16/5/2013
Assemblée générale
AG/11373

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Assemblée générale

Soixante-septième session

Débat thématique

matin et après-midi


INTERACTION ÉNERGIE-EAU: L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXAMINE LES MOYENS DE SURMONTER

 UN « DÉFI VITAL DE TRÈS GRANDE AMPLEUR »


L’eau manque et manquera plus encore dans les décennies à venir, et les efforts entrepris pour préserver cette ressource fragile sont insuffisants.  Ce constat alarmant a constitué aujourd’hui la toile de fond d’un débat thématique de l’Assemblée générale destiné à identifier les moyens à mettre en œuvre dans les domaines scientifique, technologique et économique liés à l’interaction énergie-eau avant que ne soit atteint le point de non-retour.


« La pure vérité est que nous sommes confrontés à un défi vital d’une très grande ampleur, et que nous ne faisons tout simplement pas assez pour le surmonter », a déclaré le Président de la soixante-septième session de l’Assemblée générale, M. Vuk Jeremić, en ouvrant cette journée de discussions sur le thème « Le développement durable et les changements climatiques: Solutions pratiques dans le contexte de l’interaction énergie-eau ».


« Nous disposons des outils nécessaires pour sauver la planète d’une catastrophe écologique provoquée par l’homme », a affirmé M. Jeremić.  « Cependant, ce dont nous manquons c’est l’engagement fondamental pour les utiliser de façon cohérente, ainsi que de la prise de conscience du peu de temps qui reste devant nous avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il insisté.


Le Ministre d’État et Envoyé spécial pour l’énergie et les changements climatiques des Émirats arabes unis, M. Ahmed Al Jaber a rappelé qu’aujourd’hui, 783 millions de personnes ne disposaient pas d’accès à une eau propre tandis qu’1,3 milliard de personnes n’avaient pas d’électricité, en mettant ainsi en garde contre le fait que dans les prochaines décennies, ces ressources vitales subiraient des « pressions de plus en plus fortes ».


Pour la Directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), à Paris, Mme Laurence Tubiana, au rythme actuel, il faudrait, d’ici à 2030, augmenter de plus de 33% la demande en énergie et 41% celle en eau.


« L’extrême est devenue la norme.  C’est terrifiant », a lancé, pour sa part, dans une intervention très remarquée, le Directeur du Réseau des Nations Unies des solutions de développement durable, M. Jeffrey Sachs.  L’homme, a-t-il soutenu, « n’est pas conscient de ce qu’il fait ou de ce qu’il a fait ».  Il est, selon lui, « passé de l’âge de glace à l’anthropogène », période à partir de laquelle son influence sur le système terrestre serait devenue prédominante. 


Pour M. Jeremić, le rythme de croissance actuel mène à la catastrophe.  Il est donc nécessaire de s’orienter vers la durabilité et de dessiner un « nouveau partenariat mondial dans lequel aucun pays ne sera laissé sur le bord de la route ».


Le Président de l’Assemblée générale a ainsi plaidé pour une « nouvelle direction » et de « nouvelles stratégies », ce débat étant peut-être une « étape importante pour nous rapprocher de la ligne de départ post-2015, en portant l’attention de la communauté internationale sur la science novatrice, les technologies de pointe et de nouveaux modèles économiques liés à l’interaction énergie-eau ».


Comme l’a rappelé le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. Wu Hongbo, qui a lu le message du Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, le programme de développement des Nations Unies pour l’après-2015 offre une occasion unique de revoir l’impact des conséquences des changements climatiques et de forger un nouvel accord sur les changements climatiques pour la paix, le développement et le bien-être pour tous.


Le Président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et Directeur de l’Energy and Resources Institute (TERI), M. Rajendra Kumar Pachauri, a mis l’accent sur l’importance des énergies renouvelables.  Il convient, a-t-il estimé, de recenser les domaines où ces énergies renouvelables sont viables au plan économique et d’identifier les moyens de les mettre en œuvre à plus grande échelle.  Compte tenu de l’évolution des changements climatiques, il est essentiel de renforcer la coopération internationale dans ce domaine, a-t-il dit.


Commissaire européen à l’environnement, M. Janez Potočnik a invité la communauté internationale à une approche qui soit cohérente avec les objectifs mondiaux pour le développement adoptés dans le passé, dans le but d’une égalité accrue pour la population mondiale et d’un respect pour les limites des ressources naturelles. 


L’humanité est arrivée à un tournant mais, a estimé M. Potočnik, un choix est encore possible, compte tenu que l’être humain est un être « pensant » et sensé être « intelligent ».


L’après-midi avait été consacré à deux tables rondes, l’une portant sur les objectifs et cadres mondiaux, l’autre sur les progrès technologiques et les investissements.


Les participants à la première table ronde ont en particulier plaidé pour des mesures urgentes, fondées sur une approche intégrée, une volonté politique forte et une coopération internationale solide en vue de faire face aux changements climatiques.  Les débats ont aussi été l’occasion pour plusieurs délégations d’appeler à un changement des modes de consommation.


Dans la seconde, experts et États Membres ont mis en relief à la fois les espoirs et les complexités dans la recherche de solutions viables à la problématique de l’interaction énergie-eau.


L’Assemblée générale se réunira en séance plénière, demain 17 mai à 10 heures.


