19/06/2014
Assemblée générale
CD/3508

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Cinquième Réunion biennale des États

sur le commerce illicite des armes légères

7e séance - matin


EXAMEN DU PROGRAMME D’ACTION DE L’ONU SUR LES ARMES LÉGÈRES: DES ASSOCIATIONS ET ONG EXPOSENT DES VUES ET INTÉRÊTS DIVERGENTS

SUR LA LUTTE CONTRE LE COMMERCE ILLICITE DES ARMES


Les délégations prenant part à la cinquième Réunion biennale des États pour l’examen de la mise en œuvre du Programme d’action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects ont entendu aujourd’hui les représentants des organisations non gouvernementales, de la société civile et des organisations internationales et régionales exprimer des avis souvent contradictoires sur le commerce illicite des armes légères et sur les conséquences de ce trafic dans de nombreuses régions du monde.


La Réunion d’examen a été marquée par le témoignage de M. David Wheeler, père d’un garçon de 6 ans qui a perdu la vie au cours de la tuerie survenue à l’école de Sandy Hook, dans le Connecticut, aux États-Unis, en décembre 2012.  Avec beaucoup d’émotion, M. Wheeler a évoqué cette tragédie pour demander aux gouvernements de protéger la vie de gens innocents en assurant un contrôle efficace de la fabrication, de la vente et de la détention d’armes à feu.  Il a déploré qu’aux États-Unis, où, a-t-il relevé, il est trop facile pour quiconque de posséder une arme, quel que soit l’état mental de la personne, le Gouvernement semble incapable d’éviter qu’une telle tragédie se reproduise.


Réagissant au témoignage de M. Wheeler, des représentants d’une quinzaine d’associations de fabricants et d’utilisateurs d’armes à feu qui selon leurs propres termes « défendent les traditions de la chasse ou du tir sportif ainsi que le droit au port d’armes et à la légitime défense », ont exhorté les Nations Unies et les États Membres à se concentrer sur la lutte contre les détenteurs illégaux d’armes et à « s’abstenir de multiplier des règlementations qui ne font que pénaliser les détenteurs légaux d’armes à feu et mettent en péril les industries de ce secteur ».  « Les gouvernements feraient mieux de s’attaquer aux problèmes économiques et au non-respect des droits de l’homme qui sont les premières sources de violence », a, à cet égard, estimé le représentant de l’« Association nationale des armes à feu du Canada » avant de se lancer dans un plaidoyer pour le respect du « droit à la légitime défense ». 


Prenant le contre-pied des arguments avancés par les avocats du droit à posséder, porter et faire usage d’armes à feu, le représentant de l’ONG « Transitions Foundation Guatemala », qui a indiqué qu’il porte dans sa chair des séquelles de la violence armée, a révélé que 13 ans après l’adoption du Programme d’action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères, 520 000 personnes continuent à être, chaque année, et à travers le monde, victimes de l’utilisation d’armes légères.  En Amérique du Sud, 74% des homicides sont commis avec des armes à feu.  « En un instant, une balle change pour toujours la vie d’un être humain », a ajouté le représentant. 


Il a en outre déploré que dans beaucoup de pays, les victimes de la violence armée ne reçoivent pas de soins spécifiques.  Il a regretté que le Programme d’action ne parle pas explicitement des cas des personnes rescapées de la violence armée.  Il a exhorté les États Membres à joindre la parole à l’acte en mettant en œuvre le Programme d’action et l’Instrument international de traçage.  « Les États doivent d’autre part offrir des services pertinents et un soutien aux victimes, en prenant des mesures adéquates et en adoptant les politiques qui s’imposent, et ils doivent assurer la participation des victimes rescapées d’actes de violence armée aux réunions internationales débattant de cette question en tant qu’experts », a-t-il suggéré.


Les représentants de l’« Association allemande des fabricants d’armes et de munitions de chasse et de tir », de l’« Association des sports de tir du Canada », et de la « Coalition Armes Légales en Amérique Latine » -qui rassemble 35 associations et 5 millions d’utilisateurs licites d’armes à feu vivant dans 10 pays différents- ont appelé les États à se concentrer sur la lutte contre les armes illégales et à éviter une « surrèglementation » qui ne fera que pénaliser les détenteurs légaux d’armes à feu tout en hypothéquant la survie de l’industrie de fabrication d’armes individuelles.


« Parce que les femmes sont les premières victimes de la violence », la représentante de l’organisation « Second Amendment Foundation », a indiqué que cette organisation défend le droit des femmes à posséder une arme à laquelle elles peuvent avoir recours pour se défendre.  Elle a regretté que le Conseil des droits de l’homme rejette le concept de la « légitime défense » en tant que droit de l’homme fondamental et a estimé que cette position du Conseil est en contradiction avec 600 ans de droit international.  La représentante de l’« Association nationale des fusils chargés par la bouche du canon » est à ce point intervenue dans le débat pour dire qu’elle est « fière de ses traditions familiales de pratique de la chasse et du tir ».  Elle a indiqué qu’elle avait été « initiée à la sécurité que peut apporter une arme dès sa tendre enfance ».  Elle a ajouté que chacun de ses enfants avait abattu son premier cerf à l’âge de 6 ans et que cette tradition se perpétue dans sa famille depuis des générations.


