13/1/2014
Conseil de sécurité
CS/11246

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Conseil de sécurité

7094e séance – matin


LA SITUATION SÉCURITAIRE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO DEMEURE PRÉOCCUPANTE MALGRÉ LES AVANCÉES DE 2013, SOULIGNENT LES ÉMISSAIRES DE L’ONU DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ


Le Représentant spécial du Secrétaire général en République démocratique du Congo (RDC) et Chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), M. Martin Kobler, et l’Envoyée spéciale du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs d’Afrique, Mme Mary Robinson, ont fait part au Conseil de sécurité, ce matin, de leurs inquiétudes au sujet de la situation en matière de sécurité qui prévaut actuellement en RDC et dans la région les Grands Lacs.


Présentant, devant le Conseil, le premier rapport* 2014 du Secrétaire général sur la MONUSCO, M. Kobler a souligné qu’en dépit d’avancées significatives réalisées en 2013 en faveur de la paix, l’insécurité, causée par une présence très forte de groupes armés dans l’est du pays, demeure très préoccupante. 


S’adressant au Conseil par vidéoconférence depuis Kinshasa, Mme Robinson, qui présentait le rapport** du Secrétaire général sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région, a mis l’accent sur les troubles auxquels sont confrontés plusieurs pays de la région, en particulier la République centrafricaine ou le Soudan du Sud.  Ce dernier pays, qui a accédé à l’indépendance il y a seulement deux et demi, est le théâtre d’affrontements entre forces gouvernementales et rebelles de l’ancien Vice-Président Riek Machar. 


L’atmosphère positive qui avait prévalu après la signature de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région, le 24 février 2013, s’est aujourd’hui dissipée, a relevé l’Envoyée spéciale.  Pour que la paix puisse être visible et conduire à des changements dans la région des Grands Lacs, a-t-elle insisté, tous les États signataires de l’Accord doivent accélérer sa mise en œuvre. 


L’année 2013 a été une année charnière pour la MONUSCO qui conduit des opérations militaires plus robustes, a estimé M. Kobler, en précisant que la Mission de l’ONU a pour mandat d’agir, de prévenir et d’instaurer une paix durable en République démocratique du Congo.  L’option militaire vise à mettre en place la stratégie de stabilisation de la MONUSCO, a-t-il expliqué, en rappelant que l’ONU ne pouvait, et ne devait se substituer au rôle que doit jouer l’État congolais.  Il a indiqué que les deux tiers du personnel de la MONUSCO allaient être redéployés « là où le besoin se fait le plus ressentir », dans les zones affectées par les conflits armés de l’est du pays.


Dans son dernier exposé, le 11 décembre dernier, a-t-il fait observer, le dialogue de Kampala s’est conclu à Nairobi le 12 décembre entre le Gouvernement de la RDC et les dirigeants du mouvement rebelle M23.  Il a déploré qu’après sa défaite militaire, le M23 ait continué de recruter des combattants et mené, semble-t-il, des activités dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC. 


Dans ce contexte sécuritaire volatile, le Représentant spécial a déploré le vol de véhicules de la MONUSCO qui ont été utilisés par des manifestants le 10 janvier dernier dans la ville de Goma, dans l’est du pays.  La MONUSCO se dissocie de tout message raciste ou ethnique qui aurait été scandé durant ces manifestations, a-t-il affirmé, en condamnant également les attaques récurrentes commises par le groupe rebelle ADF (Forces démocratiques alliées) et les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda).


Saluant l’adoption du nouveau plan de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), adopté par le Gouvernement de la RDC, M. Kobler a souhaité que les 8 000 combattants qui se sont déjà rendus puissent commencer ce processus.  Il a ainsi appelé le Gouvernement congolais à mettre en œuvre les déclarations de Nairobi en accélérant le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants du M23 et il a demandé aux Gouvernements de l’Ouganda et du Rwanda de tout faire pour empêcher que les combattants du M23 ne s’entraînent ou ne trouvent refuge sur leur territoire. 


