14/05/2012
Conseil de sécurité
CS/10646

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Conseil de sécurité

6769e séance – après-midi


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

SE FÉLICITE DU BON DÉROULEMENT DES ÉLECTIONS SERBES AU KOSOVO


Le Représentant spécial du Secrétaire général au Kosovo s’est félicité, cet après-midi, devant les membres du Conseil de sécurité, du bon déroulement, le 6 mai, des élections générales et présidentielle serbes au Kosovo, en s’inquiétant cependant de la persistance d’actes criminels dans les zones ethniquement mixtes.  Cette réunion était organisée en présence du Ministre des affaires étrangères de la Serbie, M. Vuk Jeremić, et d’Enver Hoxhaj du Kosovo.


« Le succès de l’opération de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) démontre la gestion efficace, par la communauté internationale, d’une question sensible », a notamment affirmé M. Farid Zarif, qui dirige également la Mission d’administration intérimaire au Kosovo (MINUK), en présentant le rapport périodique du Secrétaire général.


Il s’est dit toutefois très préoccupé par les incidents liés à la sécurité et par les actes criminels graves qui se sont produits dans les zones ethniquement mixtes, en particulier dans le nord du Kosovo. 


« La fréquence de ce type d’incidents est bien la preuve qu’il n’y a pas de stabilité, a-t-il affirmé, avant de condamner la rhétorique politique « incendiaire et opportuniste » à laquelle recourent les responsables politiques locaux.  Ces comportements constituent, a-t-il déploré, un obstacle aux efforts entrepris pour réaliser des objectifs bien plus sérieux.


La formation d’un nouveau gouvernement en Serbie et l’absence d’élections générales au Kosovo au cours des 18 prochains mois, a-t-il espéré, devraient encourager un engagement politique plus favorable.


De son côté, M. Enver Hoxhaj, du Kosovo, a attiré l’attention sur le fait que la Serbie n’avait pas cherché à organiser d’élections locales dans les trois municipalités du nord du Kosovo.  C’est un bon signe, a-t-il estimé, car la Serbie commence à accepter la réalité d’un Kosovo indépendant.


Il s’est en revanche inquiété du maintien, par la Serbie, de « structures illégales de police » dans les trois municipalités du nord du Kosovo, en accusant notamment ce pays de chercher à créer les conditions propices à une partition territoriale.  « La stabilité du Kosovo dans son ensemble et de l’architecture sécuritaire dans la région dépend de la situation dans le nord du Kosovo », a-t-il souligné. 


Le Ministre serbe des affaires étrangères et M. Hoxhaj ont, par ailleurs, commenté le dialogue technique facilité par l’Union européenne entre Belgrade et Pristina, qui porte notamment, comme l’a précisé M. Jeremić, sur la question sensible de la représentation et de la coopération régionales.


M. Hoxhaj s’est félicité, quant à lui, de la signature, le 24 février, d’un accord qui permet dorénavant au Kosovo d’être représenté à des réunions régionales.  Il a cependant averti que la crédibilité de l’ensemble du processus de dialogue était remise en cause du fait de l’absence de mise en œuvre par la Serbie, en citant notamment la persistance de barrages routiers dans les municipalités du nord du Kosovo et l’arrestation systématique de citoyens kosovars par les autorités serbes.


La Serbie, a tenu à affirmer M. Jeremić, est pleinement engagée dans le processus de dialogue avec Pristina.  Les désaccords portant sur le statut ne doivent pas constituer un frein à la résolution des autres questions pratiques, a-t-il insisté, avant d’insister sur la nécessité de « mener des pourparlers de bonne foi ».


Le Chef de la diplomatie serbe a par ailleurs dénoncé l’acquittement, le 2 mai, de Fatmir Limaj, ancien responsable de l’Armée de libération du Kosovo (ALK) pour des crimes de guerre commis en 1999.  Ce verdict, a-t-il fait savoir, a choqué l’opinion publique serbe.


Le référendum organisé, au mois de février, par deux municipalités dans le nord du Kosovo en dehors du cadre de la résolution 1244 (1999) a également été commenté par plusieurs délégations.


Le représentant de la Fédération de Russie a déclaré que ce référendum traduisait « le désespoir des Serbes du Kosovo qui ne ressentent pas l’appui des organisations internationales ».  Il est important, a-t-il ajouté, que les autorités du Kosovo ne tentent pas de recourir à la force pour prendre le contrôle de municipalités serbes. 