DÉBAT THÉMATIQUE INTITULÉ « LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ET LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES: SOLUTIONS PRATIQUES DANS LE CONTEXTE DE L’INTERACTION ÉNERGIE-EAU »


Déclarations liminaires


M. VUK JEREMIĆ, Président de la soixante-septième session de l’Assemblée générale, a rappelé que lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable « Rio+20 », qui s’était tenue au Brésil en juin 2012, les dirigeants du monde avaient adopté le document historique « L’avenir que nous voulons », qui établit les principes du programme de développement pour l’après-2015.  « Pour la première fois, a-t-il dit, les États Membres sont tombés d’accord sur des mesures visant à intégrer globalement les trois dimensions du développement durable, à savoir économique, sociale et environnementale, en un ensemble simple et parfaitement cohérent. »


Ils ont, a-t-il poursuivi, mandaté l’Assemblée générale pour concevoir et adopter les objectifs de développement durable, concevoir des options pour les financer et créer un arrangement intergouvernemental pour leur suivi et leur mise en œuvre, assignant à cet organe le but stratégique de définir un nouveau cadre mondial ambitieux qui influencera une large partie du travail des Nations Unies pour les décennies à venir.


M. Jeremić a expliqué que le défi des États Membres pour garantir le droit au développement englobait quatre dimensions étroitement liées entre elles: technologique, organisationnelle, économique et morale.  Chacune de ces dimensions est liée à l’interaction énergie-eau.


« Nous avons entre les mains le pouvoir de détruire la Terre ou de la soutenir pour la postérité », a déclaré M. Jeremić.  C’est une responsabilité sans précédent, a-t-il dit.  « Notre génération est la première à la supporter, celle-ci étant devenue économiquement et démographiquement importante pour menacer la planète entière. »


Pour M. Jeremić, le rythme de croissance actuel mène à la catastrophe, il est nécessaire de s’orienter vers la durabilité et de dessiner un « nouveau partenariat mondial dans lequel aucune nation ne sera laissée sur le bord de la route ».


Le Président de l’Assemblée générale a plaidé pour une nouvelle direction et de nouvelles stratégies.  Ce débat, a-t-il dit, peut être une étape importante pour nous rapprocher de la ligne de départ post-2015, en portant l’attention de la communauté internationale sur la science novatrice, les technologies de pointe et de nouveaux modèles économiques liés à l’interaction énergie-eau.


« Nous disposons des outils nécessaires pour sauver la planète d’une catastrophe écologique provoquée par l’homme », a affirmé M. Jeremić.  « Cependant, ce dont nous manquons c’est l’engagement fondamental pour les utiliser de façon cohérente, ainsi que de la prise de conscience du peu de temps qui reste devant nous avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il insisté. 


« La pure vérité est que nous sommes confrontés à un défi existentiel d’une très grande ampleur, et que nous ne faisons tout simplement pas assez pour le surmonter », a conclu le Président de l’Assemblée générale.


M. WU HONGBO, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, faisant lecture du message du Secrétaire général, a souligné que l’énergie et l’eau sont des ressources indispensables, et leur approvisionnement durable est vital pour éliminer la pauvreté et réaliser un développement durable.  Dans cet objectif, il convient de fournir des ressources énergétiques durables et d’accorder une attention accrue à l’impact des changements climatiques.  L’élévation du niveau de la mer, par exemple, a atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré auparavant, ce qui est très alarmant, a-t-il dit.  Il est nécessaire de garder à l’esprit cette toile de fond à l’heure où nous travaillons à la gestion de l’environnement.  Lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable « Rio+20 », les dirigeants mondiaux avaient réaffirmé leur engagement politique en faveur d’un développement durable pour tous.  L’Agenda pour le développement post-2015 offre une occasion unique de revoir l’impact des conséquences des changements climatiques et de forger un nouvel accord sur les changements climatiques pour la paix, le développement et le bien-être pour tous.


M. SULTAN AHMED AL JABER, Ministre d’État des Émirats arabes unis et Envoyé spécial pour l’énergie et les changements climatiques, a souligné la responsabilité commune qui consiste à traiter de l’équilibre complexe entre les sociétés et leur croissance et les ressources naturelles limitées.  Cet équilibre est vital, a-t-il insisté, si l’on veut avoir un futur soutenable.  Après avoir établi un lien entre l’énergie, l’eau et l’alimentation, M. Al Jaber a rappelé que l’eau était indispensable pour extraire l’énergie, mais également pour le traitement et le transport de l’eau.  L’eau et l’énergie sont nécessaires pour produire de la nourriture.  Il ne peut y avoir de croissance économique, ni de développement humain sans un accès durable à ces trois formes d’énergie, a-t-il souligné, en citant les défis auxquels son pays est confronté.  De même, il ne sera pas possible de réduire la pauvreté et de prévenir les conflits.  Aujourd’hui, a-t-il rappelé, 783 millions de personnes ne disposent pas d’accès à une eau propre tandis qu’1,3 milliard de personnes n’ont pas d’électricité, a-t-il rappelé, avant de mettre en garde contre le fait que dans les prochaines décennies, ces ressources vitales subiront des pressions de plus en plus fortes.


