21/02/2012
Conseil de sécurité
CS/10546

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Conseil de sécurité

6717e séance – matin


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ PRÉCONISE UNE ACTION À L’ÉCHELLE DU SYSTÈME DE L’ONU CONTRE

LA CRIMINALITÉ ORGANISÉE EN AFRIQUE DE L’OUEST ET DANS LA RÉGION DU SAHEL


Le Secrétaire général demande un soutien fort des organisations régionales

et, plus largement, de la communauté internationale au lancement de cette action


Pour lutter de façon « cohérente et coordonnée » contre la criminalité transnationale organisée en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, le Conseil de sécurité a, aujourd’hui, souligné l’importance d’une action menée « à l’échelle de tout le système des Nations Unies ».


Dans une déclaration présidentielle, lue par le Président du Togo, M. Faure Gnassingbé, qui a dirigé les travaux de la journée, le Conseil de sécurité, qui examinait les répercussions de la criminalité transnationale organisée sur la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, a invité l’ONU et les États Membres à « coordonner leurs mesures de lutte » contre les différentes « menaces internationales grandissantes » que constituent les trafics d’armes et de drogues, la piraterie et les vols à main armée commis en mer, et le terrorisme.


Ces menaces, a constaté le Conseil au cours d’un débat qui a rassemblé une quarantaine de délégations, dont plusieurs dirigées par des ministres, « contribuent à affaiblir la gouvernance, le développement social et économique et la stabilité, et compliquent la fourniture de l’assistance humanitaire, tout en menaçant de réduire à néant les avancées accomplies dans la région en matière de consolidation de la paix ».


Le Conseil de sécurité, qui était saisi d’un rapport* de la mission d’évaluation des incidences de la crise libyenne sur la région du Sahel et d’un document de réflexion** distribué par la délégation togolaise, a invité le Secrétaire général à prendre en compte ces menaces dans les stratégies de prévention des conflits, l’analyse des conflits, l’évaluation et la planification intégrées des missions, et l’appui à la consolidation de la paix.


Le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a, quant à lui, indiqué que les gouvernements de la région ouest-africaine et sahélienne ont besoin du soutien des organisations régionales et, plus largement, de la communauté internationale en vue de consolider et d’appuyer les capacités requises dans les domaines du partage des informations, de la prévention, des enquêtes, de l’application de la loi et de la surveillance des frontières. 


Ceci, a ajouté Ban Ki-moon, devrait être développé parallèlement avec la création de modes de subsistance permettant de faire face aux défis de la pauvreté, de l’insécurité humaine et du sous-développement. 


M. Ban a également mis l’accent sur la nécessité de renforcer la capacité des opérations de maintien de la paix en intégrant des unités spécialisées dans les missions déployées par l’ONU afin de compléter les efforts menés par les forces de police des États et des agences chargées de l’application de la loi.


Le trafic de cocaïne transitant par l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale génère environ 900 millions de dollars par an, a expliqué, de son côté, le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), M. Yury Fedotov.  Il a indiqué qu’en collaboration avec le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Département des opérations de maintien de la paix, pourraient être mises sur pied des activités complémentaires dans différentes régions, ceci dans le but notamment d’appuyer et de renforcer les institutions locales et d’encourager les partenariats entre les États et les organisations régionales.


En ouvrant le débat qu’il présidait, M. Faure Essozimna Gnassignbe, le Président du Togo, pays qui assure ce mois la présidence du Conseil de sécurité, a proposé la création d’un groupe de contact international sur la criminalité transnationale organisée, à l’instar du Groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.  Le Chef de l’État du Togo a également appelé à une plus grande mobilisation de la communauté internationale et à un soutien accru aux efforts menés par les États d’Afrique de l’Ouest et de la région du Sahel.


Plusieurs intervenants ont jugé nécessaire le renforcement de la coopération régionale et internationale dans les domaines policier et judiciaire, notant, comme l’a fait le Secrétaire d’État délégué auprès du Ministre d’État aux affaires étrangères européennes de la France, M. Édouard Courtial, l’importance de la mise en place de systèmes nationaux de justice pénale qui soient « accessibles et qui s’alignent sur les normes internationales ».


Les efforts principaux, a estimé l’Envoyé spécial du Président de la Fédération de Russie sur la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, M. Alexandre Zmeevsky, doivent être « menés en concertation avec les États concernés » et être appuyés par la communauté internationale.  De même, l’accent doit-il être placé sur le règlement de la question posée par la dispersion d’armes issues des stocks d’armes libyens, a-t-il ajouté, tout en rappelant que son pays avait été à l’origine de la résolution 2017 (2011).


Le représentant du Mali a pris la parole et a expliqué que la région du Sahel était confrontée à une insécurité grandissante découlant d’activités de groupes terroristes d’Al-Qaida dans le Maghreb islamique (AQMI) et de réseaux criminels se livrant à des trafics en tout genre.  Évoquant les attaques dont son pays est victime depuis le début de l’année 2012, il a assuré que la « situation d’agression » que vit aujourd’hui le Mali « est une conséquence collatérale de la crise en Libye », car les bandes armées qui commettent des atrocités contre les populations maliennes ont été formées et armées en Libye.


Le Représentant spécial du Président de la Commission pour la coopération contre le terrorisme de l’Union africaine, M. Francisco Caetano José Madeira, a rappelé que, le 29 janvier dernier, à l’initiative de l’Union africaine, les ministres et hauts fonctionnaires des pays de la région du Sahel s’étaient réunis à Addis-Abeba pour discuter des défis communs qui se posent en matière de sécurité, sur la base des recommandations de la Mission conjointe Nations Unies-Union africaine sur l’impact qu’a la crise libyenne sur la région du Sahel.  


