19/07/2012
Conseil de sécurité
CS/10714

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité                                        

6810e séance – matin                                       


CONSEIL DE SÉCURITÉ: AVEC LE VETO DE LA CHINE ET DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE,

LE PROJET DE RÉSOLUTION MENAÇANT DE SANCTIONS LE RÉGIME SYRIEN EST REJETÉ


Le Conseil de sécurité a rejeté ce matin, en raison d’un veto opposé par la Fédération de Russie et la Chine, deux de ses cinq membres permanents, un projet de résolution* menaçant le régime syrien de sanctions et renouvelant pour 45 jours le mandat de la Mission de supervision des Nations Unies en Syrie (MISNUS).


En outre, la Fédération de Russie a décidé de ne pas soumettre aux voix son propre projet de résolution** prorogeant de trois mois le mandat de la MISNUS et exhortant « toutes les parties syriennes à mettre fin immédiatement à la violence armée sous toutes ses formes ».


Invoquant le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le premier projet de résolution, dont l’Allemagne, les États-Unis, la France, le Portugal et le Royaume-Uni étaient les coauteurs, a recueilli 11 voix pour, 2 contre, celles de la Fédération de Russie et de la Chine, et deux abstentions, celles de l’Afrique du Sud et du Pakistan.


Il s’agit du troisième double veto sino-russe aux tentatives du Conseil de sécurité de faire pression sur les autorités syriennes depuis le début du conflit il y a 16 mois.  Les deux premiers remontent au 4 octobre 2011 et au 4 février 2012.


Dans le texte rejeté aujourd’hui, le Conseil de sécurité donnait 10 jours aux autorités syriennes pour qu’elles appliquent intégralement leurs engagements tels que stipulés dans les résolutions 2042 (2012) et 2043 (2012), sous peine de subir immédiatement des mesures en vertu de l’Article 41 de la Charte des Nations Unies.


Dans son rapport***, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, affirmait qu’il incombait désormais au Conseil de sécurité de « procurer l’appui nécessaire » et d’« exercer une pression constante, cohérente et efficace sur tous les intéressés pour obtenir que soient respectées ses décisions et pour créer les conditions propices au succès d’une solution politique telle qu’envisagée par le Groupe d’action », dans son communiqué final du 30 juin.


Les coauteurs du texte ont vigoureusement dénoncé le rejet du projet de résolution, ainsi que la position de la Fédération de Russie et de la Chine.  « Ces vetos sont déplorables », a ainsi jugé la représentante des États-Unis, assurant que le texte ne cherchait pas à imposer des sanctions à ce stade.  « Malgré les déclarations paranoïaques de certains, jamais ce projet de résolution n’aurait ouvert la voie à une action militaire », a-t-elle également souligné.


« Ce troisième veto signifie une fois pour toutes qu’il n’y aura pas de conséquences au non-respect par le régime syrien de ses obligations », a dit son homologue français.  Selon lui, cette attitude consiste à « tourner le dos à une approche concertée ».  « C’est choisir de livrer la Syrie au chaos avec les retombées régionales qui ne manqueront pas de s’ensuivre.  C’est ouvrir la porte au terrorisme qui prolifère précisément sur ce terreau-là. »


Faisant référence à l’attentat d’hier à Damas qui a tué des dignitaires du Gouvernement syrien, le délégué du Royaume-Uni a mis l’accent sur la nécessité pour le Conseil de sécurité d’agir rapidement « pour que le pays sorte du chaos et évite un grand nombre de victimes ».  « La Chine et la Fédération de Russie laissent tomber le peuple syrien », a-t-il estimé.  « Elles ont choisi de placer leurs intérêts nationaux avant la vie de milliers de Syriens. »


Pour le Maroc, le Conseil de sécurité n’a pas pu adopter une résolution forte, les seuls perdants dans ce résultat étant « le peuple syrien et la région à laquelle il appartient ».  Le délégué du Pakistan, l’un des deux pays abstentionnistes, a considéré que ce rejet représentait un « revers sérieux » qui aurait pu être évité si la question du Chapitre VII et des mesures coercitives avait pu être abandonnée.


« Ce vote n’aurait pas dû avoir lieu aujourd’hui », a martelé le représentant russe, observant que les auteurs du projet de résolution savaient qu’il n’avait aucune chance d’être adopté.  Il a dit refuser un document qui ouvre la voie à des sanctions, puis à une intervention militaire.  Selon lui, les menaces contenues dans le texte étaient « unilatérales » et allaient « à l’encontre de l’esprit du communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie.  Estimant toute confrontation au sein du Conseil « contreproductive », il a indiqué qu’il ne mettrait pas aux voix le projet de résolution de son pays. 


