamner cet enlèvement.  Il a appelé également à préserver la liberté des médias.  Le représentant a insisté aussi sur la pleine mise en œuvre de la Déclaration du 17 avril.  L’instabilité qui s’aggrave n’est dans l’intérêt de personne, a tenu à rappeler le représentant du Royaume-Uni, avant d’exhorter la Russie à mettre fin à sa rhétorique et sa propagande et à contrôler les groupes armés qu’elle appuie. 


Mme SAMANTHA POWER (États-Unis) a rejeté les allégations de la Fédération de Russie selon lesquelles Kiev s’en prendrait à sa population civile.  « S’il y a de terribles violences dans l’est de l’Ukraine, elle sont avant tout le fait des forces pro-russes et de séparatistes autoproclamés, avec le soutien de Moscou », a-t-elle accusé.  Le Gouvernement ukrainien a tenté de résoudre toutes les questions en suspens en misant sur la réserve, y compris après l’organisation d’un référendum dont le résultat n’a pas été reconnu par la communauté internationale et l’annexion d’une région entière d’un autre État Membre, a-t-elle rappelé. 


Malgré cette violation stupéfiante de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, a poursuivi Mme Power, l’Ukraine a tenté d’ouvrir un dialogue avec ses agresseurs.  La même stratégie de Moscou est aujourd’hui à l’œuvre dans les régions administratives de Donetsk et de Lougansk.  « Peut-on imaginer un instant qu’un territoire de 26 000 kilomètres carrés appartenant à la Russie soit saisi?  Comment le Président Poutine réagirait-il si cela arrivait? » a lancé la représentante.  Cela fait 63 jours que la Russie a entamé sa campagne de déstabilisation de l’Ukraine, qui n’avait jusqu’à présent opposé que son calme et sa réserve.  Dans 17 villes de l’est de l’Ukraine, des bâtiments publics sont occupés et des barricades sont dressées.


« Nous venons d’entendre la Fédération de Russie, qui affirme que dans le passé, la Crimée n’avait jamais fait partie de l’Ukraine », s’est étonnée la déléguée des États-Unis.  « Le pays qui a droit à la légitime défense dans cette situation, c’est l’Ukraine », a-t-elle tenu à rappeler, en précisant que ce pays lutte contre l’occupation illégale de son territoire en l’absence de toute autorisation du Conseil de sécurité.  Le fait que la Russie ait convoqué une réunion extraordinaire montre une fois de plus qu’elle sous-estime l’intelligence de la communauté internationale.  « La Russie peut semer la discorde et abuser de son droit de veto, mais elle ne peut pas opposer son droit de veto à la vérité », a résumé en conclusion la représentante des États-Unis. 


Mme SYLVIE LUCAS (Luxembourg) s’est dite profondément préoccupée par les actes des milices séparatistes pro-russes soutenus par la Russie, qui visent manifestement à déstabiliser l’est de l’Ukraine et à empêcher la tenue des élections présidentielles du 25 mai prochain.  Saluant la retenue dont fait preuve l’Ukraine, la représentante a profondément regretté que les affrontements d’aujourd’hui près de Sloviansk et lors d’une manifestation à Odessa aient fait, selon des informations, des morts et des dizaines de blessés.  Elle a estimé que le moment était venu de faire revivre la Déclaration commune, adoptée le 17 avril à Genève. 


Dans ce contexte, elle a réitéré son appel à la Russie pour qu’elle continue d’user de toute son influence sur les séparatistes pro-russes pour qu’ils libèrent sans condition et dans les meilleurs délais les sept inspecteurs des États participant à la mission de l’OSCE.  Rien ne pourra se substituer à un dialogue substantiel direct entre Kiev et Moscou pour trouver une issue pacifique à la crise, a conclu la représentante, qui a espéré que la visite prochaine dans les deux capitales du Secrétaire général adjoint aux affaires politiques y contribuera.  « Les bons offices des Nations Unies sont plus que jamais nécessaires. »


Mme MARÍA CRISTINA PERCEVAL (Argentine) a exprimé la crainte d’assister à une spirale de violences inquiétantes pour l’Ukraine et la communauté internationale.  Malheureusement, les appels à l’apaisement lancés par le Secrétaire général et les membres du Conseil de sécurité n’ont pas suffi.  Toutes les parties doivent maintenant comprendre que la solution à ce conflit ne passe par des décisions unilatérales, mais par un dialogue national participatif.  Mais pour qu’un tel processus puisse exister, il faut veiller à ce que la sécurité de tous les Ukrainiens ainsi que l’ensemble de leurs préoccupations soient prises en compte, a affirmé l’Argentine.  Elle a en conclusion regretté la rhétorique inflammatoire de part et d’autre et demandé la mise en œuvre des mesures prévues par la Déclaration de Genève en date du 17 avril. 


