15/05/2012
Conseil de sécurité
CS/10648

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Conseil de sécurité

6770e séance – matin


LA SOMALIE ENTRE DANS LA « PHASE LA PLUS CRITIQUE » DE LA FIN DE LA TRANSITION,

AFFIRME LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, M. AUGUSTINE MAHIGA


Le Président du Gouvernement fédéral de transition, M. Sharif Sheikh

Ahmed, réaffirme l’engagement de la Somalie en faveur de la feuille de route


Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie, M. Augustine P. Mahiga, a affirmé, ce matin, devant le Conseil de sécurité et, en présence du Président du Gouvernement fédéral de transition, M. Sharif Sheikh Ahmed, que le pays entrait « dans la phase la plus critique de la fin de la transition », planifiée pour le mois d’août prochain. 


« Des avancées considérables ont été obtenues dans la préparation de cette échéance », a expliqué le Représentant spécial, qui présentait le rapport du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon.  M. Mahiga, qui dirige aussi le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie, a souligné que des avancées considérables avaient été obtenues dans la préparation de cette échéance.


M. Ahmed a assuré, pour sa part, que le Gouvernement fédéral de transition qui, a-t-il dit, a réussi à repousser les éléments d’Al-Qaida et du groupe Al-Chabab et d’autres terroristes internationaux de la plupart des régions du pays, était engagé sur la voie de la reconstruction.  Il s’attache à veiller à la mise en œuvre de la feuille de route, notamment la rédaction et la ratification de la constitution, laquelle, a-t-il précisé, sera « une des meilleures au monde ».


Le Président du Gouvernement fédéral de transition a également souligné les efforts entrepris par son pays en matière de réconciliation nationale, de bonne gouvernance ou de rétablissement de la paix et de la sécurité.  « La Somalie est au seuil d’une nouvelle étape », a affirmé M. Ahmed.  Il a ainsi mis l’accent sur la nécessité de déployer davantage d’efforts pour renforcer les institutions du pays, convaincu que l’heure y était propice. 


Après avoir passé en revue les avancées obtenues dans le processus d’élaboration de la constitution, d’ouverture politique et de réconciliation nationale ou de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général a néanmoins reconnu que, dans les efforts visant à réaliser la feuille de route, de nombreux défis persistaient, tandis que, sur le plan humanitaire, la situation restait fragile.


Beaucoup reste à faire, a—t-il estimé, en se disant préoccupé par le manque de financement de la mise en œuvre de la feuille de route pour les trois derniers mois.  Il a ainsi réclamé de la part de la communauté internationale un appui logistique et financier afin d’achever la mise en œuvre de la feuille de route avant le mois d’août, tout en renforçant la coopération et la coordination internationales. 


M. Mahiga s’est félicité, à cet égard, de l’initiative prise par la Turquie, en partenariat avec les Nations Unies, d’organiser au début du mois prochain la deuxième Conférence internationale d’Istanbul, laquelle, a-t-il dit, apportera un nouvel élan et attirera l’attention sur la feuille de route et la fin de la transition en Somalie.


Dans le débat qui a suivi, les 15 membres du Conseil de sécurité, s’ils se sont félicités des progrès réalisés au cours des derniers mois, ont néanmoins admis l’importance des difficultés auxquelles le pays demeurait confronté.


Le représentant de la France a noté le « soutien inédit » de la communauté internationale à l’égard de la Somalie, tout en faisant observer qu’il y avait de « fortes attentes » à l’égard des responsables politiques somaliens. 


La Somalie se trouve aujourd’hui à un « tournant historique », mais les défis à relever sont redoutables, a résumé la représentante des États-Unis.  L’approbation d’une constitution intérimaire par une assemblée constituante « sera le début et non la fin d’un processus », a-t-elle notamment observé. 


La déléguée des États-Unis, à l’instar de plusieurs des membres du Conseil, a affirmé que le groupe Al-Chabab représentait une grande menace pour la stabilité de la Somalie, mettant ainsi l’accent sur la nécessité de renforcer la sécurité et d’empêcher ce groupe d’opérer dans les zones stabilisées.


Son homologue du Togo a invité à ne pas perdre de vue le fait que c’est aux Somaliens qu’il incombe, au premier chef, d’assurer la sécurité dans le pays. 


Le délégué de l’Afrique du Sud a, comme d’autres, pris note des progrès notables réalisés par la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) dans le domaine de la sécurité.  Comme son homologue du Maroc, il a ainsi appelé la communauté internationale à poursuivre son appui pour lui permettre de s’acquitter efficacement de son mandat.


