06/06/2012
Conseil de sécurité
CS/10664

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Conseil de sécurité

6780e séance – matin


RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE: LA REPRÉSENTANTE SPÉCIALE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SOULIGNE

QU’IL EST ESSENTIEL DE BÂTIR SUR LA « DYNAMIQUE DE PAIX » INITIÉE DANS LE PAYS


La Représentante spéciale du Secrétaire général pour la République centrafricaine, Mme Margaret Aderinsola Vogt, a affirmé, ce matin devant le Conseil de sécurité, que le pays se trouvait aujourd’hui à un « point critique », en jugeant essentiel de « continuer d’utiliser l’élan, créé récemment sur les fronts politique, sécuritaire et du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration (DDR) ».


« La dynamique de paix entre le Gouvernement et les groupes politico-militaires et le dialogue auquel a été convié le Président centrafricain offre une chance réelle de stabilisation du pays », a déclaré Mme Vogt, qui présentait le rapport du Secrétaire général sur la situation dans le pays.


Selon la Représentante spéciale, qui dirige également le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA), les populations du pays « espèrent sincèrement pouvoir compter sur l’assistance et la générosité que la communauté internationale continuera de leur apporter pour contribuer à instaurer une paix durable dans leur pays, grâce à la réalisation du processus de DDR ».


« Tandis que l’année 2011 s’était achevée sur une note d’optimisme et d’espoir pour continuer à assurer la stabilisation du paysage politique, l’année 2012 s’est ouverte sur une série de faits nouveaux qui ont atténué cet enthousiasme », a-t-elle expliqué.


Mme Vogt a rappelé, en particulier, que quatre dirigeants de deux groupes politico-militaires, accusés d’avoir fomenté la rébellion, avaient été arrêtés, et que les consultations entre le Gouvernement centrafricain et les partis politiques, y compris l’opposition, sur la révision du Code électoral, avaient été suspendues avant qu’un consensus ne fût atteint.  Mais, le projet de code électoral, présenté par le Gouvernement au Parlement, lui a finalement été renvoyé.


Elle a ajouté que le 15 mai, le Président de la République centrafricaine, M. François Bozizé, avait invité les dirigeants de l’opposition en vue d’ouvrir un dialogue constructif à une date qui reste à être déterminée. 


De même, le Gouvernement centrafricain continue d’œuvrer à la réalisation du processus de DDR, a-t-elle dit, en précisant qu’il avait organisé une réunion des « Amis de la République centrafricaine », en avril dernier, à New York, en vue de faire le point sur ce programme et de solliciter une aide financière auprès de ses partenaires.


Sur le plan sécuritaire, malgré l’évolution positive enregistrée au sein des parties politico-militaires, deux groupes armés étrangers continuent d’être actifs en République centrafricaine, notamment le Front populaire pour le redressement (FPR) et l’Armée de résistance du Seigneur (ARS), ces groupes, comme le souligne le rapport, risquant de « réduire à néant les efforts de stabilisation en cours ».


La Représentante spéciale a, en outre, décrit une situation humanitaire « très précaire » et « gravement affectée par le manque d’infrastructures de santé de base ».  Elle a souligné que l’appel global lancé par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), qui a sollicité un montant de 134 millions de dollars pour 1,9 million de personnes dans le besoin, n’avait jusqu’ici reçu que 36% de la somme demandée.


Mme Vogt a fait état d’une recrudescence des violations des droits de l’homme, y compris des exécutions sommaires, de la torture, des arrestations et des détentions arbitraires perpétrées par des membres de la Garde présidentielle.


De son côté, le Représentant permanent de la République centrafricaine auprès des Nations Unies à New York, M. Charles Armel Doubane, a estimé que le rapport du Secrétaire général reflétait « la peur, l’angoisse, l’incertitude, la joie, mais surtout l’espérance d’un pays qui veut tourner une page de son histoire et écrire autrement une nouvelle ».


Pour le délégué de la République centrafricaine, la sécurité constitue la « préoccupation fondamentale du Gouvernement ».  Il a précisé que l’État reprenait « progressivement le contrôle d’une très large partie du territoire national », en favorisant le retour progressif des personnes déplacées et des réfugiés.


« L’insécurité a annihilé tout effort de développement », a-t-il expliqué.  Ainsi, sans le concours des institutions de Bretton Woods, dont le Fonds monétaire international (FMI), avec lesquelles la République centrafricaine est, depuis deux ans, en négociation en vue d’élaborer un programme de financement de son développement, il serait « illusoire de croire que le pays serait en mesure de réaliser certains des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en 2015, en particulier celui de la santé ».


