24/2/2014
Conseil de sécurité
CS/11294

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Conseil de sécurité

7117e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE PRÉSIDENT EN EXERCICE DE L’OSCE PROPOSE LA CRÉATION D’UN GROUPE

INTERNATIONAL DE CONTACT SUR L’UKRAINE ET ANNONCE LA NOMINATION D’UN ENVOYÉ PERSONNEL


Le Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et Président de la Fédération suisse, M. Didier Burkhalter, a détaillé ce matin, devant le Conseil de sécurité les trois priorités qu’assigne la présidence suisse à cette organisation.  Concernant la situation en Ukraine, qui a été placée au cœur de la réunion par les délégations, M. Burkhalter a annoncé aux membres du Conseil de sécurité que l’OSCE proposait à la communauté internationale la création d’un groupe international de contact, incluant les principaux acteurs internationaux et les Ukrainiens eux-mêmes, dont le mandat serait d’apporter un soutien à la transition en cours en Ukraine.  Le Président en exercice de l’OSCE a, d’autre part, annoncé qu’il venait de procéder à la nomination d’un Envoyé personnel sur l’Ukraine en la personne de M. Tim Guldimann, qui sera chargé de coordonner les activités en cours de l’OSCE dans ce pays.  


Le groupe de contact sur l’Ukraine devrait servir de plateforme de coordination et de partage d’informations et des projets d’activités en Ukraine, a précisé M. Burkhalter.  Dans le même temps, a-t-il estimé, grâce à son impartialité et son inclusivité, l’OSCE dispose des attributs nécessaires pour accueillir ce groupe et modérer ses travaux.  Le Président en exercice de l’OSCE a en outre révélé qu’une équipe de l’OSCE a été dépêchée en Ukraine pour y mener une mission d’évaluation des besoins.  Il existe une nécessité urgente de rétablir la confiance entre toutes les parties impliquées, a insisté M. Burkhalter qui a encouragé les nouvelles autorités de Kiev à inviter le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) à envoyer sur place une mission d’évaluation des droits de l’homme en vue d’établir les faits et les circonstances des violents incidents qui ont affecté l’Ukraine ces derniers jours. 


Il a également souligné que les élections présidentielles seront cruciales dans la période de transition en Ukraine.  Ainsi, a-t-il dit, « nous attendons des autorités ukrainiennes d’inviter très tôt une mission d’observation des élections du BIDDH », ajoutant que compte tenu des développements en évolution rapide, « nous sommes également prêts à examiner et à préciser le contour des activités du bureau du Coordonnateur du projet de l’OSCE à Kiev ». 


Pour sa part, la représentante des États-Unis a indiqué que son pays suit de près l’évolution de la situation en Ukraine tout en précisant que le principe fondamental auquel les États-Unis tiennent, est que le peuple ukrainien doit être libre de décider de son propre sort.  Elle a exhorté les autorités de l’Ukraine à faire appel à l’OSCE pendant cette phase de transition.  Son homologue du Royaume-Uni a aussi plaidé en faveur de l’organisation d’élections justes et libres en Ukraine, « prévues au mois de mai ».  Ceci est essentiel pour assurer la stabilité du pays, a-t-il estimé. 


Le représentant de la France, après avoir salué la proposition de médiation en Ukraine faite par la présidence suisse de l’OSCE, a, pour sa part, dit que tous les efforts doivent être entrepris en vue d’une sortie de crise pacifique.  Il a rappelé que les Ministres des affaires étrangères français, allemand et polonais s’étaient rendus à Kiev jeudi dernier afin de parvenir à une résolution de la crise. 


Cet accord a pu être signé vendredi entre M. Viktor Yanoukovich et les trois dirigeants de l’opposition, a ajouté le représentant qui a précisé que l’accord « prévoyait le retour à la Constitution de 2004, la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale, l’adoption d’ici à septembre 2014 de réformes constitutionnelles destinées à mieux équilibrer les pouvoirs du Président, du Parlement et du Gouvernement, l’organisation d’élections présidentielles, au plus tard en décembre 2014, et le lancement d’une enquête sur les violences qui ont frappé le pays ».


Dans son intervention, le représentant de la Fédération de Russie a estimé que les interventions du Président en exercice de l’OSCE et celles de certaines délégations « n’étaient pas été très claires ».  Il s’est interrogé sur l’appui apporté de l’extérieur aux manifestations « qui se sont ensuite transformées en processus de changement de régime et ont établi en Ukraine un pouvoir que la Fédération de Russie juge mis en place de manière anticonstitutionnelle », car obtenu par la force.  


