06/9/2013
Assemblée générale
AG/11407

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-septième session

Forum de haut niveau sur la culture de paix                

matin & après-midi                                         


LE FORUM SUR LA CULTURE DE PAIX ENTEND LES TÉMOIGNAGES D’UNE ANCIENNE ENFANT SOLDAT

ET D’UN PÈRE QUI S’EST RAPPROCHÉ DU MEURTRIER DE SON FILS


Le Forum de haut niveau sur la culture de paix, qui s’est réuni aujourd’hui pour la deuxième fois, depuis l’adoption, il y a 14 ans, de la Déclaration et du Programme d’action sur une culture de la paix, a été marqué par les témoignages émouvants d’une ancienne enfant soldat et d’un père devenu « le frère » du meurtrier de son fils.  Le Forum faisait le point sur la mise en œuvre des objectifs liés à la culture de la paix, un domaine toujours menacé par le manque de développement et d’accès à l’éducation.


Ancienne enfant soldat enlevée par les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), Grace Akallo, devenue Fondatrice et Directrice exécutive de l’United Africans for Women and Children Rights (UAWCR), a mis l’accent sur l’importance qu’il y a à parler des enfants lorsque l’on réfléchit à la culture de la paix.  Dans le nord de l’Ouganda, 66 000 enfants ont été retirés à leur famille, dont 50% sont des filles soumises aux violences sexuelles et à la traite des personnes.  Avant ce témoignage, c’est M. Azim Khamisa, Fondateur de la Fondation Tariq Khamisa, qui a parlé de la mort de son fils, il y a 18 ans, tué par un jeune adolescent, membre d’un gang.  À force de travail auprès des enfants, l’assassin de son fils a rallié sa cause.  « Je suis musulman, il est chrétien; aujourd’hui, nous sommes frères. »  


Le lien entre violence et pauvreté a été souligné tout au long d’un Forum qui a réuni membres de gouvernement, représentants religieux et d’organisations interconfessionnelles, universitaires et autres experts.  Pas de paix sans développement et pas de développement sans paix, a, par exemple, dit le Président du Comité de rédaction du Programme d’action qui a ajouté, en parlant de l’éducation, nous devons encourager les jeunes à être eux-mêmes, à forger leur propre caractère et leur personnalité, sur la base de la compréhension, de la tolérance, du respect de la diversité et de la solidarité avec le restant de l’humanité.  L’Initiative du Secrétaire général « L’éducation avant tout » devrait s’appeler « L’éducation pour devenir citoyen du monde », a estimé le Président.


Son homologue de la soixante-septième session de l’Assemblée générale a d’ailleurs rappelé que l’éducation est le premier des huit domaines d’action du Programme d’action.  Une éducation, a commenté le rabbin de la synagogue Edmond J. Safra, qui permettra de combattre certains stéréotypes.  Si éducation égale transmission des connaissances et des valeurs, ce domaine peut aussi inclure la transmission de la foi, qui permet un ancrage plus profond de la culture de la paix.  « Sans spiritualité, la guerre est inévitable », a même prévenu sa Sainteté Irinej, Patriarche de l’Église orthodoxe serbe. 


La Ministre des affaires étrangères du Bangladesh, Mme Dipu Moni, dont le pays a été à l’origine de l’adoption par l’Assemblée du texte fondateur du Programme d’action, a voulu donner la preuve qu’un gouvernement et un peuple peuvent se mobiliser pour développer une culture de la paix.


Ce débat a aussi mis en valeur la façon dont la société civile agit pour favoriser le dialogue et la collaboration entre les religions, comme c’est le cas avec le centre commun aux communautés musulmane et juive, à New York, qui lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme.  Le Secrétaire général de « Religions for Peace » a salué à cet égard les nombreuses alliances interconfessionnelles mises en place dans 90 pays.


Les six autres domaines du Programme d’action sont les droits de l’homme, l’égalité entre hommes et femmes, la participation démocratique, la compréhension, la tolérance et la solidarité, la communication participative et la libre circulation de l’information et des connaissances, et enfin la promotion de la paix et la sécurité internationales.