Le Représentant spécial a fait savoir, quant à lui, qu’il menait actuellement un processus consultatif visant à promouvoir une représentation locale plus légitime et viable.


Les allégations de trafic d’organes ont aussi été soulevées à plusieurs reprises par les délégations dont nombre se sont félicitées de l’adoption, par le Parlement albanais, d’une loi visant à garantir la pleine coopération entre l’Albanie et la Mission état de droit, menée par l'Union européenne au Kosovo (EULEX), pour enquêter sur ces allégations.


Cette loi donne à la Mission EULEX les mêmes pouvoirs que ceux octroyés au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), y compris la possibilité d’enregistrer un témoignage hors de la présence d’un magistrat ou d’un policier albanais, a notamment expliqué le représentant de la France.


La question de la protection du patrimoine religieux et culturel serbe a aussi suscité de nombreux commentaires, en particulier de la part de la Fédération de Russie, de même que la baisse du nombre de retours volontaires.



RÉSOLUTIONS 1160 (1998), 1199 (1998), 1203 (1998), 1239 (1999) ET 1244 (1999) DU CONSEIL DE SÉCURITÉ


Rapport du Secrétaire général sur la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) (S/2012/275)


Ce rapport rend compte des activités de la MINUK et des faits nouveaux survenus au cours de la période allant du 16 janvier au 15 avril 2012.  Il comporte en annexe le rapport sur les activités de la Mission état de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX).


Le Secrétaire général observe qu’en dépit des avancées qui ont marqué le dialogue entre Belgrade et Pristina à Bruxelles et les progrès réalisés dans leur processus d’intégration européenne respectif au cours de la période à l’examen, les tensions et les heurts sur le terrain continuent de menacer la paix et la stabilité au Kosovo et dans la région.


M. Ban Ki-moon précise que la question des élections locales, parlementaires et présidentielles serbes prévues pour le 6 mai a exacerbé les divisions et les tensions, en précisant que les vues des parties prenantes sont radicalement opposées en ce qui concerne la tenue de telles élections au Kosovo.  Il encourage toutes les parties prenantes à se consulter et à coopérer de manière constructive afin d’identifier des moyens permettant l’exercice du droit de vote au Kosovo pour ce qui est des élections présidentielle et parlementaires serbes.


Il prend par ailleurs note avec satisfaction de l’accord conclu lors du dialogue mené sous les auspices de l’Union européenne sur la question sensible de la représentation et de la coopération régionales.


Les possibilités de dialogue semblent devoir être limitées au cours des prochains mois si le calme n’est pas maintenu, en particulier si les pouvoirs publics réagissent de manière imprudente aux incidents et aux provocations sur le terrain, constate toutefois le Secrétaire général.  Il prévient que les arrestations arbitraires, la passivité face à l’intolérance et une rhétorique hautement belliqueuse ne peuvent qu’être sources de nouvelles tensions et violences.


Le Secrétaire général se déclare en outre préoccupé par la baisse continue du nombre des retours volontaires au Kosovo et regrette également la persistance de certaines résistances à l’application de mesures de protection des sites culturels et religieux serbes au Kosovo.  C’est pourquoi, il exhorte les autorités kosovares à redoubler d’efforts pour combler le fossé qui existe entre les engagements et les résultats dans ce domaine.


Déclarations


M. FARID ZARIF, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’administration intérimaire au Kosovo (MINUK), a affirmé que si certains des développements sur le terrain pendant la période à l’examen pouvaient donner satisfaction, d’autres rappelaient la fragilité et l’instabilité qui persistent encore, 13 ans après l’adoption de la résolution 1244 (1999).  Il a parlé du déroulement des élections générales et présidentielles serbes, convaincu que le succès de l’opération de l’OSCE démontre la gestion efficace, par la communauté internationale, d’une question sensible.  M. Zarif a indiqué que l’organisation de la présence institutionnelle de l’Union européenne avait été consolidée depuis le mois de février.  Il a également évoqué les élections locales organisées par deux municipalités dans le nord du Kosovo en dehors du cadre de la résolution 1244 pour faire savoir qu’il menait actuellement un processus consultatif visant à promouvoir une représentation locale plus légitime et viable.  Le Représentant spécial s’est par ailleurs félicité de ce que l’EULEX, qui n’avait pratiquement aucune liberté de mouvement dans le nord du Kosovo, ait maintenant réussi à mettre en œuvre de nouvelles stratégies de sensibilisation qui avaient déjà eu un impact sur le terrain, à l’exception de la région de Zubin Potok.  M. Zarif s’est dit cependant très préoccupé par les incidents liés à la sécurité et les actes criminels graves qui se sont produits dans les zones ethniquement mixtes, en particulier dans le nord du Kosovo.  La fréquence de ce type d’incidents pendant la période à l’examen est bien la preuve qu’il n’y a pas de stabilité, a-t-il affirmé, avant de condamner la rhétorique politique « incendiaire et opportuniste » à laquelle recourent les responsables politiques locaux.  Ces comportements constituent, a-t-il déploré, un obstacle aux efforts entrepris pour réaliser des objectifs bien plus sérieux.


