19/07/2012
Conseil économique et social
ECOSOC/6539

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social                              

Session de fond de 2012                                    

36e et 37e séances – matin & après-midi


ECOSOC: EXPERTS ET DÉLÉGATIONS RAPPELLENT L’IMPORTANCE DE LA FIABILITÉ DES DONNÉES

POUR AMÉLIORER L’EFFICACITÉ DU SYSTÈME HUMANITAIRE


Les nouvelles technologies de communication ont,

soulignent-ils, un rôle clef dans le déclenchement de l’intervention humanitaire


Le Conseil économique et social a poursuivi, cet après-midi, le segment des travaux de sa session de fond de 2012 consacré aux affaires humanitaires, en organisant une table ronde au cours de laquelle avaient été exposées les modalités de mise en œuvre des deux axes avancés par le Secrétaire général pour améliorer l’efficacité du système humanitaire.


Dans son rapport, présenté hier devant l’ECOSOC, M. Ban Ki-moon plaide pour la prise de décisions humanitaires qui soient fondées sur des données factuelles et souligne la nécessité de renforcer les partenariats en prévision des interventions humanitaires.


La Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, qui animait la table ronde intitulée « Renforcer les capacités à prendre des décisions fondées sur l’analyse des faits dans le domaine humanitaire », a cité l’exemple d’Haïti pour illustrer le problème fondamental au niveau de la collecte et de l’utilisation des données pour obtenir des informations fiables.  « Si 250 ONG ont pu déployer leur personnel sur le terrain en Haïti, une semaine après le tremblement de terre, le nombre important d’informations qu’elles ont collectées ont eu peu d’impact en raison des difficultés à établir leur fiabilité », a-t-elle expliqué.


Le Ministre de l’information et des communications du Kenya, M. Samuel Lesuron Poghisio, premier invité de la table ronde, a détaillé l’initiative kényane de libre accès aux données prises par son gouvernement, qui a notamment permis d’allouer plus de ressources aux zones qui sont les plus touchées par la pauvreté.


Le Président du Conseil d’administration de la Fondation Gapminder, M. Hans Rosling, a, pour sa part, présenté un cas d’utilisation des données des téléphones portables en Haïti, en précisant qu’à la suite du tremblement de terre, ces données avaient permis de mieux comprendre où s’étaient abrités les gens qui avaient fui Port-au-Prince. 


À son tour, le Directeur de l’innovation sociale de l’Institut de recherche informatique de la Fondation du Qatar, M. Patrick Meier, a détaillé trois cas d’application des nouvelles technologies de la communication dans la collecte des données à des fins humanitaires, dont la « Voix des Kivu ».  « Ce projet de « crowdseeding » en République démocratique du Congo a permis d’utiliser des messages textuels envoyés par téléphone portable pour signaler les problèmes de sécurité au Nord-Kivu et au Sud-Kivu et couvrir ainsi une vaste région.  Ces informations ont ensuite été transférées aux ONG et à l’ONU », a-t-il expliqué.  En Syrie, a-t-il souligné, les estimations des pertes et des victimes par les activistes des droits de l’homme sur les médias et réseaux sociaux étaient beaucoup plus précises que les autres estimations.


Très intéressées par la table ronde, les délégations ont été nombreuses à intervenir lors du débat interactif qui a suivi et qui a également été alimenté par des questions posées au Bureau de la Coordination des affaires humanitaires, par le biais de sa page « Facebook » et de son compte « Twitter ».  « Peut-on avoir recours aux vidéos diffusées sur YouTube ou d’autres sites Internet pour déclencher les secours humanitaires et l’assistance aux civils? » s’est notamment inquiétée la représentante de la République arabe syrienne.  Cette dernière a ensuite fait remarquer que les informations obtenues de cette manière entraient, parfois, en totale contradiction avec les informations données par les gouvernements.


Le représentant de la Suisse, à l’instar de nombreux représentants, a toutefois fait remarquer que les outils exposés demeuraient des moyens et non pas « une fin en soi ».  « Comment, dès lors, savoir si ces informations sont impartiales et indépendantes? » a-t-il demandé. 