Cette approche a été partagée par Mme Robinson qui a aussi souligné l’importance du processus de désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants du M23, y compris ceux qui se trouvent actuellement en Ouganda et au Rwanda.  Une présence prolongée d’anciens rebelles dans des camps de cantonnement pourrait persuader certains d’entre eux de reprendre les armes, a-t-elle prévenu.  Mme Robinson a appelé les signataires de l’Accord-cadre à tenir leurs engagements et les donateurs à respecter leurs promesses. 


Revenant sur l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région, l’Envoyée spéciale a salué la création d’un Comité national de suivi en RDC, ainsi que celle d’un Comité de soutien technique régional.  Le plan d’action, adopté par ce dernier, sera soumis pour approbation au Comité de suivi régional le 30 janvier prochain à Addis-Abeba, en Éthiopie.  L’Envoyée spéciale a par ailleurs invité tous les États signataires de l’Accord-cadre à le mettre en œuvre, sur les plans national et régional, afin que la paix puisse être visible et conduire à des changements dans la région des Grands Lacs. 


Pour le Chef de la MONUSCO,l’année 2013 en RDC avait été marquée par trois évènements majeurs.  Il a ainsi évoqué la signature, le 24 février dernier à Addis-Abeba, en Éthiopie, de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région, l’adoption de la résolution 2098 du Conseil de sécurité qui a créé la Brigade d’intervention dotée d’un mandat robuste, et la solide coopération internationale à travers le travail des différents Envoyés spéciaux.


En 2013, 151 enfants avaient été tués ou mutilés lors de violences liées au conflit en RDC, a rappelé M. Kobler, qui a également fait remarquer que 206 mineures avaient été violées par des combattants.  La communauté internationale appuie les autorités congolaises afin que les auteurs de ces crimes affreux à l’encontre des enfants et des femmes soient traduits en justice, a-t-il assuré.


L’Envoyée spéciale du Secrétaire général dans les pays des Grands Lacs d’Afrique a pour sa part annoncé que lors du Sommet de l’Union africaine, qui se tient à la fin de ce mois à Addis-Abeba, elle lancera une plateforme en faveur des femmes des pays de la région.  Elle a précisé que cette plateforme visait à autonomiser les femmes de la région des Grands Lacs pour qu’elles puissent jouer un rôle actif dans le suivi de la mise en œuvre de l’Accord et dans la lutte contre les violences dont elles sont la cible.  Elle a également indiqué qu’après son entretien, aujourd’hui, avec le Président de la RDC, M. Joseph Kabila, elle se rendra demain à Luanda, en Angola, pour participer au Sommet des chefs d’État de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et plaider en faveur de la mise en œuvre de l’Accord-cadre. 


Revenant sur les opérations militaires qui avaient marqué l’année écoulée, le Représentant spécial a salué la collaboration entre les FARDC et la MONUSCO, notamment la Brigade d’intervention.  Une collaboration qui permet aujourd’hui, a-t-il noté, de conduire des opérations ciblées contre les groupes armés du FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et de l’ADF (Forces démocratiques alliées).   Il a estimé que par des pressions militaires, les rebelles du FDLR seraient obligés de sortir de la brousse.  Il a ajouté que l’idéologie raciste de ce groupe rebelle devrait disparaître, en particulier au moment où l’année 2014 marque le vingtième anniversaire du génocide rwandais.


Mme Robinson, partageant ce vœu pour 2014, a indiqué qu’il était temps de travailler à l’intégration économique régionale.  Elle a annoncé qu’elle organisera, au premier semestre de cette année, un forum régional pour les investissements à l’intention du secteur privé, avec pour ambition de renforcer les initiatives actuelles d’investissement et de création d’emplois dans la région des Grands Lacs.  Elle a en outre appelé les pays de la sous-région à adopter des mesures de confiance, en s’engageant notamment à s’abstenir de s’ingérer dans les affaires intérieures de pays voisins et de donner refuge aux auteurs de crimes contre l’humanité sur leur territoire.


*     S/2013/757

**    S/2013/773


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