Il a rappelé que la Fédération de Russie n’avait pas signé le document du 21 février, qui aurait établi un accord entre le Président ukrainien et les trois dirigeants de l’opposition. 


Le représentant de la Fédération de Russie a souligné que « les jours qui ont suivi le 21 février n’ont pas vu la mise en œuvre et encore moins la confirmation des termes de l’accord ».  Mais, a-t-il ajouté, la Fédération de Russie est favorable à l’organisation d’un référendum populaire sur l’avenir politique de l’Ukraine tout en étant préoccupée par la situation des députés du sud et de l’est du pays, notamment ceux représentant la Crimée et Sébastopol. 


Le représentant a fait état d’une situation révolutionnaire dans certaines parties de l’Ukraine, « dans laquelle des décisions prises par certains milieux dont la légitimité n’était pas établie, deviennent des lois », et s’est élevé contre des mesures énoncées à Kiev par le nouveau pouvoir contre des minorités, notamment celle visant le statut de la langue russe. 


Exposé du Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe


Le Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et Président de la Confédération suisse, M. DIDIER BURKHALTER, a déclaré, ce matin, devant le Conseil de sécurité que la Suisse a décidé d’assumer la présidence de l’OSCE, car la promotion de la stabilité, dans les régions qui l’entourent ainsi que dans les régions fragiles du monde correspond à l’un des axes prioritaires de sa politique étrangère.  De plus, nous sommes convaincus que notre tradition dans les bons offices et la médiation est à même d’offrir une contribution enrichissante à l’OSCE, a-t-il expliqué.


La responsabilité et la solidarité sont deux des principes fondateurs de la paix et de la sécurité de la Suisse.  Ceci s’illustre dans la politique que nous menons au sein de l’ONU, dans notre décision de briguer un siège au Conseil de sécurité pour la période 2023-2024 et dans la reprise de la présidence de l’OSCE.  La Suisse est en effet le premier pays à assumer la présidence de l’OSCE pour la deuxième fois, a dit M. Burkhalter  


M. Burkhalter a en outre indiqué que l’OSCE est la plus grande organisation régionale de sécurité qui couvre à la fois les régions euro-atlantique et eurasiatique, réunissant 57 pays, de Vancouver à Vladivostok.  Elle prend ses décisions par consensus et doit donc constamment parvenir à un compromis afin de pouvoir agir.  C’est donc l’esprit de coopération qui est au cœur de toutes les activités de l’OSCE, a ajouté le Président en exercice de l’OSCE.


Cet esprit de coopération se traduit également dans les relations qu’entretient l’OSCE avec l’extérieur.  L’OSCE contribue par son travail aux efforts de l’ONU pour maintenir la paix, la sécurité et la stabilité au niveau international.  S’agissant du débat sur la revitalisation du rôle des organisations régionales, le Président en exercice a indiqué que l’OSCE organisera une conférence sur ce sujet à Vienne les 27 et 28 mai prochain.


Il a aussi dit que le concept de sécurité multidimensionnelle que l’OSCE a développé pourrait inspirer d’autres acteurs régionaux.  L’Acte d’Helsinki reconnaissait, pour la première fois, que les menaces à la stabilité et à la sécurité ne provenaient pas uniquement de l’usage de troupes et d’armes, mais également des crises économiques, des dégradations environnementales et des violations des droits de l’homme. 


En ce qui concerne les relations entre l’OSCE et l’ONU, une coopération plus approfondie devrait être envisagée sur le terrain, a suggéré M. Burkhalter, qui a ajouté qu’au sein même de l’OSCE, un processus de réflexion a été lancé afin d’améliorer l’efficacité des missions sur le terrain.  L’OSCE aurait aimé mettre en place un nouveau modèle pour les missions, pour que la manière dont elles sont mises en place corresponde mieux aux besoins spécifiques de chaque pays hôte, a-t-il dit.  Le rôle de prévention que jouent les missions est crucial et l’OSCE veut conserver son identité en tant qu’organisation de terrain qui soutient les pays hôtes dans la mise en œuvre des engagements pris au sein de l’organisation.