M. GARY QUINLAN (Australie) s’est déclaré convaincu que la déstabilisation planifiée et coordonnée de l’Ukraine n’aurait pas pu se passer sans l’appui d’un pays étranger.  Il a noté que l’utilisation de roquettes pour abattre des hélicoptères de combat ne pouvait être le fait de civils.  Il a dénoncé les actes de provocation qui ont pour seul objet de provoquer et déstabiliser l’Ukraine.  Le représentant australien a salué l’initiative de l’Ukraine de déposer un projet de loi garantissant l’amnistie à ceux qui déposent les armes et à engager un processus de réformes constitutionnelles.  L’ingérence russe dans les affaires intérieures de son voisin est destructrice pour la sécurité régionale, pour la Charte des Nations Unies et pour la crédibilité de la Russie, a-t-il souligné.  C’est pourquoi il a exhorté le Président Poutine à mettre fin à ses ambitions territoriales dans l’est de l’Ukraine.   


M. LIU JIEYI (Chine) a émis l’espoir que les parties concernées garantiront la nécessité de protéger les intérêts des différents groupes ethniques.  La solution politique est la seule issue en Ukraine, a estimé le représentant de la Chine qui a appelé à tenir compte de l’histoire passée et actuelle de l’Ukraine.  Il a souhaité que les parties concernées s’en tiennent à la Déclaration du 17 avril et favorisent le plus vite possible la stabilité et le développement de l’Ukraine.


M. MAHAMAT ZENE CHERIF(Tchad) s’est dit vivement préoccupé par la dégradation de la situation politique et sécuritaire dans l’est de l’Ukraine.  Cette situation, a-t-il prévenu, risque de dégénérer en guerre civile.  Le représentant tchadien a invité à l’arrêt immédiat de la violence et a appelé à la libération des sept observateurs de l’OSCE encore en détention.  Il a estimé que la solution au problème ukrainien ne peut être que politique et ne peut être trouvée que dans le respect de la souveraineté nationale de l’Ukraine. 


Mme RAIMONDA MURMOKAITĖ (Lituanie) a demandé à la Russie ce qu’elle ferait si un territoire de son pays décidait de faire sécession, si des séparatistes s’emparaient de bâtiments publics, prenaient des observateurs en otage et se livraient à des violences?  L’Ukraine s’est comportée de manière exemplaire, mais elle a le droit aujourd’hui de se défendre par tous les moyens nécessaires en tant qu’État souverain dont l’intégrité territoriale a été violée, a déclaré la représentante.  Deux hélicoptères ont été abattus par des systèmes de défense mobile et des militants ont ouvert le feu à l’arme lourde.  Rien de tout cela ne se serait produit si la Russie avait encouragé les sécessionnistes à cesser leurs actes de violence et mis en œuvre les engagements pris au titre de la Déclaration de Genève.  Le Gouvernement lituanien condamne toute tentative de déstabiliser la situation en Ukraine et demande que les observateurs internationaux puissent travailler sur l’ensemble du territoire ukrainien en toute sécurité.


M. JOY OGWU (Nigéria) a rappelé que « la délicate nature de la situation en Ukraine nous oblige à la prudence et nous oblige également à inviter les parties à agir avec prudence », en raison de l’aggravation de la situation sur le terrain.  La destruction de deux hélicoptères de l’armée ukrainienne par des systèmes sol-air et la prise de la gare de Donetsk sont les derniers signes inquiétants en provenance du terrain.  La représentante a estimé, elle aussi, que la seule solution pour les parties résidait dans la mise en œuvre des engagements pris dans la Déclaration de Genève.  « Nous devrions tous étudier la théorie des dominos pour prendre la mesure de ce qu’une expansion de ce conflit pourrait provoquer », a-t-elle prévenu.


M. MAHMOUDHMOUD (Jordanie) s’est dit très préoccupé par la tournure qu’ont pris les événements à Slaviansk.  Il a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue.  Il a également appelé à libérer tous les otages détenus par les rebelles.  Le représentant jordanien a dénoncé les actes des rebelles qui agissent en violation flagrante du droit.  La poursuite des actes des rebelles est en contradiction avec l’esprit et le contenu de la Déclaration de Genève du 17 avril.  Il a appuyé le droit de l’Ukraine de prendre les mesures appropriées pour assurer l’ordre constitutionnel et l’état de droit et protéger ainsi sa population.  En même temps, il a appelé l’Ukraine à travailler à la résolution pacifique de cette crise en engageant rapidement un dialogue avec toutes les parties concernées.  Avant de conclure, le représentant a appelé toutes les parties à s’abstenir de recourir à toute rhétorique haineuse.  Il a souhaité que les élections du 25 mai puissent se tenir comme prévues.   