Concernant les nombreuses préoccupations exprimées face à la piraterie au large des côtes de la Somalie, le représentant de la Fédération de Russie a défendu une action coordonnée en mer et sur terre dans le cadre d’une stratégie globale. 


Le représentant de l’Allemagne a annoncé que l’Union européenne lancerait prochainement une mission supplémentaire destinée à renforcer la sécurité maritime des pays de la région et à les aider à mettre sur pied leur cadre juridique.



LA SITUATION EN SOMALIE


Rapport du Secrétaire général sur la Somalie (S/2012/283)


Le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, rend compte, dans ce rapport, des principaux faits nouveaux survenus en Somalie depuis quatre mois dans les trois grands domaines de la stratégie des Nations Unies, à savoir la politique, la sécurité, l’assistance humanitaire, le relèvement et le développement, et les droits de l’homme.


Il dresse également une évaluation des progrès accomplis dans l’application de la feuille de route établie pour mener à bien la période de transition.


Le Secrétaire général constate que ces derniers mois, des progrès ont été enregistrés sur le plan politique et en matière de sécurité en Somalie.  Le Gouvernement fédéral de transition et les forces alliées ont établi une présence dans d’importantes villes stratégiques du sud et du centre de la Somalie.  Le Gouvernement fédéral de transition a entamé une campagne d’ouverture en direction des zones nouvellement reprises.


Parallèlement, l’application de la feuille de route établie en septembre 2011 pour mener à bien la période de transition s’est poursuivie, les parties prenantes étant parvenues à un accord sur les modalités de formation  d’une assemblée constituante, le nouveau Parlement fédéral et les élections.


À quatre mois du délai fixé pour mettre fin à la transition, bien que la Somalie se heurte à d’énormes difficultés sur le chemin de la paix, c’est le moment où jamais de faire entrer le pays dans une nouvelle phase du processus politique, estime M. Ban.


À cet effet, les dirigeants somaliens doivent, insiste-t-il, s’unir pour mettre fin à la transition en août.  Ils doivent accepter d’avancer ensemble et d’écouter avec attention les opinions des Somaliens.  Ce n’est qu’ainsi qu’ils pourront véritablement faire face aux difficultés qui les attendent et mettre fin avec succès à la transition, écrit le Secrétaire général.


En outre, le Secrétaire général exhorte les dirigeants somaliens, quand ils examineront le projet de constitution, à rendre fidèlement les vues de leurs mandants, à faire connaître le texte au public et à mener des campagnes vigoureuses d’instruction civique pendant la période précédant sa présentation à l’assemblée constituante pour adoption.


M. Ban demande instamment aux donateurs d’aider les Somaliens à mobiliser les moyens financiers, logistiques et de sécurité considérables nécessaires pour créer et démarrer l’assemblée constituante immédiatement.


De même, des mesures rigoureuses doivent être adoptées à l’égard des personnes qui font obstruction au processus politique, au sein ou en dehors des institutions fédérales de transition.


Se réjouissant du rôle accru de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) dans le renforcement de l’efficacité des forces somaliennes et de la contribution continue de la Mission de formation de l’Union européenne.  Il invite les États Membres à financer les besoins immédiats de la force et accueille avec satisfaction les mesures prises par l’Union africaine pour déterminer les besoins pratiques, en coordination avec l’ONU, lors de la réunion sur le renforcement du secteur de la sécurité somalien, qui s’est tenu le 30 mars.


La situation humanitaire en Somalie exige une attention et un appui constants, poursuit le Secrétaire général, qui invite instamment tous les acteurs à autoriser l’accès sans condition des travailleurs humanitaires pour qu’ils puissent parvenir aux personnes vulnérables.  Il invite également tous les donateurs à appuyer de toute urgence la procédure d’appel global qui n’est actuellement financée qu’à 21%.


Déclarations


M. SHARIF SHEIKH AHMED, Président du Gouvernement fédéral de transition de la Somalie, a tout d’abord indiqué que le Gouvernement somalien avait réussi à repousser les éléments d’« Al-Qaida, Al-Chabab » et d’autres terroristes internationaux de la plupart des régions du pays.  Le Gouvernement en a repris le contrôle, en gère les affaires et s’est engagé sur la voie de la reconstruction, a-t-il assuré.  Le Gouvernement s’attache également à veiller à la mise en œuvre de la feuille de route, notamment la rédaction et la ratification de la constitution, a ajouté M. Ahmed.  Le Président somalien a affirmé que la nouvelle constitution était une des meilleures au monde, « tant dans la forme que dans la substance », qu’elle répondait aux intérêts de la population somalienne et qu’elle s’accordait également avec les principes et traditions islamiques.