* S/2012/42

** S/2012/83


PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE


L’impact de la criminalité transnationale organisée sur la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel


Lettre datée du 17 janvier 2012, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Secrétaire général (S/2012/42)


Lettre datée du 8 février 2012, adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent du Togo auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2012/83)


Déclarations


M. FAURE ESSOZIMNA GNASSINGBE (Président du Togo) a constaté que la situation en matière de paix et de sécurité en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel restait fragile, en dépit des efforts accomplis.  Il a évoqué l’existence de nouvelles menaces, telles que la piraterie en mer, pour ensuite faire savoir que dans le Sahel en particulier, les activités des groupes rebelles avaient connu un regain d’intensité à la suite de la crise libyenne qui, a-t-il expliqué, a entrainé un flux considérable d’armes de tous calibres dans la région.  Il a également évoqué les activités terroristes qui ont cours au Nigéria et au Sahel ainsi que les problèmes liés au transit de la cocaïne et à la production de drogues de synthèse dans ces deux régions.  La conjugaison de tous ces facteurs, a-t-il poursuivi, fait que les deux sous-régions sont devenues une plaque tournante pour des trafics de tous genres, comprenant notamment ceux de la drogue et des armes en passant par la traite des êtres humains.  Le Président togolais a indiqué que lorsqu’on considère que la piraterie en mer a gagné en fréquence et en intensité et que les pirates pourraient entretenir diverses formes de collaborations avec les autres formes de criminalité organisée, l’on ne peut que mesurer la complexité de la lutte à engager pour endiguer le crime organisé en Afrique de l’Ouest et dans la région sahélienne.


M. Gnassingbe a ensuite parlé du Plan d’action régional de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) 2008-2011 qui constitue, a-t-il affirmé, un cadre approprié de lutte contre la criminalité organisée dans la région.  Il a également indiqué que le Togo avait adopté un cadre stratégique national intégré de lutte contre la drogue et le crime qui couvre la période 2009-2013.  Le Chef d’État togolais s’est ensuite félicité du fait qu’en consacrant un débat, sanctionné par une déclaration présidentielle, à la question du trafic de la drogue en 2009 et en adoptant une résolution en octobre 2011 sur la piraterie dans le golfe de Guinée, le Conseil de sécurité avait prouvé sa détermination à combattre ces nouvelles menaces à la paix et à la sécurité internationales.  Il a néanmoins constaté que l’ampleur de la lutte à mener était telle que les pays de l’Afrique de l’Ouest et de la région du Sahel ne sauraient mener ce combat sans l’assistance de la communauté internationale.  M. Gnassingbe a donc, à ce titre, réclamé un effort « conséquent, commun et coordonné » des États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel qui bénéficierait d’un appui solide de la communauté internationale.  Il a plus particulièrement estimé qu’une coopération forte et large devait être établie et menée tant avec les pays dans lesquels les drogues sont produites qu’avec ceux où elles sont consommées en vue de neutraliser les trafics y relatifs.


« En ce qui les concerne », a-t-il poursuivi, « nos pays restent conscients des responsabilités qui leur incombent et travaillent notamment afin que les jeunes diplômés et les sans-emplois puissent trouver du travail et ne deviennent pas une proie facile des groupes criminels organisés ».  Le Président du Togo a ensuite proposé la création d’un groupe de contact international sur la criminalité transnationale organisée, à l’instar du Groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.  Il a également appelé à une plus grande mobilisation de la communauté internationale et à un soutien accru aux efforts menés par les États d’Afrique de l’Ouest et de la région du Sahel.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a estimé que, malgré les progrès encourageants constatés dans certains pays en matière de développement, de paix et de sécurité, la situation de la stabilité en Afrique occidentale et dans la région du Sahel était de plus en plus préoccupante.  Il a ainsi fait état de la hausse du crime organisé, du trafic de stupéfiants et de la piraterie, et a évoqué le soulèvement qui a eu lieu en Libye et ses répercussions dans les régions avoisinantes, telles que les flux d’armes.  Le Secrétaire général a ensuite attiré l’attention du Conseil sur la crise alimentaire aggravée qui affecte l’Afrique de l’Ouest et le Sahel et sur les conflits qui touchent aujourd’hui des millions de personnes.  « Il pourrait même y avoir des liens entre des groupes d’insurgés, des groupes criminels et des organisations terroristes », a-t-il dit, soulignant les craintes qui existent de voir dans cette région une crise de la même ampleur que celle qui a frappé la corne de l’Afrique.  « Ceci doit à tout prix être évité », a-t-il déclaré.


Le Secrétaire général a affirmé que les gouvernements de la région ouest-africaine et sahélienne auraient besoin du soutien des organisations régionales et, plus largement, de la communauté internationale en vue de consolider et d’appuyer les capacités requises dans les domaines du partage des informations, de la prévention, des enquêtes, de l’application de la loi et de la surveillance des frontières.  Ceci, a-t-il ajouté, devrait être développé parallèlement avec la création de modes de subsistance permettant de faire face aux défis de la pauvreté, de l’insécurité humaine et du sous-développement.  Il convient aussi, a poursuivi M. Ban, de renforcer la capacité des opérations de maintien de la paix dans la région en intégrant des unités spécialisées dans les missions déployées par l’Organisation des Nations Unies afin de compléter les efforts des forces de police des États et des agences chargées de l’application de la loi.


Le Secrétaire général s’est dit particulièrement préoccupé par les activités terroristes, faisant notamment référence aux observations formulées par la mission d’évaluation qu’il avait dépêchée en décembre 2011 pour examiner les effets de la crise libyenne au Sahel.  M. Ban a, de même, souligné l’incidence croissante de la piraterie dans le golfe de Guinée, rappelant qu’il avait envoyé sur place, en novembre 2011, une mission d’évaluation.  Il a ainsi réitéré la recommandation faite par la mission d’évaluation en vue de la tenue le plus rapidement possible, en 2012, d’un sommet régional des chefs d’État du golfe de Guinée pour développer une stratégie régionale antipiraterie.


Le Secrétaire général, rappelant l’engagement profond des Nations Unies visant à aider les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel à lutter contre le crime transnational organisé, le trafic de drogues, la piraterie et le terrorisme, a appelé à une coopération plus étroite des États de la région avec les autres États Membres, ainsi qu’avec les organisations régionales et internationales en vue d’assurer une stabilité durable en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel. 


