22/03/2012
Conseil de sécurité
CS/10589

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6739e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: EXPOSÉ SUR LES DÉFIS QUI SE POSENT EN SIERRA LEONE, À

QUELQUES MOIS DE LA TENUE DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLE ET PARLEMENTAIRES


Le Directeur exécutif du BINUCSIL demande que les parties respectent à la lettre

le communiqué conjoint publié par les deux principaux partis politiques le 2 avril 2009


Le défi majeur que représente la tenue des élections de novembre 2012 en Sierra Leone, l’armement des unités paramilitaires de la police, plusieurs incidents violents et le retard pris par le Gouvernement dans l’accomplissement de tâches dans certaines étapes du processus démocratique ont été les principaux sujets d’inquiétude exprimés, ce matin devant le Conseil de sécurité, par le Représentant exécutif du Secrétaire général chargé du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL).


Présentant le rapport* du Secrétaire général sur le BINUCSIL, M. Michael von der Schulenburg, de l’Allemagne, a tout d’abord rappelé les avancées spectaculaires qu’a faites la Sierra Leone au cours des 10 dernières années.  « Le pays ne serait pas là où il se trouve aujourd’hui sans la contribution des dirigeants, des chefs traditionnels, des leaders religieux musulmans et chrétiens, et des autres membres actifs de la société civile comme les femmes, les journalistes et les artistes sierra-léonais », a expliqué M. von der Schulenburg.


Le Ministre des affaires étrangères de la Sierra Leone, M. Joseph Bandabla Dauda, s’est lui aussi félicité des résultats atteints grâce aux efforts conjoints déployés par les Sierra-Léonais, les Nations Unies et la communauté internationale.  « Le Gouvernement a notamment accompli des progrès importants dans la lutte contre le chômage des jeunes, la lutte contre la corruption et la lutte contre le trafic de drogues et la criminalité organisée », a-t-il dit, ce point de vue étant ensuite validé et reconnu par M. Guillermo Rishchynski, Président de la « formation Sierra Leone » de la Commission de consolidation de la paix (CCP), qui travaille en collaboration avec le BINUCSIL.  M. Rischchynski a cependant plaidé en faveur d’une meilleure coopération régionale bénéficiant d’un appui ferme du Conseil de sécurité. 


Après la mise en œuvre réussie du processus « Vérité et réconciliation » en Sierra Leone, plusieurs institutions démocratiques indépendantes ont été créées, a indiqué M. von der Schulenburg, citant notamment la Commission électorale nationale, la Commission d’enregistrement des partis politiques et la Commission indépendante des médias.


Les élections de novembre prochain constituent un défi majeur pour le pays, a-t-il averti, soulignant « la lourde responsabilité qui pèse sur l’élite politique ».


M. von der Schulenburg a par ailleurs demandé que des explications soient fournies par les autorités sierra-léonaises concernant l’importation par le Gouvernement d’armes d’assaut, en janvier dernier, pour équiper des unités paramilitaires de la police.  Il a rappelé que la Commission Vérité et réconciliation avait conseillé de mettre fin à l’existence de toutes formes d’unités de maintien de l’ordre de type paramilitaire.


Le Représentant exécutif du Secrétaire général, qui a dirigé le BINUCSIL pendant quatre ans et dont le mandat à la tête du Bureau tire à sa fin, s’est aussi inquiété d’autres incidents récents, comme l’attaque dont a été victime le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle en septembre dernier, et celle perpétrée par des membres de l’opposition contre des biens du parti au pouvoir.  De son côté, le Ministre sierra-léonais, a assuré que le Gouvernement avait fait preuve de détermination politique en appliquant les instruments juridiques pertinents dans la poursuite des auteurs des actes de violence mentionnés.


Michael von der Schulenburg, Chef sortant du BINUCSIL, a ensuite formulé plusieurs recommandations et demandé notamment à l’opposition de dialoguer avec le Gouvernement.  Il a suggéré que des réunions aient lieu entre M. Ernest Bai Koroma, actuel Président du pays, et M. Julius Maada Bio, principal candidat de l’opposition.  À cet égard, le Ministre sierra-léonais a assuré que le Président Bai Koroma continuerait à dialoguer avec toutes les parties.