Les objectifs de la culture de la paix imprègnent tout le travail de l’ONU, a fait observer le Vice-Secrétaire général de l’Organisation qui a établi le lien avec la Charte de l’ONU, l’Alliance des civilisations, les efforts de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’initiative « L’éducation avant tout », la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et l’élaboration du programme de développement pour l’après-2015, date butoir pour les OMD.  Le Vice-Secrétaire général a ajouté que la culture de la paix va de pair avec celle de la prévention.  Le Président de l’Assemblée générale a émis l’espoir que le monde ferait la transition de la viabilité d’ici à 2015.


Les participants au Forum ont eu un petit interlude musical pendant lequel l’artiste japonais et Ambassadeur de « Hiroshima Peace culture » leur a fait reprendre le refrain « Culture of peace is a place to start ». 


FORUM DE HAUT NIVEAU SUR LA CULTURE DE PAIX


Déclarations liminaires


Rappelant que la tâche première des Nations Unies est de maintenir la paix et la sécurité, M. VUK JEREMIĆ, Président de la soixante-septième session de l’Assemblée générale, a souligné la place du dialogue dans ce domaine qui a « plus de valeur que la force ».  Le Programme d’action sur une culture de la paix a été adopté par l’Assemblée générale il y a 14 ans, a-t-il rappelé, avant d’en énumérer les huit domaines d’action, notamment le premier qui concerne l’éducation.  Nous devons donner les bons outils aux futures générations pour qu’elles s’épanouissent dans leur vie adulte, en tant que futurs parents, responsables de communautés et de citoyens engagés, a-t-il souhaité.  Par les livres qu’ils lisent et les pages Internet qu’ils consultent, nous devons nous assurer que nos enfants apprennent à traduire en action la tolérance et la compréhension des autres.  Ils doivent s’enrichir de connaissances sur l’égalité des chances, la justice sociale, la dignité humaine, les droits de l’homme, l’amour du prochain et la compassion envers les plus vulnérables.  Ils doivent aussi apprendre que toute tradition religieuse représente une version de ces nobles enseignements et mérite le respect.


La puissance de la foi dans la promotion de la culture de paix a souvent été sous-évaluée, a poursuivi le Président de l’Assemblée.  Je suis convaincu que les dirigeants religieux de bonne volonté peuvent faire la différence et utiliser leur autorité morale pour panser les blessures des siècles de conflit, a-t-il dit.  À l’ère du développement durable, nous devons favoriser l’harmonie entre les religions, a-t-il insisté.  Comme nous y invite la Charte des Nations Unies, nous devons pratiquer la tolérance et vivre ensemble dans la paix en bon voisinage.  M. Jeremić a fait référence à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, Rio+20, lors de laquelle les dirigeants du monde ont appelé à l’intégration des trois piliers de ce développement, à l’économique, le social et l’environnemental.  Nous devons passer à cette transition universelle de la viabilité d’ici à 2015, a-t-il souhaité, prédisant des transformations fondamentales dans la façon dont l’humanité conduira ses affaires.


Aujourd’hui, a encore dit le Président, nous faisons un petit pas en avant.  Il faut s’éloigner du mal et chercher la paix, a-t-il exhorté en citant les psaumes et en faisant référence au Coran.  Il a invité à se rapprocher de Dieu pour une plus grande morale.  Il a aussi appelé à s’inspirer de l’exemple de l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Dag Hammarskjöld, en le paraphrasant: « Notre travail doit commencer dans le monde privé de chacun d’entre nous (…).  Comment pouvons-nous demander aux autres de se sacrifier si nous ne sommes pas prêts à le faire nous-mêmes? »


M. JAN ELIASSON, Vice-Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que l’Organisation des Nations Unies est fondée sur le principe de la dignité et de l’égalité entre les valeurs et entre les hommes.  Pourtant, trop souvent, a-t-il dit, nous voyons des violations flagrantes, souvent systémiques de ce principe.  En Syrie, une tragique guerre civile a tué plus de 100 000 personnes, déplacé un tiers de la population du pays et enflammé les tensions entre les communautés, a rappelé le Vice-Secrétaire général.  Pour bâtir une culture de la paix, nous devons tirer les leçons de ces effroyables chiffres. 