Le Ministre a fait remarquer que son pays était pionnier dans le domaine de la technologie de désalinisation couplée à l’énergie renouvelable et s’achemine vers des systèmes reposant sur un mélange d’énergies durables.  Sur le plan de la coopération internationale, les Émirats arabes unis ont axé leur engagement sur les technologies durables et financent des projets durables dans les pays en développement et les petits États insulaires où le Fonds pacifique contribue à hauteur de 50 millions de dollars pour les projets d’énergie renouvelable dans les îles Pacifiques.  Après avoir cité en exemple la ferme éolienne Masdar à Londres, la plus grande au monde, qui fournit de l’énergie électrique à un demi million de foyers au Royaume-Uni, il a mis l’accent sur la participation de son pays au Groupe de travail à composition non limitée sur l’Agenda pour le développement  post-2015.  En conclusion, M. Al Jaber a estimé que le débat d’aujourd’hui devrait conduire à une coopération palpable grâce aux enseignements tirés et aux nouvelles opportunités de collaboration.  Ce message devrait être adressé à une audience plus large, notamment aux patrons de l’industrie, aux chercheurs, aux gouvernements et à la société civile.  À cet égard, il a estimé que la Semaine d’Abu Dhabi pour la durabilité, en janvier prochain, pourrait servir de plateforme pour l’énergie du futur.


M. JEFFREY SACHS, Directeur du Réseau des Nations Unies des solutions de développement durable, a soutenu que l’homme n’était pas conscient de ce qu’il faisait ou de ce qu’il avait fait.  Il est, a-t-il dit, passé de l’âge de glace à l’anthropogène, période à partir de laquelle son influence sur le système terrestre serait devenue prédominante. 


L’homme agit de façon imprudente, a poursuivi M. Sachs.  Il est difficile de sortir de cette situation, car, a-t-il dit, « nous avons besoin d’énergie ».  « Nous sommes tous champions du droit au développement, mais l’exercice de ce droit, a-t-il fait remarquer, s’inscrit dans les limites planétaires. »  C’est plutôt, une obligation, a-t-il dit.


M. Sachs a notamment fait état de la grande sécheresse qui sévit aux États-Unis dont aucune leçon, a-t-il déploré, n’en est tirée.  « L’extrême est devenue la norme.  C’est terrifiant », a-t-il déclaré, en rappelant que les conséquences de la sécheresse, dans le monde, alimentaient les conflits.  « Il existe des solutions pratiques, mais nous ne les appliquons pas », a-t-il regretté.  M. Sachs a par exemple mis l’accent sur la nécessité de changer le système d’énergie et de ne plus dépendre du carbone. 


Il a souligné, par ailleurs, qu’il était important d’établir une gouvernance internationale. 


M. JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen à l’environnement, a mis l’accent sur la gestion des ressources naturelles et sur la nécessité de comprendre l’interaction entre les ressources clefs qui sont le socle de la production et de la croissance économique.  Soulignant la question de la survie de l’espèce humaine, il a applaudi la tendance actuelle à inverser les paramètres de l’exploitation des ressources en recherchant les voies et moyens de les préserver.  Il importe de ne pas ignorer les limites de la planète, notamment dans le domaine démographique car dans les prochaines décennies la planète comptera 9 milliards d’âmes, ce qui ne sera pas soutenable, a souligné M. Potočnik


La chaîne d’approvisionnement dépend de l’eau, mais, a-t-il fait remarquer, la production d’énergie dépend aussi de la disponibilité de l’eau.  De nos jours, 6 000 enfants meurent encore, chaque jour, de maladies véhiculées par l’eau.  L’interaction entre la demande de la croissance économique mondiale et la limitation des ressources naturelles disponibles s’avère être le défi majeur pour le futur de l’humanité, a-t-il averti.  Pour cette raison, le débat thématique de l’Assemblée générale vient à point nommé et doit conduire à une politique tendant à respecter les limites de la planète et à traiter de la même façon toutes les composantes du problème dans un souci d’équilibre.


L’une des critiques faite aux Objectifs du Millénaire pour le développement consiste à dire qu’ils ne prenaient pas en compte leur impact mutuel, a-t-il fait observer.  Le Commissaire européen a invité la communauté internationale à une approche qui soit cohérente avec les objectifs mondiaux pour le développement adoptés dans le passé, dans le but d’une égalité accrue pour la population mondiale et d’un respect pour les limites des ressources naturelles.  L’humanité est arrivée à un tournant mais, a estimé M. Potočnik, un choix est encore possible, compte tenu que l’être humain est un être « pensant » et sensé être « intelligent ».


Mme IZABELLA TEIXEIRA, Ministre de l’environnement du Brésil, a voulu répondre à la problématique d’une approche équilibrée entre l’accès et l’utilisation de l’eau, d’un côté, et de l’énergie, de l’autre.  Partie de la double hypothèse selon laquelle une importante proportion de la population mondiale vit dans des régions où l’eau est rare et que l’énergie fossile est devenue de plus en plus chère, la Ministre a fait remarquer que l’humanité était obligée de faire en sorte que les ressources en eau et en énergie soient distribuées et utilisées de manière égale et efficace.  À cet égard, elle a suggéré que les pays trouvent des solutions pour bien gérer leurs ressources en eau y compris les nappes phréatiques, pour améliorer les mécanismes de gestion de l’eau, et pour réduire l’irrigation agricole.  En cette année internationale de l’eau, un meilleur partage d’informations et de dialogue doit être instauré entre les États dans ces domaines, a-t-elle dit.  L’Agenda pour le développement post-2015 devrait tenir compte de ce problème complexe, car ce sera une opportunité pour améliorer les infrastructures et utiliser les nouvelles technologies propres qui, dans le même temps, créent de l’emploi et donnent un nouvel élan à l’économie. 