En outre, M. von der Schulenburg a demandé que les électeurs ne soient pas victimes d’intimidations.  Il a aussi suggéré que le Gouvernement clarifie différentes allégations concernant le rôle que le ministre de l’intérieur aurait joué dans plusieurs incidents violents.  Il a également appelé les parties à revenir à la lettre du communiqué conjoint publié par les deux principaux partis politiques à la date du 2 avril 2009, et en particulier à en respecter trois points essentiels.  Il a ainsi demandé la publication du rapport officieux de la Commission d’enquête Shears-Moses, qui porte sur les incidents violents de mars 2009, faisant valoir que ce rapport a été soumis au Président Bai Koroma il y a déjà deux ans.  Le Ministre sierra-léonais a indiqué à, cet égard, que le Gouvernement publierait prochainement un document ayant trait aux recommandations de la Commission.


Après que M. von der Schulenburg se soit également inquiété du retard pris dans la création d’une commission indépendante chargée de recevoir les plaintes déposées contre la police, le Ministre sierra-léonais a assuré que le Gouvernement s’employait à concrétiser ce projet.


Par ailleurs, M. von der Schulenburg a espéré que le Gouvernement adopterait des mesures d’ajustement nécessaires pour que la société nationale de radiodiffusion soit vraiment celle de tous les Sierra-Léonais.  Il a aussi demandé que soit adoptée sans retard la loi électorale révisée.  Enfin, il a plaidé pour que tous les dirigeants politiques continuent à appuyer les initiatives transversales, félicitant à cet égard l’Association des femmes de tous les partis politiques pour le travail remarquable accompli par ses membres.


Le Ministre sierra-léonais a indiqué, pour sa part, que le Gouvernement promeut la participation des femmes dans les prises de décisions.  Il a, par exemple, travaillé avec des groupes de femmes pour rédiger une loi sur l’égalité des sexes qui sera bientôt présentée au Parlement, a-t-il précisé.


Enfin, tout en soulignant la richesse des ressources naturelles de la Sierra Leone, M. von der Schulenburg a relevé que les grands investissements effectués dans l’industrie minière n’ont pas encore bénéficié à la majorité de la population.  Comparant la situation de la Sierra Leone avec celle de la République de Corée dans les années 1960, il a rappelé que cette dernière s’en était sortie en misant sur le secteur de l’éducation.  Il a donc lancé un appel aux Sierra-Léonais pour qu’ils investissent dans ce domaine.


De son côté, le Ministre sierra-léonais a renouvelé son appel à la communauté internationale pour qu’elle continue à investir dans le succès du Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide au développement, qui a eu lieu récemment à Busan, en République de Corée, en mettant notamment l’accent sur les besoins et problèmes des pays sortant de conflit.  « L’aide internationale doit tenir compte du fait que certaines causes sous-jacentes du conflit persisteront jusqu’à ce qu’un développement économique à plus long terme prenne forme », a par ailleurs prévenu M. Rishchynski.


* S/2012/160


LA SITUATION EN SIERRA LEONE


Rapport du Secrétaire général sur le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (S/2012/160)


Dix ans après la fin d’une décennie de guerre civile, la Sierra Leone a accompli des progrès considérables en matière de consolidation de la paix, tout en continuant d’être en butte à des problèmes de gouvernance et à des difficultés dans le domaine du développement, relève le Secrétaire général dans ce rapport.