M. CRISTIÁN BARROS MELET(Chili) a estimé que cette crise était en train d’entrer dans une phase dangereuse et imprévisible.  Il a appelé le Conseil de sécurité à faire en sorte que les parties fassent preuve d’un maximum de retenue.  Il faudrait, a-t-il souligné, engager un dialogue politique direct, qui soit appuyé par des efforts de médiation internationaux.  Le Chili demande, à son tour, de libérer les observateurs de l’OSCE et de mettre en œuvre la Déclaration de Genève du 17 avril.  Il a souhaité que les bâtiments officiels occupés soient libérés et que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine soient respectées.  Le représentant chilien a encouragé à créer un climat propice pour la tenue des élections du 25 mai.   


M. EUGÈNE-RICHARD GASANA(Rwanda) s’est dit très préoccupé par l’évolution de la situation en Ukraine, qui se détériore en particulier dans l’est du pays.  Il a condamné les méthodes violentes utilisées par les séparatistes armés.  Il a appelé à appuyer les bons offices du Secrétaire général pour résoudre la crise et s’est félicité de l’annonce de la prochaine visite du Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Jeffrey Feltman, à Moscou et à Kiev.  La crise ne pourra être résolue qu’à travers le dialogue et avec un engagement ferme de tous ceux qui ont une influence sur les parties, a rappelé le représentant.  Il sera inutile d’organiser des réunions publiques du Conseil de sécurité si les parties ne souhaitent pas diffuser la tension, a-t-il fait remarquer.


M. JOON OH (République de Corée) a regretté, à son tour, l’aggravation de la situation en Ukraine et lancé un appel au calme, en encourageant les parties à engager un dialogue, sur la base des engagements pris en vertu de la Déclaration de Genève du 17 avril et des bons offices du Secrétaire général de l’ONU.  Il a également souhaité que le processus constitutionnel annoncé par Kiev puisse être mené à son terme et contribuer à la paix.


M. OLEKSANDR PAVLICHENKO (Ukraine) a affirmé que son pays demeurait engagé en faveur d’élections présidentielles justes et transparentes, qui sont « l’objectif premier du Gouvernement par intérim ».  Il a dénoncé les agissements de la Fédération de Russie, qu’il a accusée de soutenir des « groupes de miliciens illégaux » qui mettent en danger l’est de l’Ukraine.  La protection des droits de tous les Ukrainiens étant une priorité de notre Gouvernement, a soutenu le représentant ukrainien.  Son gouvernement, a-t-il précisé, avait lancé une opération antiterroriste après de nombreux appels lancés aux séparatistes autoproclamés pour qu’ils rendent leurs armes.  « Nous sommes d’ailleurs prêts, a-t-il ajouté, à déclarer un armistice pour tous les combattants qui ne se sont pas rendus coupables de crimes graves. » 


L’Ukraine, a-t-il assuré, est prête à discuter avec l’Envoyé spécial du Président Poutine pour voir comment celui-ci pourrait contribuer à faire libérer les observateurs de l’OSCE retenus en otage.  Il est « cynique et mensonger » d’affirmer que des éléments anglophones se trouveraient parmi les forces gouvernementales, a réfuté le délégué.  Ce matin, la phase active de l’opération a repris dans la zone 2 de Slaviansk et a été conduite exclusivement par des Ukrainiens, a-t-il indiqué.  En revanche, les miliciens ont recouru à des armes lourdes et à des systèmes portatifs de défense aérienne pour abattre des hélicoptères ukrainiens, a-t-il dénoncé, avant de faire état de tentatives, aujourd’hui, par des éléments russes, de franchir la frontière.  Le représentant ukrainien a demandé, en conclusion, à la Fédération de Russie de cesser ses agissements.  « Si vous êtes si inquiets de la sécurité des Russes, préoccupez-vous-en sur votre territoire où les violations des droits de l’homme, a-t-il dit, sont si nombreuses. »


Reprenant la parole, le représentant de la Fédération de Russie a rejeté la déclaration de son homologue des États-Unis, en affirmant que « les États-Unis voient d’un bon œil les tentatives de renversement d’un gouvernement par la force ».  Le Conseil doit adopter une déclaration présidentielle soulignant que la Fédération de Russie demande qu’il soit mis fin aux violences commises par certains groupes armés dans l’est de l’Ukraine et que les engagements pris en vertu de la Déclaration de Genève du 17 avril soient mis en œuvre.


En réponse, le Président du Conseil de sécurité et Représentant permanent de la République de Corée a déclaré qu’il allait demander aux facilitateurs de s’en occuper.


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