M. YURY FEDOTOV, Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), a indiqué que le transit de drogues par l’Afrique de l’Ouest alimentait en cocaïne le marché européen dont la consommation, a-t-il précisé, a été multipliée par 4 au cours des dernières années pour atteindre un niveau pratiquement identique à celui des États-Unis.  Selon nos estimations, a-t-il précisé, le trafic de cocaïne transitant par l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale génère environ 900 millions de dollars par an.  Il a fait savoir que les cartels d’Amérique latine exploitaient les vulnérabilités régionales de l’Afrique de l’Ouest.  Pour ces criminels, a-t-il ajouté, l’Afrique de l’Ouest n’est pas seulement la voie la plus rapide, mais elle est également la plus rentable en ce qui concerne l’acheminent des drogues en Europe.  M. Fedotov a également signalé que la consommation locale augmentait rapidement et qu’il y avait actuellement 2,5 millions de consommateurs de cocaïne en Afrique de l’Ouest.  Il a aussi fait savoir qu’outre la piraterie et la drogue, cette région connaissait également des problèmes liés au trafic d’êtres humains, au trafic d’armes et à celui de médicaments de contrefaçon, entre autres. 


M. Fedotov a ensuite indiqué qu’en travaillant avec le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (BRSAO) et le Département des opérations de maintien de la paix, l’UNODC espérait mettre sur pied des activités complémentaires dans différentes régions, dans le but notamment d’appuyer et de renforcer les institutions locales et d’encourager les partenariats entre les États et les organisations régionales.  Il a ajouté, à ce titre, qu’il importait de renouveler la Déclaration politique et le Plan d’action régionale de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, conclu à Praia.  Il a ensuite fait savoir que l’Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest serait bientôt élargie pour y inclure la Guinée et la Côte d’Ivoire.  Il a par ailleurs indiqué que l’UNODC disposait de suffisamment de fonds pour créer, en Afrique de l’Ouest, un réseau de procureurs spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée sur le modèle du réseau REFCO, qui existe en Amérique centrale.  Il a également parlé du Programme mondial de contrôle des conteneurs et a fait savoir que des Cellules de lutte contre la criminalité transnationale organisée avaient été créées en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée-Bissau.


Le Directeur exécutif d’UNODC a par ailleurs indiqué qu’une mission interagences effectuée au Bénin et au Nigéria en novembre dernier avait constaté que la piraterie dans le golfe de Guinée était une menace importante pour la région.  Il a également indiqué que l’UNODC se servirait de son programme en Afrique de l’Ouest pour mettre en œuvre les recommandations formulées dans le rapport de cette mission, et il a précisé que l’UNODC appuyait déjà la mise en œuvre d’une coopération judiciaire entre le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso.  M. Fedotov a insisté sur l’importance de la volonté politique et a signalé que plus de fonds étaient nécessaires pour que l’UNODC puisse appuyer les réformes à conduire sur le long terme et contribuer ainsi à la réforme du secteur sécuritaire.


M. EDOUARD COURTIAL, Secrétaire d’État délégué auprès du Ministre des affaires étrangères et européennes de la France, a estimé que l’instabilité générée par les trafics, en premier lieu le trafic de drogues, appelait une réponse concertée et des politiques de reconstruction et de prévention des crises qui intègrent la lutte contre la criminalité transnationale organisée.  C’est le cœur, a-t-il dit, du programme Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest, qui concerne la Guinée-Bissau, la Sierra Léone, la Côte d’Ivoire et le Libéria, et que la France soutient.  Le Ministre a également salué le rôle joué par l’UNODC pour aider les États de la région.  De même, selon M. Courtial, l’implication des pays africains, notamment ceux subissant de plein fouet l’impact déstabilisant des trafics, est déterminante.  Leur voix doit être mieux entendue et leurs actions soutenues, a-t-il déclaré, mettant l’accent sur le rôle majeur que doit jouer la CEDEAO.


Le Ministre a, en outre, jugé plus que jamais nécessaire le renforcement de la coopération régionale et internationale dans les domaines policier et judiciaire, notant l’importance de mettre en place des systèmes nationaux de justice pénale accessibles et qui s’alignent sur les normes internationales.  Il a assuré que les États de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel pouvaient compter sur une contribution forte et déterminée de la France et, plus largement, de l’Union européenne, pour renforcer leurs capacités contre la criminalité transnationale organisée.


M. Courtial a mis l’accent sur la nécessité de veiller à renforcer la coordination entre l’ONU, les organisations régionales africaines, l’Union européenne et d’autres organisations sectorielles particulièrement engagées, comme Organisation internationale de police criminelle (Interpol).  Il a par ailleurs souhaité que le Secrétaire général puisse transmettre des recommandations au Conseil de sécurité, en lui donnant la possibilité de mieux appréhender et traiter la question des menaces transversales dans le cas particulier de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, celles-ci devant se concentrer sur les principaux facteurs de déstabilisation, avec, en tête des priorités, la question du trafic de drogues.


Mme SUSAN RICE (États-Unis) a constaté que l’Afrique de l’Ouest et la région du Sahel étaient particulièrement touchées par le fléau qu’est la criminalité organisée.  Elle a exhorté le Conseil de sécurité à réagir à cette situation et à adopter une approche holistique pour y répondre.  Mme Rice a notamment cité les mérites des partenariats binationaux.  La représentante s’est s’inquiétée de l’intensification de trafics en tous genres dans la région, et a par ailleurs fait part de l’appui qu’accordent les États-Unis à l’« Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest ».


Mme Susan Rice a poursuivi son intervention en parlant des problèmes liés au trafic d’armes, et a indiqué que les États-Unis avaient lancé un projet en Guinée-Bissau destiné à récupérer et détruire d’importantes quantités d’armes légères et de petit calibre.  Elle a ensuite encouragé tous les États à détruire leurs excédents de stocks d’armes et de munitions.  Mme Rice s’est plus particulièrement inquiétée du trafic dont font l’objet les stocks d’armes libyens, et a fait savoir que les États-Unis avaient consacré 40 millions de dollars à l’aide aux nouvelles autorités libyennes afin de leur permettre de sécuriser ces stocks.  Elle a engagé les États Membres à développer des initiatives semblables.  La représentante des États-Unis a également souhaité que le Conseil de sécurité consacre un débat au problème de la piraterie dans le golfe de Guinée.


