13/3/2013
Conseil de sécurité
CS/10937

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Conseil de sécurité

6933e séance – après-midi


SIERRA LEONE: LE REPRÉSENTANT EXÉCUTIF DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SOULIGNE LES PROGRÈS

RÉALISÉS DEPUIS DIX ANS ET LES DÉFIS QU’IL RESTE À RELEVER


Le temps est venu d’entamer une reconfiguration

du mandat du BINUCSIL, estime M. Jens Toyberg-Frandzen


Le Représentant exécutif du Secrétaire général en Sierra Leone, M. Jens Toyberg-Frandzen, a souligné, cet après-midi devant le Conseil de sécurité, que si le pays avait réalisé des « progrès remarquables » depuis la fin de la guerre, il restait néanmoins des défis à relever, nécessitant en particulier une reconfiguration du mandat du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL). 


Grâce aux progrès réalisés, il est désormais « approprié d’entamer une reconfiguration de la mission et de transférer progressivement les responsabilités à l’équipe de pays des Nations Unies, au Gouvernement sierra-léonais, aux institutions nationales, aux organisations de la société civile, ainsi qu’aux partenaires bilatéraux et internationaux », a déclaré M. Toyberg-Frandzen, qui présentait le rapport du Secrétaire général sur le BINUCSIL*.


Dans son rapport, M. Ban Ki-moon, qui recommande que le mandat du BINUCSIL, qui vient à expiration le 31 mars, soit prorogé pour une période de 12 à 18 mois, présente des recommandations, ainsi qu’un calendrier pour la relève, le retrait et la stratégie de désengagement de celui-ci. 


Cette période, écrit-il, est « cruciale », car elle permettra au Bureau de « consolider les gains réalisés jusqu’à présent » en réalignant son mandat sur les trois domaines critiques restants: les bons offices, l’appui au secteur de la sécurité et le renforcement des institutions nationales de promotion et de protection des droits de l’homme.


« Malgré les signes de progrès réels accomplis dans le pays, il reste encore des problèmes épineux à régler, qui concernent notamment le renforcement des capacités des institutions du secteur de la sécurité, la lutte contre la criminalité transnationale organisée et le trafic de stupéfiants, et le projet de révision de la Constitution », observe le Secrétaire général dans son rapport.  « L’appui nécessaire pour régler ces problèmes passe par une reconfiguration du mandat du BINUCSIL », assure-t-il.


Le Secrétaire général précise qu’« à la fin du mandat du BINUCSIL, il faudra veiller à assurer une transition en douceur, si possible sans discontinuité, tandis que le Coordonnateur résident reprendra la tête des opérations en remplacement du Représentant exécutif ».


Au cours de son exposé, le Représentant exécutif, M. Toyberg-Frandzen a rappelé qu’en application de la résolution 2065 (2012) du Conseil de sécurité, une mission d’évaluation technique interinstitutions des Nations Unies avait été déployée en Sierra Leone au mois de janvier dans le but de faire des propositions pour la relève, le retrait et la stratégie de désengagement.


Le chef du BINUCSIL est également revenu sur la tenue, le 17 novembre, des élections présidentielles, législatives et locales, dont le succès, a-t-il dit, « montre que la Sierra Leone est déterminée à consolider la paix chèrement acquise ».  Le pays, a-t-il ajouté, a réalisé des « progrès remarquables » depuis la fin de la guerre il y a plus de 10 ans. 


Au cours de cette période, la Sierra Leone « fut en mesure de restaurer puis de consolider l’autorité de l’État, de mettre en œuvre des programmes de reprise nationale, y compris l’élargissement des services publics, ainsi que les réformes dans le domaine de la gouvernance et des secteurs de la sécurité ».


Pour M. Toyberg-Frandzen, la transition du BINUCSIL vers l’équipe de pays des Nations Unies représente une étape dont la Sierra Leone et la communauté internationale peuvent être fiers. 


« L’engagement fort des Sierra-Léonais et de leurs gouvernements successifs a été essentiel aux réalisations du pays et au succès du travail des Nations Unies depuis plus de 15 ans », a-t-il déclaré.  Toutefois, a-t-il ajouté, « des défis subsistent qui exigent de plus grands efforts de la part des parties prenantes et la poursuite de l’engagement de la communauté internationale ».


Le Représentant exécutif a ainsi non seulement mis l’accent sur un désengagement progressif du BINUCSIL, mais a aussi plaidé pour un renforcement de l’aide des Nations Unies et des autres partenaires internationaux en vue d’assurer la poursuite du développement de la Sierra Leone.