Le Représentant spécial a poursuivi son intervention en insistant sur l’importance de la perspective de l’Union européenne pour la région, tout en regrettant que cette incitation soit souvent sapée par l’absence d’une unité de sens par les acteurs internationaux clefs.  Une meilleure cohésion des efforts des acteurs internationaux, et en particulier du Conseil de sécurité, pourrait faciliter une rationalisation efficace des efforts sur le terrain, a-t-il estimé.  M. Zarif a également insisté sur la nécessité de continuer de faire la lumière sur le sort des personnes disparues, de créer les conditions propices au retour volontaire, de résoudre les litiges liés à la propriété foncière et de veiller à la pleine mise en œuvre du cadre juridique destiné à assurer la protection et la conservation du patrimoine culturel et religieux.  La formation d’un nouveau gouvernement en Serbie et l’absence d’élections générales au Kosovo au cours des 18 prochains mois, a-t-il espéré, devraient encourager un engagement politique plus favorable.


M. VUK JEREMIĆ, Ministre des affaires étrangères de la Serbie, a affirmé que la MINUK était un pilier essentiel de la paix et de la stabilité au Kosovo, et que son pays appuyait son important travail et souscrivait aux propos du Secrétaire général selon lesquels les actions prises par les acteurs internationaux opérant dans le cadre des Nations Unies et de la résolution 1244 (1999) doivent être stratégiquement alignées et étroitement coordonnées.  Ceci inclut, a-t-il dit, la «reconfiguration » possible de l’EULEX, telle que mentionnée dans l’Annexe I du rapport du Secrétaire général.  Malheureusement, a-t-il ajouté, aucun détail n’est donné sur ces « changements structurels ».  Le Ministre a affirmé que depuis la dernière réunion du Conseil de sécurité sur la situation au Kosovo, Pristina avait continué de s’engager dans une campagne d’intimidation à l’égard des Serbes, relatant ainsi plusieurs incidents.  M. Jeremić a ajouté que le huitième anniversaire du pogrom contre les Serbes du Kosovo était intervenu pendant la période à l’examen.  Il a rappelé les faits qui s’étaient déroulés le 17 mars 2004, lorsque 35 églises et monastères, plusieurs datant du XIVe siècle, avaient été endommagés ou détruits, tandis que des dizaines de personnes avaient été tuées des centaines d’autres blessées.


Le Ministre a souligné que, le 6 mai dernier, s’étaient déroulées les élections présidentielle et législatives serbes dans le nord et le sud du Kosovo, conformément à la Constitution de la République de Serbie et la résolution 1244 (1999).  Remerciant le Représentant spécial du Secrétaire général et le Secrétaire général de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour avoir aidé les Serbes à exercer leur droit démocratique de vote, il a précisé que le deuxième tour aurait lieu le 20 mai.  À cet égard, il a espéré que toutes les mesures de sécurité nécessaires seraient prises.  Le Chef de la diplomatie serbe a également affirmé qu’à la fin du mois de février, un accord était intervenu au cours de la neuvième série de pourparlers du dialogue technique facilité par l’Union européenne entre les autorités de Belgrade et celles de Pristina sur la question sensible de la représentation et de la coopération régionales.  M. Jeremić a assuré que son pays était pleinement engagé dans le processus de dialogue avec Pristina.  Les désaccords portant sur le statut ne doivent pas constituer un frein à la résolution des autres questions pratiques, a-t-il dit, en estimant que beaucoup restait à faire en vue d’améliorer la vie des gens grâce à des pourparlers menés de bonne foi.