Nous ne devons pas parler seulement des chiffres mais aussi du sort des gens, a dit le Vice-Secrétaire général.  Quand nous ne regardons pas les hommes, les femmes et les enfants, mais seulement les structures plus grandes comme les cultures, les religions et les nations, nous perdons de vue les individus eux-mêmes.  Quand on ne voit pas une personne mais seulement « l’autre », nous empruntons la voie dangereuse de la polarisation, de la déshumanisation voire pire.  Nous l’avons déjà fait et nous ne devons pas le refaire.  Or, a constaté le Vice-Secrétaire général, nous voyons de la discrimination contre les migrants et les minorités.  Nous voyons des campagnes politiques ou le sectarisme et la diabolisation de certains groupes. 


Beaucoup de communautés chrétiennes risquent la persécution.  Nous devons surmonter l’antisémitisme et les préjugés qui nous divisent.  Nous devons vaincre l’islamophobie et les peurs qui nous affaiblissent.  M. Eliasson a estimé que nous sommes à un moment de l’histoire où nous avons besoin d’une culture de paix, pas d’une absence de guerre mais d’une culture entièrement dédiée à la paix.  Cet objectif imprègne le travail des Nations Unies.  Nous le voyons dans les principes de la Charte, les droits universels, les efforts de l’Alliance des civilisations, le travail de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et dans la toute première initiative du Secrétaire général sur « L’éducation avant tout ».  Les efforts pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et définir un ordre du jour pratique et audacieux pour la période post-2015 sont une partie cruciale de la tâche visant à faire en sorte que la culture de paix ait un vrai sens pour les personnes frappées par la pauvreté et l’exclusion.


La culture de paix va de pair avec la culture de la prévention, a poursuivi le Vice-Secrétaire général.  L’Article 33 de la Charte de l’ONU énonce un éventail d’outils pour résoudre les différends de manière pacifique.  Pourtant, a confié M. Eliasson, nous avons été témoins d’une tendance dangereuse à attendre qu’une crise ou un conflit éclate.  Construire une culture de la paix, c’est réorienter les priorités budgétaires, les armes de destruction massive vers le capital humain et les capacités de production. 


Les technologies de l’information auront aussi un rôle important à jouer car elles peuvent être un véhicule de la connexion positive et du partage du savoir, a estimé M. Eliasson.  Pendant que nous attendons ce que les jeunes vont faire demain, nous sommes aujourd’hui tous confrontés à des défis urgents.  Les détenteurs du pouvoir et les autorités ont la responsabilité morale et politique de jeter des ponts et d’améliorer la compréhension à travers les frontières et les cultures.  Les chefs religieux, les responsables politiques et les autres doivent donner l’exemple en rejetant la violence et en promouvant le dialogue.  Ils doivent être prêts à faire entendre leur voix devant les difficultés. 


« Que la paix soit avec vous! », a lancé sa Sainteté IRINEJ, Patriarche de l’Église orthodoxe serbe, au début de son intervention, la formule sacrée de salutation dans les trois religions monothéistes.  Au début de chaque liturgie, les Chrétiens orthodoxes demandent à Dieu de leur donner la paix, a-t-il rappelé qui a dit croire en un Dieu de paix et d’amour, de bonté et de pardon.  Il a expliqué que la paix ne signifiait pas seulement l’absence de guerre, mais aussi l’existence de qualités spirituelles comme le respect des autres et la dignité.  Sans cette spiritualité, la guerre est inévitable, a-t-il prévenu.


Le primat de l’Église orthodoxe serbe a regretté que cette salutation soit souvent lancée de façon automatique, sans peser la responsabilité qu’elle entraîne.  Un masque d’altruisme cache des intérêts égoïstes, a-t-il dit, avant de s’interroger sur l’hypocrisie qui consiste à professer les enseignements de la foi en Dieu tout en déclarant la guerre.  Il a vivement exhorté chacun à prier pour la paix dans le monde.  Pour que la culture de la paix s’enracine dans le monde, nous devons éduquer les hommes et les femmes à la paix, a-t-il ajouté.  Il a jugé insuffisants les efforts menés en ce sens, expliquant que les églises ne peuvent pas apporter une contribution utile dans ce domaine sans l’appui des institutions sociales. 