Il est, a-t-il estimé, important de clarifier le fait que les Nations Unies resteront en Sierra Leone et continueront de l’appuyer.  Ce message doit être transmis à leur équipe de pays et à l’assistance apportée par leurs partenaires internationaux.


L’unité et la cohésion nationales doivent être renforcées, a dit M. Toyberg-Frandzen en soulignant la nécessité de s’attaquer aux racines du conflit.  Il s’est ainsi félicité de l’initiative du Président Ernest Bai Koroma concernant la révision de la Constitution de 1991, qui permettra de garantir un système inclusif de gouvernement.


Les institutions nationales de la Sierra Leone, y compris les secteurs de la justice et de la sécurité, la Commission nationale de lutte contre la corruption, et la Commission d’enregistrement des partis politiques, doivent être renforcées afin de leur permettre d’assumer leurs responsabilités respectives avec efficacité et de gagner la confiance de la population, a préconisé le Représentant exécutif du Secrétaire général.


De son côté, le Président de la formation spécifique pour la Sierra Leone de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. Guillermo Rishchynski, du Canada, a estimé que la communauté internationale devait résister à la « tentation de déclarer victoire prématurément » en Sierra Leone.  Il est important, a-t-il souligné, de « faire connaître clairement, à tous les acteurs nationaux, la nature de la transition opérée par les Nations Unies en Sierra Leone ».


Venu présenter les observations tirées de la mission menée par la Commission, à la fin février, en Sierra Leone, il a salué la tenue pacifique du processus électoral du mois de novembre et a considéré que les nouvelles priorités du Gouvernement sierra-léonais, contenues dans son Plan d’action pour la prospérité, témoignaient « d’un changement d’orientation salutaire » pour se concentrer sur les efforts visant à favoriser la croissance, à améliorer les services et à renforcer le capital humain. 


Concernant l’intention du Président Koroma de procéder à un examen de la Constitution –examen qui avait été proposé initialement par la Commission de la vérité et de la réconciliation, a-t-il rappelé-, M. Rishchynski a insisté sur la nécessité d’assurer que ce « processus délicat sur le plan politique » soit ouvert à tous et ait une portée nationale. 


Il a ensuite cité plusieurs questions encore en suspens qui exigeront une action à plus long terme, notamment le chômage dont souffrent les jeunes, la croissance des secteurs de l’extraction minière et de l’agriculture, et la gestion rigoureuse des investissements dans ces secteurs. 


« Un large éventail d’interlocuteurs ont dit craindre de plus en plus de conflits éventuels au niveau des collectivités si les grands investissements ne font pas l’objet d’une gestion rigoureuse », a-t-il prévenu. 


M. Rishchynski a d’autre part observé que la Sierra Leone demeurait vulnérable aux effets déstabilisateurs de la criminalité transnationale organisée et du trafic de drogues.


Rappelant que les Nations Unies jouissaient d’une bonne réputation en Sierra Leone, il a ensuite insisté sur la nécessité de veiller à une transition graduelle sur le terrain. 


« De nombreuses parties prenantes ont insisté sur l’importance de l’aide apportée par le BINUCSIL au processus de révision constitutionnelle et sur la nécessité de maintenir l’assistance technique au profit du secteur de la sécurité », a-t-il noté. 


En outre, de nombreux enjeux auxquels est confrontée la Sierra Leone ont une dimension régionale.  « Cette situation met en relief la nécessité d’un engagement politique des Nations Unies au niveau régional, après que le BINUCSIL aura terminé son mandat », a-t-il conclu.


Le Représentant permanent de la Sierra Leone auprès des Nations Unies, M. Samura Kamara, a quant à lui, expliqué que son pays était à la croisée des chemins et a appelé les membres du Conseil de sécurité à prendre en compte les différents défis auxquels sera confrontée la Sierra Leone lorsqu’il s’agira de décider ou non de réduire la présence du BINUCSIL. 


« Les conséquences immédiates et futures d’une éventuelle réduction de la présence du Bureau doivent être pesées, compte tenu de la situation actuelle du pays et de celle de ses voisins immédiats », a-t-il dit. 