Mme Teixeira a indiqué que la politique énergétique du Brésil était la plus « verte » au monde.  Elle a précisé que 45% de l’énergie étaient générés par des ressources renouvelables (alors que le taux moyen dans le monde est de 13%) dont 14% sont produits par les centrales hydroélectriques.  Elle a ajouté que 90% de l’énergie électrique du Brésil sont fournis par des ressources renouvelables, et 80% par des centrales hydroélectriques.  Cette situation a un impact direct sur les émissions de gaz à effet de serre.  Elle a aussi dit qu’une politique énergétique dépendante des ressources en eau était vulnérable aux changements climatiques.  De même, les biocarburants ont aussi des impacts négatifs sur le climat.  Il faudrait, a-t-elle suggéré, diversifier les solutions alternatives propres.  Ces défis concernent l’utilisation plus large des technologies et des instruments économiques qui permettent un meilleur accès et une utilisation plus efficace de l’énergie, qui sont compétitifs et viables sur les plans économique et social.  Avant de conclure, Mme Teixeira a insisté sur le rôle du progrès technologique dans la limitation du domaine du possible et de la recherche de solutions.  La recherche et le développement technologiques joueront un rôle crucial pour assurer à l’humanité un niveau de prospérité qui tient compte de la résilience de la nature, a-t-elle estimé, en citant l’exemple de l’extraction du gaz de schiste qui donne accès à d’énormes réserves d’énergie.   


Mme BEATA JACZEWSKA, Vice-Ministrede l’environnement de la Pologne, a souligné que l’eau devenait la ressource la plus précieuse pour les 7 milliards d’habitants de la planète et que l’accès aux ressources naturelles de base ne constitue pas un luxe mais une condition de survie.  Aucun résultat ne sera possible si on ne jette pas les bases du futur dès maintenant, a-t-elle affirmé.  La communauté mondiale est en train d’atteindre un point de non-retour car les défis globaux exigent des solutions de la même échelle, a-t-elle martelé, en soulignant qu’il s’agit principalement de se préparer pour la survie équilibrée de 9 milliards de personnes dans un futur proche.  Les mesures d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques font désormais partie des priorités auxquelles la Pologne doit répondre, a-t-elle indiqué, en invitant à jeter les bases des engagements de l’après-2015.  La coopération et le renforcement de la confiance dans un processus transparent et ouvert à tous sont les conditions sine qua non pour faire de 2015 une année historique.  C’est là notre volonté, il faudra maintenant trouver la voie », a-t-elle insisté.


M. RAJENDRA KUMAR PACHAURI, Président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et Directeur de l’Energy and Resources Institute (TERI), a prévenu que face aux changements climatiques, la pénurie d’eau allait augmenter.  Dans les pays pauvres, les changements climatiques contribueront à mettre en péril la sécurité d’approvisionnement en eau, qui deviendra plus cher.  D’ici à 2035, plus de trois milliards de personnes vivront dans des conditions de pénurie d’eau, a-t-il souligné.  Parallèlement, la demande en eau se développera en raison de la croissance démographique.


M. Pachauri a mis l’accent sur l’importance des énergies renouvelables.  Il convient, a-t-il estimé, de recenser les domaines où ces énergies renouvelables sont viables au plan économique et d’identifier les moyens de les mettre en œuvre à plus grande échelle.  Compte tenu de l’évolution des changements climatiques, il est essentiel de renforcer la coopération internationale dans ce domaine, a-t-il dit avant de conclure.


M. CRAIG KNOWLES, Président de l’Autorité du bassin Murray-Darling en Australie, a déclaré qu’au cours des 40 000 années écoulées, les aborigènes en Australie avaient un lien salutaire avec la nature et l’eau.  Le plan de gestion traditionnelle était de renoncer à la cupidité et de respecter l’environnement naturel.  L’expérience australienne a été très difficile car, en dépit des preuves irréfutables de l’impact des activités industrielles et économiques sur les écosystèmes, notamment les ressources en eau, certains ont fait la sourde oreille et des dégâts irréversibles ont été causés aux écosystèmes ayant un rôle dans le secteur industriel.  M. Knowles a poursuivi que de nombreux intérêts étaient en jeu dans le bassin Murray-Darling, avec des variabilités élevées concernant les sécheresses et la pluviosité.  Les innovations techniques du passé ont eu des conséquences nuisibles qui ont rendu l’eau plus saline et acide et il a fallu de nombreuses années avant que l’on commence à s’intéresser à ce phénomène dans la région, a-t-il constaté avec regret.


M. Knowles a expliqué que l’Autorité du bassin Murray-Darling qu’il préside ne cherche pas à rétablir la santé des rivières, car il est trop tard pour cela, mais de procéder à des changements pour un développement durable qui soit ajusté à la lumière des manifestations changeantes de la nature.  Le plan, établi par l’Autorité et approuvé par le Parlement australien, fait appel à la science pour approfondir et ajuster les connaissances sur la gestion des rivières.  Un autre élément du succès de ce plan a été le leadership des gouvernements successifs et le consensus politique entre les différents experts et les communautés autochtones, a estimé M. Knowles, qui a établi six grands axes prioritaires pour une gestion environnementale durable.  Parmi ces axes, il faudrait comprendre que la science ne suffit pas à elle seule: elle a besoin de l’appui des communautés.  L’appropriation des projets par les communautés locales est indispensable et les décideurs ne doivent pas avoir une vision uniquement sectorielle, a-t-il estimé. 