Si une partie minoritaire du monde a été épargnée par les conflits armés, le conflit et la guerre font malheureusement partie du quotidien de la majorité des personnes, a noté le patriarche.  Il ne peut y avoir de paix si celle-ci reste le privilège de la minorité, a-t-il affirmé.  Il a rappelé qu’il venait d’une région qui a connu les conflits et les guerres.  Il a partagé l’expérience de son peuple et de son église et expliqué qu’au Kosovo, ce peuple avait été privé d’une vie digne.  Ce peuple veut cependant garder espoir dans l’avenir, a-t-il assuré, conscient que la tâche commune des hommes est d’établir une paix durable, condition préalable à la justice.  La culture de la paix est incompatible avec l’égoïsme, a conclu le patriarche en invitant l’homme à remplir son « devoir sacré » de chercher à s’améliorer sans cesse.  « Soyons tous des artisans de la paix », a-t-il lancé.


M. SAYYID M. SYEED, Directeur national de « Interfaith and Community Alliances », Islamique Society of North America (ISNA), a indiqué que selon le Coran « on ne répond pas au mal par le mal mais par la bonté » et, de cette manière, « vous pouvez devenir amis avec votre prochain ». 


Faisant référence à la Marche de Martin Luther King en 1963, M. Syeed a interprété l’arrivée de M. Barack Obama à la Maison Blanche comme le fruit de ce qu’ont fait les dirigeants religieux, il y a plus de 50 ans.  À la même époque, a-t-il encore dit, de nombreux pays musulmans avaient envoyé des étudiants dans les universités américaines.  Si pour les États-Unis, c’était nouveau de voir des musulmans en si grand nombre, pour ces derniers, c’était aussi une expérience nouvelle que de vivre dans une société chrétienne.  Mais, ce qu’il faut retenir c’est que les églises américaines ont ouvert leurs portes pour permettre à ces étudiants de prier. 


Aujourd’hui les sept millions de Musulmans côtoient les sept millions de Juifs aux États-Unis.   En 2006, le Président de la congrégation juive a été invité à parler à la réunion annuelle de l’ISNA, ce qui a débouché sur un livre commun expliquant la position commune sur les conflits et les différends.  À New York, Musulmans et Juifs ont créé un centre commun pour lutter contre l’islamophobie et l’antisémitisme.  Quelque 250 organisations islamiques et juives y participent, a indiqué M. Syeed pour qui « les textes religieux musulmans et juifs indiquent la voie à suivre ».  Ce centre est un lieu d’apprentissage de la démocratie. 


Rappelant la menace d’un pasteur américain qui, en 2010, avait dit vouloir brûler le Coran, M. Syeed a répondu que ce pasteur n’a pas réussi parce que le Coran se trouve dans le cœur de tous les Musulmans du monde et que ce genre de menaces ne vise pas seulement les Musulmans mais toutes les religions car ces intimidations sont contre le pluralisme, le dialogue et la tolérance.  Marginaliser les extrémistes: c’est ce qui doit être fait dans les pays musulmans et chez tous les Musulmans », a-t-il estimé, en ajoutant que les crises sont une chance d’aller de l’avant vers plus de culture de la paix. 


S’exprimant par vidéo, M. ELIE ABADIE, Rabbin de la synagogue Edmond J. Safra, a commencé son intervention par une prière de Rochachana, grande fête juive célébrée aujourd’hui.  Rappelant que le monde entier était jugé par Dieu, il a invité à la compassion et à la paix.  Il a prié pour que Dieu inscrive toute l’humanité dans son livre de vie pleine de prospérité et de joie.  Il a dénoncé les guerres qui font rage entre et dans les nations.  Dans la religion juive, un des noms de Dieu est Shalom, c’est-à-dire « paix », a-t-il souligné, en invitant les dirigeants religieux à remodeler l’homme et à promouvoir la culture de la paix.  Nous devons utiliser les croyances religieuses des autres comme moyens de nous connecter, a-t-il ajouté.