Outre la ratification de la constitution, le Président a indiqué que la Somalie mettait actuellement en œuvre d’autres éléments de la feuille de route, notamment la réconciliation nationale, l’introduction de la bonne gouvernance, le rétablissement de la paix et de la sécurité ainsi que la mise en œuvre de tous les éléments nécessités par le processus de transition.  Il a ensuite annoncé qu’il se rendrait prochainement à Addis-Abeba pour participer à une réunion des principaux signataires de la feuille de route afin d’identifier tout manquement à la mise en œuvre.  M. Ahmed a également fait savoir qu’une réunion des dirigeants des clans somaliens était actuellement en cours pour discuter de la sélection des 825 représentants qui ratifieront la constitution.  La Somalie a également l’intention de préparer la voie pour la sélection d’un parlement national qui procédera à la sélection du nouveau président du Gouvernement d’unité nationale.  Il a ajouté que le processus de réconciliation entre le Gouvernement et les populations du nord est en cours.  La Somalie, a affirmé M. Ahmed, est au seuil d’une nouvelle étape.


Le Président somalien a ensuite souligné la nécessité de déployer davantage d’efforts pour renforcer les institutions du pays, en estimant que l’étape actuelle dans laquelle se trouve le pays y était propice.  Outre la défaite essuyée par Al-Qaida en Somalie, il est essentiel que la Somalie devienne un lieu sûr, libérée du chaos et de la violence afin de relancer le processus de renforcement des infrastructures et des institutions, a-t-il insisté.  M. Ahmed a ensuite demandé au Conseil de sécurité de renforcer le travail de l’assemblée constituante en veillant, notamment, à son bon financement.  Il l’a également appelé à encourager la réconciliation, à s’opposer fermement à ceux qui entravent l’établissement de la paix en Somalie, à appuyer la mise en place d’une armée somalienne, et à renforcer le rôle de la sécurité nationale en autorisant notamment la formation de forces de police.  Le Président a aussi demandé la création d’un plan complet de lutte contre le terrorisme en Somalie.  Évoquant ensuite le problème de la piraterie, il a prié instamment le Conseil de sécurité à autoriser la Somalie à importer les armes nécessaires à ses services de sécurité et à lever l’embargo sur les armes.


Les organisations internationales doivent être invitées à participer à la reconstruction de la Somalie, a poursuivi le Président, en précisant que les effectifs de l’AMISOM doivent être augmentés et qu’il importe aussi d’appuyer financièrement les administrations locales qui ont été établies dans les régions nouvellement libérée d’Al-Qaida.  M. Ahmed a également parlé de la nécessité de verser les salaires des membres actuels du Parlement.  Le Conseil de sécurité, a-t-il ajouté, est fort conscient de la détérioration de la situation en Somalie et c’est pourquoi, il doit s’acquitter de ses responsabilités pour veiller à la protection des Somaliens et des libertés fondamentales.  Il a également estimé que le Comité conjoint de gestion financière devait établir des objectifs clairs et adhérer au calendrier qui lui a été imposé afin de respecter la souveraineté nationale.  Avant de conclure, il a salué la tenue prochaine de la deuxième Conférence d’Istanbul.


M. AUGUSTINE MAHIGA, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie, a affirmé que « nous entrons dans la phase la plus critique de la fin de la transition en Somalie » prévue en août 2012.  Des avancées considérables ont été obtenues dans la préparation de cette échéance, a-t-il dit, en précisant notamment que des mesures importantes avaient été prises dans le processus d’élaboration de la constitution.  Il a expliqué que le projet de constitution serait présenté à une assemblée nationale constituante en vue de son adoption provisoire, un peu plus tard au cours de ce mois.  À Mogadiscio, 135 dirigeants traditionnels se sont réunis pour élire 825 membres de l’assemblée constituante, conformément à l’application de la formule « 4,5 » pour la représentation des clans.  En l’absence d’élections directes, les dirigeants traditionnels forment la base d’une légitimité pour l’assemblée constituante, a-t-il dit.


Le Représentant spécial a souligné que l’ouverture politique et la réconciliation nationale constituaient les deux piliers de la feuille de route qui se prolongera au-delà du mois d’août 2012.  L’intégration récente de nouvelles zones qui étaient aux mains du groupe Al-Chabab demeure la priorité de l’ouverture politique et de la réconciliation nationale, tandis que le Gouvernement fédéral de transition continue à placer d’autres territoires sous son contrôle.  La récupération de nouveaux territoires doit être accompagnée, a-t-il dit, de la fourniture de services sociaux de base, d’infrastructures, de services économiques et de l’instauration de l’état de droit dans le cadre des dividendes de la paix.