Pour le représentant de la Chine, le texte rejeté avait « pour but de faire pression sur une partie et une partie seulement » et risquait de générer un débordement dans d’autres pays de la région.  Le délégué chinois, qui a dénoncé « l’arrogance » des auteurs du projet de résolution lors des consultations, a également souligné que la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays tiers était un « principe consacré », la crise syrienne devant être réglée, selon lui, par un processus politique. 


Le représentant de la Syrie a, lui, noté une « coïncidence douteuse » entre cette réunion et les « actes terroristes » qui ont frappé hier la Syrie, à Damas, regrettant que le Conseil ne les ait pas condamnés, alors que le Secrétaire général et l’Envoyé spécial l’ont fait. 


Le délégué syrien a rappelé que son pays avait salué le communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie, notamment la confirmation de son intégrité territoriale et la nécessité de désarmer l’opposition.  Se déclarant favorable à un dialogue politique, il a demandé la levée des sanctions unilatérales imposées au peuple syrien et a accusé certaines parties de saper les efforts visant à régler la crise syrienne, en interprétant mal le Communiqué de Genève. 


*     S/2012/538

**    S/2012/547/Rev.2

***   S/2012/523


LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT


Rapport du Secrétaire général sur l’application de la résolution 2043 (2012) du Conseil de sécurité (S/2012/523)


Le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, dans ce rapport, rend compte de façon détaillée de l’application de la résolution 2043 (2012), y compris de la proposition en six points de l’Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue des États arabes pour la crise en Syrie, M. Kofi Annan, et présente les options pour l’avenir de la Mission de supervision des Nations Unies en Syrie (MISNUS). 


Le rapportcomporte également, en annexe, le communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie après sa réunion du 30 juin 2012.


Le 21 avril 2012, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2043 (2012), par laquelle il a créé la MISNUS pour une période initiale de 90 jours, avec pour mandat de contrôler le respect par toutes les parties de la cessation de la violence armée sous toutes ses formes et de surveiller et d’appuyer l’application intégrale de la proposition en six points, entérinée par le Conseil dans sa résolution 2042 (2012).


Le conflit en République arabe syrienne, souligne le Secrétaire général, est caractérisé par une profonde crise politique qu’alimentent les aspirations populaires frustrées face à la réforme politique, la répression brutale et disproportionnée que le Gouvernement exerce à l’encontre de l’opposition et le mépris persistant pour les droits fondamentaux du peuple syrien. 


Il faut remédier à ces problèmes, qui sont au cœur de la crise depuis les premiers jours, si l’on entend trouver une solution viable, assure-t-il.


M. Ban se dit profondément tourmenté par le tour dangereux que prend le conflit et par les mécanismes destructeurs enclenchés sur le terrain.  Le soulèvement populaire pacifique né il y a 16 mois s’est mué en confrontation violente entre le Gouvernement et les groupes armés de l’opposition.


La Syrie est maintenant engloutie dans la violence et risque de devenir le théâtre d’une véritable guerre civile, avec de graves conséquences pour le peuple de la Syrie et pour les peuples de la région.


Le Secrétaire général est alarmé par le nombre croissant de personnes tuées et blessées, alors que de nombreux civils restent piégés dans des zones de conflit, avec un accès de plus en plus réduit aux moyens de subsistance et aux services médicaux essentiels.


M. Ban, qui condamne la violence armée sous toutes ses formes, demande qu’elle cesse immédiatement, conformément au plan en six points et aux résolutions 2042 (2012) et 2043 (2012).  Il rappelle aussi à toutes les parties que les attaques aveugles, disproportionnées et ciblées menées contre des civils et contre des infrastructures civiles constituent des violations du droit international humanitaire qui doivent cesser.


Le Secrétaire général condamne en outre les violations massives des droits de l’homme dans les termes les plus énergiques possibles.  Celles-ci, écrit-il, doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies et indépendantes et il faut que leurs auteurs soient tenus responsables.


Le Gouvernement de la République arabe syrienne et l’opposition armée semblent pour l’heure avoir fait le choix de l’action militaire face au conflit actuel, laissant peu de place pour un dialogue approfondi entre les parties sur ce que devrait être l’avenir de leur pays et sur la manière d’y parvenir.