Les droits de l’homme et l’état représentent le « tendon d’Achille » du pays, a reconnu par ailleurs M. Doubane, qui a fait remarquer qu’« il n’est pas facile de transformer par un tour de bâton magique les mentalités ».


Le délégué de la République centrafricaine a assuré que son gouvernement poursuivrait les réformes en cours « afin d’asseoir véritablement un État qui protège et défende les droits de l’homme ».  La justice, a-t-il ajouté, avant de conclure, « fait et fera son travail pour protéger les justiciables », en particulier les femmes et les enfants.


LA SITUATION EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


Rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine et sur les activités du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix dans ce pays (S/2012/374)


Le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, fait le point, dans ce rapport, sur les événements survenus en République centrafricaine dans les domaines politique, socioéconomique et humanitaire, et sur le plan de la sécurité et des droits de l’homme, de la protection des enfants et de l’égalité des sexes.


Il rend compte également des activités du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA), qui a succédé au Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BONUCA) en janvier 2010.


Le Secrétaire général souligne que l’initiative prise par le Gouvernement d’engager un dialogue politique ouvert à tous constitue un progrès décisif, dans la mesure où le Gouvernement et les partis d’opposition n’ont pas eu de contacts officiels depuis la fin de 2010.


Toutefois, les consultations initiales ont pris fin avant qu’un consensus n’ait été réalisé sur le projet de réforme électorale.  Un tel consensus étant essentiel pour assurer le bon déroulement des futures élections, il engage vivement le Gouvernement, les partis politiques et la société civile à reprendre les pourparlers sur les réformes électorales dans un nouvel esprit constructif.


Une tribune de dialogue entre les autorités, les partis politiques et les organisations de la société civile pourrait aussi devenir un moyen de tenir des consultations périodiques sur les problèmes sociaux et économiques ainsi que sur la paix et la sécurité.  L’Organisation des Nations Unies demeure disposée à appuyer la tenue de consultations régulières transparentes et ouvertes, qui seraient de nature à rétablir un meilleur climat de confiance entre toutes les parties prenantes à l’échelon national.


L’arrestation des dirigeants de quatre groupes politico-militaires participant au programme national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) et le temps qui s’est écoulé entre leur arrestation, leur mise en accusation puis leur mise en liberté sous caution ont, affirme-t-il, accentué les tensions politiques dans le pays et ont fait ressurgir certaines préoccupations concernant le respect de l’état de droit.


M. Ban juge que la situation générale en matière de sécurité, si elle s’est améliorée en République centrafricaine, demeure précaire.  La menace que continuent de faire peser sur les populations civiles des groupes armés étrangers tels que l’Armée de résistance du Seigneur (ARS) et le Front populaire pour le redressement (FPR) constitue un motif de grave préoccupation.


Le Secrétaire général se félicite vivement de la collaboration fructueuse qu’entretiennent la République centrafricaine, le Tchad et le Soudan, et de l’engagement de la région exprimé par les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), qui ont largement contribué à cette amélioration des conditions de sécurité. 


Il invite instamment les partenaires internationaux à apporter aux autorités centrafricaines une assistance qui leur permette de mettre sur pied une intervention nationale robuste pour faire face à la menace que pose l’ARS et de participer efficacement aux initiatives régionales prises à cette fin sous les auspices de l’Union africaine.


M. Ban met l’accent sur la nécessité de tirer parti de l’occasion sans précédent qui se présente sur le plan de la sécurité pour mettre en œuvre le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration dont le déficit de financement s’élève à environ 20 millions de dollars.


De même, les violations des droits de l’homme commises dans tout le pays par les forces de défense et de sécurité demeurant extrêmement préoccupantes, il est urgent, estime-t-il, de réformer le secteur de la sécurité, facteur crucial pour assurer une paix et une stabilité durables en République centrafricaine.  Le Secrétaire général engage ainsi vivement le Gouvernement à prendre des mesures sérieuses pour venir à bout de ces problèmes.


Enfin, tout en se félicitant de la ratification des deux Protocoles facultatifs à la Convention relative aux droits de l’enfant, M. Ban demeure néanmoins préoccupé par le fait que de graves violations continuent d’être commises par les groupes armés et les groupes d’autodéfense en République centrafricaine.  Le Secrétaire général exhorte toutes les parties à mettre immédiatement un terme à ces violations.


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