« Nous ne souhaitons pas demeurer indéfiniment à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, mais les circonstances font que nous devons pouvoir continuer à compter sur le Conseil pour être guidés sur des questions sensibles et complexes, ainsi que sur leurs dimensions sous-régionales. »


Pour faire avancer ses aspirations au développement et répondre aux défis posés par la consolidation de la paix, par la sécurité et par les questions liées au processus démocratique, la Sierra Leone attend avec intérêt l’appui du BINUCSIL « même si celui-ci doit passer par une phase de transition », a dit M. Kamara. 


Le représentant a exhorté les membres du Conseil à prendre en compte les conséquences à court et à long termes de ce processus de transition sur les gains acquis jusqu’à présent.


Enfin, M. Kamara a indiqué le soutien de la Sierra Leone à un processus de transition harmonieux et sans heurt du mandat BINUCSIL vers l’établissement d’un système de coordonnateur résident des Nations Unies, ceci, en fonction des besoins.


* S/2013/118


LA SITUATION EN SIERRA LEONE


Dixième rapport du Secrétaire général sur le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (S/2013/118)


Dans ce rapport, qui porte sur la période allant du 1er septembre 2012 au 28 février 2013, M. Ban Ki-moon décrit les activités du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL) et présente des recommandations, ainsi qu’un calendrier pour la relève, le retrait et la stratégie de désengagement de celui-ci. 


Le Secrétaire général recommande que le mandat du BINUCSIL soit prorogé pour une période de 12 à 18 mois.  Cette période, estime-t-il, est « cruciale » car elle permettra au Bureau de consolider les gains réalisés jusqu’à présent en réalignant son mandat sur les trois domaines critiques restants, à savoir les bons offices, l’appui au secteur de la sécurité et le renforcement des institutions nationales de promotion et de protection des droits de l’homme.


Les élections présidentielles, législatives et locales, qui se sont tenues le 17 novembre 2012 en Sierra Leone, ont constitué le principal événement de la période à l’examen.  « Cette consultation, qui était la troisième organisée depuis la fin de la guerre civile en 2002, a été considérée aux niveaux national et international comme un succès pour le peuple et les institutions de la Sierra Leone », se réjouit le Secrétaire général.


Comme par le passé, ces élections se sont jouées essentiellement entre le parti de l’opposition, le Sierra Leone People’s Party (SLPP), et le parti au pouvoir, le All People’s Congress (APC).  De façon générale, les élections se sont déroulées dans le calme, et le taux de participation a été de 87% des 2 millions d’électeurs enregistrés.


Le 23 novembre, la Commission électorale nationale a annoncé que le Président sortant, Ernest Bai Koroma (APC), avait remporté l’élection présidentielle avec près de 59% des suffrages tandis que le général de brigade à la retraite Julius Maada Bio du SLPP en avait remporté 37%, les autres candidats se partageant les autres voix.


Immédiatement après, le SLPP a déclaré que plusieurs irrégularités s’étaient produites durant la tenue du scrutin et a saisi la Cour suprême.  Toutefois, le 3 décembre, à l’issue d’un entretien du Président Koroma et du général de brigade à la retraite Bio, l’APC et le SLPP ont publié une déclaration commune pour annoncer que l’élection d’Ernest Bai Koroma n’était plus contestée.


Le Secrétaire général décrit ensuite l’évolution des conditions de sécurité dans le pays, ainsi que la situation économique et sociale de la Sierra Leone.  Il aborde aussi les activités de soutien du BINUCSIL aux institutions démocratiques du pays.


De façon générale, la situation est restée calme dans le domaine de la sécurité.  Le 22 septembre, la Commission nationale pour les armes légères a organisé la destruction de 4 773 fusils et autres armes à feu, qui avaient été rassemblés de 2004 à 2007 dans le cadre du projet de remise des armes pour l’aide au développement géré par le PNUD.


S’agissant de l’économie, le produit intérieur brut (PIB) réel sierra-léonais devrait progresser de 15% en 2013 et sa croissance continuera d’être soutenue en raison de l’ouverture de deux sites importants d’extraction du minerai de fer dans la province du nord.


Malgré les signes de progrès réels accomplis dans le pays, le Secrétaire général estime néanmoins qu’il reste encore des obstacles à la paix et des problèmes épineux à régler, notamment le renforcement des capacités des institutions du secteur de la sécurité, la lutte contre la criminalité transnationale organisée et le trafic de stupéfiants, le chômage des jeunes, la corruption, et le projet de révision de la Constitution.


« L’appui nécessaire pour régler ces problèmes passe par une reconfiguration du mandat du BINUCSIL », conclut M. Ban Ki-moon.


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