Pendant des siècles, les trois religions monothéistes avaient des livres communs, a rappelé le rabbin.  En Espagne, notamment, ces différents peuples et différentes religions ont appris à vivre ensemble.  Aujourd’hui, des représentants de Chrétiens, de Juifs et de Musulmans partagent les mêmes aspirations à la paix et à la justice.  Nous devons travailler activement vers ces objectifs et nous unir quand une communauté est attaquée, a demandé le rabbin.  Il a aussi invité à surmonter certains stéréotypes qui découlent d’un manque d’éducation.  Il est temps de prendre des initiatives et de mettre un terme à la guerre et à l’ignorance, de transformer la haine en amour.  Il faut aimer son prochain comme soi-même, a-t-il lancé.  Il a aussi observé que les graines de la paix germent dans le terreau de la communication.  Abraham a plaidé pour la coexistence pacifique, a-t-il rappelé, avant d’inviter les dirigeants religieux à promouvoir le respect de l’autre.  Enfin, il a demandé que l’on élimine du vocabulaire des termes comme « hérétique » ou « infidèle ».  « Shalom, que la paix soit avec vous », a-t-il conclu.


Débat de haut niveau


Mme DIPU MONI, Ministre des affaires étrangères du Bangladesh, a souhaité envoyer le message fort selon lequel, il faut « croire en la paix et dire non à la guerre ».  La paix n’est pas seulement l’absence de guerre, a-t-elle fait observer, en énumérant les menaces qui pèsent sur la paix comme les inégalités, la xénophobie, l’égoïsme, la violence ou le trafic d’êtres humains.  Elle a voulu que l’on éduque les hommes à une culture de la paix et souligné que notre responsabilité est de nourrir cette culture.  La Ministre a rappelé que c’est son pays, le Bangladesh, qui avait présenté le projet de résolution adopté par l’Assemblée générale sur cette question en 1997. 


Aujourd’hui, a-t-elle dit, la population bangladaise veut la paix, après avoir connu une guerre de libération et les sacrifices.  La culture de la paix a joué un rôle essentiel dans l’éthique nationale.  En 2011, le Bangladesh et l’Inde ont ainsi célébré ensemble l’anniversaire d’un grand poète qui a plaidé en faveur de la culture de la paix. 


Mme Moni a voulu que l’on renonce à la force dans les relations internationales.  Le Bangladesh a réussi à résoudre des différends frontaliers avec l’Inde et un différend maritime avec le Myanmar sans la force, a-t-elle dit, avant de rappeler que son pays était un des principaux fournisseurs de contingents aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  C’est aussi le Bangladesh, pays qui promeut la diversité culturelle, qui est à l’origine de la Journée internationale de la langue maternelle, a indiqué la Ministre qui a plaidé pour que toutes les nations et tous les individus puissent vivre dans la liberté et à l’abri de la peur, de la faim et de la pauvreté.  Une démocratie participative comme celle du Bangladesh peut garantir ces droits, a-t-elle affirmé.  Nous devons aussi aller au-delà du monde virtuel et encourager les interactions entre les cultures, les religions et les races.  Enfin, Mme Moni a cité Mahatma Gandhi: « La non-violence est mon premier article de foi.  C’est aussi le dernier article de mon credo ».


M. ANWARUL K. CHOWDHURY, Président du Comité de rédaction du Programme d’action sur la culture de la paix, a relevé que, ces derniers temps, le monde a vu des conflits éclater à différents endroits de la planète, ce qui exige d’examiner les approches du rétablissement de la paix.  Il a estimé qu’en la matière, une des dimensions capitales est la lutte contre la pauvreté et pour l’égalité des chances.  Il ne peut y avoir de paix sans développement et de développement sans paix.  Il faut aussi, a-t-il poursuivi, reconnaître que le concept de sécurité a toujours été pris dans une acception trop étroite, à savoir sous l’angle de la défense du territoire national et pas sous l’angle de l’homme.  Dans un monde où les conflits sont surtout internes, on comprend désormais que la paix ne veut pas dire simplement la fin de la guerre mais aussi la fin de l’oppression, de l’injustice et de la surdité politique. 