M. ALEXANDRE ZMEEVSKY, Envoyé spécial du Président de la Fédération de Russie sur la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, a fait état des tendances dangereuses qui ont vu le jour en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel.  La question de la sécurité et des menaces terroristes et criminelles a occupé le devant de la scène en 2011 sur fond des événements survenus en Libye, a-t-il en particulier expliqué.  Le problème du trafic des armes provenant des stocks libyens est lié aux activités croissantes menées par des groupes terroristes, a-t-il ajouté.  La Fédération de Russie est préoccupée par les activités de groupes comme Al-Qaida au Maghreb.


Pour M. Zmeevsky, les efforts principaux doivent être menés en concertation avec les États concernés et doivent être appuyés par la communauté internationale.  Ils doivent se concentrer sur le règlement de la question posée par les fuites d’armes libyennes, a-t-il ajouté, rappelant que la Fédération de Russie avait été à l’origine de la résolution 2017 (2011).  Le travail des structures de l’ONU pourrait être renforcé dans le cadre du Forum antiterroriste mondial.  Il convient également de renforcer le potentiel des forces de sécurité des États de la région, ainsi que la sécurité frontalière, et de faciliter l’échange d’informations et la formation des forces de l’ordre de ces pays, a dit l’Envoyé spécial du Président russe.  Il a en outre plaidé en faveur de la mise en place d’une plateforme pour renforcer la coopération entre la communauté internationale et la CEDEAO et notamment son plan de lutte contre la criminalité transnationale organisée et le trafic de stupéfiants. 


L’Envoyé spécial a par ailleurs souligné la nécessité d’utiliser la plateforme élaborée dans le cadre de l’UNODC et des programmes de pays.  Il faut de même, a-t-il estimé, accorder une attention accrue à la « déradicalisation » des populations, en particulier celle des jeunes, et faciliter la création d’emplois.  Il est également essentiel d’assurer l’existence d’une composante juridique pour faire face aux défis posés par la criminalité, en respectant à la lettre les dispositions du droit international et de la Charte de l’ONU.  Il convient de faire en sorte que la législation nationale de chaque État soit conforme aux traités internationaux, a souligné M. Zmeevsky.  Il a rappelé que les questions de sécurité et de développement étaient inextricablement liées dans la région de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, soulignant ainsi le rôle du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) dans les programmes de développement et de création d’emplois.  Il a enfin mis l’accent sur l’assistance humanitaire, qui peut être apportée par le biais de l’ONU et de l’aide bilatérale. 


M. YOUSSEF AMRANI, Ministre délégué auprès du Ministre des affaires étrangères et de la Coopération du Maroc, a rappelé que son pays a été à l’origine de la Conférence ministérielle des États d’Afrique riverains de l’Atlantique qui est une plateforme pour faire front commun contre les défis émanant de l’océan Atlantique à travers un mécanisme de coopération et de coordination souple et flexible, et surtout complémentaire avec les initiatives existantes.  La Conférence ambitionne aussi de faciliter les synergies interrégionales entre les différentes organisations présentes dans cet espace traitant des questions de sécurité mais aussi de connectivité, de l’économie de la mer et de l’environnement.  La première réunion des ministres en charge de la sécurité est prévue prochainement avec pour objectif d’évaluer les moyens de mettre en œuvre le pilier sécurité du Plan d’Action adopté à Rabat en novembre 2010. 


Le représentant a estimé que, s’agissant du trafic transatlantique de drogues, une coopération élargie basée sur le principe de responsabilité partagée s’avère indispensable pour trouver des solutions concrètes et à long terme.  Il a conclu que la prompte réactivité et l’engagement solidaire des États de la région sont impératifs pour apporter des réponses durables à la menace du crime organisé.  La communauté internationale, à travers l’ONU, doit aussi établir des mécanismes d’alerte précoce nécessaires leur permettant de venir en assistance aux pays de la région.


M. WANG MIN (Chine) a constaté que l’augmentation de trafics en tous genres mettait en péril la paix et le développement social et économique de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel.  Il a émis l’espoir que les pays de la région puissent tirer profit de l’expérience acquise par d’autres pays, renforcer leurs capacités, et mieux assumer leurs responsabilités en matière de renforcement de la paix et de la stabilité dans la région.  Le représentant de la Chine a néanmoins estimé que les pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel avaient également besoin de l’appui « immédiat et urgent » de la communauté internationale.  Il a appelé l’ONU à jouer un rôle de coordonnateur actif entre différentes organisations spécialisées afin que les efforts déployés par les pays concernés soient couronnés de succès.  La communauté internationale doit prendre des mesures pratiques et efficaces pour aider les États de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel à régler les problèmes qui se posent à eux à la racine, a-t-il ajouté.  Le représentant de la Chine a par ailleurs constaté que les conflits régionaux récents, comme celui de la Libye, avaient exacerbé les problèmes liés au trafic d’armes.  La Chine estime qu’il importe donc de régler les différends par des moyens pacifiques et qu’il faut s’abstenir de prendre des mesures ou de mener des actions qui aillent au-delà des mandats donnés par le Conseil de sécurité.


M. NÉSTOR OSORIO (Colombie) a plaidé en faveur d’une approche intégrée pour promouvoir le développement socioéconomique de la région d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.  La Colombie, a-t-il dit, approuve en particulier les recommandations du rapport de la mission d’évaluation dépêchée dans le golfe de Guinée, visant notamment à réduire la pauvreté et le taux de chômage, à lutter contre la corruption et le trafic illicite d’armes.  Le représentant a affirmé que le Conseil de sécurité jouait un rôle important en vue de renforcer l’état de droit et les capacités nationales pour favoriser le bon fonctionnement des institutions et la fourniture des services de base.  Il convient, a-t-il ajouté, de reconnaître que la criminalité transnationale organisée présente un caractère mondial, qu’elle représente des milliards de dollars et qu’elle mine la communauté internationale dans son ensemble.  Le système des Nations Unies doit prendre des mesures intégrées et coordonnées pour faire face à ce phénomène, a-t-il dit.


M. PETER WITTIG (Allemagne) a constaté que les faiblesses de la gouvernance et la corruption rendaient les pays sortant de conflit particulièrement vulnérables à la criminalité organisée.  Il s’est également inquiété des faibles capacités et du manque de ressources dont souffrent les États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel pour faire face à ce problème.  Il a réclamé une coordination et des capacités renforcées ainsi qu’un meilleur partage d’informations pour lutter contre ce fléau.