Le Ministre a, en outre, fait état d’éléments perturbants ayant troublé la bonne marche de la justice au Kosovo.  Il a par exemple cité le cas de Fatmir Limaj, ancien responsable de l’Armée de libération du Kosovo (ALK) et proche du « Premier Ministre » du Kosovo Hashim Thaçi, en rappelant que celui-ci avait été acquitté le 2 mai dernier pour des crimes de guerre commis en 1999.  Ce verdict, a-t-il dit, a choqué l’opinion publique serbe, tandis que les familles des victimes ont été scandalisées.  Il a néanmoins jugé encourageant le fait que l’EULEX ait annoncé sa décision de faire appel du jugement rendu.  Le Ministre serbe a, par ailleurs, exprimé sa gratitude à l’égard de la majorité des États Membres des Nations Unies, dont ceux siégeant au Conseil de sécurité, qui respectent la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Serbie.  Il les a appelés à continuer de s’abstenir de reconnaître toute solution à la question du Kosovo qui ne serait pas le résultat d’un accord clair entre les deux parties.  Il s’agit de la seule façon d’aboutir à un règlement négocié équitable, conformément à la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité, a poursuivi M. Jeremić, déclarant que son pays recherchait une résolution juste du conflit au Kosovo.


M. ENVER HOXHAJ, du Kosovo, a affirmé que depuis le 17 février 2008, « l’indépendance du Kosovo » avait produit paix, stabilité et sécurité pour l’ensemble de la région.  Il a indiqué que les autorités s’efforçaient de renforcer les institutions multiethniques et démocratiques du Kosovo, en évoquant plus particulièrement la création du Conseil national de lutte contre la corruption et du Conseil national pour l’intégration européenne.  Il a également évoqué l’existence d’une loi destinée à protéger le patrimoine religieux et culturel de la ville de Prizren et du village de Velika Hoca.  M. Hoxhaj a ensuite fait savoir que malgré une augmentation de 5% du PIB; le chômage demeurait une question préoccupante.  Il s’est félicité du travail réalisé par les institutions du Kosovo de concert avec la Mission EULEX de l’Union européenne sur plusieurs dossiers de crimes de guerre, de corruption et de criminalité organisée, ainsi que l’adoption, par le Parlement albanais, d’une loi destinée à garantir la pleine coopération entre l’Albanie et la Mission EULEX en matière d’enquête.


M. Hoxhaj a ensuite évoqué la situation dans le nord du Kosovo, en faisant notamment savoir que sur les 120 membres que compte le Parlement du Kosovo, 13 étaient originaires de la communauté serbe.  Un processus de décentralisation a permis à six nouvelles municipalités de voir le jour où des Serbes du Kosovo participent à l’autogouvernance dans les domaines de l’administration, de la police, de la justice, de l’éducation et de la culture.  Il a également parlé des élections du 6 mai pour indiquer, entre autres, que les bulletins de vote des Serbes du Kosovo avaient été comptés en dehors du territoire kosovar.  M. Hoxhaj a également estimé qu’il était très important de noter que la Serbie n’avait pas cherché à organiser d’élections locales dans les trois municipalités du nord.  C’est un bon signe car la Serbie commence à accepter la réalité d’un Kosovo indépendant, a-t-il soutenu.


Il s’est en revanche inquiété du maintien, par la Serbie, de structures illégales de police dans les trois municipalités du nord du Kosovo.  Il a accusé la Serbie de chercher à créer les conditions propices à un conflit enlisé et à une partition territoriale, en ajoutant qu’au vu de cette situation, il n’avait pas été possible de mettre en œuvre le plan Ahtisaari dans cette partie du Kosovo.  La stabilité du Kosovo dans son ensemble et de l’architecture sécuritaire dans la région dépend de la situation dans le nord, a-t-il souligné, avant d’exhorter la Serbie à retirer ses unités de police et de sécurité.  L’intégration des 30 000 Serbes du Kosovo dans le nord est aussi importante et doit se dérouler de la même manière que l’intégration des 100 000 autres Serbes du Kosovo dans le reste du Kosovo, a-t-il affirmé.