Le Président en exercice de l’OSCE a également rappelé que l’organisation pourrait envisager d’autres actions conjointes dans les domaines de la formation, des élections et des divers types de coopération.  Il a indiqué à cet effet que l’OSCE accompagnera les élections présidentielles d’avril 2014 en Afghanistan.  En outre, la Suisse, avec les partenaires asiatiques, envisage de discuter de la manière d’appliquer des éléments du modèle de sécurité coopérative de l’OSCE à l’Asie de l’Est.  Dans le contexte de différends territoriaux non résolus, d’une hausse rapide des budgets de défense et de l’augmentation des risques de tensions politiques, l’Asie de l’Est pourrait bénéficier de l’expérience de l’OSCE quant à l’instauration de mesures de confiance et de standards communs par le dialogue et la transparence. 


En ce qui concerne l’Ukraine, le Président en exercice de l’OSCE a déclaré que depuis plusieurs semaines, il a appelé les différentes parties prenantes à renoncer aux violences, à résoudre la crise par le dialogue et par des moyens politiques et à respecter les droits de l’homme.    


Il a continué son intervention en soulignant que « l’accord du 21 février a marqué une importante étape vers la fin de la violence et a permis l’émergence d’une solution politique à la crise ».  Il a aussi annoncé que la nomination d’un président intérimaire en Ukraine « montre que le pays est entré dans une nouvelle phase de la transition ».  « Nous devons unir nos efforts pour soutenir l’Ukraine dans ces moments difficiles », a-t-il dit, car « une Ukraine stable, démocratique et unie est dans notre intérêt à tous », a plaidé le Président en exercice de l’OSCE. 


Il a ensuite proposé la nomination d’un groupe international de contact « pour appuyer l’Ukraine dans cette période de transition ».  Ce groupe, qui devrait inclure l’Ukraine, servirait de plateforme de coordination et de partage d’informations et des projets d’activités.  L’OSCE, du fait de son impartialité et son inclusivité, dispose des moyens pour accueillir et modérer ce groupe, a précisé le Président en exercice. 


Il a également annoncé la nomination de M. Tim Guldimann en tant que son Envoyé personnel en Ukraine, qui devra coordonner et planifier les activités de l’OSCE en Ukraine.  Il mènera rapidement des consultations avec toutes les parties et travaillera étroitement avec tous les partenaires internationaux.


En outre, une équipe de l’OSCE sera envoyée en Ukraine pour évaluer les besoins.  C’est une nécessité pour rétablir la confiance entre toutes les parties, a dit le Président en exercice de l’OSCE qui a encouragé les nouveaux dirigeants de l’Ukraine à inviter le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) à envoyer une mission d’évaluation des droits de l’homme dans le pays pour établir les faits et les circonstances des incidents et des violences qui ont eu lieu en Ukraine. 


M. Burkhalter a aussi souligné que « l’élection présidentielle constituera une étape importante dans cette transition en Ukraine ».  Il a invité les nouvelles autorités à envoyer une mission d’observation des élections du BIDDH.  Toujours sur l’Ukraine, le Président en exercice a indiqué que le pays se trouve en ce moment « dans une phase de décrue » et qu’il est important « de soutenir le processus de transition qui ne devrait exclure personne ».


Le Président en exercice de l’OSCE a ensuite annoncé les trois priorités de la présidence suisse de l’organisation à savoir le renforcement de la sécurité et de la stabilité, l’amélioration de la vie des populations et le renforcement de la capacité d’action de l’OSCE.  S’agissant du renforcement de la sécurité et de la stabilité, il a dévoilé quatre axes dont la réconciliation et la coopération dans les Balkans, le dialogue et la construction de la confiance dans le Caucase du Sud, la modernisation du Document de Vienne et l’échange d’idées sur le contrôle des armes conventionnelles, ainsi que le renforcement de la gouvernance en matière de sécurité.  En ce qui concerne l’amélioration de la vie des populations, le Président en exercice de l’OSCE a lancé trois chantiers que sont la mise en œuvre des engagements de dimension humaine, une gestion plus fiable des ressources naturelles et la lutte contre les menaces transnationales, dont le terrorisme et la criminalité dans le cyberespace.  Pour ce qui est du renforcement de la capacité d’action de l’OSCE, le Président en exercice a indiqué trois secteurs dont: le développement du Processus d’Helsinki +40, le renforcement des capacités de médiation, et le renforcement de l’implication de la société civile et en particulier des jeunes.


Déclarations


M. OCTAVIO ERRÁZURIZ (Chili) a affirmé qu’en matière de paix et de sécurité, l’action collective s’imposait, celle-ci devant être renforcée par l’engagement des organismes régionaux et sous-régionaux.  Il s’est félicité de l’annonce faite par la présidence en exercice de l’OSCE relative à la tenue d’une conférence en mai prochain destinée à examiner le rôle des organisations régionales en vertu du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.