En matière de sécurité, la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) dispose désormais d’une assise plus sûre et plus prévisible grâce à l’adoption et à la mise en œuvre de la résolution 2036 (2012) du Conseil de sécurité, ce qui, a-t-il ajouté, devrait lui permettre de se projeter avec une plus grande efficacité dans de nouveaux secteurs d’opération.


Sur le plan humanitaire, la situation reste fragile, a également fait observer M. Mahiga.  Si une aide appropriée a été fournie rapidement pour mettre un terme aux conditions de famine dans le pays, il n’en demeure pas moins que les gains réalisés sont fragiles et peuvent être annulés sans une assistance continue, a-t-il dit.  M. Mahiga s’est en outre dit profondément préoccupé par le fait que l’appel global aux contributions n’ait été honoré que partiellement.


Dans les efforts visant à réaliser la feuille de route, de nombreux défis persistent, a fait remarquer le Représentant spécial, en citant un calendrier serré et le manque de ressources.  Beaucoup reste à faire, a—t-il estimé, en se disant préoccupé par le manque de financement de la mise en œuvre de la feuille de route pour les trois derniers mois.  Les menaces posées au processus de paix par des agissements de sabotage sont réelles, a-t-il assuré, en mettant l’accent sur la nécessité de s’y attaquer avant qu’ils ne sapent le processus de paix.


En conclusion, M. Mahiga a mis l’accent sur la nécessité d’apporter à temps un appui logistique et financier afin de réaliser la mise en œuvre de la feuille de route avant le mois d’août, tout en renforçant la coopération et la coordination internationales.  Il s’est félicité, à cet égard, de l’initiative prise par la Turquie, en partenariat avec les Nations Unies, d’organiser au début du mois prochain la deuxième Conférence internationale d’Istanbul, laquelle, a-t-il dit, apportera un nouvel élan et attirera l’attention sur la feuille de route et la fin de la transition en Somalie.


M. PHILIP PARHAM (Royaume-Uni) a estimé que l’appui au processus politique en Somalie devrait être la première des priorités et a appelé à convoquer « le plus rapidement possible » l’assemblée constituante.  Le représentant a indiqué que le Royaume-Uni avait versé un million de livres sterling à l’ONU pour appuyer le processus.  Il a estimé nécessaire d’inciter au progrès et de se tenir prêt à agir contre toute personne qui saperait ou bloquerait le processus.  Il s’est félicité à cet égard des engagements pris pour faire obstacle à ceux qui cherchent à faire dérailler le processus en cours.  Cela dit, a-t-il commenté, le fait de ne pas être d’accord avec le processus ne signifie pas que l’on cherche à le faire échouer.  C’est pourquoi, il est essentiel, a-t-il insisté, que le processus soit le plus transparent possible et que les noms des membres de l’assemblée constituante soient rendus publics.


Outre la fin de la transition, la communauté internationale doit continuer à renforcer la sécurité et la stabilité en Somalie, a estimé le représentant, en soulignant la nécessité d’appuyer davantage l’AMISOM.  La Mission, a-t-il observé, a besoin de forces de sécurité nationales solides à qui transmettre le relais.  Le représentant du Royaume-Uni a également mis l’accent sur l’importance de veiller à l’accès à la justice de la population.


Mme SUSAN RICE (États-Unis) a affirmé que la Somalie se trouvait aujourd’hui à un tournant historique.  Mais les défis à relever sont redoutables, a-t-elle ajouté.  Des signes sont encourageants et prometteurs pour le pays et la population, a-t-elle dit, en notant qu’ils disposaient pour la première fois d’un plan qui fonctionne.  Elle s’est félicitée de la bonne marche de l’élaboration de la constitution, de même que de l’amélioration de la situation sécuritaire.  Elle a en revanche souligné que la situation humanitaire demeurait fragile.  Les États-Unis se félicitent de la tenue prochaine de la deuxième Conférence d’Istanbul sur la Somalie, laquelle, a-t-elle dit, permettra d’achever dans les délais la période de transition. 