M. Wittig a ensuite estimé que la Convention de Palerme était d’une importance cruciale car elle offrait des instruments juridiques importants en ce qui concerne la lutte contre le crime transnational organisé.  Il a invité les pays de la région d’Afrique de l’Ouest à rejoindre la plateforme judiciaire, notamment en ce qui concerne les États du Sahel.  Le représentant a ensuite de nouveau insisté sur l’importance de renforcer les capacités nationales et promouvoir le développement des pays affectés par le crime organisé.  Il a également fait part de l’appui qu’accorde l’Allemagne au Programme mondial de contrôle des conteneurs.  M. Wittig a ensuite indiqué que l’Allemagne avait récemment conclu un accord sur les changements climatiques, qui sont « une importante source d’instabilité », un accord qui est destiné à préserver notamment les moyens de subsistance des populations de la région ouest-africaine et sahélienne.  Il a aussi fait savoir que l’Allemagne avait consacré 12 millions de dollars à l’aide alimentaire.


M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a estimé qu’il restait énormément de défis à relever dans les régions de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, même si des conflits avaient pu être résolus.  Il s’agit d’une zone géographique cruciale, voilà pourquoi il convient, a estimé M. Grant, d’attirer l’attention de la communauté internationale sur ce qui s’y déroule.  Le représentant a, en particulier, mis l’accent sur la nécessité de garantir une approche cohérente et ciblée pour assurer la sécurité et le développement des pays de la région du Sahel.  Il a invité les États de la région à œuvrer en faveur du renforcement de leur propre stabilité.  Il a salué en outre l’initiative lancée en vue d’assurer la mise en place d’une stratégie de sécurité maritime pour l’Afrique de l’Ouest.  Le problème du trafic de stupéfiants nécessite quant à lui la prise de mesures nationales et régionales devant être complétées par des actions internationales, a-t-il ajouté.  Le Royaume-Uni soutient le projet de déclaration présidentielle du Conseil de sécurité, qui sera lu à la fin de ce débat, a indiqué M. Grant.


M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a d’abord fait le constat que la criminalité transnationale organisée affecte surtout les pays vulnérables, ceux qui ont une situation géographique favorable aux trafics, des revenus bas ou intermédiaires, des institutions faibles, une culture d’opacité dans la gestion des affaires publiques, et une économie où les ressources gérées par les cartels du crime pèsent suffisamment et facilitent la cooptation des personnes qui peuvent fermer les yeux devant les activités illégales.  Ces activités, a-t-il poursuivi, doivent être combattues par des réponses nationales robustes conjuguées à une forte coopération internationale.  En effet, les principaux marchés des activités illégales sont coresponsables et doivent assumer cette responsabilité.  À cet égard, il a cité l’exemple de son pays qui a su, en coopération avec les Nations Unies et la communauté des donateurs, mettre sur pied la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG). 


La lutte contre le crime organisé est un excellent terrain pour la coopération internationale et régionale, a insisté le représentant, en attirant l’attention sur les mécanismes mis en place dans sa région.  Le phénomène doit être traité par une approche holistique comprenant des stratégies alternatives qui encouragent les agents économiques à se tourner vers des activités licites et rentables. 


M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a observé que les défis auxquels se heurtaient les pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, notamment en matière d’exploitation illégale des ressources naturelles, d’ingérence étrangère et de prolifération d’armes légères et de petit calibre avaient été exacerbés par la criminalité transnationale organisée, le terrorisme et la piraterie.  Il a également évoqué l’impact de la crise libyenne sur la situation sécuritaire déjà précaire dans la région du Sahel, y voyant un mauvais génie qu’on aurait sorti de sa bouteille.


Le Sahel est une des régions les plus pauvres au monde, en proie à une croissance démographique galopante, une faible gouvernance et à la corruption, a-t-il relevé.  La prolifération d’armes libyennes y a été une source de catastrophes et y a entraîné une fracture du statu quo et du cadre politique.  Il a de plus estimé que l’ONU ne maîtrisait plus la situation, car, a-t-il constaté, la plupart des institutions qui travaillent dans la région, l’UNODC notamment, n’ont pas assez de personnels, ni de ressources financières.  M. Haroon a indiqué que le montant total du trafic de drogues destiné à l’Europe avoisinait les 33 milliards de dollars, et qu’environ 13% du trafic illicite de drogues entre l’Amérique du Sud et l’Europe transitait par l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, soit environ 4 ou 5 milliards de dollars, alors que l’économie de l’ensemble des pays de ces deux sous-régions était d’environ 7 milliards de dollars.  Le représentant a de plus observé que l’UNODC disposait d’un budget total de 470 millions de dollars et que 10% de celui-ci étaient consacrés à la lutte contre la drogue et le crime dans les deux zones géographiques citées.  Comment 4 millions de dollars peuvent-ils faire le poids contre des recettes de trafics d’un montant de 4 milliards? s’est interrogé M. Haroon pour qui « l’ONU n’est pas suffisamment équipée pour résoudre ce problème ».  Il a également observé que les pays de la région n’étaient pas aidés de manière systématique.  Le Pakistan pense que les efforts de lutte et d’interdiction du trafic ne feront que faire augmenter le prix de la drogue et ne résoudront pas le problème.  « Étant le principal destinataire et le consommateur ultime de cette drogue », il incombe à l’Europe de déployer davantage d’efforts, a-t-il ajouté.


Évoquant ensuite les problèmes liés à l’exploitation illicite des ressources naturelles, M. Haroon a estimé qu’il fallait identifier les utilisateurs de ces produits et les pousser à faire preuve de retenue afin de mettre un terme à ce problème.  Il faut également renforcer les capacités des États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, les mieux à même de pouvoir remédier à ces problèmes.  Il a également appelé l’ONU à agir de manière cohérente dans la région et à y mieux coordonner les activités de ses institutions.  L’ONU doit veiller à ce que les États de la région occupent une place privilégiée dans les actions à mener.