M. Hoxhaj a également parlé du dialogue technique entre la Serbie et le Kosovo pour faire savoir qu’en vertu d’un accord signé le 24 février, le Kosovo pourrait dorénavant participer en son nom dans les fora régionaux.  Le Kosovo et la Serbie ont également signé un accord qui prévoit d’apporter une solution européenne à la question des frontières interétatiques.  Il a cependant averti que la crédibilité de l’ensemble du processus de dialogue était remise en cause en raison de l’absence de mise en œuvre par la Serbie.  Les accords sur la liberté de mouvement ne sont que partiellement mis en œuvre à cause de la persistance de barrages routiers dans les municipalités du nord et par l’arrestation systématique de citoyens kosovars par les autorités serbes, a-t-il déploré.  Au cours des trois derniers mois, a-t-il ajouté, nous avons vu deux faces de la Serbie, la Serbie qui se comporte comme un pays pro-européen dans ses rapports avec Bruxelles et une Serbie qui se comporte de manière anti-européenne dans ses rapports avec le Kosovo.  M. Hoxhaj a ensuite annoncé que l’Union européenne avait confirmé que le Kosovo avait des perspectives européennes et que les accords conclus lors des pourparlers bilatéraux entre le Kosovo et la Serbie traçaient la voie pour que « notre pays » suive la même voie que d’autres dans la région des Balkans.


M. KODJO MENAN (Togo) a constaté que de nombreux actes avaient ternis la dynamique de dégel des relations diplomatiques entre les deux parties, notamment les arrestations de part et d’autre des fonctionnaires serbes et kosovars, les agressions sur les individus, et « surtout », l’organisation en février d’un référendum et d’élections locales par les municipalités serbes du nord du Kosovo.  Il s’est ensuite félicité de la conclusion, sous l’égide de l’Union européenne, de l’accord sur la représentation et la coopération régionales du Kosovo.  « Ma délégation, a-t-il cependant ajouté, déplore les divergences d’interprétation de la note de bas de page qui n’a pas permis aux représentants des autorités de Pristina et de Belgrade de participer aux mêmes réunions régionales. »  M. Menan a aussi parlé de la criminalité et des menaces récurrentes sur le patrimoine culturel et religieux et a encouragé les autorités kosovares à prendre les mesures nécessaires pour protéger ce patrimoine contre les vols et le vandalisme.


Le Togo, a-t-il enchainé, reste préoccupé par la question des allégations de trafic d’organes et ne peut que se féliciter de la bonne volonté manifestée par les autorités albanaises de coopérer pleinement avec le procureur principal de l’Équipe spéciale d’investigation de la Mission état de droit menée par l’Union européenne au Kosovo (EULEX).  Il a ensuite averti que les signaux positifs et les avancées constatées risquent à tout moment d’être remis en cause s’il n’est trouvé de règlement définitif à la question du statut du Kosovo.  Il a notamment évoqué la persistance des violences interethniques ainsi que le « refus d’une cohabitation pacifique », pour ensuite inviter les parties à poursuivre le dialogue.  Le représentant a néanmoins vu dans la tenue, « dans le calme et la sérénité » le 6 mai dernier, du premier tour des élections générales serbes au nord du Kosovo, la manifestation de la volonté des autorités serbes et kosovares de trouver des solutions à leurs divergences par le dialogue.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a affirmé que la position de son pays par rapport à la déclaration d’indépendance du Kosovo restait inchangée.  Il a mis l’accent sur la nécessité de contenir les dangereuses ambitions de Pristina.  Il est important, a-t-il ajouté, qu’aucune tentative ne soit faite de la part des autorités du Kosovo pour employer la force en vue de prendre le contrôle de municipalités serbes.  Le référendum qui a eu lieu en février dernier sur la légitimité des autorités kosovares est l’expression du désespoir des populations serbes qui ne ressentent pas l’appui des organisations internationales, a-t-il dit.


Le représentant de la Fédération de Russie s’est félicité des réunions de coordination, menées sous l’égide de la MINUK, visant à régler les questions de sécurité.  Il s’est par ailleurs déclaré en faveur d’une enquête sur les crimes commis au Kosovo, en particulier concernant la question du trafic d’organes humains.  Il s’est dit toutefois préoccupé par la lenteur des enquêtes réalisées par la Mission EULEX.  Tous les coupables doivent rendre des comptes, et les enquêtes doivent être menées de façon impartiale, a-t-il insisté.  De même, a-t-il estimé, toute présence internationale doit accorder une importance particulière à la protection des lieux saints et des personnes de confession orthodoxe. 