Le délégué chilien a estimé que l’OSCE avait joué un rôle majeur dans le rapprochement des peuples en Europe, par le biais du dialogue, y compris dans les moments les plus difficiles de la guerre froide.  Il a, en particulier, souligné l’importance des liens de coopération établis par l’OSCE dans les domaines de la prévention.  L’OSCE, a-t-il également observé, peut apporter une contribution importante en organisant le paradigme de la sécurité humaine.


M. OH JOON (République de Corée) a déclaré que l’approche de l’OSCE en matière de sécurité était exemplaire.  La République de Corée appuie le rôle unique que joue l’OSCE dans ce domaine, a-t-il dit.  Il s’est félicité notamment de l’engagement de l’OSCE dans les Balkans, dans le Caucase du Sud, en Transnistrie et, plus récemment, en Ukraine. 


La République de Corée, qui préside le Comité 1540 (2004), chargé de la prévention de la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques, salue les efforts déployés par l’OSCE pour renforcer ses liens dans ce domaine avec l’ONU, a indiqué M. Oh Joon.  Il a plaidé en faveur d’une coopération plus étroite entre l’OSCE et le Conseil de sécurité.


Mme SYLVIE LUCAS (Luxembourg) s’est d’emblée attardée sur la situation en Ukraine, pays où il est essentiel que les engagements pris dans le cadre de l’OSCE soient pleinement respectés et mis en œuvre, a-t-elle estimé.  Les personnes responsables des violences doivent rendre compte de leurs actes, a-t-elle dit, en appelant également toutes les forces politiques à la retenue et au dialogue.  L’unité, la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine doivent être respectées et exercées, a ajouté Mme Lucas, pour qui une solution politique durable à la crise nécessite la formation d’un nouveau gouvernement inclusif, une réforme constitutionnelle et la préparation d’élections démocratiques, libres et équitables, la contribution de l’OSCE devant être, à cet égard, d’importance.


La représentante a souligné que son pays soutenait pleinement les priorités de la Présidence suisse de l’OSCE.  Elle a, en particulier, salué son intention d’approfondir la coopération entre l’OSCE et ses partenaires sur le terrain.  L’OSCE, a-t-elle déclaré, a, en effet, un rôle essentiel à jouer dans la médiation, la gestion et le règlement des conflits, en partenariat avec les Nations Unies et d’autres organisations régionales.


Mme Lucas a par ailleurs fait observer que lors de la présidence luxembourgeoise du Forum pour la coopération en matière de sécurité au cours des quatre derniers mois de l’année 2013, son pays avait œuvré pour que l’OSCE puisse mieux répondre aux défis posés par les armes légères et de petit calibre et les stocks de munitions, tout comme le Luxembourg a encouragé la coopération entre l’OSCE et l’ONU en Afghanistan, au vu des défis considérables que ce pays doit relever en 2014.


M. MAHMOUD DAIFALLAH MAHMOUD HMOUD (Jordanie) a déclaré que l’OSCE et son prédécesseur, la Conférence pour la sécurité en Europe, avaient joué un rôle efficace dans le traitement des questions qui posent une menace à la sécurité du continent européen.  Le représentant a estimé que l’OSCE, dans le cadre de ses trois piliers, apportait les meilleurs moyens permettant de faire face aux défis internationaux et de contribuer à la sécurité et à la paix en Europe.


La Jordanie, a-t-il dit, accorde une grande importance au rôle que jouent l’OSCE et ses partenaires pour renforcer la sécurité dans la région euro-méditerranéenne.  Le délégué a notamment exprimé le soutien et la satisfaction de son pays face aux efforts consentis par l’OSCE pour renforcer les actions internationales en vue de renforcer la sécurité et la démocratie en Afghanistan.  De même, il s’est réjoui des efforts entrepris dans le cadre d’une sortie de crise pacifique en Ukraine, ainsi que de son action au Caucase, dans les Balkans et en Asie centrale.


Il est nécessaire, a estimé le représentant de la Jordanie, de trouver des solutions pour faire face aux répercussions des catastrophes naturelles et des changements climatiques, phénomènes qui, aux côtés de la cybercriminalité, des armes de destruction massive et du terrorisme international, constituent des défis sécuritaires. 


