17/04/2013
Secrétaire général
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TROIS TENDANCES SE DÉGAGENT DE LA VIOLENCE SEXUELLE EN TANT QUE TACTIQUE DE GUERRE

DONT LE LIEN AVEC L’EXPLOITATION ILLÉGALE DES RESSOURCES NATURELLES


On trouvera ci-après la déclaration faite, le 17 avril à New York, par le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, lors du débat public du Conseil de sécurité sur la violence sexuelle et les conflits armés:


Je vous remercie, Madame la Présidente, d’avoir convoqué cette séance importante sur la violence sexuelle liée aux conflits, une question qui revêt une grande importance pour les innombrables civils qui en ont souffert, pour nous tous autour de cette table et pour le système des Nations Unies tout entier.  Je salue l’initiative du Rwanda et votre présence parmi nous aujourd’hui.  Je remercie également le Conseil de sécurité de considérer cette question comme un sujet de grave préoccupation au regard de la paix et de la sécurité internationales. 


Les viols commis en temps de guerre ne se limitent pas à détruire des vies individuelles, ils dévastent aussi des familles et des communautés.  Ils sont un obstacle à la réconciliation et au développement durable.  Grâce au Conseil, le monde dispose désormais d’un cadre solide pour prévenir et régler la question de la violence sexuelle liée aux conflits.  Les résolutions 1325 (2000), 1820 (2008), 1888 (2009) et 1960 (2010) aident à orienter le travail des organismes des Nations Unies, des États Membres et des autres parties prenantes.  Dynamique et dotée d’un grand pouvoir de persuasion, ma Représentante spéciale sur la question mène une action de sensibilisation à l’échelle mondiale.


Parmi les autres acteurs et outils majeurs, je citerai l’Équipe d’experts de l’état de droit et des questions touchant la violence sexuelle liée aux conflits, les conseillers pour la protection des femmes et les dispositifs de suivi, d’analyse et de communication.  Le rapport dont le Conseil est saisi aujourd’hui (S/2013/149) traduit l’amélioration graduelle de l’analyse et de la collecte des données ces dernières années, conséquence directe d’une plus grande prise de conscience sur le terrain et du renforcement des capacités des missions en matière de surveillance, d’enquête et d’intervention.


À mesure que se développe notre connaissance de la violence sexuelle en tant que tactique de guerre, certaines tendances apparaissent clairement.  D’une part, les effets néfastes des viols commis en temps de guerre persistent longtemps après que les armes se sont tues.  Aux Balkans comme en Afrique, les entités des Nations Unies et d’autres organismes continuent d’apporter une aide médicale et psychosociale vitale aux victimes et aux survivants.  D’autre part, bien que l’immense majorité des victimes soient des femmes et des filles, les hommes et les garçons sont également visés.


Par ailleurs, ma Représentante spéciale a relevé d’autres nouvelles tendances, notamment le lien entre la violence sexuelle liée aux conflits et l’exploitation illégale des ressources naturelles, l’incidence de la violence sexuelle sur les déplacements de personnes, et l’importance d’aborder la violence sexuelle dans le cadre des négociations de cessez-le-feu, des processus de paix au sens large et des efforts de réforme du secteur de la sécurité.  En faisant fond sur le travail accompli par sa prédécesseur et par les 13 membres du réseau d’entités de la Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit, réseau qu’elle préside, ma Représentante spéciale continue de lutter contre l’impunité pour la violence sexuelle en temps de conflit.  Mme Bangura insiste pour que les poursuites judiciaires fassent partie des mesures de prévention, et souligne l’importance d’une maîtrise et d’une direction nationales à cet égard, ce que j’appuie résolument.


En République démocratique du Congo, les cellules d’appui aux poursuites judiciaires, créées par le Gouvernement avec le soutien de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, sont un exemple positif d’une combinaison des deux approches.  D’autres opérations de maintien de la paix envisagent de mettre en œuvre des projets similaires.  L’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en République démocratique du Congo et dans la région représente lui aussi une occasion d’éliminer les causes profondes de la violence sexuelle liée au conflit.


En définitive cependant, il convient avant tout de renforcer nos initiatives collectives visant à prévenir la violence sexuelle.


Nos missions de maintien de la paix au Soudan, au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo, ainsi que les équipes de pays des Nations Unies s’efforcent d’établir des dispositifs de suivi, d’analyse et de communication.  Cela fait partie de nos priorités, et j’espère que ce sera fait avant la fin de l’année.


Grâce à l’association d’outils comme la mise à jour de la base de données sur les droits de l’homme du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, le projet de surveillance des activités de protection du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et d’autres systèmes d’information, nous serons mieux à même d’identifier systématiquement les tendances pertinentes, et, par là même, d’améliorer notre capacité à prévenir ces crimes.


Pour être viable, ce travail doit d’être financé.  Nous avons à ce jour déployé huit conseillers pour la protection des femmes au Soudan du Sud, où la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud est la première mission de la paix dont le budget prévoit la nomination de ces conseillers.  Nous recrutons également des conseillers pour nos missions en République démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire et en République centrafricaine.  J’appelle les États Membres à fournir les ressources nécessaires pour le déploiement de conseillers supplémentaires dans ces pays et dans d’autres situations préoccupantes.  Nous devons régulièrement inscrire cet élément dans nos planifications et nos budgets.


Je voudrais également demander que l’on assure un financement durable à l’Équipe d’experts qui travaille à renforcer les capacités des acteurs nationaux dans les secteurs de l’état de droit et de la justice.  L’Équipe a collaboré avec les autorités de la Colombie, de la République démocratique du Congo, de la Guinée, du Libéria et du Soudan du Sud et pourrait, avec l’appui nécessaire, accomplir encore davantage. 


Prévenir la violence sexuelle relève avant tout de la responsabilité des États, notamment des forces de sécurité, qui sont souvent les auteurs mêmes de ces graves violations des droits de l’homme.  Mais la prévention est également notre responsabilité collective.  Pour la mener à bien, nous devons recourir à tous les outils dont nous disposons.  Cela inclut nos missions de maintien de la paix et nos missions politiques, nos efforts de médiation et nos efforts pour protéger les droits de l’homme et fournir une assistance humanitaire.  Cela englobe également le travail de tous ceux qui contribuent à consolider la paix au lendemain d’un conflit – ce qui va de la restauration de l’état de droit et la promotion de l’égalité des sexes à l’action en faveur du redressement rapide et du développement à plus long terme.


Tandis que nous accentuons ces efforts, je compte sur le Conseil pour continuer de faire preuve de leadership et d’apporter son appui.


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