M. Ban attend des parties qu’elles coopèrent pleinement avec l’Envoyé spécial conjoint.  Il les exhorte à suivre la voie que le Groupe d’action a tracée et à s’investir dans l’effort déployé pour s’entendre sur une transition négociée vers un avenir meilleur pour la Syrie.  Il en appelle énergiquement aux membres du Groupe d’action et à d’autres États pour qu’ils fassent individuellement et collectivement pression de tout leur poids.


Selon le Secrétaire général, la MISNUS peut jouer un rôle précieux en encourageant le dialogue politique et l’instauration de la confiance au niveau local, en établissant les faits sur le terrain et en rendant compte à la communauté internationale de manière claire et objective.


Si la violence devait persister ou si des possibilités de dialogue politique interne devaient se dessiner, il a présenté des options pour réorienter la mission de la MISNUS dans ce contexte.  Elles sont fondées sur une évaluation de la situation en Syrie, sous réserve des changements politiques et opérationnels liés aux processus nationaux engagés en Syrie en application du communiqué du Groupe d’action en date du 30 juin.


Une présence qui réoriente l’action vers l’engagement reconnaît que s’il n’existe ni cadre pour un processus politique ni confiance à cet égard, il n’est guère plus que la MISNUS puisse faire pour exhorter les parties à mettre fin à la violence.  Le Secrétaire général encourage donc le Conseil à préserver cette perspective en maintenant une présence de la Mission qui soit capable de s’adapter aux possibilités susceptibles de se profiler si les parties acceptaient une solution politique.


En privilégiant l’engagement politique avec tous les interlocuteurs, la Mission pourrait continuer à surveiller et à soutenir la mise en œuvre du plan en six points, y compris la cessation de la violence armée lorsque cela est possible, et réagir avec souplesse aux changements positifs sur le terrain à mesure qu’ils se produisent.


Aussi incertaine qu’en soit l’issue à ce stade, le peuple syrien a engagé son pays sur la voie d’un changement irréversible et il est de notre responsabilité de l’aider à amener ce changement de manière pacifique, a estimé le Secrétaire général.  Il incombe maintenant, dit-il, au Conseil de sécurité de procurer l’appui nécessaire et d’exercer une pression constante, cohérente et efficace sur tous les intéressés pour obtenir que soient respectées ses décisions et pour créer les conditions propices au succès d’une solution politique telle qu’envisagée par le Groupe d’action.


Ceux qui songeraient à soutenir l’une ou l’autre partie en lui fournissant des armes, en lui dispensant un entraînement militaire ou en lui procurant toute autre assistance militaire doivent reconsidérer leur choix et agir pour que toutes les parties mettent fin à la violence armée sous toutes ses formes et pour empêcher la poursuite de la répression exercée contre la population, prévient-il.



Déclarations


M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) s’est dit atterré par la position de la Chine et de la Fédération de Russie.  C’est la troisième fois, a-t-il expliqué, que ces deux pays entravent les efforts faits par le Conseil de sécurité pour tenter de sortir de la crise en Syrie.  Les événements de ces dernières 48 heures à Damas montrent à quel point il est indispensable que le Conseil de sécurité agisse rapidement pour que le pays sorte du chaos et évite un grand nombre de victimes.  Le représentant britannique a mis l’accent sur la nécessité d’utiliser le poids collectif du Conseil de sécurité pour accompagner davantage l’Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue des États arabes vers la mise en œuvre du plan en six points.  Le projet de résolution était placé sous le chapitre VII pour envoyer un message clair et contraignant aux parties, a-t-il également dit, précisant qu’il s’agissait aussi d’une démarche appuyée par la Ligue des États arabes et les principaux acteurs dans la région. 


Tout au long du processus de négociations, la Chine et la Fédération de Russie ont choisi de ne pas accompagner l’action de l’Envoyé spécial conjoint Kofi Annan, a-t-il déploré.  Ces deux pays prétendaient que ce projet de résolution visait à engager une action militaire par la petite porte, un argument, a-t-il jugé, qui manque de logique.  On a fait preuve de souplesse pour tenter de rallier la Chine et la Fédération de Russie, mais celles-ci ont refusé et préféré prôner une approche qui ne donne aucun résultat, faisant des promesses vaines. 


