18/11/2013
Conseil de sécurité
CS/11178

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Conseil de sécurité                                        

7062e séance – matin


SOUDAN DU SUD: LA REPRÉSENTANTE SPÉCIALE INSISTE SUR LA SITUATION PRÉOCCUPANTE

DANS L’ÉTAT DU JONGLEÏ ET LE COMPORTEMENT ALARMANT DES FORCES DE SÉCURITÉ


Le délégué du Soudan du Sud réaffirme l’engagement de son pays en faveur d’une

politique de tolérance zéro à l’égard des militaires coupables de crimes contre les civils


« Le Soudan du Sud se trouve actuellement à la croisée des chemins », a déclaré, ce matin, devant le Conseil de sécurité, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, Mme Hilde F. Johnson, qui présentait le dernier rapport* du Secrétaire général sur la situation dans ce pays.


Rappelant que le Soudan du Sud avait accédé à l’indépendance le 9 juillet 2011, elle  s’est félicitée des nouvelles perspectives dans le pays, en particulier l’engagement du nouveau Gouvernement d’améliorer ses relations avec la communauté internationale et le Soudan.  Mme Johnson a néanmoins insisté, comme l’indique le rapport du Secrétaire général, sur les défis auxquels est confronté le pays.


Mme Johnson, qui est également Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), a ainsi attiré l’attention sur la situation très préoccupante dans l’État du Jongleï et le comportement alarmant des forces de sécurité sud-soudanaises, « qui commettent de nombreuses violations des droits de l’homme et se livrent à un véritable harcèlement à l’encontre du personnel des Nations Unies ».


« En dépit du calme relatif observé pendant la grande partie de la saison des pluies dans l’État du Jongleï, le cycle vicieux des représailles continue de poser un risque sérieux pour les efforts de stabilisation du Gouvernement », a-t-elle expliqué.  Les récentes attaques, dont la dernière en date, le 20 octobre, dans le comté de Twic East, ont causé d’importantes pertes en vies humaines, a-t-elle fait remarquer.


La Représentante spéciale a indiqué que ces attaques, ainsi que les violences intercommunautaires entre les ethnies Lou Nuer et Anuyak et les risques de représailles, pouvaient conduire à une plus grande instabilité dans l’État du Jongleï.


« Ces attaques montrent que les efforts de paix visant à rapprocher le Gouvernement et le groupe armé de David Yau Yau doivent se concrétiser rapidement », a affirmé Mme Johnson.  Il faudrait également promouvoir la réconciliation intercommunautaire en vue de trouver une solution aux véritables causes du conflit.  


À l’approche de la saison sèche, les groupes armés et l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) se déplaceraient plus facilement, « ce qui augmenterait le risque d’attaques », a prévenu la Représentante spéciale, qui a détaillé les plans élaborés par la MINUSS pour répondre aux menaces et protéger les civils.


« La composante militaire de la Mission est en voie de reconfiguration géographique avant de concentrer davantage de forces dans les zones à risque, en particulier dans l’État du Jongleï, tout en maintenant une flexibilité stratégique pour répondre aux menaces émergeant en d’autres endroits », a-t-elle ajouté, avant de pointer le manque de capacités, dont continue de pâtir la Mission.


« La situation dans l’État du Jongleï est l’héritage de plus de 50 ans de guerre », a expliqué le Représentant permanent du Soudan du Sud, M. Francis Mading Deng, qui est intervenu après l’exposé de la Représentante spéciale.  « Les crimes sont commis de part et d’autre et au sein de toutes les communautés, faisant ainsi des victimes », a-t-il reconnu, en appelant à aider son pays à mettre fin aux violences intercommunautaires.


Concernant la situation en matière de droits de l’homme, Mme Johnson a déploré les détentions arbitraires, l’usage excessif de la force et les exécutions extrajudiciaires du fait d’éléments indisciplinés des forces de sécurité sud-soudanaises.


« Il est encourageant de constater que les plus hauts responsables du Gouvernement du Soudan du Sud plaident pour une réponse vigoureuse à de telles violations des droits de l’homme », a néanmoins indiqué Mme Johnson, qui s’est félicitée de ce que 115 soldats aient comparu devant une cour martiale à Jongleï pour avoir enfreint la loi relative à l’APLS.  Cette juridiction a condamné 92 d’entre eux.


Pour sa part, M. Deng a réaffirmé l’engagement de son pays en faveur d’une politique de tolérance zéro à l’égard des auteurs de crimes contre les civils, en premier lieu les militaires.  À cet égard, les autorités du Soudan du Sud ont arrêté un général qui était en 2012, à la tête de l’APLS dans le comté de Pibor, dans l’État du Jongleï.


La Représentante spéciale a ensuite souligné les récents incidents liés à la sécurité impliquant le personnel des Nations Unies, en particulier à Juba, qu’elle a jugés « très préoccupants ».  Dans son rapport, le Secrétaire général recense, au cours des six derniers mois, 67 cas de harcèlement, d’intimidation, d’agression physique, d’arrestation et de détention de fonctionnaires de l’ONU commis essentiellement par l’APLS et la Police nationale sud-soudanaise. 


« C’est inacceptable », a martelé Mme Johnson.  Le représentant du Soudan du Sud a déploré pour sa part toute violation de l’accord sur le statut des forces de l’ONU.  Soulignant le rôle déterminant de la MINUSS, il a estimé que sa présence devrait être effective sur tout le territoire. 


« Grâce à l’engagement du Conseil de sécurité, la question de la sécurité du personnel des Nations Unies a été évoquée en Conseil des ministres », a assuré la Représentante spéciale, en précisant que des ordres avaient été transmis à l’APLS et à la Police nationale afin que l’immunité du personnel des Nations Unies en mission soit respectée.


« Le Ministre de la défense a promis que les éléments indisciplinés de l’APLS et de la Police nationale seraient tenus responsables de leurs actes », a indiqué la Représentante spéciale.  Elle s’est dite convaincue que l’élément clef pour remédier durablement à de telles violations résidait dans la réforme du secteur de sécurité.


S’agissant de la situation sur le plan politique, Mme Johnson a fait observer que la transition, depuis le remaniement au sein du Gouvernement du Soudan du Sud le 23 juillet 2013, s’était faite en douceur.  Les membres du nouveau Gouvernement font montre d’un ferme engagement en faveur de l’amélioration des services publics, a-t-elle déclaré.


« Ces tendances, encourageantes pour la tenue des élections nationales, doivent être soutenues par des efforts visant à éliminer les tensions au sein du parti dirigeant », a souhaité la Représentante spéciale.  Les autorités sud-soudanaises doivent rester engagées pour que ces élections aient lieu, comme prévu, en 2015, a-t-elle souligné.


*     S/2013/651


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