Plusieurs intervenants, via Facebook, ont ensuite fait remarquer que dans de nombreux pays à travers le monde, les populations n’avaient pas accès à une radio, à un ordinateur et encore moins à un réseau de téléphonie mobile à prix raisonnable ou performant.


Pour M. Poghisio, il faudrait adopter des politiques nationales permettant d’utiliser les technologies et les téléphones mobiles, à un coût réduit.


S’agissant de la fiabilité des données recueillies, M. Rosling a estimé que « plus ces données seraient utilisées, moins il y aurait de risques de fiabilité ».  Dans certaines situations, a fait remarquer M. Meier, on ne peut pas toujours disposer des données fiables pour agir.  « Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires a, par exemple, dû prendre des décisions rapides dans la crise libyenne », a-t-il fait remarquer.


L’après-midi, les membres de l’ECOSOC ont écouté un exposé sur les initiatives prises par le Comité permanent interorganisations pour rendre le système humanitaire plus efficace.  Lançant le débat, Mme Amos a indiqué que le tremblement de terre d’Haïti de janvier 2010 et les terribles inondations au Pakistan en juillet 2010 avaient mis l’accent sur la nécessité d’agir de manière efficace et transparente et de garantir un meilleur leadership dans la réaction humanitaire.  Le système humanitaire de l’ONU, a-t-elle indiqué, entend inclure dorénavant tous les partenaires humanitaires dès les premières phases de la réponse humanitaire.


Le Comité permanent interorganisations est le mécanisme principal de coordination de l’action des principaux acteurs humanitaires onusiens et autres.


L’ECOSOC poursuivra ses travaux demain, vendredi 20 juillet, à partir de 10 heures.


ASSISTANCE ÉCONOMIQUE SPÉCIALE, AIDE HUMANITAIRE ET SECOURS EN CAS DE CATASTROPHE (A/67/89–E/2012/77, E/2012/85 et E/2012/L.11)


Table ronde sur le thème « Renforcer les capacités à prendre des décisions fondées sur l’analyse des faits dans le domaine humanitaire »


M. FERNANDO ARIAS GONZALEZ, Vice-Président du Conseil économique et social, a exposé les enjeux du débat de ce jour.  Il a noté que dans leurs efforts de préparation les gouvernements et les organisations humanitaires avaient besoin de données fiables pour localiser les services essentiels comme les points d’eau et les centres de soins.  Faisant observer que les besoins durant les crises humanitaires étaient très fluctuants, il a souligné la nécessité de collecter les données recensant ces besoins afin d’allouer de manière efficace les ressources.


Mme VALERIE AMOS, Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, animatrice du débat, a rappelé qu’en Haïti, 250 ONG avaient pu déployer leur personnel sur le terrain une semaine après le tremblement de terre et qu’elles avaient collecté un nombre important d’informations.  Pourtant ces informations ont eu peu d’impact, en raison des difficultés à établir leur fiabilité, a-t-elle poursuivi.  En Syrie, il est presque impossible de vérifier les informations qui émanent de ce pays, a-t-elle dit.


M. SAMUEL LESURON POGHISIO, Ministre de l’information et des communications du Kenya, a détaillé l’initiative kényane de libre accès aux données, promue par son gouvernement au niveau le plus élevé.  Les gouvernements doivent permettre un libre accès aux données, a-t-il estimé.  Bien qu’elles soient fournies par les gouvernements, a-t-il fait remarquer, les données fiables sont rares.  Il a indiqué que cette initiative permettait d’allouer plus de ressources aux zones qui sont, par exemple, les plus touchées par la pauvreté.  Affirmant que cette initiative visait à promouvoir une culture de la transparence et de la responsabilité, il a de nouveau invité les gouvernements à publier leurs données.  Il a aussi indiqué que cette initiative, couplée avec l’utilisation des réseaux, avait permis de lever plus de 7 millions de shillings kényans pour aider les Kényans habitant dans les régions du pays touchées par la sécheresse.  La Croix-Rouge kényane, ainsi que d’autres organisations non gouvernementales, s’appuient sur ces données pour leurs opérations, a-t-il affirmé en conclusion.