Après avoir souligné les grandes lignes de la déclaration du président en exercice de l’OSCE, M. MAHAMAT ZENE CHERIF (Tchad) a déclaré que l’OSCE peut jouer un rôle important dans la résolution des problèmes qui se posent en cette période à ses pays membres et même au-delà.  L’OSCE ne manquera pas de faire face aux défis posés à la paix dans certains de ces pays, a-t-il insisté.  L’Ukraine constitue le défi le plus récent à relever, a ajouté le représentant du Tchad.  Il a également évoqué le rôle que doit jouer l’OSCE dans la lutte contre la criminalité transnationale organisée.  Dès lors, a-t-il dit, l’OSCE mérite l’attention et l’appui du Conseil de sécurité.  Le Tchad appuie les attentes exprimées par la présidence suisse de l’organisation, a dit le représentant qui a également exhorté le Conseil à soutenir sans réserve la présidence suisse et les priorités de l’OSCE.


Mme MARIA CRISTINA PERCEVAL (Argentine) s’est félicitée des contributions des organisations régionales et sous-régionales au maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Ces organisations, a-t-elle dit, jouent un rôle clef dans le cadre du dialogue multilatéral.  La représentante a en particulier souligné l’importance de la collaboration entre l’OSCE et le Centre des Nations Unies pour la diplomatie préventive en Asie centrale. 


Mme Perceval s’est aussi réjouie du rôle joué par l’OSCE dans la promotion du dialogue entre les communautés du Kosovo.  Il est important, de même, de promouvoir le dialogue dans le Caucase du Sud, a-t-elle préconisé.  La déléguée argentine a affirmé que son pays était favorable aux priorités fixées par la Suisse dans le cadre de sa présidence de l’OSCE pour cette année.  Elle s’est en particulier félicitée de l’accent mis par la Suisse sur la parité entre les sexes dans tous les processus de prise de décisions.


M. OLIVIER NDUHUNGIREHE (Rwanda) a indiqué que l’OSCE est un important partenaire de l’ONU dans le maintien de la paix et de la sécurité au niveau international.  Le représentant a pris note du Processus d’Helsinki +40, avant d’encourager l’OSCE à étendre sa coopération avec les autres organisations régionales, notamment l’Union africaine.  Il a aussi salué le rôle joué par l’OSCE dans différents processus de résolution de crises notamment au Nagorno-Karabakh, et s’est félicité de l’aide qu’elle a apportée pour la réduction des stocks d’armes en Ukraine et en Géorgie après la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que pour son assistance à la stabilisation dans les Balkans, notamment en ce qui concerne les récentes élections et l’appui apporté aux minorités.  Concernant l’Ukraine, le Rwanda est préoccupé par la situation actuelle et salue le rôle joué par la présidence en exercice de l’OSCE et un certain nombre de pays dans la signature de l’accord de sortie de crise du 21 février.  Le Rwanda appelle toutes les parties à renoncer à la violence et à établir un gouvernement inclusif, a dit le représentant en demandant aux acteurs extérieurs d’éviter l’ingérence dans les affaires intérieures de l’Ukraine.


M. USMAN SARKI (Nigéria) s’est dit heureux de voir que l’OSCE avait fait des progrès en vue de renforcer la coopération avec les Nations Unies dans le cadre de la prévention et du règlement des crises, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  Il s’est félicité des priorités énoncées par le Président en exercice de l’OSCE, en particulier concernant la crise en Ukraine.  Sur ce dossier, le représentant a demandé à ce que la médiation, le dialogue et la coopération soient considérés comme des priorités à long terme. 


Par ailleurs, le représentant nigérian a exhorté l’OSCE à continuer de créer des possibilités de coopération avec des agences de sécurité régionale, comme le Comité de renseignement en Afrique.


Mme PHILIPPA JANE KING (Australie) a dit que son pays appuyait le travail de l’OSCE en particulier en matière de résolution de conflits territoriaux, comme au Nagorno-Karabakh, où elle a conduit des médiations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.  La représentante a aussi salué le rôle joué par l’OSCE en Ukraine, notamment l’appui apporté au dialogue entre toutes les parties prenantes.  Elle a également félicité la nomination d’un Envoyé spécial pour les Balkans tout en saluant le rôle de l’OSCE en Afghanistan, notamment en ce qui concerne la préparation de l’élection présidentielle prévue dans ce pays.  La représentante de l’Australie a de même salué le rôle de l’organisation dans la lutte contre les menaces terroristes et contre la menace nouvelle posée par l’afflux de combattants étrangers dans les zones de crise. 