Mme LAURENCE TUBIANA, Directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) à Sciences Po, Paris, a affirmé qu’au rythme actuel, il faudrait, d’ici à 2030, augmenter de plus de 33% la demande en énergie et 41% celle en eau.  La volatilité du prix des ressources a triplé au cours du XXe siècle, a-t-elle ajouté, les prix de l’énergie ayant augmenté de 190% au cours de ces dernières décennies.  Accroître l’offre en eau ne peut pas être la seule réponse, a-t-elle estimé, en soulignant que l’offre non conventionnelle, comme la désalinisation et l’utilisation de l’eau pluviale, pourrait s’avérer être 10 fois plus chère.  Les ressources et les solutions existent, mais « il faut se battre pour les mettre en œuvre », a-t-elle estimé.


M. JOHAN ROCKSTROM, Directeur exécutif du Centre de résilience de l’Université de Stockholm, a appuyé l’approche prônée par le Président de l’Assemblée générale à l’ouverture du débat thématique.  Compte tenu des millions de dollars investis et du nombre incalculable de réunions scientifiques, il est évident, a-t-il dit, que le message soit clairement basé sur des constatations empiriques.  La grande accélération de l’entreprise humaine a bien servi jusqu’à récemment, en créant des richesses énormes pour une minorité d’êtres humains, a-t-il précisé.  Entre-temps, il y a eu la reconnaissance du trou d’ozone et, plus récemment, des répercussions irrémédiables du développement industriel sur l’environnement.  Expliquant les pires scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, M. Rockstrom a présenté un graphique montrant que pour la première fois, en juillet 2012, la Terre avait changé de direction.  Il a ensuite présenté un scénario catastrophique des répercussions climatiques de l’utilisation croissante des terres et invité à reconnaître que la viabilité de la Terre était le seul moyen d’assurer la durabilité.  Il faudrait aller vers une trajectoire de développement durable qui soit accompagnée de croissance pour l’humanité, a-t-il estimé.  Cela est possible car l’être humain doit définir les limites planétaires pour que le développement durable garantisse la prospérité du monde des affaires.  En travaillant en étroite coopération avec les ONG, il est possible d’éliminer la pauvreté si les modes de production et de consommation tiennent compte de certaines limites.  


Débat interactif


Le représentant de Fidji, qui s’exprimait au nom du Groupe 77 et de la Chine, a affirmé qu’il était essentiel que les États Membres encouragent le développement durable conformément aux principes approuvés lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable « Rio+20 ».  Le principe de souveraineté des États sur les ressources doit faire partie des discussions, a-t-il souligné.  Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité de redoubler d’efforts pour assurer le développement durable.  À cet égard, il a lancé un appel aux pays développés pour qu’ils tiennent leurs engagements.  L’accès à l’eau est essentiel pour réduire la pauvreté et faciliter le développement, a-t-il ajouté.  Il est urgent, a insisté le représentant, d’établir une coopération internationale solide pour faciliter l’accès des pays en développement à l’eau.


Le représentant de l’Union européenne a déclaré que les membres de l’Union européenne étaient prêts à prendre en considération le point de vue des autres États.  Le débat thématique d’aujourd’hui est à cet égard fort utile, a-t-il dit.  Il faudrait œuvrer, ensemble, en vue d’établir une cohérence politique pour le développement, a préconisé le représentant de l’Union européenne, en proposant d’ajouter la dimension de la sécurité alimentaire à celle de l’eau et de l’énergie, compte tenu de la croissance démographique.  Il a invité en outre à poursuivre les efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à multiplier les partenariats. 


Le représentant du Kirghizistan a souligné les problèmes sérieux que posent les changements climatiques dans son pays, qui est situé dans une région montagneuse et n’a pas d’accès à la mer.  Le Kirghizistan a pris des engagements en vue de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre, a-t-il assuré.  Le pays attache une grande importance au développement de l’hydroélectricité, qui est, a-t-il souligné une énergie propre.


Le représentant de Costa Rica a indiqué que la conclusion fondamentale que l’on devrait tirer concernant le développement durable et les changements climatiques est que le diagnostic et la responsabilité doivent être « raisonnablement partagés » entre les différents secteurs, et que tous doivent s’efforcer de rectifier le tir.  Il a ensuite procédé à une description exhaustive des activités entreprises par son pays en vue de la viabilité des énergies renouvelables pour un petit pays tropical aux nombreuses ressources hydriques mais dont les ressources financières restent limitées.  Le Costa Rica tente notamment de remédier à la pollution résultant de la production et de l’utilisation des produits chimiques, et œuvre à la réhabilitation et à la préservation de ses ressources en eau grâce aux initiatives promouvant l’utilisation de technologies novatrices, a-t-il assuré. 


Le représentant de l’Ouzbékistan a rappelé que la région de l’Asie centrale dépendait de l’utilisation efficace de l’eau et des ressources en énergie.  Il a estimé qu’il serait préférable de développer des petites sources d’énergie hydroélectrique, plutôt que des grands barrages.  Il est très important, a-t-il souligné, de préserver l’équilibre environnemental fragile de la région de la mer d’Aral.  Il a aussi plaidé en faveur des programmes d’énergie faible en émission de carbone, en faisant remarquer à cet égard que l’Asie centrale bénéficiait d’un grand ensoleillement capable de fournir quatre fois plus d’énergie solaire que ce qui est nécessaire aux pays de la région.


L’Ouzbékistan, pays riche en ressources hydrocarbures, a cependant commencé à prendre des mesures pour utiliser l’énergie solaire, notamment grâce à son nouvel Institut international de l’énergie solaire créé grâce à un prêt de la Banque asiatique de développement.  Une station d’énergie solaire va être construite dans la région de Samarcande, a-t-il ajouté.  En outre, la Compagnie nationale de pétrole et de gaz a adopté un programme stratégique d’économie d’énergie pour un coût de 500 millions de dollars d’ici à 2020.  Le représentant a également signalé que son pays allait accueillir, cette année, la Conférence internationale sur les énergies renouvelables.