Le Président du Comité a pleinement adhéré aux propos que le Secrétaire général a tenus en 2012, selon lesquels l’éducation est un ingrédient important de la culture de la paix.  Il a d’ailleurs voulu qu’au lieu de « L’éducation avant tout », l’initiative du Secrétaire général s’intitule « L’éducation pour devenir citoyen du monde ».  Nous devons, s’est-il expliqué, encourager les jeunes à être eux-mêmes, à forger leur propre caractère et leur personnalité, sur la base de la compréhension, de la tolérance, du respect de la diversité et de la solidarité avec le restant de l’humanité.  M. Chowdhury a cité Albert Einstein qui disait « le monde est un endroit dangereux non pas à cause des gens diaboliques mais à cause de ceux qui ne font rien contre eux ».  Le temps est donc venu de passer à l’action, a commenté Le Président du Comité.


Table ronde sur « Le rôle de la coopération interconfessionnelle dans la promotion d’une culture mondiale de paix »


M. JOHN O. VOLL, de la Georgetown University, qui animait cette première table ronde, a plaidé pour que l’on passât d’un dialogue interconfessionnel à une coopération religieuse.  Il faut, a-t-il dit, « créer un état d’esprit culturel en faveur de la paix, constituer un groupe, une synthèse pluraliste qui reconnaît les différences ». 


La coopération interconfessionnelle n’est pas un terme assez fort, a estimé Mme KATHERINE R. HENDERSON, Présidente d’Auburn Seminary.  Prévenant qu’il ne saurait y avoir de paix sans justice, elle a voulu que l’on inclut dans cette coopération l’élément « justice ».  « Nous croyons qu’un autre monde est possible que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui ».  C’est cela que la religion peut apporter pour enrichir notre débat », a déclaré Mme Henderson.


La religion peut aussi être exploitée pour justifier la violence et promouvoir les différences, a reconnu M. MATTHEW HODES, Directeur de l’Alliance des civilisations de l’Organisation des Nations Unies.  « Se servir de la religion comme une arme est un problème qui revient trop souvent », a-t-il dénoncé, citant en particulier les conflits dans l’ancienne Yougoslavie.  Mais, a-t-il dit, en soulignant la valeur du dialogue interconfessionnel, « ne pas parler est un échec garanti ». 


Et d’ailleurs, a fait remarquer M. WILLIAM F. VENDLEY, Secrétaire général de Religions for Peace, dans 90 pays dans le monde, les communautés religieuses ont constitué des alliances interconfessionnelles.  Les religions furent les grandes écoles de vertu qui doivent se transformer en carrefours d’idées. 


Le dialogue interculturel et interconfessionnel est très important maintenant qu’on peut communiquer ses idées à des millions d’individus dans le monde, a reconnu M. HÜSEYIN HURMALI, Directeur administratif de la Fondation des journalistes et des écrivains.  Une réunion comme ce Forum, a-t-il ajouté, permet de mettre l’accent sur la coopération nécessaire entre gouvernements et société civile.  Le Vice-Ministre de la culture et de l’information de l’Arabie saoudite a réitéré la détermination de son gouvernement à lutter contre l’extrémisme et le terrorisme, rappelant la tenue à Ryad, en 2005, d’une Conférence internationale contre le terrorisme, laquelle a donné naissance au Centre international contre le terrorisme qu’abrite désormais la capitale saoudienne.


Table ronde sur « La culture de paix, programme pour une nouvelle civilisation mondiale: Où en sommes-nous aujourd’hui? »


Mme JOY OGWU, Représentante permanente du Nigéria auprès des Nations Unies, qui animait cette deuxième table ronde, a souligné la nécessité d’avancer graduellement, le point de départ étant nos esprits.  « Nous devons apprendre à bâtir la paix qui est devant nous », a-t-elle dit, ajoutant que la culture de la paix est une culture intrinsèquement universelle, car elle « émane directement du Créateur qui nous a conçus, qui est l’incarnation même de la paix ».  La création d’un « concept global de civilisation mondiale » a été encouragée par M. ABDUL KALAM AZAD, Ministre des affaires culturelles du Bangladesh, qui a appelé l’UNESCO à organiser une série de conférences sur la diversité culturelle au niveau régional.