La Chine et la Fédération de Russie laissent tomber le peuple syrien, a-t-il déclaré.  Elles ont choisi de placer leurs intérêts nationaux avant la vie de milliers de Syriens.  Les conséquences seront de nouvelles effusions de sang, a-t-il prévenu, avant de regretter que le Conseil de sécurité n’ait pu remplir le rôle pour lequel il a été créé.


M. GÉRARD ARAUD (France) a affirmé que tout avait été fait, depuis le double veto de février, pour qu’enfin émerge au sein de la communauté internationale une approche concertée susceptible de répondre aux aspirations légitimes du peuple syrien à la démocratie, à l’état de droit et au respect de ses droits fondamentaux.  Il est désormais clair que l’engagement russe ne vise qu’à laisser plus de temps au régime syrien pour écraser l’opposition, a dit le représentant français, qui a estimé que les dispositions adoptées par le Conseil avaient été systématiquement violées par le régime syrien, qui n’a même pas commencé à mettre en œuvre le premier de ses engagements.


M. Araud a rappelé que le Secrétaire général et l’Envoyé spécial conjoint avaient appelé le Conseil de sécurité à faire appliquer ses décisions et à établir les conséquences qui découleraient de leur non-respect.  Ce message, a-t-il ajouté, a été repris par le Secrétaire général de la Ligue arabe il y a un mois, et par les 107 États qui se sont réunis à Paris dans le cadre du Groupe des amis.  La Fédération de Russie et la Chine opposent aujourd’hui un veto à l’ensemble du corpus laborieusement constitué ces derniers mois pour définir une sortie de crise pacifique. 


Ce troisième veto signifie une fois pour toutes qu’il n’y aura pas de conséquences au non-respect par le régime syrien de ses obligations.  C’est tourner le dos à une approche concertée, a-t-il dit.  C’est choisir de livrer la Syrie au chaos avec les retombées régionales qui ne manqueront pas de s’ensuivre.  C’est ouvrir la porte au terrorisme qui prolifère précisément sur ce terreau-là.


« Nous sommes allés au veto en conscience et en pleine connaissance de cause », a déclaré M. Araud, ajoutant: « Nous ne pouvions nous rendre complices d’une stratégie qui mêle comédie de l’action diplomatique et paralysie de fait ».  Ce double veto, a-t-il conclu, laisse le Conseil de sécurité désarmé face à la violence du régime syrien, mais la France ne laissera pas le peuple syrien seul face aux crimes dont il est victime.


M. PETER WITTIG (Allemagne) a rappelé que, dès le début, le Conseil avait mis en garde contre la spirale de la répression du régime syrien.  Mais le Président syrien n’a écouté personne, a-t-il regretté.  Dénombrant à ce jour plus de 15 000 morts, il a aussi regretté qu’une opposition pacifique soit devenue une opposition armée.  Avec chaque nouveau massacre, il est de plus en plus difficile de convaincre celle-ci de trouver une solution pacifique, a-t-il observé.  Or, M. Annan a personnellement dit à Bashar Al-Assad qu’il devait envoyer des signaux clairs.  Au lieu de cela, le Président syrien a envoyé des chars de combat contrairement à son engagement de renoncer à l’artillerie lourde.


Le représentant allemand a, à son tour, souligné, qu’aucun des éléments du plan en six points n’a été mis en œuvre.  Le Conseil se devait d’envoyer un message clair selon lequel le non-respect du plan entrainerait des conséquences.  Non seulement les bombardements violent le droit international humanitaire et les résolutions du Conseil de sécurité, mais ils entravent aussi toute possibilité de faire aboutir un processus politique.  La résolution rejetée aujourd’hui, a estimé le représentant, n’aurait pas jeté les bases d’une intervention militaire ni sapé les efforts de paix.  Elle n’aurait pas non plus été une « solution magique », mais elle aurait donné une chance de mettre fin à la violence.  Regrettant que le Conseil ait laissé passer la chance qui se présentait aujourd’hui, il s’est contenté de dire « nous avons fait de notre mieux ».


M. RAZA BASHIR TARAR (Pakistan) a affirmé que son pays était convaincu que le meilleur moyen de faire face à cette situation était de mettre en œuvre un processus politique conduit par les Syriens eux-mêmes.  Il aurait été important, a-t-il dit, que le Conseil de sécurité reste uni et s’inspire de la conclusion de Genève qui était une bonne voie à suivre.  Il a jugé regrettable qu’en dépit de l’objectif clair d’accompagner le plan de l’Envoyé spécial conjoint, Kofi Annan, l’unité du Conseil de sécurité ait été sapée. 