M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) s’est déclaré préoccupé par le fait que la situation sécuritaire dans le nord du Kosovo demeurait fragile.  Il s’est félicité de la poursuite du dialogue sous l’égide de l’Union européenne, estimant par ailleurs que la mise en œuvre du Protocol technique sur la gestion intégrée des points de passage permettrait de répondre à la situation dans le nord.  Il a estimé que la tenue, les 14 et 15 février, d’un référendum dans le nord du Kosovo avait été contre productive.  Le représentant a par ailleurs engagé les autorités kosovares à veiller à la protection de tous les segments de la société, les minorités notamment, ainsi qu’à la protection des sites culturels et religieux.  Il a également réclamé une plus grande coopération entre les parties pour résoudre les cas de personnes disparues.


M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a regretté que la situation sécuritaire au Kosovo ne se soit pas améliorée et ait même connu une régression, faisant ainsi courir le risque de déstabiliser la région des Balkans.  Le représentant a constaté que les positions entre Belgrade et Pristina demeuraient divergentes sur de nombreuses questions fondamentales.  Il s’est réjoui, néanmoins, des progrès réalisés au cours des pourparlers qui se sont tenus entre la Serbie et l’Union européenne ayant abouti à octroyer à la Serbie le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne.


M. Loulichki s’est aussi dit préoccupé par les allégations de trafic d’organes humains et a rappelé qu’il était important que toute la lumière soit faite au sujet de ces graves allégations.  Le Maroc, a-t-il dit, invite la Serbie et le Kosovo à coopérer entre eux et, avec l’aide de la communauté internationale, en vue de trouver une solution définitive à leur différend dans le respect de la légalité internationale. 


M. DOCTOR MASHABANE (Afrique du Sud) a noté la conclusion, le 24 février à Bruxelles, d’un accord sur la représentation et la coopération régionales du Kosovo.  Il a constaté que malgré certaines évolutions positives, les tensions entre les parties persistaient.  Il les a exhortées à avoir recours à des contacts directs afin de renforcer la confiance et de résoudre les questions en suspens.  Notant les arrestations arbitraires perpétrées par les deux parties, il les a également engagées à faire preuve de retenue et à s’abstenir de tout acte susceptible de saper la confiance. 


Le représentant a regretté par ailleurs que le processus des retours volontaires ait ralenti depuis l’an dernier.  Il s’est dit également très préoccupé par la résistance manifestée à l’égard de toute mesure législative visant à protéger les sites culturels et religieux du Kosovo.  Il a notamment engagé Pristina à renforcer la sécurité autour de ces sites.  M. Mashabane a aussi souhaité qu’une enquête crédible, complète et impartiale soit menée pour déterminer ou non s’il y a eu trafic d’organes.


M. NÉSTOR OSORIO (Colombie) a affirmé que son pays était conscient du rôle de soutien joué par la MINUK.  La perspective régionale est la clef pour résoudre les différends, a-t-il dit, en saluant, à cet égard, les efforts entrepris par l’Union européenne pour rapprocher Belgrade et Pristina, ainsi que l’engagement de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).  Le représentant de la Colombie s’est également félicité de l’accord conclu par les autorités de Belgrade et de Pristina concernant la représentation et la coopération régionales grâce à la facilitation de l’Union européenne, et a demandé aux parties de poursuivre le dialogue et de jeter les bases d’une concertation pacifique.  


M. MICHAEL TATHAM (Royaume-Uni) a salué la poursuite du dialogue entre les autorités de Belgrade et celles de Pristina, sous l’égide de l’Union européenne.  Il s’est cependant dit préoccupé par le fait que la Serbie n’avait toujours pas signé de protocole sur la gestion intégrée des frontières.  Il a également engagé les deux gouvernements à mettre en œuvre l’accord concernant la coopération régionale et à accepter la décision du pays hôte de réunions internationales de placer la note de bas de page.  Il a salué la création, au Kosovo, d’un Conseil national de lutte contre la corruption et a exhorté les autorités kosovares à s’approprier le processus de réforme dans les domaines de la justice, du respect de l’état de droit et de l’administration. 


M. Tatham s’est également félicité du bon déroulement des élections du 6 mai, au Kosovo.  L’accord de l’OSCE a démontré que Belgrade et Pristina pouvaient travailler ensemble de manière constructive, a-t-il notamment fait observer.  Évoquant ensuite la fin proche de l’indépendance supervisée, le représentant a engagé le Kosovo à se saisir de ce moment historique pour manifester son engagement continu à veiller à la pleine mise en œuvre du plan pour le règlement global, notamment en matière de respect de la culture et des droits des minorités.  Il a par ailleurs estimé que davantage d’efforts étaient nécessaires pour veiller à la fermeture des points de passage illégaux.