L’approbation d’une constitution intérimaire par une assemblée constituante sera le début et non la fin d’un processus, a-t-elle fait observer.  Le groupe Al-Chabab reste une grande menace pour la stabilité de la Somalie, a-t-elle affirmé, en faisant état de différentes attaques terroristes récentes.  Elle a ainsi mis l’accent sur la nécessité de renforcer la sécurité et d’empêcher ce groupe d’opérer dans les zones stabilisées.  Il faut continuer de mettre la pression sur le groupe Al-Chabab, a-t-elle insisté, en soulignant également l’importance de lutter contre la piraterie.  Les États-Unis, a-t-elle dit, appuient ainsi sans réserve le Groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes.  Par ailleurs, rappelant l’aide fournie par son pays dans ce domaine, elle a estimé que la communauté internationale devait faire plus pour fournir une assistance immédiate aux réfugiés, aux personnes déplacées et à toutes les personnes touchées par le conflit.


M. DOCTOR MASHABANE (Afrique du Sud) s’est félicité des progrès notables réalisés par le Gouvernement fédéral de transition en matière de mise en œuvre de la feuille de route.  Les décisions adoptées lors des Conférences de Garowe I et II doivent notamment guider le processus d’achèvement de la transition, a-t-il estimé.  M. Mashabane a insisté sur l’importance de veiller à la transparence et à la représentativité de l’assemblée constituante, en ajoutant que celle-ci devait également compter le pourcentage agréé de femmes.  Le représentant a ensuite engagé le leadership politique somalien à mettre ses différends de côté pour le bien du pays.  À l’instar du Secrétaire général, M. Mashabane s’est par ailleurs inquiété à la perspective que les 12 millions de dollars qui manquent à la mise en œuvre des aspects clefs de la feuille de route ne mettent en péril les progrès réalisés jusqu’à présent.


Poursuivant son intervention, le représentant de l’Afrique du Sud a pris note des progrès notables réalisés par Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) dans le domaine de la sécurité et a appelé la communauté internationale à poursuivre son appui pour lui permettre de s’acquitter efficacement de son mandat.  Il a estimé que le renforcement de la Force nationale de sécurité somalienne devait demeurer un objectif important de la communauté internationale, s’inquiétant plus particulièrement du fait que la création d’une police et d’une armée somaliennes était entravée par des capacités limitées à payer et à équiper des troupes opérationnelles. 


M. Mashabane a aussi parlé de la nécessité de stabiliser la livraison de l’aide humanitaire dans les régions prises au groupe Al-Chabab.  Le financement du Plan de stabilisation et de redressement de Mogadiscio doit donc demeurer une priorité et il importe également d’investir dans le secteur privé somalien, ainsi que dans les infrastructures routières, énergétiques et en eau du pays, a-t-il notamment estimé.  À cet égard, il s’est félicité de la tenue prochaine de la deuxième Conférence d’Istanbul.  M. Mashabane a par ailleurs annoncé que l’Afrique du Sud avait signé avec la Somalie, le 13 mars dernier, un accord sur l’établissement de relations diplomatiques et que son pays avait également l’intention de verser 100 millions de rands pour le renforcement des capacités de la Somalie.


M. GÉRARD ARAUD (France) a relevé que les accords de Kampala du 9 juin 2011, la feuille de route de Mogadiscio du 6 septembre 2011, le renforcement de l’appui à l’AMISOM décidé en septembre 2011, ou encore la reconfiguration complète de la mission décidée en février dernier par le Conseil de sécurité, ont été autant d’étapes déterminantes vers l’objectif de stabilisation politique et sécuritaire de la Somalie.  Il a noté le « soutien inédit » de la communauté internationale à l’égard de la Somalie, tout en faisant observer qu’il y avait de « fortes attentes » à l’égard des responsables politiques somaliens.  « Sur le plan politique, nous sommes inquiets », a poursuivi M. Araud, en relevant que trois des quatre grands axes de la feuille de route aient été mis de côté pour se concentrer sur l’adoption d’une constitution et sur la réforme des institutions actuelles.  L’Ambassadeur a regretté que, même dans ce seul domaine, le processus politique accuse aujourd’hui un retard de plusieurs semaines.  Ces retards ne doivent pas conduire à la résignation mais à un « sursaut », a-t-il souhaité, en invitant à faire au plus vite pour désigner les membres d’une assemblée constituante et finaliser le texte du projet de constitution.  Il a averti que ceux qui continueront à saper le processus politique s’exposeront à des sanctions des États de la région, voire des Nations Unies.