M. AGSHIN MEHDIYEV (Azerbaïdjan) s’est tout d’abord félicité du fait que les États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel avaient adopté des mesures importantes aux niveaux national et régional pour répondre à la menace que pose la criminalité organisée dans leur région.  Il s’est cependant inquiété du fait que malgré les progrès réalisés, les menaces posées à la paix et à la stabilité persistaient.  L’Azerbaïdjan, a-t-il ajouté, est également gravement préoccupé par les activités terroristes et séparatistes.  M. Mehdiyev s’est dit partisan d’une coopération entre les États fondée sur le respect de l’état de droit, et il a ensuite souligné la nécessité de respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.  Il a appelé la communauté internationale à financer et à appuyer le renforcement des capacités de ces États qui, a-t-il constaté, ne peuvent pas répondre à ces défis de manière isolée.  Le représentant a également estimé que l’augmentation du nombre d’actes de piraterie en mer nécessite des efforts concertés de la part des pays et des organisations de la région, avec l’appui de la communauté internationale.  Il a réclamé l’élaboration d’une stratégie holistique pour répondre au problème de la piraterie, telle que cela est stipulé dans la résolution 2018 du Conseil de sécurité.


M. BASO SANGQU (Afrique du Sud) a affirmé que la communauté internationale, en collaboration avec les pays de la région ouest-africaine et du Sahel, devrait appuyer les efforts en vue d’y lutter contre la criminalité organisée.  Il a dit que l’Afrique du Sud soutenait les efforts en vue de la mise en place d’une collaboration étroite concernant la réforme du secteur de la sécurité, menés par le Département des affaires politiques, le Département des opérations de maintien de la paix et le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest.  Le représentant a plaidé en faveur d’une approche intégrée visant à lutter contre le trafic de drogues et la criminalité organisée.  Il a de même expliqué que la prolifération des armes dans la région du Sahel et la présence de groupes armés et terroristes représentaient un grand défi à relever, constituant une menace évidente à la paix et à la sécurité internationale.  Cette menace s’est accrue en raison de la crise libyenne, a-t-il estimé.  La communauté internationale a un rôle important à jouer pour appuyer les pays touchés par cette instabilité par le biais de la coopération avec les Nations Unies, a-t-il dit, en notant que l’Afrique du Sud appuierait le projet de déclaration présidentielle du Conseil de sécurité.


M. HARDEEP SINGH PURI (Inde) a estimé que toute stratégie globale devrait inclure la mise en place d’institutions publiques efficaces, et les pays concernés doivent mettre en œuvre toutes les mesures administratives et juridiques nécessaires.  La promotion de la démocratie et de l’état de droit, a encore estimé le représentant, ne contribuerait pas seulement à la paix et à la sécurité mais aussi au développement socioéconomique.  Des programmes de développement et générateurs d’emplois doivent être mis en place pour éloigner des jeunes des activités illicites.  Toute stratégie, a poursuivi le représentant, doit aussi faciliter la coopération régionale.  Il est important, a-t-il insisté, que les organisations régionales bénéficient de l’appui requis.  Les Nations Unies doivent être le partenaire le plus efficace de l’Union africaine et ses agences doivent appuyer le renforcement des capacités des organisations régionales par des moyens pratiques et concrets, a encore insisté le représentant.


M. MORAES CABRAL (Portugal) a prévenu que s’ils restent bilatéraux, les efforts contre la criminalité transnationale organisée seraient non seulement insuffisants mais, à bien des égards, contreproductifs.  Compte tenu de la nature transnationale du crime, des efforts contre le crime dans un pays peuvent déboucher sur des troubles dans un autre.  Le crime organisé et ses ramifications fonctionnent dans une perspective régionale et non dans les frontières nationales, a encore prévenu le représentant.  La bonne volonté des pays d’Afrique de l’ouest étant acquise, la communauté internationale doit avoir pour rôle d’aider les initiatives existantes, en particulier par le renforcement des capacités institutionnelles, la promotion d’une coopération plus efficace et une meilleure compréhension des défis actuels. 


Il faut, en effet, comprendre le lien entre les différentes formes de crime organisé mais aussi entre les réseaux de ce crime, le terrorisme et les groupes rebelles qui pullulent dans la région.  Le représentant a, à cet égard, souligné l’importance du partage des informations.  Il a aussi préconisé un meilleur équilibre entre la répression et le développement économique et social.  Reconnaître le lien entre sécurité et développement permet de se concentrer sur les causes originelles de l’instabilité, a insisté le représentant.  Il a enfin mis l’accent sur la nécessité de combler le fossé judiciaire et institutionnel dans la région.  Il faut développer les instruments régionaux et au point international, savoir que la clef réside dans une approche coordonnée et intégrée.


M. FRANCISCO CAETANO JOSÉ MADEIRA, Représentant spécial du Président de la Commission pour la coopération contre le terrorisme de l’Union africaine, a indiqué que la politique commune africaine pour la défense et la sécurité souligne non seulement les menaces traditionnelles comme les conflits entre États mais également les menaces comme la criminalité transnationale organisée, qu’il s’agisse de trafic d’armes, de stupéfiants ou d’êtres humains, de la piraterie ou encore du blanchiment d’argent.  Aujourd’hui, a-t-il fait observer, l’impact de la criminalité transnationale organisée n’a jamais été aussi évident.  Il est très alarmant de constater que cette criminalité a des liens avec l’extrémisme et le terrorisme.  Les fondements mêmes d’une démocratie viable dans les pays africains pour lesquels nos peuples ont lutté depuis l’indépendance risquent d’être détruits si nous ne prenons pas les mesures qui s’imposent à temps, a-t-il prévenu.


C’est pourquoi, a estimé M. Madeira, il est impératif que toutes les parties prenantes soient fermement engagées.  « Nous ne pouvons plus penser en défendant uniquement des intérêts nationaux, a-t-il dit, en soulignant qu’il est désormais indispensable d’explorer les moyens qui répondent le mieux aux menaces à la fois au niveau national et au niveau international.  Les efforts déployés par les États et institutions du continent africain doivent être soutenus par la communauté internationale, a-t-il souhaité.  Le 29 janvier dernier, à l’initiative de l’Union africaine, les ministres et hauts fonctionnaires des pays de la région du Sahel s’étaient réunis à Addis-Abeba pour discuter des défis communs en matière de sécurité, sur la base des recommandations de la mission conjointe Nations Unies-Union africaine sur l’impact de la crise libyenne sur la région du Sahel.   Dans quelques semaines, une réunion d’experts aura lieu pour examiner l’application des mesures prises, a-t-il annoncé.