M. PETER WITTIG (Allemagne) a affirmé que son pays se réjouissait du déroulement calme des dernières élections serbes au Kosovo, la MINUK et l’OSCE ayant, à cet égard, joué un rôle crucial.  Les autorités kosovares ont montré qu’elles prenaient très au sérieux la protection des minorités ethniques, a-t-il assuré.  Le représentant a déploré les retards observés dans la mise en œuvre des accords du dialogue entre les autorités de Pristina et celles de Belgrade. 


L’Ambassadeur Wittig s’est néanmoins félicité des progrès réalisés concernant les personnes disparues.  Sur le plan sécuritaire, la situation dans le nord du Kosovo demeure préoccupante, a-t-il dit.  L’Allemagne, a-t-il ajouté, a condamné dans les termes les plus vifs l’attaque contre l’ambassade de l’ex-République de Macédoine, le 16 mars à Pristina.  Le représentant a également mis l’accent sur l’importance accordée par l’Allemagne de voir une enquête approfondie sur le trafic d’organes humains.  Il s’est félicité de l’adoption d’une nouvelle loi par l’Assemblée parlementaire au Kosovo sur la collaboration avec l’Équipe spéciale de la Mission EULEX chargée d’enquêter sur ces allégations.


M. VINAY KUMAR (Inde) s’est félicité de ce que le dialogue facilité par l’Union européenne ait débouché sur un accord sur la représentation régionale du Kosovo et a dit espérer que l’interprétation mutuellement exclusive des parties au sujet de la note de bas de page serait résolue.  Le représentant s’est en revanche dit profondément préoccupé par la situation sécuritaire au Kosovo et par l’augmentation du nombre de crimes prenant pour cible les communautés minoritaires, y compris les actes de vandalisme commis dans les églises orthodoxes serbes.  Il a exhorté la MINUK à continuer de mettre l’accent sur la protection des sites religieux et culturels serbes au Kosovo, compte tenu notamment de la résistance manifestée par la population albanaise du Kosovo à toute législation visant à les protéger.  Le représentant a également estimé que la MINUK devrait continuer de fournir des services d’authentification de documents afin de faciliter l’interaction entre les autorités kosovares et INTERPOL.


M. LI BAODONG (Chine) a affirmé que si la situation au Kosovo continuait d’être stable, elle demeurait toutefois très délicate.  Il a émis l’espoir que les parties concernées sauront adopter une approche prudente et s’abstiendront de toute action susceptible de compromettre un règlement.  Le représentant a exprimé l’attachement de son pays aux principes de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.  Il a appuyé les efforts menés par la MINUK et a souhaité qu’elle continue sa mission, conformément au mandat que lui a confié le Conseil de sécurité.  Le représentant s’est également déclaré très préoccupé par le trafic illicite d’organes humains, les craintes exprimées par la Serbie étant à cet égard, selon lui, justifiées. 


M. GÉRARD ARAUD (France) a tenu à saluer la retenue observée dans les déclarations et les actes à Belgrade et à Pristina et a dit espérer que cette attitude se poursuivra au-delà du 20 mai, date du second tour de l’élection présidentielle serbe.  Il a affirmé que l’octroi de candidat à la Serbie et le lancement d’une étude de faisabilité en vue d’un accord de stabilisation et d’association pour le Kosovo avaient été rendus possibles par les progrès du dialogue entre Belgrade et Pristina facilités par l’Union européenne.  Le représentant a ensuite souhaité une solution durable à la question du nord du Kosovo.  Le Premier Ministre Hashim Thaçi doit convaincre les Serbes du Kosovo que Serbes et Albanais ont un avenir commun et des intérêts partagés au nord comme au sud de l’Ibar, a-t-il rappelé.  Pour le représentant de la France, le plan Ahtisaari offre une base solide pour mettre en place une très large autonomie pour les Serbes du Nord, consolider les droits des minorités et la protection de leur patrimoine religieux.