Sur le plan sécuritaire, beaucoup reste à faire, a prévenu M. Araud, tout en reconnaissant que les progrès sont considérables.  Grâce aux efforts des soldats de l’AMISOM, a-t-il noté, Al-Chabab perd désormais du terrain, et la vie a repris dans la capitale somalienne.  Le représentant de la France s’est félicité que l’AMISOM, grâce à l’adoption de la résolution 2036, va enfin disposer de capacités aéroportées et ses effectifs vont être sensiblement renforcés.  Il a salué non seulement le soutien accru de l’ONU mais aussi celui de l’Union européenne qui finance depuis plusieurs années l’intégralité des soldes des troupes de l’AMISOM, à hauteur de 200 millions de dollars par an.  M. Araud a également souligné la nécessité de former les forces nationales somaliennes, comme l’Union européenne s’y est déjà engagée.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a mis l’accent sur la nécessité pour le Gouvernement fédéral de transition de mettre en œuvre la feuille de route sur la base des Principes de Garowe.  Il a également souligné l’importance de fournir une assistance internationale qui aille de pair avec les résultats tangibles du processus de paix.  Il s’est dit convaincu que l’AMISOM reste la clef de la réussite de la lutte contre les terroristes.  Le représentant de la Fédération de Russie a espéré que la prochaine Conférence internationale d’Istanbul contribuera au succès de la fin de la transition et permettra de donner un élan au développement économique du pays.


L’Ambassadeur Churkin a plaidé en faveur d’une action coordonnée en mer et sur terre dans le cadre d’une stratégie globale pour lutter efficacement contre la piraterie au large des côtes de la Somalie.  La Fédération de Russie, a-t-il poursuivi, continuera d’apporter un appui intégré à la Somalie et d’assurer une participation active aux efforts de la communauté internationale en vue de régler la situation dans le pays.


M. PETER WITTIG (Allemagne) a insisté sur la nécessité de mettre en œuvre la feuille de route, estimant qu’une autre prorogation n’était pas envisageable et se ferait de surcroît contre l’intérêt de la population somalienne.  Il s’est félicité du fait que le processus de sélection de membres de l’assemblée constituante soit en cours.  Le représentant s’est en revanche inquiété des luttes intestines au sein des institutions fédérales de transition.  L’impasse dans laquelle se trouve actuellement le Parlement fédéral de transition est particulièrement troublante, a-t-il fait remarquer.  « Il n’y a pas de solution au conflit sans une ferme volonté politique et c’est pourquoi, ma délégation ne peut accepter que ce soit l’engagement international qui fait défaut ».  


Le représentant a observé à cet égard que de nombreuses tâches qui ne nécessitent aucun financement demeurent inachevées et a averti que les appuis à venir dépendraient des résultats obtenus.  On ne peut accepter des appels pour plus lorsqu’il n’y a pas de progrès considérables, a-t-il affirmé.  Le représentant a ensuite rappelé l’engagement manifesté par le Conseil de sécurité à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), en estimant que sans elle, « nous se serions pas arrivés au stade où nous sommes aujourd’hui ».  Il a ensuite engagé les autorités fédérales de transition à établir une structure de « commandement et de contrôle » opérationnelle, tout en se disant convaincu que les forces somaliennes devraient devenir moins dépendantes de l’AMISOM.  Abordant ensuite la question de la piraterie, M. Wittig a annoncé que l’Union européenne lancerait prochainement une mission supplémentaire destinée à renforcer la sécurité maritime des pays de la région et à les aider à mettre sur pied leur cadre juridique.  Il a précisé que les garde-côtes de la Somalie recevraient une formation spéciale pour enrayer les activités des pirates.


M. KODJO MENAN (Togo) a estimé que l’engagement de la communauté internationale en faveur de la paix et de la consolidation des institutions en Somalie, depuis le précédent rapport, autorisait d’être optimiste sur l’avenir du pays, au vu des avancées qui ont été réalisées, même si des progrès restent encore à faire.  Il a en particulier salué la mise en place à Mogadiscio des comités de sécurité de district et du plan d’action visant à prévenir le recrutement des enfants soldats, ainsi que l’adoption de la politique nationale pour la réconciliation et la stabilisation dans les zones nouvellement libérées, ainsi que la création du Comité national pour promouvoir la réconciliation nationale et rétablir l’ordre public et la justice dans ces zones.


Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité de ne pas perdre de vue le fait que c’est aux Somaliens qu’il incombe, au premier chef, d’assurer la sécurité dans le pays.  Il a ainsi estimé qu’il était urgent de réaliser, dans les meilleurs délais, l’autonomisation du secteur sécuritaire.  Cette autonomisation, a-t-il précisé, devrait passer par une planification et une orientation stratégiques, la formation, l’équipement des forces militaires et de police, la modernisation de la justice et du système pénitentiaire, ainsi que la mise en place d’un programme de désarmement, de mobilisation et de réintégration des combattants ayant quitté les groupes rebelles somaliens.