M. HANS ROSLING, Président du Conseil d’administration de la Fondation Gapminder, qui a développé le logiciel « Trendalyzer » permettant de convertir les statistiques internationales en graphiques dynamiques, a expliqué que celui-ci avait été réalisé sur la base des données des Nations Unies et de la Banque mondiale.  Le logiciel permet d’accéder à ces données par pays, relatives à la composition des familles, à la mortalité ou à la natalité et démontre, par exemple, que presque tous les pays du monde ont connu, ces dernières années, une baisse de la mortalité au sein de leur population, a-t-il expliqué.  « Le plus difficile n’a pas été de concevoir le logiciel mais de recueillir ces données qui ne sont pas en accès libre », a-t-il précisé.  Du côté de la Banque mondiale, par exemple, l’accès était payant et sa Fondation a dû attendre huit ans avant de pouvoir les utiliser.


M. Rosling a ensuite mis l’accent sur la difficulté à communiquer correctement ces données et les évolutions correspondantes au grand public.  « Au final, la prise de décisions ne dépend pas uniquement des gouvernements mais des électeurs qui tiennent les cordons de la bourse.  Or, ceux-ci manquent de connaissances et il est très difficile de leur présenter les informations car la plupart des gens pensent que les choses sont ce qu’elles étaient il y a 25 ans », a-t-il fait remarquer.  Les réactions d’urgence sont bien plus rapides et bien meilleures qu’il y a 25 ans, a-t-il dit.  C’est pourquoi, M. Rosling a insisté sur la nécessité de bien comprendre les situations dans les pays avant qu’il y ait une situation d’urgence.  Il a ensuite présenté un cas d’utilisation des données des téléphones portables en Haïti, en précisant qu’à la suite du tremblement de terre, ces données avaient permis de mieux comprendre où s’étaient abrités les gens qui avaient fui Port-au-Prince. 


M. PATRICK MEIER, Directeur de l’innovation sociale de l’Institut de recherche informatique de la Fondation du Qatar, a détaillé trois cas d’application des nouvelles plateformes des médias sociaux et des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la collecte de données et la sensibilisation au travail humanitaire.  Il a présenté l’initiative du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), qui a créé un groupe de volontaire sur le modèle du « crowdsourcing », c’est-à-dire un grand nombre de personnes qui ont recueilli des données pour créer une carte des besoins sociaux lors de la crise en Libye (http://libyacrisismap.net).  Il a expliqué que près de 800 volontaires dans le monde étaient formés à la collecte de ces informations informatiques et que cela permettait d’avoir des informations filtrées, de mieux les comprendre en éliminant les informations superflues afin de prendre des décisions en connaissance de cause. 


M. Meier a également cité la « Voix des Kivu », un projet de « crowdseeding » en République démocratique du Congo (RDC) qui a permis d’utiliser des messages textuels envoyés par téléphone portable pour signaler les problèmes de sécurité au Nord-Kivu et au Sud-Kivu et couvrir, ainsi, une vaste région.  Ces informations ont ensuite été transférées aux ONG et à l’ONU.  Enfin, en Syrie, les violations des droits de l’homme ont été largement documentées par les activistes des droits de l’homme dans les médias et sur les réseaux sociaux.  « Les estimations des pertes et des victimes étaient beaucoup plus précises que les autres estimations », a-t-il souligné.  Avant de conclure, il a également parlé d’initiatives semblables mises en place par la Croix-Rouge américaine, ainsi qu’une initiative d’OCHA à Genève, baptisée « DH: Digital Humanitarian Network » (http://digitalhumanitarians.com).


Dialogue interactif


Plus d’une vingtaine de représentants des États Membres et des citoyens ont ensuite questionné les intervenants de cette table ronde, qu’animait la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, Mme Valerie Amos, au sujet de ces nouveaux modes de récolte et d’analyse des données.  Plusieurs questions ont en effet été posées au Bureau de la Coordination des affaires humanitaires, par le biais de sa page « Facebook » (http://www.facebook.com/UNOCHA) et de son compte « Twitter » (http://twitter.com/UNOCHA.  Deux questions ont dominé les débats: Comment s’assurer de la fiabilité des informations recueillies par les médias sociaux tels que YouTube, Facebook ou Twitter?  Et comment ces informations peuvent-elle aider à déterminer l’action humanitaire? 