La représentante du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), qui parlait au nom du Mécanisme de coordination de l’action concernant les armes légères (CASA), a fait savoir que le bureau du CASA regroupe 25 institutions des Nations Unies en vue de sensibiliser, de mobiliser et d’informer notamment le grand public et les autorités des États Membres sur la gestion des stocks d’armes et de munitions. 


Pour ce faire, des normes sont utilisées afin de s’assurer que l’ONU offre, sur demande, un avis de la plus haute qualité et un soutien aux États Membres sur la mise en place de contrôles efficaces portant sur le cycle de vie complet des armes légères et de petit calibre.  Le Mécanisme de coordination préconise des activités de renforcement de capacités institutionnelles et d’appui aux groupes à risque.  Le Mécanisme met aussi l’accent sur la protection des enfants contre leur recrutement dans des activités criminelles.  L’action du Mécanisme vise également à sécuriser les stocks d’armes et de munitions par des programmes de traçage et de marquage, comme c’est actuellement le cas au Mali, et en Europe du Sud et de l’Est, a indiqué la représentante.  Elle a demandé, concernant le Mécanisme de fonds internationaux des Nations Unies d’appui à la coopération en matière de régulation des armes (UNSCAR), qu’une meilleure coordination des ressources qui peuvent être mises à sa disposition soit assurée.


Le représentant de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est intervenu dans la discussion et a annoncé que la région d’Afrique occidentale est en train de mettre en œuvre un plan d’activités quinquennal portant sur le marquage, la gestion des stocks, l’harmonisation des lois, les contrôles aux frontières, et la mobilisation des ressources, afin de lutter contre le trafic illicite d’armes légères et de petit calibre.  L’un des objectifs de la CEDEAO est précisément de combattre le commerce illicite des armes et des munitions grâce au partenariat, au renforcement de capacités, et aux partages d’informations, a précisé le représentant. 


Pour sa part, le représentant de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) a fait part des progrès accomplis dans cette sous-région grâce à la sensibilisation du public, à la destruction des armes saisies, à la création d’un centre régional avec le soutien du Gouvernement allemand, et à la mise en place d’une base de données régionale.  La stratégie du groupe des États composant la Communauté de l’Afrique de l’Est (Kenya, République-Unie de Tanzanie, Ouganda, Burundi et Rwanda) repose sur des actions menées contre l’offre et la prolifération d’armes légères et de petit calibre et de munitions, a souligné le représentant.  Il a cependant constaté que certains des « États partenaires de la CAE font preuve d’un d’appétit mitigé pour ces activités » et a exhorté tous les partenaires à faire en sorte que l’appui qu’ils apportent soit prévisible. 


La représentante du Réseau international d’action contre les armes légères (IANSA) a rappelé aux délégations que depuis lundi, jour d’ouverture de la cinquième Réunion biennale des États pour l’examen de la mise en œuvre du Programme d’action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, 4 000 personnes au moins à travers le monde ont été tuées par arme à feu.  Pour chaque personne tuée 2 à 3 de plus ont été blessées, a-t-elle déploré.  Elle a exhorté les délégations à faire en sorte que cette Réunion contribue à réduire le bilan de cette hécatombe. 


La représentante de « Peace Research Institute Oslo » a quant à elle relevé que si, dans certains pays, on constate que les risques de détournements de cargaisons d’armes apparemment légales sont élevés, il faut pour remédier à ce danger interdire purement et simplement l’importation d’armes et de munitions dans ces pays.  Les États doivent s’engager à assurer une bonne gestion à long terme des stocks d’armes se trouvant sur leur territoire ou en transit, a-t-elle préconisé. 


Le représentant du « World Forum on Shooting Activities » a dit que la majeur partie des citoyens qui détiennent des armes à feu n’est pas concernée par le problème débattu par cette Réunion.  Il a indiqué que son ONG peut aider les États dans le domaine du traçage et du marquage des armes et s’est opposé à l’inclusion des munitions dans le Programme d’action.  « Nous ne sommes pas votre ennemi! » a-t-il lancé aux États Membres.  « Nous sommes disposés à mettre à la disposition de l’ONU et de ses États Membres notre expérience et notre expertise », a-t-il déclaré. 


La Réunion biennale d’examen poursuivra ses travaux demain, vendredi, le 20 juin, à partir de 10 heures, et elle mettra fin à cette cinquième session d’examen de la mise en œuvre du Programme d’action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects au cours de la même journée.


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