M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) s’est félicité des progrès réalisés sur les plans politique et sécuritaire en Somalie, en citant plus particulièrement la formation en cours de l’assemblée constituante.  Il a cependant constaté que la situation du pays demeurait « fragile et réversible », notamment à cause des attaques perpétrées par le groupe Al-Chabab dans le nord du pays.  Il a appelé au renforcement des capacités sécuritaires de la Somalie, ainsi qu’au respect de son intégrité territoriale.  Le représentant a ensuite engagé toutes les parties à intensifier leurs efforts pour veiller à l’achèvement de la rédaction de la nouvelle constitution et à la tenue d’élections.  La Somalie se trouve à un stade crucial et les Somaliens sont appelés à transcender leurs divergences et à mettre la stabilité du pays au-dessus de leurs intérêts personnels, a-t-il souligné.  Le représentant a par ailleurs fait observer que la Somalie devait beaucoup à l’ONU pour les progrès réalisés à ce jour.  Il a salué les progrès accomplis par la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), en estimant que la communauté internationale devrait s’engager davantage pour préserver les acquis.


M. NÉSTOR OSORIO (Colombie), relevant la fragilité de la situation en Somalie, a invité à redoubler d’efforts en vue de consolider les progrès accomplis sur différents fronts et de jeter les bases de la paix et de la stabilité.  Bien que la situation se soit améliorée sur le plan sécuritaire, notamment à Mogadiscio, la situation reste instable, a-t-il noté.  Le représentant a émis la crainte que les attaques terroristes d’Al-Chabab constituent une grave menace pour les institutions fédérales de transition, les forces de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et le processus politique.  C’est pourquoi, M. Osorio a jugé qu’il était crucial d’utiliser les mécanismes créés par l’ONU contre ceux qui cherchent à saboter le processus de paix et de réconciliation en Somalie, notamment en appliquant les sanctions prévues.


M. Osorio a mis l’accent sur la contribution importante de l’AMISOM dans la poursuite des objectifs de paix en Somalie.  Il a souligné qu’il était indispensable de continuer à répondre aux besoins de la Mission en termes de personnel, d’assistance technique et de financement des troupes, grâce au Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies à l’appui de l’AMISOM.  M. Osorio a également souhaité que les moyens techniques et financiers nécessaires soient mis à la disposition du Gouvernement fédéral de transition.  Il s’est dit favorable à des initiatives plus larges de renforcement des capacités nationales pour résoudre le problème de piraterie en Somalie.  Si le Gouvernement fédéral de transition a la responsabilité première de rétablir la sécurité et l’état de droit, la communauté internationale doit continuer à prêter main forte au renforcement des capacités nationales, a-t-il estimé.


M. JOÃO MARIA CABRAL (Portugal), qui s’est félicité des progrès réalisés dans la mise en œuvre de la feuille de route de Kampala, s’est néanmoins dit préoccupé par les retards enregistrés dans l’accomplissement de quelques tâches cruciales ainsi que par l’impact négatif de l’impasse de longue durée au sein du Parlement fédéral de transition.  Il est essentiel pour les autorités fédérales de transition de mettre en œuvre les Principes de Garowe, a-t-il dit.  Le représentant a par ailleurs rappelé l’importance d’une assistance humanitaire continue en Somalie.  Il s’est notamment inquiété de l’appauvrissement de la population, qui, avec le conflit et la sécheresse persistante, contribue largement à accroître le nombre des réfugiés.  Le représentant s’est également déclaré préoccupé par les activités de piraterie au large des côtes de la Somalie, en précisant que leurs causes résidaient dans le conflit qui ravage le pays et dans l’appauvrissement de la population, en particulier des communautés côtières.


M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a estimé que les prochains mois pourraient représenter un tournant pour la Somalie et, dès lors, pour toute la corne de l’Afrique.  La priorité est maintenant d’achever la rédaction du projet de constitution qui constituera un point de départ pour la réconciliation nationale, a-t-il dit.  Le représentant a également estimé que l’élection des membres de l’assemblée constituante et du nouveau parlement était très importante, tout en insistant sur la nécessité d’assurer la meilleure représentation possible.  Il est aussi important que la période de transition s’achève le 20 août, a dit le représentant.  Le processus de transition doit être dirigé par les Somaliens, avec le soutien de la communauté internationale et, en particulier, du Conseil de sécurité, a insisté le représentant.  En ce qui concerne la stratégie en matière de sécurité, M. Rosenthal a souhaité qu’elle soit étendue à tout le pays avec la coopération de l’AMISOM.  Le représentant a aussi demandé au Conseil de sécurité de soutenir les efforts menés par la Somalie pour combattre la piraterie.  Avant de conclure, il s’est dit très préoccupé par la situation humanitaire et a appelé à fournir l’assistance nécessaire aux femmes et aux enfants.


