23/04/2012
Conseil économique et social
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CNUCED XIII: LE RENFORCEMENT DU RÔLE DE L’ÉTAT PRÉCONISÉ COMME OUTIL

IMPORTANT POUR LA MISE EN PLACE DE STRATÉGIES DE SORTIE DE CRISE


Mis de côté par la mondialisation libérale, l’État et son rôle de coordination et de

régulation sont appelés à la rescousse pour aider l’économie mondiale à sortir de crise


(Publié tel que reçu)


DOHA, QATAR, 22 avril -- Au lendemain de l’ouverture hier à Doha, au Qatar, des travaux de la treizième session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED XIII), les délégations et experts présents ont pris part ce matin à une table ronde consacrée au thème: « Réduire les risques de récession mondiale: Vers des politiques macroéconomiques et des réformes structurelles globales et positives ».


L’importance du rôle de l’État, longtemps mis de côté par la libéralisation de l’économie et la privatisation des outils de production, a été aujourd’hui soulignée à plusieurs reprises, de même que la nécessité de bien comprendre les raisons de la crise multisectorielle que traverse actuellement le monde.  Il faut rétablir le rôle de l’État et le renforcer, ont préconisé de nombreux intervenants tout en appelant les banques et la structure financière internationale actuelle à servir l’économie réelle et à mettre fin à la spéculation.  À cet égard, les participants à la table ronde ont réitéré la nécessité de réformer la gouvernance et le fonctionnement du Fonds monétaire international (FMI) afin d’en améliorer les processus de prise de décisions, d’analyse et d’élaboration des politiques.


M. ROBERT SICHINGA, Ministre du commerce et de l’industrie de la Zambie, a témoigné de l’impact direct qu’ont eu les politiques de libéralisation dans son pays, faisant observer qu’il était tout à fait possible pour un État de s’industrialiser, puis de se subir une désindustrialisation après avoir suivi les recommandations du FMI.  La Zambie, a-t-il fait savoir, connait certes une croissance, mais c’est une croissance sans développement et sans création d’emplois.  La pauvreté s’aggrave dans le pays alors que, paradoxalement, dans le même temps, le FMI le félicite pour son taux de croissance élevé, s’est étonné M. Sichinga.  De plus, le secteur privé zambien est dépendant des flux d’investissement étranger direct (IED) qui ne cherchent pas à apporter une valeur ajoutée à l’économie locale.


M. Sichinga s’est également inquiété des répercussions du chômage des jeunes, et a ensuite dénoncé le non-respect des engagements pris en matière de transfert de technologie.  « Nous formons nos citoyens, mais ensuite ils ne peuvent pas trouver les emplois promis.  On nous parle néanmoins de développement durable, mais à qui est-il destiné?  Est-ce trop demander d’avoir des emplois, de pouvoir profiter de nos propres ressources? » s’est interrogé M. Sichinga.


Mme PAULA ESPAÑOL, Sous-Secrétaireau commerce extérieur de l’Argentine, a mis en garde contre les politiques appliquées à l’heure actuelle dans de nombreux pays européens, notamment en Espagne, et qui, a-t-elle affirmé, ressemblent de très près aux politiques imposées dans le passé à l’Argentine qui ont par la suite entrainé la pire crise économique et sociale qu’ait jamais connue son pays.  « Des mesures strictement favorables aux marchés sont préconisées, mais c’est un piège, car on risque alors de paralyser l’économie et de retarder la sortie de crise », a-t-elle averti.


Revenant sur l’expérience de l’Argentine, elle a expliqué qu’une nouvelle stratégie de développement y était mise sur pied pour permettre à l’État de reprendre le contrôle de l’économie.  L’investissement dans les infrastructures a été multiplié par trois; l’accent a été mis sur l’industrialisation; et une politique très claire de renforcement de l’intégration régionale tant au niveau politique qu’économique a été mise en œuvre, a-t-elle indiqué.  En outre, le marché national a été utilisé comme un moteur de croissance, afin que le pays ne dépende pas de la seule exportation des ressources naturelles, et une politique de salaire minimum a été adoptée afin de garantir un minimum de consommation à l’échelle nationale, a souligné Mme Español.  L’Argentine, a-t-elle ajouté, a également appliqué une politique explicite d’accumulation de réserves de change afin de faire face aux chocs externes.  Toutes ces mesures, a-t-elle souligné, s’alignent sur les prescriptions de la CNUCED et s’éloignent de la majorité des politiques recommandées par les institutions financières internationales, notamment le FMI, et qui s’avèrent souvent néfastes en temps de crise, a relevé l’intervenante.


Lui emboitant le pas, M. YU YONGDING, membre de l’Académie des sciences sociales et du Comité consultatif de la planification nationale à la Commission du développement et de la réforme nationale de la Chine, a fait savoir que malgré un important taux de croissance, beaucoup de problèmes structurels subsistent en Chine.


« Si on ne change pas de paradigme, on se retrouvera dans la même situation que l’Argentine dans le passé », a-t-il averti.  L’économiste s’est notamment attardé sur le niveau des exportations chinoises, qui est un des principaux moteurs de croissance de l’économie de la Chine.  Il a fait observer que le taux de croissance dû aux exportations ne pouvait augmenter continuellement, d’où l’importance de procéder à des réajustements afin de réduire la dépendance de la Chine à l’exportation de produits de haute consommation manufacturés.