M. GÉRARD ARAUD (France) a salué la proposition de médiation en Ukraine faite par la présidence suisse de l’OSCE.  Tous les efforts doivent être entrepris en vue d’une sortie de crise pacifique, a-t-il dit.  Il a rappelé que le Ministre français des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, s’était rendu à Kiev jeudi dernier avec ses homologues allemand et polonais, afin de parvenir à une sortie de crise. 


Dans un climat d’extrême tension, ils y sont parvenus, et un accord a pu être signé vendredi entre M. Viktor Yanoukovich et les trois dirigeants de l’opposition, a ajouté M. Araud, précisant que cet accord prévoyait le retour à la Constitution de 2004, la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale, l’adoption d’ici à septembre 2014 de réformes constitutionnelles destinées à mieux équilibrer les pouvoirs du Président, du Parlement et du Gouvernement, l’organisation d’élection présidentielle au plus tard en décembre 2014 et le lancement d’une enquête sur les violences qui ont frappé le pays.


Le représentant de la France a mis l’accent sur la nécessité, après les violences « inacceptables » qui ont endeuillé l’Ukraine au cours des derniers jours, d’accompagner les transformations qui ont eu lieu ce week-end dans le pays.  La France et l’Union européenne, a-t-il dit, poursuivront leurs efforts pour accompagner la sortie de crise en cours et favoriser les réformes démocratiques et la modernisation de l’Ukraine.  M. Araud a en outre estimé que, de l’Asie centrale à la Bosnie, en passant par la Géorgie et le Kosovo, l’OSCE et l’ONU avaient démontré leur capacité à travailler en bonne entente.  Il a, ensuite, souligné les actions et l’engagement de la France dans les différentes situations que constituent le Caucase, la Géorgie, l’Asie centrale et les Balkans.


La France, a-t-il poursuivi, salue la volonté de la présidence suisse de moderniser le document de Vienne de 2011 de l’OSCE relatif aux mesures de confiance et de renforcement de la sécurité.  De même, elle souscrit à la volonté de la présidence suisse de renforcer les capacités de médiation de l’OSCE, gage de son engagement pérenne aux côtés des Nations Unies dans la recherche de solutions durables aux conflits.


M. MICHAEL TATHAM (Royaume-Uni) a affirmé que son pays appuyait fermement l’OSCE, et accordait son plein soutien aux priorités fixées par la présidence suisse de l’OSCE, avec un accent mis sur le terrorisme et, surtout, sur le financement du terrorisme.  Il a salué le travail effectué dans d’autres domaines, comme ceux couverts dans de la résolution 1540 (2004) sur les armes de destruction massive et par les termes de la résolution 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité.


La situation en Ukraine est particulièrement importante pour l’ONU et l’OSCE, a-t-il dit, rappelant que plus de 80 personnes avaient trouvé la mort, des événements qui, a-t-il estimé, « n’ont pas leur place en Europe ».  Le délégué britannique a plaidé en faveur de l’organisation d’élections justes et libres au mois de mai en Ukraine et a souhaité que des comptes soient rendus, face aux violences de ces derniers mois.  Des élections justes et équitables sont essentielles pour assurer la stabilité du pays, a-t-il estimé.  Le représentant a affirmé que « la communauté internationale souhaitait une Ukraine unie, stable et prospère ». 


Mme ROSEMARY DICARLO (États-Unis) a indiqué que son pays suit de près l’évolution de la situation en Ukraine.  Le principe fondamental auquel nous tenons est que le peuple ukrainien doit être libre de décider de son sort, a souligné la représentante qui a exhorté les autorités de l’Ukraine à faire appel à l’OSCE pendant cette phase de transition.  Elles doivent prendre des mesures à ce sujet sans attendre, a-t-elle dit.  La représentante a estimé que le programme de travail de l’OSCE pour l’année en cours est robuste, notamment en ce qui concerne le traitement des questions ayant trait aux armes de destruction massive.  Les États-Unis considèrent l’OSCE comme un partenaire fort et fiable dans la lutte contre le terrorisme tout en appelant les autres États Membres à soutenir la mise en œuvre commune de la Stratégie mondiale de lutte contre le terrorisme, a dit la représentante.  Elle a en outre souligné le travail qu’accomplit l’OSCE s’agissant de l’autonomisation des femmes et de la promotion de leurs droits, et a relevé à cet égard son rôle au Kosovo, en particulier, et son action dans les conflits majeurs qu’a connus l’Europe.  Parlant des tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, les États-Unis estiment que le statu quo ne doit pas être accepté au Nagorno-Karabakh.  Les deux parties doivent trouver une solution pacifique au conflit, a continué la représentante qui a indiqué que les États-Unis voient d’un œil favorable le rôle de l’OSCE en Afghanistan, où l’organisation a contribué à hauteur de 2 millions d’euros à la préparation des élections prévues dans ce pays.  En ce qui concerne les droits de l’homme, la représentante a appelé à la mise en œuvre de tous les accords internationaux pertinents et a annoncé que les États-Unis étaient disposés à coopérer avec tous les États partenaires pour les aider à respecter les droits de l’homme.