Le Bangladesh, a-t-il annoncé, organisera d’ailleurs la première Conférence du Sud sur le dialogue interconfessionnel en faveur de la culture de la paix.  Dans ces efforts, n’oublions pas les femmes qui sont les meilleures garantes de la promotion de la culture de la paix, a plaidé Mme LAKSHMI PURI, Vice-Directrice exécutive de l’appui aux mécanismes intergouvernementaux et des partenariats stratégiques de l’ONU-Femmes.  L’autonomisation des femmes et l’égalité entre les sexes constituent un multiplicateur de potentiels, a-t-elle insisté.  « Si nous voulons établir une culture de la paix, nous devons nous attaquer aux causes structurelles qui ont permis la poursuite de ces inégalités ». 


Au titre des témoignages, M. AZIM KHAMISA, Fondateur de la Fondation Tariq Khamisa, a confié qu’il y a 18 ans, son fils Tariq avait été tué par le membre d’un gang âgé de 14 ans.  Cet enfant, a-t-il dit, était aussi une victime.  Selon les données du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 29 000 enfants meurent chaque jour dans le monde.  M. Khamisa dit avoir milité pour sauver des enfants, faire en sorte que des bons choix soient faits et enseigner les principes de non-violence, d’empathie et de paix.  Le meurtrier de mon fils a rejoint ma cause et est aujourd’hui sauvé, a-t-il dit, très ému.  « Mon trajet a été difficile, mais mon objectif, c’est la paix », a-t-il déclaré, ajoutant: « Je suis musulman, le meurtrier de mon fils est chrétien; aujourd’hui, nous sommes frères ».  M. Khamiza a affirmé que les enfants avaient le droit de vivre en sécurité.  « Il est de notre devoir de faire de ce principe une réalité », a-t-il conclu.


Le lien entre violence et pauvreté a été rappelé par Mme TIFFANY EASTHOM, Directrice de pays pour le Soudan du Sud de la Nonviolent Peaceforce (NP).  Quelque 1,5 milliard de personnes vit dans des pays où la violence est un phénomène chronique, cyclique, où les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ne sont pas réalisés.  La NP, a-t-elle affirmé, est présente 24 heures sur 24 dans les communautés confrontées à la violence.  Elle œuvre, a-t-elle dit, pour la sécurité des civils en cherchant des solutions pacifiques aux conflits et à la violence qu’ils subissent.


Donnant un second témoignage, Mme GRACE AKALLO, Fondatrice et Directrice exécutive de l’United Africans for Women and Children Rights (UAWCR), a expliqué qu’elle venait du nord de l’Ouganda et qu’elle avait été enlevée, enfant, par l’Armée de résistance du Seigneur (ARS).  Elle a dit avoir vu des rebelles forcer des enfants à tuer leurs propres parents, des soldats violer des filles devant leurs parents et des enfants manipulés pour assassiner des membres de leur propre communauté.  Certains de ses amis ont été tués, d’autres contraints de tuer d’autres enfants qui tentaient de fuir, a-t-elle également témoigné.


Aujourd’hui, entre 300 000 à 500 000 enfants sont utilisés et manipulés pour participer à des conflits, a-t-elle ajouté.  Elle a mis l’accent sur la nécessité de parler des enfants lorsque l’on réfléchit à la culture de la paix.  Dans le nord de l’Ouganda, 66 000 ont été retirés à leurs familles, a-t-elle dit.  Parmi ces enfants, 50% sont des filles, lesquelles souffrent 3 fois plus que les garçons, soumises notamment aux violences sexuelles et à la traite des personnes.  Elle a appelé à « apporter la paix dans nos propres communautés, dans nos propres maisons, en pensant aux enfants », et en particulier aux enfants soldats.