M. Araud a par ailleurs estimé qu’une présence internationale devrait être maintenue sur le terrain tant que la situation de sécurité l’exigera, notamment au nord du Kosovo.  À l’instar du Secrétaire général, il s’est dit très préoccupé par le faible nombre de réfugiés qui ont choisi de rentrer volontairement au Kosovo.  Il a également appelé les autorités kosovares à faire toute la lumière sur les actes délictuels et criminels, notamment ceux touchant les sites religieux et culturels serbes.  Le représentant a par ailleurs indiqué qu’il faisait pleinement confiance à l’équipe spéciale de la Mission EULEX pour enquêter sur les allégations de disparitions et de trafic d’organes.  Il a ensuite salué la décision prise par le Gouvernement albanais d’adopter une loi donnant à la Mission EULEX les mêmes pouvoirs que ceux octroyés au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), y compris la possibilité d’enregistrer un témoignage hors de la présence d’un magistrat ou d’un policier albanais.


M. JOSÉ FILIPE MORAES CABRAL (Portugal) a affirmé que la volonté de compromis manifestée par les autorités serbes et du Kosovo pour l’organisation d’élections parlementaires et présidentielle serbes au Kosovo était à noter et à encourager.  Le Portugal regrette et condamne les tentatives visant à endommager et détruire le patrimoine serbe et religieux au Kosovo.  Il incombe aux autorités kosovares de protéger ce patrimoine, a-t-il rappelé.  S’agissant des enquêtes en cours, il a pris note de la volonté de coopérer de toutes les parties.  Par ailleurs, il a affirmé que son pays était fier d’avoir joué un rôle important pour approuver que la Serbie soit candidate à l’intégration européenne.


M. JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a dit espérer que le deuxième tour de l’élection présidentielle serbe serait exempt d’incidents.  La coopération fructueuse dont ont fait preuve les parties doit servir de modèle pour les relations à venir, en particulier pour résoudre la situation dans le nord du Kosovo, a-t-il estimé.  Le représentant a ensuite appelé à une normalisation des relations entre Pristina et Belgrade.  Les États-Unis, a-t-il réaffirmé, rejettent toute mesure susceptible de remettre en cause l’indépendance du Kosovo.  Il a notamment accusé la Serbie d’appuyer des structures parallèles au Kosovo et l’a exhortée à retirer ses forces de sécurité.  Le représentant a également déploré que la liberté de circulation reste entravée au Kosovo et que la Mission EULEX est souvent obligée d’avoir recours à des déplacements par voie aérienne.  Le représentant a ensuite salué la volonté manifestée par l’Albanie de coopérer avec l’enquête de la Mission EULEX.  Toute tentative de politisation de l’enquête risque de mettre en cause l’impartialité du processus, a-t-il prévenu.


M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a affirmé que les Nations Unies jouaient un rôle indispensable de garant de la stabilité et de la sécurité au Kosovo et dans la région.  Il s’est félicité de voir que les autorités de Belgrade et de Pristina progressent dans le cadre du dialogue facilité par l’Union européenne, tout en prenant néanmoins très aux sérieux les tensions sur le terrain.  Il a demandé aux parties de rechercher des solutions globales et durables conformément à la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité.  Le représentant a exhorté les autorités de Pristina et de Belgrade d’assumer la responsabilité d’apaiser les tensions.  Il a déploré également le fait qu’il subsiste des réticences de la part des autorités kosovares à protéger les sites culturels et religieux serbes au Kosovo.  Il a espéré que toute allégation portant sur le trafic d’organes humains au Kosovo fasse l’objet d’une enquête et que les coupables soient traduits en justice.


M. AGSHIN MEHDIYEV (Azerbaïdjan) s’est félicité de ce que l’Union européenne ait octroyé le statut de pays candidat à la Serbie.  Il s’est toutefois dit préoccupé par la recrudescence des tensions et les incidents sur le terrain.  Il a soutenu que la tenue, au mois de février, d’un référendum dans le nord du Kosovo n’avait engendré aucune conséquence juridique et a estimé que cette position s’appliquait à toute action unilatérale prise à l’encontre de la résolution 1244 (1999).  Il a fait observer que la question des personnes disparues continuait d’être un obstacle majeur aux efforts de réconciliation et exigeait une coopération renforcée entre les parties. 


M. Mehdiyev a par ailleurs estimé que la protection et la restauration du patrimoine religieux et culturel devrait continuer d’être une priorité de la MINUK.  Faisant référence aux allégations de trafic d’organes, il a noté que l’Équipe spéciale de la Mission EULEX poursuivait son enquête et a estimé qu’une enquête objective, juste et transparente ainsi que l’établissement de la vérité contribueraient à garantir la justice et le respect de l’état de droit.  Il a également estimé qu’aucun obstacle n’empêchait que l’on saisisse et que l’on rende compte de ce processus au Conseil de sécurité.


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