M. Ban Ki-moon estime que l’élection présidentielle et les élections législatives et locales prévues en 2012 seront un test décisif pour déterminer dans quelle mesure la paix est fermement établie dans le pays.  C’est donc avec inquiétude que M. Ban note les troubles politiques qui ont éclaté récemment en Sierra Leone.  Il invite les partis politiques à s’investir dans le processus de dialogue et appelle tous les acteurs politiques, qui ont fait preuve d’une grande ténacité et d’une ferme détermination pour mettre fin à un passé douloureux, à relever le nouveau défi, ce qui consiste à consolider les libertés démocratiques dans le pays.  Le Secrétaire général continue d’espérer qu’ils reprendront le dialogue en vue de renforcer la cohésion nationale et d’assurer le déroulement pacifique des élections.


M. Ban félicite le Gouvernement sierra-léonais pour l’arrestation et la mise en accusation des personnes impliquées dans les violences politiques, quelle que soit leur appartenance politique.  Il invite les partis politiques à réaffirmer les engagements qu’ils ont pris dans le communiqué conjoint du 2 avril et à respecter le Code de conduite établi à leur intention.  La publication du rapport officieux de la Commission d’enquête Shears-Moses sur les troubles survenus en mars 2009, qui était attendue depuis longtemps, et la mise en œuvre des recommandations qu’elle a formulées, devraient contribuer à apaiser le climat politique et à rétablir la confiance entre les acteurs politiques, souligne M. Ban.


Sur le plan économique, la Sierra Leone devrait connaître une augmentation de son produit intérieur brut (PIB), grâce pour une grande part à l’exportation de ses ressources naturelles au cours des prochaines années.  Cette évolution devrait contribuer de manière directe à améliorer les moyens d’existence des Sierra-Léonais.  Ban Ki-moon salue l’action engagée par le Gouvernement pour amener les différents acteurs nationaux à s’entendre sur l’orientation stratégique à long terme du pays dans le cadre de la Conférence sur le développement et la transformation qui vient de s’achever.  Il salue aussi la décision du Gouvernement d’utiliser les futures recettes au profit de tous les Sierra-Léonais.


Les institutions démocratiques du pays, la Commission électorale nationale, la Commission d’enregistrement des partis politiques, la Commission indépendante des médias et d’autres institutions, notamment la police et l’appareil judiciaire, ont de lourdes responsabilités à assumer pour veiller à ce que les élections en 2012 soient crédibles et pacifiques, indique le Secrétaire général.


Conformément aux recommandations formulées à l’issue de l’examen périodique universel, et comme suite au communiqué conjoint du 2 avril, le Secrétaire général encourage le Gouvernement sierra-léonais à constituer sans tarder une commission indépendante chargée de recevoir les plaintes déposées contre la police, ce qui renforcerait la neutralité et le professionnalisme de ce corps de métier.  Il invite aussi les partenaires internationaux de développement de la Sierra Leone à prêter leur concours au Gouvernement à cet égard.


Le Secrétaire général souligne aussi le rôle important que doivent jouer les médias, non seulement pour sensibiliser l’opinion quant à l’importance des élections, mais aussi pour promouvoir la cohésion et l’unité nationales.  Il est indispensable que la Commission indépendante des médias, l’Association des journalistes sierra-léonais et d’autres organisations œuvrent de concert pour mettre en avant le rôle positif que les médias sont appelés à jouer avant, pendant et après les élections de 2012, relève-t-il.  À cet égard, l’action menée en vue d’améliorer le code de conduite des médias révisé revêt une importance critique, souligne Ban Ki-moon.


Le Secrétaire général remercie la Commission de consolidation de la paix de l’aide soutenue qu’elle apporte à la Sierra Leone et l’encourage à intensifier ses efforts à l’appui du processus électoral dans le pays, tout en renforçant sa coordination avec les départements, fonds, organismes et programmes concernés des Nations Unies.  Il lui recommande en outre de faire part en temps voulu au Conseil de sécurité de ses avis.


Pour ce qui est de la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité, des bases solides ont été posées pour promouvoir la participation des femmes à la prise des décisions, grâce au projet de loi sur l’égalité des sexes.  M. Ban assure les pouvoirs publics et les différents groupes et coalitions de femmes de l’appui constant des organismes des Nations Unies à la réalisation de cet objectif.


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