La représentante de Cuba, au nom des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), a tenu à souligner que le respect des principes de la Charte des Nations Unies était la base fondamentale sur laquelle bâtir une culture de la paix. 


Table ronde sur « la stratégie pour promouvoir la mise en œuvre du Programme d’action en faveur d’une culture de paix des Nations Unies: Que faut-il faire? »


M. CARLOS ENRIQUE GARCÍA GONZÁLEZ (El Salvador), modérateur de cette discussion, a souligné que chacun a son rôle à jouer dans la réalisation de la culture de la paix et la mise en œuvre du Programme d’action.  En particulier les femmes et les jeunes, a estimé M. FEDERICO MAYOR, Président de la Foundation Culture of Peace, en se félicitant que le Programme d’action et la Décennie 2001-2010 aient permis d’adopter des mesures concrètes.  Les Constitutions de la Bolivie et de l’Équateur mentionnent la culture de la paix, a-t-il apprécié en citant également les efforts menés par l’Afrique dans ce domaine.


Pourquoi ne pas pousser l’Assemblée générale à proclamer 2013-2024, décennie de la paix et contre la violence à l’égard des femmes, a proposé le modérateur, avant de présenter Mme NANCY ROOF, Fondatrice de Kosmos Journal: The Journal for World Citizens Creating the New Civilization, qui a estimé qu’il faut aussi repenser « nos institutions obsolètes ».  Cultivons, essayons de comprendre l’autre et décelons les partis pris dans nos sources d’information.

De son côté, Mme MIKIKO OTANI, Avocate spécialiste des droits de l’homme, a salué l’approche holistique et positive de la paix durable qui a été suivie dans la Déclaration et le Programme d’action.  Elle a concentré son intervention sur la violence dont sont victimes les enfants.  Elle a indiqué que les enfants préservés de la violence se comportaient de manière moins violente que les autres dans leur vie adulte.  Lorsqu’au contraire les enfants sont habitués à la violence, ils ont besoin d’aide pour régler leurs conflits.  Elle a prôné une plus grande participation des enfants dans la vie de la famille, car ils sont des acteurs de la paix.  Elle a attiré l’attention sur les travaux en cours aux Nations Unies s’agissant des femmes et de la paix qui doit être comme un droit de l’homme, comme un droit collectif et un droit individuel.


Mme ABIGAIL DISNEY, Productrice de film et Présidente de Fork Films (TBC), a dénoncé la culture des armes à feu aux États-Unis et la glorification de la violence dans le cinéma.  Elle a constaté que Mikey Mouse et Rambo étaient les héros les plus connus dans le monde.  Si j’allais devant le Congrès américain pour parler de la non-violence, je ne recevrais pas un très bon accueil, a-t-elle imaginé.  Parlant de la Syrie, elle s’est dite frappée par le manque d’imagination qui ne laisse que deux options: frapper ou ne rien faire.  Elle a regretté cette banalisation de la violence du fait d’un environnement médiatique « toxique ».  Elle en a appelé à la responsabilité de chacun, en tant que consommateur de produits médiatiques, d’utiliser la pression de l’argent.  Il faut arrêter de faire l’autruche, a-t-elle lancé.  Elle a incité à quitter une salle de cinéma, un bar ou tout endroit où la violence est banalisée et, pourquoi pas, recourir à la désobéissance comme l’a fait le mouvement « Occupy Wall Street ».


Au cours de l’Histoire, nous avons mis beaucoup de temps à apprendre qu’il valait mieux s’unir que se diviser, a reconnu Mme PATRICIA SMITH MELTON, Fondatrice de Peace X Peace.  Sans nier qu’il est parfois difficile de faire la paix, elle a invité les hommes à avoir le courage du pardon.  Soulignant, à son tour, l’importance de l’éducation et celle de l’égalité homme-femme pour enraciner la culture de paix, elle a voulu que l’on fasse avancer la paix par tous les moyens à notre disposition.  Utilisons les forces cosmique et humaine qui sont à l’origine de l’amour, de la paix et du pardon dans le monde.  « Écoutez votre cœur, c’est votre meilleur ami. »


*   ***   *


À l’intention des organes d’information • Document non officiel