M. MANJEEV SINGH PURI (Inde) a estimé que nonobstant les « attaques spectaculaires » perpétrées par le groupe Al-Chabab, les acquis en matière de sécurité avaient facilité le redressement économique.  Il a fait observer que le groupe Al-Chabab continuait de poser une menace notable à la paix et à la sécurité du pays et a insisté sur la nécessité d’accélérer la stabilisation et la réconciliation des régions libérées.  Il a appelé à l’interdiction du commerce du charbon, dans le respect de la résolution 2036 du Conseil de sécurité.  Le représentant a également estimé nécessaire de continuer d’appuyer la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et a annoncé que l’Inde lui verserait, cette année, une contribution d’un million de dollars.


Les progrès dans le domaine de la sécurité doivent correspondre aux progrès réalisés sur le plan politique, a poursuivi M. Puri, qui a mis l’accent sur la mise en œuvre des décisions adoptées lors des Conférences de Garowe I et II.  Il a également souligné l’importance de prendre en considération le système social traditionnel et d’intégrer les autorités régionales au sein du système fédéral.  Le représentant a ensuite fait remarquer que malgré les efforts déployés, les actes de piraterie avaient augmenté de 65% en 2011.  Il a appelé la communauté internationale à adopter une stratégie complète de lutte contre la piraterie qui prenne également en compte les conditions « inhumaines » dans lesquelles sont détenus les otages.


M. WANG MIN (Chine) a constaté que le processus de paix en Somalie se trouvait à une étape cruciale.  Il continue cependant de se heurter à de nombreuses difficultés, a-t-il fait remarquer, en attirant notamment l’attention sur une situation humanitaire précaire.  Le représentant a mis l’accent sur la nécessité de réaliser la réconciliation et, de manière plus générale, d’appliquer la feuille de route.  La communauté internationale doit, a ajouté le représentant de la Chine, continuer d’appuyer les efforts des Nations Unies, de l’Union africaine et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), ainsi que ceux du Gouvernement fédéral de transition en vue de renforcer ses capacités.  Il a également souligné l’importance de la tenue prochaine de la deuxième Conférence internationale d’Istanbul.


M. RAZA BASHIR TARAR (Pakistan) a constaté qu’un consensus politique parmi toutes les parties prenantes somaliennes était nécessaire pour assurer l’avènement d’une nouvelle ère pour le pays, en estimant par ailleurs qu’on ne pouvait sous-estimer la complexité du fédéralisme, de la codification des traditions religieuses et tribales ou encore de la formation de l’assemblée constituante.  Il a engagé les parties prenantes somaliennes à mettre de côté leurs différends.  Le représentant a également fait observer que les acquis politiques réalisés demeureraient fragiles tant que la situation sur le plan sécuritaire ne serait pas améliorée.  Il estimé que la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) avait un rôle essentiel à jouer en la matière.  Évoquant ensuite le manque de ressources qui entrave le processus d’intégration des Forces armées de la Somalie, M. Tarar a souhaité que la question des ressources jouisse de la pleine attention du Conseil de sécurité.  Il est important de faire face aux causes sous-jacentes de la piraterie, notamment la crise économique, le chômage et la dégradation des zones côtières, a-t-il dit avant de conclure.


M. AGHSIN MEHDIYEV (Azerbaïdjan) a souligné la nécessité d’un engagement fort du Conseil de sécurité et, plus largement, de la communauté internationale, en faveur de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’indépendance politique et de l’unité de la Somalie.  Il s’est félicité des progrès accomplis sur les fronts politique et sécuritaire en Somalie au cours de ces derniers mois.  Ces progrès, a-t-il dit, confirment l’engagement du Gouvernement fédéral de transition dans la mise en œuvre de la feuille de route.  Par ailleurs, le représentant a estimé que la situation humanitaire exigeait une attention continue.  Il a ainsi mis l’accent sur l’importance d’assurer un appui durable à la Somalie à cet égard et de redoubler d’efforts en vue de trouver des solutions à long terme pour les personnes déplacées.


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