Le représentant de la Suisse, qui, à l’instar de plusieurs de ses homologues, s’est dit « très impressionné » par les présentations des différents intervenants, a toutefois fait remarquer que les outils exposés demeuraient des moyens et non « une fin en soi ».  « Comment, dès lors, savoir si ces informations sont impartiales et indépendantes? » a-t-il demandé. 


« Peut-on avoir recours aux vidéos diffusées sur YouTube ou d’autres sites Internet pour déclencher les secours humanitaires et l’assistance aux civils? » s’est inquiétée la représentante de la République arabe syrienne.  Cette dernière a fait remarquer que les informations récoltées de la sorte entraient, parfois, en totale contradiction avec les informations données par les gouvernements.  Elle s’est dite préoccupée par le fait que les Nations Unies et, en particulier, les institutions humanitaires, se basent sur ces informations, en émettant des doutes sur l’impartialité et l’indépendance des sources qui les diffusent.


Plusieurs citoyens, via Facebook, ont ensuite fait remarquer que dans de nombreux pays à travers le monde, les populations n’avaient pas accès à une radio, à un ordinateur et encore moins à un réseau de téléphonie mobile à prix raisonnable ou performant.  En outre, certaines de ces technologies restent trop chères pour les plus pauvres de la population mondiale, a souligné un intervenant.


À cette remarque, le Ministre de l’information et des communications du Kenya a insisté sur la nécessité d’adopter des politiques nationales permettant d’utiliser les technologies et les téléphones mobiles, et ce, à un coût réduit.  Il a précisé que cela avait été l’une des priorités du Kenya et que des efforts importants avaient également été entrepris afin de créer des groupes capables de comprendre les méthodes de récolte des données.


Le Directeur de l’innovation sociale de l’Institut de recherche informatique de la Fondation du Qatar a fait remarquer que le téléphone portable ne serait peut-être pas « la solution parfaite pour tous ».  Dans les pays où la couverture téléphonique et les médias sociaux ne sont pas performants ou sont inexistants, il a estimé qu’il faudrait faire preuve de créativité.  À cet égard, il a cité le cas d’un projet de l’ONG américaine « Internews », en République centrafricaine, qui travaille avec les autorités locales afin que les données récoltées en situation d’urgence au niveau local soient transmises à une radio, puis vers la capitale.


S’agissant de la fiabilité des données recueillies, le Président du conseil d’administration de la Fondation Gapminder a estimé que « plus ces données seraient utilisées, moins il y aurait de risques de fiabilité ».  Il a cependant rappelé que toute donnée devait faire l’objet d’une vérification. 


« Les données libres et sociales sont efficaces dans certains cas et pas dans d’autres », a ajouté son confrère M. Meier.  Il a fait remarquer que, dans certaines situations, on ne pouvait pas toujours disposer des données fiables pour agir.  « OCHA a, par exemple, dû prendre des décisions rapides dans la crise libyenne », a-t-il fait remarquer.  En ce qui concerne le « crowdsourcing », il a cité l’exemple de médias généralistes, comme la BBC, dont les journalistes ont leurs propres méthodes pour vérifier l’information obtenue et deviennent aussi de plus en plus expérimentés dans ce domaine.  « On ne réinvente pas la roue.  On utilise des techniques de vérification et d’investigation qui ont fait leur preuve », a-t-il dit.  Tout internaute, a-t-il expliqué, laisse des traces numériques et on peut s’interroger sur ses sources ou encore examiner la manière dont il a partagé l’information.  On peut aussi comparer les « postages » ou les « tweets » avec les diverses photographies prises sur le terrain.  Enfin, M. Meier a fait observer que le numéro d’urgence « 911 » faisait aussi appel à l’information recueillie auprès des foules, en précisant que ce service avait appris à faire le tri entre les appels honnêtes et ceux qui ne l’étaient pas. 