Le représentant de l’Allemagne a demandé aux experts de préciser leurs idées pour neutraliser les liens dont on discute aujourd’hui dans le contexte des objectifs de développement pour l’après-2015.


Le représentant de la Namibie a souligné que les changements climatiques, l’un des défis majeurs de notre temps, est prioritaire dans le plan d’action des décideurs namibiens pour le programme de l’après-2015 en matière de développement durable.  Les objectifs de développement durable, a-t-il recommandé, doivent être axés sur l’accès des sources d’eau viable et durable, indispensable à la santé et à la survie humaine.


Le représentant a aussi exhorté les États Membres à s’inspirer des documents et objectifs fixés par les différentes conférences internationales et de la vision du Secrétaire général.  Les mesures adoptées pour faire face aux défis des changements climatiques doivent être intégrées à d’autres politiques orientées vers le développement durable, a-t-il ajouté. 


Le représentant de l’Afrique du Sud a rappelé qu’à Durban en 2011, les États parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s’étaient mis d’accord sur une série de décisions et pris des engagements pour une nouvelle période allant de 2013 à 2020.  Récemment, à Doha, la plupart des engagements pris à Durban ont été réaffirmés, a-t-il ajouté.  La CCNUCC reste le meilleur forum pour examiner le défi mondial que posent les changements climatiques car, a-t-il dit, il permet aux pays les moins responsables des changements climatiques, qui sont cependant les plus affectés, de s’asseoir à la même table que ceux qui sont historiquement responsables de ce problème.


Le représentant a souligné l’importance pour les pays en développement de s’attaquer en priorité à l’élimination de la pauvreté et au développement durable.  Il a aussi fait le lien entre les négociations sur les changements climatiques et l’élaboration de l’Agenda pour le développement post-2015, en appelant à équilibrer l’intégrité environnementale et le développement économique et social.  L’Afrique du Sud est un pays pauvre en eau, a-t-il rappelé, en s’inquiétant de cette vulnérabilité qui affecte la santé, l’agriculture et les secteurs de l’économie dépendant de l’eau comme les secteurs minier et de l’électricité.  Il a souligné la nécessité d’investir dans de nouvelles infrastructures pour moins dépendre à l’avenir des technologies fortes en émissions.  Pour le long terme, il a suggéré de passer à des modes de consommation plus durables.  Le plus urgent, a-t-il dit, est de finaliser maintenant les mesures visant la création d’un fonds vert pour le climat.


Dans les pays baltes, l’hiver dure généralement trois mois mais le dernier hiver, nous avons eu un mois gratuit, a ironisé le représentant de la Lituanie, en cherchant à faire prendre conscience de la façon dont les changements climatiques ont un impact direct sur la vie humaine.  Les grandes rivières de la région subissent des modifications très graves du refroidissement des centrales nucléaires, a-t-il poursuivi en invitant à davantage de concertation régionale.  Les Nations Unies, a-t-il souligné, peuvent utiliser la cartographie hydrique de régions à risque, la diplomatie et le plaidoyer pour l’eau.


Table ronde I: Interaction énergie-eau/Objectifs et cadres mondiaux


Face aux différentes mises en garde entendues ce matin, les intervenants de cette première table ronde ont plaidé pour des mesures urgentes, fondées sur une approche intégrée, une volonté politique forte et une coopération internationale solide en vue de faire face aux changements climatiques. 


Les échanges, qui étaient axés sur le lien étroit entre l’eau et l’énergie, ont été l’occasion pour plusieurs délégations d’appeler à un changement des modes de consommation. 


La table ronde était animée par M. Geir O. Pedersen, Représentant permanent de la Norvège auprès des Nations Unies.  Son pays tire 95% de son électricité de la puissance hydraulique, a-t-il rappelé avant de lancer la discussion.


« L’eau ne manque jamais tant que le puits n’est pas à sec », a déclaré M. MARK CANE, Professeur en sciences de la terre et du climat à l’Observatoire de la Terre Lamont-Doherty, à l’Université Columbia.  Cette évidence, a-t-il dit, est tirée d’une chanson américaine et rappelle qu’il n’est pas intelligent d’ignorer les mises en garde.  « Nous savons que les régions sèches vont s’accroître, nous constatons une augmentation de la température, et nous n’observons pas de changement du côté des précipitations », a-t-il insisté. 


Il a attiré l’attention sur les conséquences d’une mauvaise planification dans le domaine des changements climatiques.  En Syrie, par exemple, 1,5 million d’agriculteurs ont déjà quitté les zones rurales pour venir s’installer en ville, alors que le secteur agricole répondait pleinement aux besoins du pays.  En 2007 et en 2008, le pays a cependant connu les pires sécheresses.  L’Afrique de l’Est connaît une crise humanitaire grave en raison d’une sécheresse extrême alors qu’on pensait que cette région deviendrait plus humide », a-t-il fait remarquer. 


M. ZHOU DADI, Directeur général émérite de l’Institut de recherche sur l’énergie de la Commission Nationale du Développement et de la Réforme (NDRC), a insisté sur la nécessité de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025, comme le préconise le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).  Il a souligné que ce défi concernait à la fois les pays développés et les pays en développement et il a appelé à mettre l’accent sur la rentabilité énergétique. 