Il s’agit, a commenté le représentant pakistanais, d’un revers sérieux qui aurait pu être évité si la question du Chapitre VII et des mesures coercitives avait pu être abandonnée.  Tout succès ou échec du Conseil de sécurité sera toujours collectif, ajoutant: « On ne peut agir que collectivement ».  Il faut, selon lui, recoller le plus vite possible les morceaux dans l’intérêt de la paix et du peuple syrien.  La présence continue de la MISNUS sur le terrain est indispensable, a-t-il estimé, soulignant que sa délégation aurait souhaité un projet de résolution proposant une prorogation technique de la Mission pour une courte période.


M. HARDEEP SINGH PURI (Inde) a condamné vivement l’acte terroriste lâche qui a tué des hauts dignitaires hier à Damas.  Dès le début de la crise, nous avons demandé que toutes les parties mettent fin à la violence, a-t-il dit.  Nous avons accompagné la mission de Kofi Annan, appuyé les résolutions 2042 et 2043 et espéré que le plan en six points permettrait de trouver une issue.  Le représentant a regretté qu’aucune des parties n’ait respecté ce plan et les a exhortées à s’engager maintenant à le mettre en œuvre.  L’instabilité et les troubles en Syrie auront des conséquences sur toute la région et au-delà, a prévenu le délégué.  Il a plaidé pour le maintien de la MISNUS afin d’aider les parties à trouver une solution à la crise et à mettre en œuvre le plan en six points.  Nous avons appuyé l’action internationale qui aborde la crise syrienne de façon impartiale et équilibrée, a-t-il ajouté, expliquant pourquoi il avait soutenu le texte présenté aujourd’hui.  Il aurait préféré que le Conseil s’accorde pour renouveler le mandat de la MISNUS, et il a demandé aux membres du Conseil de revoir leurs positions.


M. JOSÉ FILIPE MORAES CABRAL (Portugal) s’est dit déçu par le résultat du vote.  Il a regretté qu’en dépit de la flexibilité dont a fait preuve une partie des membres du Conseil de sécurité, celui-ci n’ait pu répondre à l’appel du Secrétaire général et de l’Envoyé spécial conjoint pour que le Conseil envoie un message concordant.  Tout a été fait pour préserver l’unité du Conseil de sécurité, a-t-il assuré. 


Contrairement à ce qui a été dit, l’imposition de sanctions dans l’éventualité d’un non-respect du texte n’était pas automatique et aurait exigé une autre résolution du Conseil de sécurité, a affirmé le délégué.  De même, selon lui, le texte excluait toute intervention militaire.  Il a appelé le Conseil de sécurité à exercer une pression unie et durable sur toutes les parties, en particulier sur les autorités syriennes.  Il a mis en garde contre les conséquences désastreuses que pourrait avoir le rejet de ce projet de résolution.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé qu’un vote n’aurait pas dû avoir lieu aujourd’hui, car les auteurs du projet de résolution savaient bien que ce texte n’avait aucune chance d’être adopté.  Nous ne pouvons pas accepter un document qui ouvre la voie à des sanctions et puis à une intervention militaire, a-t-il expliqué.  Il a prévenu que les tentatives du Conseil de procéder ainsi ne seront pas acceptées.  Il a dit à certains membres du Conseil que, plutôt que de faire des « déclarations inacceptables et indignes » contenant des allégations sur l’attitude de la Fédération de Russie, un pays qui a beaucoup aidé la mission de Kofi Annan, ils auraient pu contribuer à rétablir le dialogue entre les parties syriennes pour ne pas encourager les groupes terroristes.  Plutôt que d’aider à renforcer les efforts de la communauté internationale, les auteurs de ce projet souhaitaient protéger leurs intérêts et exacerber les tensions au sein du Conseil de sécurité, a-t-il ajouté.  Les menaces contenues dans le texte étaient unilatérales et allaient à l’encontre de l’esprit de Genève, a souligné le représentant.


Il a poursuivi en accusant les pays occidentaux de ne pas avoir voulu travailler sur le projet de résolution présenté par la Fédération de Russie.  Nous pensons que la confrontation au sein du Conseil est contreproductive.  Nous n’allons donc pas mettre notre projet aux voix et demandons seulement un prolongement technique de la MISNUS, a annoncé le représentant russe.  Ne compromettons pas le caractère impartial de la présence de la communauté internationale, qui est nécessaire pour appuyer le règlement de la crise syrienne.