Mme HELGA SCHMID, Secrétaire générale adjointe au Service européen pour l’action extérieure, a estimé que les mécanismes d’intégration régionale étaient essentiels pour assurer la paix, la sécurité, la stabilité et la prospérité des régions d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.  Elle a également constaté que les manquements des gouvernements de ces régions étaient utilisés par certains réseaux criminels pour augmenter le niveau de leurs activités de trafic de drogues dans la région.  Elle s’est aussi inquiétée des menaces sécuritaires notables que posent Al-Qaida au Magreb islamique (AQMI) au Mali, Boko Haram dans le nord du Nigéria, et les rebellions touaregs dirigées par le Mouvement pour la libération des Azawad dont les activités sont appuyées par des combattants qadhafistes d’origine malienne « bien armés ».  Elle a averti que le cumul de ces défis menaçait d’entrainer cette région dans une spirale sécuritaire et humanitaire descendante, se préoccupant en outre du fait que 12 millions de personnes risquaient de souffrir de la faim dans la région.  L’ensemble des financements versés par l’Union européenne au Sahel avoisine les 275 millions de dollars, or 700 millions seront nécessaires au cours des six prochains mois pour répondre à cette situation, a-t-elle fait remarquer.


Mme Schmid a ensuite expliqué que l’Union européenne avait établi un programme de coopération « substantiel » dans la région, un programme qui répond aux principaux défis liés à la criminalité organisée.  Une Stratégie pour la sécurité et le développement du Sahel, financée à hauteur de 150millions d’euros a notamment été mise sur pied afin de faire face aux menaces posées par AQMI et le trafic de drogues, entre autres.  L’Union européenne envisage également une action civile au Niger dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune.  La représentante a par ailleurs engagé les États de la région à veiller à la mise en œuvre de la Déclaration de Praia, précisant que l’Union européenne était déterminée à appuyer les efforts déployés à cette fin.  Évoquant ensuite les défis liés à la piraterie au large des côtes d’Afrique de l’Ouest, Mme Schmid a observé qu’elle entrainait une baisse des revenus portuaires et douaniers.  Elle a fait savoir que l’Union européenne finançait la création par INTERPOL d’un système d’information policière au Bénin et au Ghana qui permettra de créer une base de données unique sur la criminalité organisée dont pourront disposer les 15 États d’Afrique de l’Ouest.  Elle s’est ensuite félicitée de la plus grande implication de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans les questions liées à la paix et à la sécurité.  Une intégration régionale continue et renforcée devrait permettre à des institutions effectives de voir le jour et de mettre sur pied des politiques communes pour appuyer la paix, la stabilité et la bonne gouvernance, a-t-elle estimé.


M. ISSIFOU KOGUI N’DOURO, Ministre d’État chargé de la défense nationale du Bénin, a affirmé que l’effondrement de l’ancien régime en Libye a donné lieu à des mouvements massifs de populations et provoqué la dispersion d’armes provenant des arsenaux de l’ancienne armée libyenne.  Cela a favorisé la montée en puissance et la radicalisation des rébellions dans certains États du Sahel et entrainé une recrudescence de formes pernicieuses d’activités criminelles coordonnées, a souligné le représentant.  Avertissant également du risque posé par l’infiltration d’argent « sale » dans la région, M. N’Douro a appelé la communauté internationale à prendre la juste mesure des enjeux de la situation qui prévaut en Afrique de l’Ouest et au Sahel. 


Le Ministre d’État béninois a ensuite fait savoir que le Gouvernement du Bénin venait de se doter d’une brigade canine et qu’il avait adopté une politique d’incinération systématique des saisies de drogues pour éliminer les risques de dispersion.  Il a également indiqué que certains chefs de file des malfaiteurs transnationaux avaient été récemment expulsés du Bénin, et que le Gouvernement avait fait voter une loi contre la corruption et les infractions connexes.  Pour M. N’Douro, la communauté internationale doit accorder une attention plus soutenue aux questions de sécurité publique en Afrique, le trafic et la circulation illicite d’armes légères et de petit calibre doivent en outre être combattus avec plus de détermination, et ce, en liaison étroite avec l’Union africaine et les organisations sous-régionales.  Une attention particulière doit de plus être accordée à la « corrélation essentielle » entre les défis relatifs à la sécurité, au développement et à la fragilité des institutions d’État afin de permettre la mise en œuvre de stratégies régionales cohérentes, a estimé le représentant.  Il a également souligné la nécessité d’adopter une approche intégrée pour résoudre les problèmes liés à la situation des migrants résidents ou en transit, des nationaux sans-emplois et des combattants en armes dispersés à travers la région ouest-africaine et sahélienne.


M. N’Doura s’est ensuite félicité du fait que le Conseil de sécurité envisageait de consacrer, ce mois-ci, une séance spéciale à la question de la piraterie et des vols à main armée commis en mer.


M. YOUSSOUFOU BAMBA (Côte d’Ivoire) a déclaré que le Président ivoirien, M. Alassane Ouattara, qui a été élu le 17 février dernier à la tête de la CEDEAO, avait appelé à la définition d’une politique de défense commune en Afrique de l’Ouest et à la mutualisation des moyens afin de juguler la poussée du terrorisme, de reprendre le contrôle des côtes livrées à la piraterie maritime, et de contenir les flux d’armes qui aggravent la criminalité et le grand banditisme.  De même, M. Ouattara a estimé que, pour que la CEDEAO devienne un véritable pôle de stabilité et d’émergence politique, il était plus qu’opportun de renforcer les partenariats stratégiques, notamment en matière militaire, y compris afin de moderniser le Groupe de contrôle de la Communauté économique des États d'Afrique de l’Ouest (ECOMOG), la Force de paix de la CEDEAO, a indiqué M. Bamba. 