M. SHEN BO (Chine) a déclaré que l’OSCE était une organisation régionale importante, ayant apporté une contribution positive, ces dernières années, en faveur, notamment, de la diplomatie préventive, de la coopération régionale, et de la lutte contre la criminalité transnationale organisée.  Cette coopération, a-t-il dit, doit pleinement respecter les principes de la Charte des Nations Unies, en particulier les principes de respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États.


La Chine a suivi de très près l’évolution de la situation en Ukraine, a-t-il ajouté, et elle souhaite que l’ordre social soit rétabli sans tarder dans le pays.  Le représentant a dit espérer que la communauté internationale contribuera positivement au rétablissement de la stabilité dans la situation qui règne en Ukraine.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que son pays avait toujours été en faveur du développement et du renforcement des relations avec les organisations régionales et sous-régionales, ceci en vertu du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.


La Fédération de Russie, a ajouté M. Churkin, souhaite coopérer de manière constructive avec la Présidence suisse de l’OSCE.  Le programme de travail de la Présidence suisse semble équilibré et solide en ce qui concerne les trois volets de l’OSCE, qui sont économique, politique et humanitaire, a-t-il déclaré. 


Le représentant a indiqué que sa délégation avait pris note du niveau de coopération entre l’OSCE et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).  Il a mis l’accent sur la nécessité de tenir compte des avantages comparés des deux organisations, afin, notamment, d’éviter les doublons et en vue d’utiliser au mieux les ressources, en particulier en Asie centrale.


M. Churkin a également souligné le rôle important que doit jouer l’OSCE dans la défense des droits des minorités religieuses, linguistiques et nationales, un défi particulièrement aigu en Europe aujourd’hui.  De même, il s’est dit préoccupé par une tendance visant à insérer au sein de l’OSCE des documents qui n’ont pas fait l’objet d’un consensus à l’Assemblée générale des Nations Unies ou au Conseil des droits de l’homme.  Il a ensuite évoqué les possibilités de coopération de l’OSCE dans le domaine de la protection des droits des enfants.


Concernant la situation en Ukraine, le représentant de la Fédération de Russie a estimé que les interventions qui ont précédé la sienne, et en particulier celle du Président de l’OSCE, n’avaient pas été très claires.  Il s’est à cet égard notamment interrogé sur l’appui qui a été apporté de l’extérieur aux manifestations qui, à Kiev, se sont ensuite transformées en processus de changement de régime et ont mis en place en Ukraine un pouvoir que la Fédération de Russie juge établi de manière anticonstitutionnelle, car obtenu par la force.  M. Churkin a également expliqué que la Fédération de Russie n’avait pas signé le document du 21 février, qui aurait établi un accord entre le Président Viktor Yanoukovich et les trois dirigeants de l’opposition, document qui aurait notamment prévu le retour à la Constitution de 2004, la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale, l’adoption d’ici à septembre 2014 de réformes constitutionnelles et l’organisation d’élection présidentielle en 2014, et le lancement d’une enquête sur les violences qui ont affecté le pays.


La Fédération de Russie est préoccupée par la situation qui règne actuellement en Ukraine, a souligné M. Churkin.  Les jours qui ont suivi le 21 février n’ont pas vu la mise en œuvre et encore moins la confirmation des termes de l’accord, a-t-il dit, précisant que les combattants qui s’opposaient au Gouvernement n’avaient pas été désarmés et que les problèmes continuaient.  La Fédération de Russie est profondément préoccupée et s’interroge sur le fait que des personnalités politiques en Europe aient apporté un appui aux forces de l’opposition. 


La Fédération de Russie, a-t-il déclaré, est favorable à l’organisation d’un référendum populaire sur l’avenir politique de l’Ukraine.  Elle est également préoccupée par la situation des députés du sud et de l’est de l’Ukraine, notamment ceux de Crimée et de Sébastopol.  M. Churkin a fait état d’une situation révolutionnaire où des décisions prises par certains milieux à la légitimité non établie deviennent des lois.