Pour la délégation du Canada, ce n’est pas l’accès à une information fiable qui est en jeu mais une meilleure utilisation de l’information qui est déjà à disposition.  Sa représentante s’est demandée comment favoriser l’accès libre aux données ou comment lever leur accès qui, parfois, est restreint.  Dans le même esprit, son homologue de l’Italie a interrogé les intervenants à propos de l’impact éventuel de ce type de données sur la prise de décisions politiques des gouvernements.  


« Comment établir ensuite des priorités sur la base des informations obtenues de la sorte? » a demandé le représentant de la Norvège.  « Comment faire en sorte que les Nations Unies partagent ensuite ces informations avec les décideurs nationaux et locaux? » a-t-il souhaité savoir.  Pour sa part, la délégation de la Belgique s’est demandée s’il existait des différences entre la collecte des données pour le développement et la collecte des données pour l’action humanitaire.


Posant des questions à travers le compte Twitter d’OCHA, plusieurs personnes se sont demandées comment le secteur privé pouvait contribuer à encourager l’usage de ces technologies.  La représentante de l’Estonie s’est toutefois inquiétée de voir se développer des « super bases de données ».


« Le secteur privé souhaite travailler avec la communauté humanitaire pour mieux partager l’information », a répondu M. Meier, en faisant remarquer que, dans la mesure où Twitter et Google sont des sociétés commerciales, des précautions doivent être prises pour établir un échange d’informations.  Il a également précisé que les bases de données pouvaient intéresser les régimes dictatoriaux et que des simulations visant à les protéger d’éventuelles attaques étaient réalisées.  Il a aussi fait remarquer qu’il était temps, à cause des nombreuses contributions volontaires à la collecte d’informations, d’élaborer des codes de conduite appropriés.


« Les gouvernements ont peur de l’accès libre aux données », a noté le Ministre de l’information et des communications du Kenya.  Il a expliqué que, depuis la mise en place du projet « Kenya Open Data » (https://opendata.go.ke) et depuis que son pays avait fait le choix de l’accès libre, le secteur privé utilisait de plus en plus souvent les données récoltées par le Gouvernement.  « Avant, c’était le secteur privé qui créait ces données et qui ne les partageait pas », a-t-il dit.


Concluant ce dialogue, Mme Amos a estimé que les nouvelles technologies présentaient, certes, des limites mais elle a noté qu’il s’agissait, à présent, de travailler au renforcement de la fiabilité des données, à l’amélioration de la sécurité des bases de données, à l’élaboration de codes de conduite appropriés et à encourager le partage des informations par les donateurs dans les décisions de financement.  


Elle a ensuite fait lecture d’un dernier commentaire posté sur la page Facebook d’OCHA selon lequel « les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent transformer les vies de tous en permettant, par exemple, les communications dans les zones rurales pour les agriculteurs et les commerçants qui peuvent, ainsi, avoir accès aux marchés.  Elle a estimé que cela illustre l’utilisation que l’on peut faire des TIC en vue d’assurer la transition cruciale de l’action humanitaire vers le développement. 


Outre les intervenants cités, l’Union européenne et les représentants d’El Salvador, de l’Algérie, de la Suède, de l’Australie, de la Finlande, du Pakistan, de l’Indonésie, ainsi qu’un responsable du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), ont pris la parole au cours de ce dialogue interactif.