Il a indiqué qu’un plan quinquennal avait été établi dans le but de modifier les bases de l’économie chinoise tout en maintenant un taux de croissance de 7%, mais a prédit que la mise en œuvre de ce plan serait sans doute entravée par la concurrence à laquelle se livrent les différentes provinces chinoises pour atteindre un taux de croissance élevé.  M. Yu a aussi parlé des importantes réserves dont dispose la Chine en devises étrangères et a estimé que ce type de stratégie d’accumulation d’excédent de réserves de change n’était pas viable à long terme à cause des risques de dévaluation des cours de certaines des monnaies détenues.


Partisane d’une véritable union économique européenne qui mette l’accent sur la croissance et l’emploi, Mme HEIDEMARIE WIECZOREK-ZEUL, ancienne Ministre de la coopération économique et du développement de l’Allemagne et Membre du Parlement fédéral allemand, est revenue sur l’idée d’imposer une taxe sur les transactions financières, seul domaine à être exempt d’impôts.


Suite aux préoccupations du représentant du Kenya, qui voulait savoir si une taxe serait également appliquée aux envois de fonds des travailleurs migrants ou encore aux prêts accordés aux pays en développement, Mme Wieczorek a assuré que la proposition d’imposition des transactions financières débattue par les pays de l’Union européenne ne nuirait pas aux pays africains.


La parlementaire allemande a par ailleurs estimé que la politique d’austérité menée par l’actuel Gouvernement allemand n’était pas la bonne réponse à la crise de la zone euro et risquait au contraire de mettre en danger la stabilité de l’Union européenne et de porter atteinte au développement de l’ensemble des pays membres de l’Union européenne.  « La vraie cause de la crise des marchés financiers n’a pas été réellement examinée, et on risque d’en faire une mauvaise analyse et d’en tirer de mauvaises conclusions », a-t-elle averti.  En outre, a-t-elle ajouté, le débat public néglige souvent le fait que le monde a mobilisé des sommes faramineuses pour renflouer le secteur financier, mais personne ne se préoccupe de savoir d’où vient cet argent.


« Tous les chiffres officiels actuels sur la crise sont faux », a renchéri M. PEDRO PÁEZ PÉREZ, ancien Ministre de la coordination économique de l’Équateur, et ancien Président de la Commission présidentielle équatorienne pour une nouvelle architecture financière régionale.  Il a lancé un appel pour que l’on identifie précisément le montant des sommes, tirées de fonds publics, accordées aux milieux spéculatifs, et a indiqué qu’elles sont au moins équivalentes au revenu annuel de 97% de la population de la planète.


Pour surmonter le dysfonctionnement des marchés, M. Páez Pérez a lui plaidé en faveur du renforcement du rôle de l’État et du développement des marchés par le biais de la canalisation des ressources.  Il a notamment appelé à la mise au point d’un nouveau régime de crédit et de liquidité à l’intention des petites entreprises afin de leur permettre de surmonter la crise.


« L’État et les marchés doivent inclure les citoyens dans ce débat, notamment au vu du fait que les monopoles, qui privilégient le court terme, s’érigent souvent sur la base de l’exclusion des autres », a-t-il souligné.


Citant une évaluation du FMI qui prédit que la zone euro va connaître quatre années de récession, M. SUPACHAI PANITCHPAKDI, Secrétaire général de la CNUCED, a rappelé que l’absence de réforme financière avait entrainé la crise asiatique qui a ensuite débouché sur des crises beaucoup plus importantes.  Il s’est dit favorable à un recours plus efficace aux politiques budgétaires et monétaires disponibles, aux politiques qui favorisent la croissance, ainsi qu’à des politiques sur les revenus visant à assurer une redistribution des richesses.


Le refus de voir en face la réalité signifie qu’on n’arrive pas à traiter les problèmes actuels, a pour sa part estimé M. HEINER FLASSBECK, Directeur de la Division des stratégies de la mondialisation et du développement à la CNUCED.  Il a évoqué plusieurs situations paradoxales qui prévalent notamment aux États-Unis, où le chômage augmente, et où les salaires stagnent.  Le système actuel renforce l’inégalité et exerce une énorme pression sur le niveau des salaires.  Or, la baisse des salaires réduit le pouvoir d’achat et les ventes et déstabilise les économies, mais le monde entier est en plein déni et préfère s’en remettre aux marchés, a-t-il notamment déploré.


De son côté, le représentant du Népal s’est inquiété du manque de cohérence des politiques actuelles concernant les pays les moins avancés (PMA).  Pour les PMA, a-t-il fait observer, la responsabilité de l’État dépend souvent de l’aide extérieure, or l’APD versée aux PMA n’est pas proportionnelle à leurs besoins, contraintes et réalité.  La priorité, a-t-il souligné, doit être accordée au renforcement des capacités de production de ces pays.


La représentante de la Barbade a parlé des pays en développement qui n’avaient pu recourir à la création de monnaie –faire tourner la planche à billets- pendant la crise, car leur espace budgétaire avait été limité du fait de leur endettement.


Son homologue du Bélarus a expliqué de son côté qu’afin de sortir de la crise, son gouvernement avait eu recours à de nouveaux concepts, notamment le recours à la promotion de l’économie verte.


La table ronde était modérée par M. Robert Wade, professeur d’économie politique du Département du développement international de la London School of Economics.


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