La délégation de la Fédération de Russie est d’autre part choquée par certains édits pris par les politiciens au pouvoir à Kiev interdisant et affectant le statut de la langue russe en Ukraine, a souligné le représentant.  Il a dénoncé les méthodes « dictatoriales et terroristes » employées ces derniers jours en Ukraine à l’encontre de certaines populations, notamment russophones.  La position de certains partenaires occidentaux à l’égard de l’Ukraine s’est traduite par un appui aux extrémistes et un encouragement à certaines manifestations néo-nazies, a accusé M. Churkin.  L’accord du 21 février a été utilisé pour encourager un scénario de changement politique par la force en Ukraine, a-t-il estimé.  Il a ensuite exprimé des réserves et des doutes traduisant la préoccupation que ressent la Fédération de Russie face à l’attitude et aux initiatives du Secrétariat des Nations Unies dans la crise ukrainienne.


Mme RAIMONDA MURMOKAITĖ (Lituanie) a exprimé la gratitude de son pays pour les priorités promues par la Suisse durant sa présidence de l’OSCE, priorités qui se concentrent sur la promotion de la sécurité et de la stabilité, la mise en œuvre des engagements de l’organisation et le renforcement de sa capacité à agir.  L’OSCE reste un partenaire solide de l’ONU en vertu du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, a-t-elle dit.


Elle s’est réjouie notamment de l’initiative de la présidence suisse d’organiser une conférence consacrée au renforcement de la coopération entre l’OSCE, l’ONU et d’autres organisations internationales avec un accent particulier mis sur la dimension humaine.


La représentante a ajouté que la Lituanie « se félicitait du changement démocratique en cours en Ukraine et du leadership déterminé de la Verkhovna Rada, le parlement ukrainien, dans ce processus historique ».  Elle a espéré que ce processus aboutira « à une résolution rapide et pacifique de la crise politique qui a été créée par l’ancien Gouvernement et le Président Yanoukovitch. »


La Lituanie, a-t-elle dit, demeure fermement résolue à appuyer la souveraineté de l’Ukraine, son indépendance et son intégrité territoriale, ainsi que son intégration européenne.  L’OSCE a un rôle important à jouer dans le processus de préparation de nouvelles élections en Ukraine.


À la fin de la séance, le Président en exercice de l’OSCE a assuré que l’OSCE prendra en compte toutes les observations qui ont été émises aujourd’hui par les membres du Conseil.  S’agissant de la question de la contribution de l’OSCE à la lutte contre le phénomène des flux de combattants étrangers dans les zones en conflit, il a dit qu’il faudra travailler à réduire les facteurs qui encouragent les gens à se lancer dans ce genre d’activités, ceci à partir de leur pays d’origine, et à renforcer leur intégration par le partage de bonnes pratiques et la lutte contre le terrorisme.  Il a ensuite dit qu’il prenait note de l’observation de la délégation du Nigéria qui a souhaité une collaboration étroite entre l’OSCE et l’Union africaine.


En réponse à une remarque de la délégation de la Jordanie, qui avait trait à l’établissement d’un lien entre la région de la Méditerranée et l’OSCE, le Président en exercice a répondu qu’il faut notamment travailler sur le dossier du paiement des rançons aux groupes terroristes.  En réponse à une remarque de la France, s’agissant du Document de Vienne, il a préconisé d’entamer le dialogue sur les armes traditionnelles.


Résumant l’ensemble de son propos, M. Burkhalter a lancé « quatre messages politiques ».  Le premier, a-t-il dit, est que le monde a besoin des organisations régionales pour résoudre les problèmes de sécurité, pour augmenter le niveau de confiance, de dialogue entre parties, et pour réduire les fractures émergentes.  Pour ce qui est de la capacité à agir, il a expliqué qu’il s’agit d’un atout dont dispose l’OSCE et qui devrait être exporté dans d’autres régions.  Notre deuxième message, a-t-il indiqué, est qu’il faut plaider en faveur d’une coopération OSCE-ONU dont le potentiel en termes de médiation et de formation est immense.  Le troisième message est que l’OSCE est en train de construire un pont entre l’Est et l’Ouest.  Enfin l’OSCE insiste sur la nécessité de travailler avec les populations et les jeunes en particulier en vue de donner une perspective aux générations à venir, qui passerait par la mise en place d’un plan d’action pour les jeunes.


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