Exposé sur les initiatives prises par le Comité permanent interorganisations pour rendre le système humanitaire plus efficace


Déclarations liminaires


Modératrice de ce débat Mme VALERIE AMOS, Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, a rappelé que lorsqu’elle était arrivée à la tête de son Département, le système humanitaire de l’ONU tentait de répondre à deux crises majeures: les conséquences du tremblement de terre d’Haïti de janvier 2010 et celles des terribles inondations au Pakistan en juillet 2010.  Elle a indiqué que ces crises majeures avaient permis de mettre l’accent sur la nécessité d’agir de manière efficace et transparente et de garantir un meilleur leadership dans la réaction humanitaire, afin de pouvoir sauver plus de vies à moindre coût.  « Nous nous sommes entendus sur la nécessité de rassembler les principaux responsables du système dès les premières 48 heures suivant la catastrophe pour arrêter ensemble les objectifs à atteindre dans les 72 premières heures, puis les 10 premiers jours, en évitant des doubles emplois.  Il faut renforcer la résilience des communautés locales sur le terrain face à des catastrophes dites « lentes », comme la crise alimentaire au Sahel ou dans la corne de l’Afrique.  Elle a indiqué que le système humanitaire de l’ONU entendait inclure dorénavant tous les partenaires humanitaires dès les premières phases de la réponse humanitaire.


M. FRANCIS GEORGE NAZARIO (Soudan du Sud) a présenté les attentes de son gouvernement en matière d’aide d’humanitaire dans un pays où la faim sévit encore dans plusieurs régions et où une grande partie de la population vit encore avec moins d’un dollar par jour.  Alors que le Soudan du Sud vient de célébrer le premier anniversaire de son indépendance, il est confronté à des insuffisances graves en matière de denrées alimentaires, a-t-il dit, en assurant de la volonté de son gouvernement d’utiliser au mieux l’aide consentie pour engager le pays dans la voie du développement.  Le représentant a appelé à une collaboration étroite entre le Gouvernement du Soudan du Sud et les acteurs humanitaires qui, a-t-il insisté, doivent intervenir en tenant compte des priorités nationales.  Il a salué le programme transformateur du Comité permanent interorganisations dont l’objectif vise à ce que le pays s’acquitte lui-même de la réponse humanitaire en cas de catastrophe.  Il a émis l’espoir que l’avènement d’un nouveau traité de paix avec le Soudan sera le meilleur moyen de rendre au peuple sa dignité.     


M. MARTIN MOGWANJA, Directeur exécutif adjoint du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a estimé que le Comité permanent interorganisations avait beaucoup appris des crises précédentes et que le programme de transformation faisait à présent office de référence dans le domaine de l’aide d’urgence.  Il a mis l’accent sur la nécessité pour les équipes sur le terrain et l’aide internationale d’avoir davantage de concertations avec les autorités locales afin de renforcer la transparence et la coordination.  Il s’agit, a-t-il dit, de mettre en place un cycle d’actions pour que les activités soient coordonnées, en assurant un suivi, ainsi qu’une évaluation avec les équipes de terrain. 


M. Mogwanja a considéré qu’au cours des derniers mois, les Nations Unies avaient essayé de procéder à un « examen de conscience » afin de mettre un peu d’ordre dans les méthodes de travail et il a considéré que les mois à venir seraient déterminants pour le programme transformateur.  Il a, tout particulièrement, mis l’accent sur la planification entre toutes les parties prenantes, surtout dans les pays où les crises risquent de se reproduire.  Il a aussi insisté sur la nécessité d’un dialogue avec la société civile.


M. JOEL CHARNY, Vice-Président des politiques et pratiques humanitaires pour le consortium d’ONG « InterAction  », a souligné l’importance croissante des nouveaux acteurs de l’aide humanitaire, tout en rappelant que les instances opérationnelles de l’ONU et les donateurs demeurent au cœur de ce qui est fait collectivement pour l’action à grande échelle.  « Ensemble, nous devons démontrer que nous sommes capables de tenir nos engagements, s’il existe une volonté politique », a-t-il dit.  M. Charny a ensuite insisté sur la nécessité d’organiser une préparation aux niveaux des pays.  « Nous connaissons les régions du monde qui sont les plus vulnérables et nous savons où se trouvent les régions où les gens luttent pour survivre », a-t-il dit.  M. Charny a estimé que les ONG ne peuvent pas dire: « On agira au mieux », puis montrer du doigt les gouvernements et les Nations Unies lorsque cela ne fonctionne pas, a-t-il estimé.  Dès lors que les ONG décident de s’impliquer, elles doivent faire partie de la recherche de solutions et, également, s’engager à mieux coordonner leurs activités et à renforcer leurs besoins en personnel chevronné sur le terrain, a-t-il souligné.