M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a indiqué que son pays avait voté en faveur de la résolution parce qu’elle offrait la meilleure chance, et peut-être la seule, de mettre un terme à la violence folle en Syrie et d’initier une transition politique, menée par les Syriens eux-mêmes.  Il a rappelé que l’article 41 de la Charte était une des mesures de diplomatie préventive mises à la disposition du Conseil de sécurité.  Nous pensons, a-t-il précisé, que l’application possible de sanctions pour manquement aux obligations était la moindre chose à faire, étant donné la succession d’engagements non tenus par le Gouvernement syrien depuis ces derniers mois.


Le représentant a regretté que la résolution n’ait pas pu être adoptée, en premier lieu pour le peuple de Syrie dont les fils et les filles souffrent quotidiennement des horreurs de la violence.  Tout a débuté avec des manifestations pacifiques de citoyens contre leur Gouvernement puis a dégénéré en un conflit armé où des actes barbares peuvent être attribués aux deux parties, a tranché le représentant.  Le représentant a indiqué qu’en second lieu, son pays regrette les conséquences du rejet du texte pour l’Envoyé spécial conjoint, M. Kofi Annan, dont le travail a été sérieusement compromis, a-t-il poursuivi, en rappelant que même le communiqué du Groupe d’action, adopté il y a trois semaines seulement, en partie grâce à la créativité de M. Annan, était resté lettre morte. 


En troisième lieu, nous regrettons les conséquences de ce rejet pour le Conseil de sécurité, et d’une manière plus générale, pour les Nations Unies, dont le prestige subit un nouveau coup, a-t-il encore dit.  Pour le Guatemala,  l’ironie finale est que cette résolution qui cherchait à prévenir une propagation de la vague de violence aura pour effet pervers de mener à des résultats exactement opposés.  Le représentant a exhorté tous les membres de la communauté internationale à persévérer avec de nouvelles initiatives pour trouver une solution qui réponde aux intérêts du peuple syrien et qui évite, en particulier, que le conflit ne s’étende à d’autres pays voisins.


Mme SUSAN RICE (États-Unis) a rappelé que c’est la troisième fois en 10 mois que la Fédération de Russie et la Chine opposent leur droit de veto à un projet de résolution sur la Syrie.  Ces vetos sont déplorables, a-t-elle dit.  Elle a assuré que le texte ne visait pas à imposer des sanctions à ce stade.  Malgré les déclarations paranoïaques de certains, jamais ce projet de résolution n’aurait ouvert la voie à une action militaire, a-t-elle souligné, notant qu’il s’agissait au contraire d’accompagner l’action de l’Envoyé spécial conjoint.  C’est une honte que ce Conseil n’ait pas pu ou voulu le faire, a-t-elle déclaré. 


L’escalade de la violence est encore plus troublante en raison des stocks d’armes chimiques en Syrie, a-t-elle ajouté.  Ces stocks doivent être sécurisés et le régime syrien devra rendre compte de leur éventuelle utilisation.  Les rapports sur les violations persistantes et flagrantes du droit international et les appels du Secrétaire général et de l’Envoyé spécial conjoint n’ont rencontré qu’une violence intensifiée et l’inaction du Conseil de sécurité, a déploré Mme Rice. 


La faute n’en incombe ni au Secrétaire général, ni à l’Envoyé spécial conjoint ni au personnel de la MISNUS, mais au régime haineux de Bashar Al-Assad et aux États Membres qui ont refusé de se joindre à la communauté internationale.  Le rejet du texte est contraire à la position de la Ligue des États arabes et des plus de 100 États réunis à Paris dans le cadre du Groupe des amis ainsi qu’aux aspirations du peuple syrien qui mérite beaucoup mieux que l’inaction du Conseil de sécurité, a-t-elle commenté. 


Les États-Unis ne basent leur politique que sur une mission d’observateurs non armés déployés en plein cœur de la violence et qui ne peuvent pas compter sur un soutien si minime soit-il du Conseil de sécurité.  La représentante a précisé en effet que son pays continuerait d’exercer une pression sur le régime syrien et fournirait une assistance à ceux qui en ont besoin.  Le Conseil de sécurité a échoué dans sa tâche, et c’est encore une journée très difficile, a-t-elle estimé.  Elle a espéré qu’un jour la Fédération de Russie et la Chine arrêteront de soutenir le régime de Bashar Al-Assad.