« Il faudrait envisager une demande raisonnable et rationnelle.  Si les pays en développement adhèrent aux modes de consommation actuels, leurs taux d’émissions se rapprocheront de ceux des pays développés et nous n’aurons pas de solution à notre problème », a-t-il dit.  Il faudrait faire en sorte que la « demande de luxe » n’augmente pas. 


Rappelant la place qu’occupent encore les énergies fossiles dans de nombreuses régions du monde, cet expert a ensuite plaidé pour le développement de systèmes favorisant cette rentabilité énergétique.  « Nous sommes loin d’une maturité pour ce marché et de nombreux obstacles subsistent car le coût des technologies du gaz naturel, de l’énergie hydraulique, nucléaire, solaire ou éolienne est important pour de nombreux pays émergents », a-t-il souligné.


Mme SAMANTHA SMITH, de l’Initiative mondiale « Climat et Énergie » du Fonds mondial pour la nature (WWF), a appelé les dirigeants à envisager des solutions urgentes face au « cauchemar » qui est prédit en matière de changements climatiques.  « Ce que nous voulons, c’est un monde dans lequel nous aurons éradiqué l’extrême pauvreté et dans lequel nos ressources énergétiques seraient gérées de manière durable », a-t-elle insisté. 


Pour le WWF, les individus doivent être au cœur de cet objectif et il faut se concentrer sur la relation forte qui existe entre la nature et les êtres humains.  Elle a rappelé que le Fonds mondial pour la nature avait suggéré trois objectifs mondiaux de développement durable: l’énergie, l’eau et les denrées alimentaires.  « Il est important d’insister sur les mots “mondial” et “durable”, et d’aborder également la question de la surconsommation, en particulier dans les pays riches », a-t-elle conclu.


Mme GISELA ALONSO DOMINGUEZ, Présidente de l’Agence cubaine de l’environnement, a fait part de l’expérience de Cuba, qui a axé sa lutte contre les changements climatiques sur le besoin de justice sociale et d’équité, a-t-elle dit.  Son pays a aussi beaucoup investi dans le domaine de la récolte de données et dans la recherche, permettant ainsi d’établir des « modèles » des changements qui pourraient se produire et d’adapter les moyens à mettre en œuvre.


Elle a expliqué que Cuba était confrontée à l’augmentation du niveau de la mer et à l’augmentation des températures par rapport aux mesures réalisées au siècle dernier.  « Cette augmentation a une influence sur les cultures et, par conséquent, sur la santé de la population », a-t-elle dit.  Par ailleurs, en 2100, a-t-elle fait observer, Cuba aura perdu plus de 6% de sa zone côtière alors que son économie dépend essentiellement des plages et du tourisme.  Enfin, 94% de l’énergie de l’île sont générés par des combustibles fossiles, c’est pourquoi le Gouvernement cubain concentre ses efforts sur l’énergie solaire et éolienne.


Mme AMINA MOHAMMED, Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la planification du développement après 2015, a expliqué que 154 objectifs avaient été établis par le Groupe de haut niveau mis en place par le Secrétaire général pour préparer l’Agenda pour le développement post-2015.  « Il faudrait réduire le nombre de ces objectifs afin qu’ils puissent être mis en œuvre efficacement et selon le calendrier qui sera établi », a-t-elle souligné, en insistant également sur la nécessité de placer les individus au cœur des stratégies.  « L’efficacité nécessite de l’attention, des partenariats et une gestion intégrée des stratégies.  Les nouveaux partenaires, les nouvelles ressources et les nouvelles synergies viendront des personnes », a-t-elle insisté. 


Le représentant de la Slovénie a ensuite été le premier à plaider pour la mise en place de stratégies intégrées face aux changements climatiques, au cours du dialogue interactif qui a suivi.  Il a insisté sur la nécessité d’assurer aux générations futures des énergies renouvelables efficaces. 


Pour la Chine, les défis que posent les changements climatiques exigent également une approche coordonnée à laquelle adhèreront tous les pays.  « Tous les pays, a-t-il rappelé, portent une certaine responsabilité en la matière. »


Son homologue du Sri Lanka a estimé que, face à l’urbanisation et à l’industrialisation de nos sociétés, la demande en eau ne ferait que croître et qu’il faudrait aborder ce problème d’un point de vue environnemental et sécuritaire car l’eau ne doit pas devenir une cause de tensions entre les communautés.  Il a aussi estimé que l’action des « grands pollueurs » avait été peu satisfaisante jusqu’ici.


La délégation du Japon a appelé à la réalisation d’une croissance faible en carbone afin de préserver la planète, tandis que le délégué du Maroc a appelé à démanteler, en 2015, « le mur fossile » qui subsiste dans notre monde.  « L’avenir ne pourra jamais être prédit.  L’avenir est une volonté délibérée.  Faisons que cet avenir se réalise grâce à notre volonté », a-t-il plaidé.


L’Inde a dénoncé des « modes de vie peu rationnels dans les pays développés » et, à l’inverse des autres intervenants, son représentant a estimé que les combustibles fossiles continueraient d’exister et qu’il faudrait maintenant travailler à des solutions techniques permettant de limiter leur empreinte.


Le représentant du Kazakhstan a fait part de différents efforts mis en œuvre par son gouvernement pour limiter sa dépendance à l’eau dans le cadre de son développement économique.  Le Bélarus a appelé, quant à lui, à ne pas faire de l’énergie nucléaire un « démon » lorsque cette activité est menée conformément aux engagements internationaux et que la construction d’une centrale n’a pas d’influence sur les écosystèmes.