Dialogue interactif


Le dialogue de l’après-midi, qu’animait également la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, Mme Valerie Amos, a entendu la majorité des délégations qui se sont exprimées pour louer les initiatives prises par le Comité permanent interorganisations (CPIO) pour rendre le système humanitaire plus efficace.


« Nous ne voulons plus nous retrouver dans la situation dans laquelle nous avons été en Haïti.  Tirer les leçons d’Haïti était très important pour certains bailleurs de fonds », a souligné le représentant de l’Union européenne.  Il s’est félicité de noter que toutes les institutions chargées des questions humanitaires avaient choisi de rendre compte de ce qu’elles faisaient au regard du programme transformateur du Comité.  L’Union européenne a également estimé qu’il était « positif » de se concentrer sur les crises de niveau 3.


Saluant à son tour les efforts entrepris dans le cadre du programme transformateur, le représentant de l’Espagne a tenu à rappeler que l’aide humanitaire devait rester « neutre, impartiale et indépendante ».  Son homologue de l’Allemagne a, pour sa part, loué la rapidité et la célérité avec lesquelles le programme transformateur avait pu être mis en œuvre; tandis que le représentant du Pakistan a présenté le partenariat noué entre son pays et le Bureau de la coordination de l’aide humanitaire (OCHA) lors des inondations de 2010.  La délégation de la Suède a ensuite estimé qu’il serait important de savoir comment ce programme transformateur serait appliqué dans d’autres crises.


Le représentant de l’Algérie, tout en soulignant « des efforts importants déployés en vue d’améliorer la réaction », a rappelé que le Groupe des 77 et la Chine avait demandé qu’il y ait plus de discussions lorsqu’on parle de la réforme humanitaire, notamment lorsqu’il s’agit de renforcer les rôles des coordonnateurs de l’aide humanitaire ou des coordonnateurs résidents.  Il a également demandé à la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires de préciser la répartition des tâches avec les gouvernements nationaux.   


Présente dans la salle, l’ancienne Coordonnatrice humanitaire pour le Soudan du Sud, Mme Lise Grande, a ensuite expliqué que le programme transformateur –qui était un projet pilote dans ce pays- était un système qui fonctionnait bien, qui était pertinent et facile à appliquer au niveau des pays.  Elle a précisé qu’il se concentrait sur le renforcement de l’autorité du coordonnateur, sur la coordination de tous les groupes et parties prenantes, ainsi que sur l’efficience de l’action humanitaire.


Mme Grande a présenté plusieurs résultats obtenus dans le cadre du programme transformateur appliqué au Soudan du Sud.  Elle a notamment cité l’élaboration de méthodes d’évaluation plus performantes, l’arrivée plus rapide des partenaires humanitaires là où ils étaient attendus.  « Nous avons aussi été en mesure d’arrêter les épidémies, a-t-elle assuré, en indiquant que selon une analyse des coûts, la mise en œuvre du programme avait coûté 20% moins cher. » 


S’agissant de la répartition des tâches avec les gouvernements nationaux, Mme Amos a rappelé que le programme transformateur avait démarré sur la base de l’évaluation et du dialogue entrepris avec les pays affectés.  Elle a souligné que le point de départ de l’action était toujours mis en œuvre en appui des efforts dirigés par les gouvernements.  Les différents partenaires doivent travailler ensemble aux mêmes objectifs en vue d’améliorer les performances.


À ces observations, un responsable de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a fait remarquer que tous les partenaires s’accordaient sur l’importance d’avoir une action humanitaire qui prenne en compte la nécessité d’être rentable, d’éviter les doublons et d’être présents là où sont les besoins.  « C’est fondamental », a-t-il dit, tout en faisant remarquer que les institutions disposent de systèmes différents en ce qui concerne l’aide humanitaire.  Il a, dès lors, tenu à mettre l’accent sur le respect de l’indépendance de son mouvement qui possède, a-t-il précisé, son propre mécanisme de coordination. 


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