M. DOCTOR MASHABANE (Afrique du Sud) a condamné la violence et les pertes en vies humaines en Syrie, et a déploré que la situation humanitaire se soit détériorée, soulignant l’urgence à faire cesser la violence pour passer rapidement à un dialogue politique et à une transition pacifique.  Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé que la situation remplissait maintenant les conditions suffisantes pour être qualifiée de « violence armée interne », a indiqué le représentant, avant de condamner l’attentat d’hier qui a tué le ministre de la défense ainsi que tous les actes de violence commis par toutes les parties.  Il s’est aussi inquiété des informations selon lesquelles les forces armées syriennes continuent d’utiliser des armes lourdes.


Le représentant a réaffirmé son appui au plan d’action en six points, invitant à appuyer les efforts de l’Envoyé spécial conjoint.  Il a exprimé sa déception face au manque de responsabilité du Conseil, alors que tous ses membres ont toujours appuyé le plan en six points.  « Mais cet esprit ne semble plus l’emporter », a-t-il constaté, avant d’appeler les membres du Conseil à faire preuve de maturité au lieu de faire prévaloir leurs intérêts nationaux et privés.  « Le texte d’aujourd’hui était déséquilibré et assez unilatéral », a-t-il critiqué, soulignant qu’il ne prévoyait pas de conséquences pour l’opposition.  Aujourd’hui, nous n’avons pas pu parvenir à un équilibre, a-t-il dit, se disant déçu qu’on ne puisse pas renouveler le mandat de la MISNUS au moins, pour une brève période.


M.  MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a affirmé que son pays avait voté en faveur du projet de résolution car il approuvait les résultats du communiqué de Genève et ce qui concerne les principes directeurs et les actions à entreprendre pour une transition politique pacifique en Syrie.  Vu que le Conseil de sécurité n’a pas pu adopter une résolution forte, il a exprimé son extrême regret face à ce résultat où il n’y a de perdants que le peuple syrien et la région à laquelle il appartient.  La délégation marocaine, a-t-il expliqué, aurait espéré l’unité du Conseil de sécurité après l’adoption des résolutions 2042 (2012) et 2043 (2012) qui ont établi une base pragmatique pour une action en Syrie. 


Le représentant a précisé que la Ligue des États arabes n’avait cessé de travailler avec le Conseil de sécurité et était convaincue que les parties seules ne pouvaient trouver une solution pacifique à la crise.  La Ligue des États arabes a décidé d’agir avec le Conseil de sécurité en vue d’une action placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.  Il nous faut un travail commun avec le Conseil de sécurité en vue de retrouver l’unité.


M. LI BAODONG (Chine) a exprimé sa préoccupation face à la violence en Syrie et a condamné l’attentat commis hier à Damas.  La priorité pour la communauté internationale est maintenant de soutenir de façon coordonnée la feuille de route de Genève, les résolutions du Conseil de sécurité, ainsi que le plan en six points de M. Annan, a-t-il dit.  Il faut que les conditions soient mises en place pour trouver une solution à la crise.  La Chine est favorable à la prorogation de la MISNUS et à l’ajustement de ses activités selon les propositions du Secrétaire général, a dit le représentant.  Assurant que son pays avait toujours encouragé le consensus au sein du Conseil, il a expliqué que le projet de résolution présenté aujourd’hui posait de sérieux problèmes.  Ce projet a pour but de faire pression sur une partie et une partie seulement, a-t-il dit.  Il risquait en outre de générer un débordement dans d’autres pays de la région.  Le texte, a-t-il estimé, aurait pu aussi éroder en Syrie la confiance dans la communauté internationale.  Le représentant chinois a également dit craindre de compromettre les objectifs du communiqué final du Groupe d’action adopté sous la houlette de M. Annan.