Les panélistes ont reconnu que la demande en énergie des pays en développement allait augmenter.  Tous ont, une nouvelle fois, plaidé pour une coopération internationale renforcée et pour une volonté politique urgente en faveur d’un véritable changement.


L’Arabie saoudite a présenté son expérience en matière de désalinisation de l’eau et de production d’énergie solaire.  Le représentant a aussi indiqué que ses experts et certaines entreprises œuvraient de concert pour arriver à des solutions novatrices.  Il a appuyé la notion de responsabilité partagée et différenciée dans les solutions pour le développement durable.


Les plus hautes autorités du Gabon, a indiqué son représentant, ont pris l’engagement de veiller à une distribution équitable des énergies électrique et hydrique.  Il a abondé dans le sens du G-77 et la Chine concernant le partage des expériences et des informations dans le cadre de la lute contre la pauvreté.


La France, qui est candidate pour accueillir la prochaine session de la Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC,) accorde un vif intérêt à ce débat.  Elle a cependant regretté que la dimension de la sécurité alimentaire n’ait pas été prise en considération dans le débat.


Le représentant des Émirats arabes unis a posé une question sur la condensation de l’eau dans les pays à climat chaud où, a-t-il rappelé, vit la majorité des pauvres.


La politique énergétique est au centre des décisions nationales, a souligné la représentante de la Nouvelle-Zélande.  Elle a estimé que l’élimination des subventions aux combustibles fossiles était nécessaire.  La difficulté consiste à traduire en actions concrètes les résultats des conférences sur l’environnement et sur le développement durable, notamment dans la région du Pacifique, a-t-elle fait remarquer, en encourageant la coopération interrégionale.


Présentant une vision à long terme, le Maroc s’est demandé comment construire un réseau énergétique durable mondial sur le modèle du réseau informatique mondial, comme un puzzle.  Il a cité à cet égard le projet Désertek en Afrique, qui est en cours de préparation.


Table ronde II: Interaction énergie-eau/Progrès technologiques et investissements


Réunis autour de la table ronde II sur le thème: Interaction énergie-eau/Progrès technologiques et investissements », cinq experts internationaux/panélistes ont mis en relief à la fois les espoirs et les complexités dans la recherche de solutions viables à la problématique de l’interaction énergie-eau.  


M. ADNAN AMIN, Directeur général de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), qui était également le modérateur de la table ronde II, a fait observer qu’il y a une dizaine d’années à peine, le secteur industriel des énergies renouvelables n’était qu’une niche mais qu’à présent, il ne cesse de gagner de l’ampleur et d’apporter des réponses novatrices et prometteuses.  De même, des processus de recherche et de développement sont en cours pour diminuer les coûts des énergies renouvelables.  L’énergie photovoltaïque est en plein essor, alors que les énergies solaire et éolienne sont en passe de devenir plus abordables que le charbon et l’énergie électrique, a-t-il aussi constaté.


Présentant la perspective et l’expérience récentes du monde des affaires, M. JEFF SEABRIGHT, Vice-Président pour l’environnement et les ressources en eau, de la compagnie Coca Cola, a indiqué que cette entreprise multinationale s’efforçait d’analyser l’empreinte écologique de ses activités et de trouver des solutions pratiques à son utilisation des ressources naturelles, en particulier l’eau.


« Rien ne peut remplacer l’eau », a-t-il insisté, en expliquant que Coca Cola réduisait, d’une part, sa consommation d’eau, et d’autre part, tentait de veiller à sa réutilisation.


En outre, la compagnie Coca Cola a atteint un taux de 20% de compensation pour les énergies qu’elle utilise et contribue, ainsi, à la protection des écosystèmes. 


Pour M. Seabright, il est important que les entreprises mènent une réflexion sur les changements climatiques qui représentent, pour elles, des risques matériels.


La Secrétaire générale de l’Agence pour l’environnement (EAD) à Abou Dhabi, Mme RAZAN KHALIFA AL MUBARAK, s’est penchée, quant à elle, sur la complexité des défis qui se posent aux pouvoirs publics pour trouver des solutions pratiques dans le contexte de l’interaction énergie-eau, en particulier pour le pompage et le stockage d’eau.


Dans le cas précis des Émirats arabes unis, elle a indiqué que la désalinisation s’est avérée être la solution la plus viable pour remédier à la pénurie en eau que connaît ce pays.


Mme Al Mubarak a notamment recommandé de diversifier les ressources énergétiques et la demande en eau.


« Il existe des possibilités considérables selon les résultats des recherches en cours », a-t-elle assuré.  Mme Al Mubarak a ainsi fait état de projets pilotes de désalinisation et de gestion dans l’interaction entre les nouvelles formes d’énergie et l’eau.


Le Professeur d’ingénierie mécanique et membre de la faculté de l’Institut de la Terre, à l’Université Columbia, M. VIJAY MODI, a campé le problème en renvoyant à la réalité qui fait que plus d’un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable et que l’intensification de la production agricole dans des pays fortement peuplés comme l’Inde, et sur le continent africain, implique également une irrigation.


M. Modi a posé en outre la question de la mauvaise gestion de l’eau et des systèmes de distribution de cette ressource et souligné que l’amélioration de la qualité de tels services fait partie de la solution.  


Le Conseiller spécial sur le développement durable, le Global Compact de l’ONU, M. BRICE LALONDE, s’est fait l’écho des espoirs qu’alimentent les progrès dans les négociations internationales liées à différents aspects de protection de l’environnement.  Il s’est en outre passionné pour les approches du « bas vers le haut » dans les solutions pratiques aux défis écologiques.  


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