La non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays tiers est un principe consacré, a-t-il dit, estimant que la crise syrienne doit être réglée par un processus politique.  Nous avons aussi intérêt à préserver l’intégrité du Conseil de sécurité et à respecter les normes de droit international.  Or le projet de résolution présenté aujourd’hui a compromis l’unité du Conseil, alors que les résolutions 2042 et 2043 ont été adoptées à l’unanimité.  Le représentant a dénoncé « l’arrogance » des auteurs du texte lors des consultations, estimant qu’ils avaient dénigré les préoccupations des autres pays et refusé de revoir le texte.  Ces délégations ont refusé de donner plus de temps aux négociations, a-t-il accusé, expliquant que c’est pour toutes ces raisons que la Chine s’est opposée au texte.  Les allégations contre mon pays sont fausses, a-t-il corrigé.  La Chine a toujours participé aux négociations de façon constructive, afin de parvenir à un cessez-le-feu en Syrie et au respect des résolutions, du communiqué de Genève et du plan en six points.  En revanche, il a pointé le doigt sur les pays qui voulaient s’ingérer dans les affaires de la Syrie et dénigré la mission de Kofi Annan.  Il a demandé à ces pays de se réengager immédiatement sur la bonne voie et a appuyé la prorogation du mandat de la MISNUS.


M. NÉSTOR OSORIO (Colombie) a affirmé que son pays s’était prononcé en faveur du projet de résolution car, a-t-il dit, le texte octroyait le soutien nécessaire à l’Envoyé spécial conjoint et envoyait un message clair à toutes les parties en Syrie.  Le représentant a regretté que les divergences l’aient emporté sur les différents accords qui permettraient de régler la crise syrienne.  La population syrienne, elle, s’est engagée sur la voie irréversible du changement, a-t-il dit, et la Colombie demeure déterminée à rechercher une issue politique à la crise.


M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a noté « une coïncidence douteuse » entre ce type de réunions et les actes terroristes qui ont frappé hier la Syrie.  Par le passé, des massacres ont été commis au même moment où le Conseil de sécurité se réunissait sur la Syrie, comme c’est encore le cas aujourd’hui, a-t-il rappelé.  Il a regretté que le Conseil n’ait pas condamné cet acte, même si le Secrétaire général et Kofi Annan l’ont fait.  « Si un tel attentat ne peut pas susciter de condamnation vive et immédiate du Conseil de sécurité, cela signifie que le consensus de la communauté internationale sur la lutte contre le terrorisme n’est pas réel. »  C’est un message aux terroristes du monde entier: ils ne sont pas redevables de leurs actes, a-t-il ajouté.


Le représentant a rappelé que la Syrie a salué le communiqué final du 30 juin à Genève, notamment la confirmation de l’intégrité territoriale de la Syrie et la nécessité de désarmer l’opposition.  Nous sommes aussi favorables à un dialogue politique pour résoudre la situation, a-t-il ajouté, avant de demander: y a-t-il quelqu’un dans cette salle qui s’oppose à cette déclaration raisonnable?  Si ce n’est pas le cas, pourquoi le Conseil ne parvient-il pas à se mettre d’accord sur la décision très simple de proroger le mandat de la MISNUS, a demandé M. Ja’afari.  M. Annan, a-t-il estimé, a mené à Damas un dialogue constructif.  Si la Syrie a appuyé « le plan Annan », il faut aussi pour le mettre en œuvre, une volonté de la communauté internationale et notamment de la part des pays qui ont le plus d’influence sur les groupes armés de l’opposition.


M. Ja’afari a demandé la levée des sanctions unilatérales imposées au peuple syrien.  Il a accusé certaines parties de saper les efforts visant à régler la crise syrienne, en interprétant mal le communiqué de Genève.  À les entendre, a-t-il dit, on dirait que la Syrie a un régime tyrannique qui tue son propre peuple.  La crise syrienne, a souligné le représentant, est très complexe et a de multiples ramifications.  Il a attiré l’attention sur les groupes armés composés d’extrémistes et de terroristes arabes et non arabes.   L’État syrien est censé protéger son peuple et doit réagir à ces actes, a tranché le représentant. 


Dès le début de la crise, a-t-il dit avoir remarqué, certains pays ont adopté une position équilibrée, plaidant pour un règlement pacifique du conflit.  D’autres, parallèlement, ont fait entendre des bruits de bottes et alimenté la crise en acheminant armes et aides financière et logistique aux groupes armés.  « Si vous voulez la loi de la jungle, appliquez-la dans votre pays et accueillez les groupes qui sévissent en Syrie », a-t-il conseillé.  Il a rejeté catégoriquement les allégations des médias selon lesquelles la Syrie compte utiliser des armes chimiques.  Rappelant que le Liban, l’Afghanistan et l’Iraq avaient fourni un appui à Israël pour l’occupation du Golan syrien, il a affirmé que ces pays n’allaient offrir aucune solution à la crise syrienne indépendante de leurs intérêts propres.


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