Le représentant a souligné la ferme volonté politique de la CEDEAO de combattre la criminalité transnationale, la piraterie et le terrorisme, et a dit que l’organisation avait déployé des moyens dans cette lutte.  M. Bamba a indiqué par ailleurs que la Côte d’Ivoire adhérait à l’idée du renforcement et de la systématisation des mécanismes de coordination stratégique au niveau sécuritaire, avec la mise en place d’un système de défense collective


Mme REGINA MARIA CORDEIRO DUNLOP (Brésil) a estimé que lorsqu’il était déterminé que la criminalité organisée était une menace à la paix et à la sécurité internationales, les actions du Conseil de sécurité devaient être centrées sur une plus grande coordination des initiatives existant déjà sur le terrain, ainsi que sur le renforcement des institutions nationales et le respect de l’état de droit, notamment dans le cadre de la consolidation de la paix.  Mme Cordeiro Dunlop a également estimé que l’ONU devait coopérer et travailler de manière rapprochée avec les organisations régionales et sous-régionales.  Observant que les réseaux de criminalité organisée profitaient de la fragilité de la situation socioéconomique des pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, elle a estimé important d’éviter de se limiter à répondre au problème qui se pose seulement du simple point de vue sécuritaire.  Il faut également prêter attention aux facteurs économiques et sociaux, notamment la pauvreté et l’absence d’emplois qui affectent les jeunes, a-t-elle préconisé.  Elle a ajouté que la coopération internationale devait respecter la souveraineté et l’appropriation nationale et privilégier par ailleurs les instruments de promotion du renforcement des capacités et des institutions nationales.


Pour combattre la criminalité transnationale organisée, a poursuivi Mme Cordeiro Dunlop, le Conseil de sécurité doit adopter une approche équilibrée qui prête également attention à la consommation de stupéfiants qui alimente les trafics de drogues.  Il faut aussi veiller à imposer une meilleure réglementation sur les armes aux niveaux national, régional et international.  Mme Dunlop a de plus estimé que les liens entre la criminalité transnationale et le terrorisme devaient être étudiés avec précaution, car on ne pouvait négliger l’existence possible d’un lien direct entre les opérations des réseaux de trafic de drogues et le financement d’activités terroristes.  De plus, comme ces phénomènes obéissent chacun à une logique particulière, on doit y répondre au cas par cas, a-t-elle ajouté.


M. ANTONIO BERNARDINI (Italie) a expliqué que la criminalité organisée touche tous les pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, ce qui nécessite de développer une approche régionale pour faire face à ce phénomène.  Il a soutenu le programme d’action de cinq ans du Secrétaire général, qui a pour objectif de mener une action collective et de prévoir des stratégies régionales et mondiales contre la criminalité organisée.  Le représentant de l’Italie a indiqué que son pays a contribué aux efforts de la coopération internationale en apportant un financement de 1,6 million de dollars à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest et à l’Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest.  Il a aussi parlé de l’assistance technique qu’apporte son pays, comme la fourniture d’une unité de garde-côtes et d’un aéronef pour le contrôle des frontières au Sénégal, ou encore la formation d’agents de police au Nigéria.  Le représentant a ensuite expliqué que la volonté politique dans ce domaine est un facteur décisif, notamment concernant la lutte contre la criminalité organisée transfrontalière.  Il a aussi souligné l’importance du cadre juridique que fournit l’ONU dans ce domaine.


M. HÜSEYIN MÜFTÜOĞLU (Turquie) a appelé les pays de la région à démontrer leur volonté politique de consolider l’état de droit et de lutter contre la corruption.  Il a aussi lancé un appel urgent à la CEDEAO pour qu’elle renouvelle son Plan d’action régional au-delà de 2011, pour prouver, s’est-il expliqué, non seulement l’appropriation régionale des efforts mais aussi envoyer un message fort à la communauté internationale sur l’engagement de lutter contre la criminalité transnationale organisée.  En la matière, le représentant a souligné la responsabilité égale des pays d’origine, de transit et de destination.  La communauté internationale doit donc mieux coordonner ses efforts et la Turquie se félicite du leadership du Secrétaire général. 


Le représentant a appelé les États à renforcer leur appui technique, financier et logistique aux pays d’Afrique de l’Ouest et à faire en sorte que les initiatives nationales, régionales et internationales traitent aussi des défis liés au développement.  Le succès contre la criminalité organisée n’est qu’un aspect de la stratégie globale d’élimination de la pauvreté et du chômage.


Mme RITVA VILJANEN (Finlande) a affirmé que son pays était impliqué dans les efforts internationaux visant à lutter contre le trafic de stupéfiants et d’êtres humains, ainsi que contre le crime organisé et l’immigration illégale.  En raison de la nature mondiale de la menace posée par le crime organisé et le terrorisme, des mesures de lutte efficaces exigent, a-t-elle également souligné, une coopération continue et cohérente entre différents acteurs, y compris la société civile.  La coopération dans le domaine judiciaire est un élément essentiel de la prévention et de la lutte contre le trafic de drogues et contre le terrorisme, a-t-elle ajouté, en mettant l’accent sur l’importance de la transparence dans les actions des autorités concernées.  Soulignant le lien entre développement et sécurité, la représentante a, en outre, estimé qu’il est important de s’attaquer aux questions posées par les effets négatifs des changements climatiques et de s’engager fermement en faveur de l’état de droit et de la promotion et de la protection des droits de l’homme.


M. MAGED A. ABDELAZIZ (Égypte) a constaté que malgré la réduction notable du nombre de pays africains qui sont en proie à un conflit, nombre d’États africains n’étaient toujours pas en mesure d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, une situation à laquelle s’ajoutent les problèmes liés au terrorisme, à la piraterie et à la criminalité transnationale organisée.  Il a souligné la nécessité de rompre les liens entre Al-Qaida au Maghreb islamique et le groupe Boko Haram, grâce notamment à la mise en œuvre de mesures effectives de contrôle des frontières et à la surveillance des régions côtières, entre autres.  Il a salué les accomplissements du Plan d’action régionale de la CEDEAO en matière de lutte contre le trafic illicite de drogues mais a cependant constaté que le manque de capacités institutionnelles des pays concernés, couplé aux problèmes socioéconomiques dont ils souffrent, notamment la pauvreté et le chômage, avait eu un impact négatif sur les efforts déployés.  M. Abdelaziz a observé que l’impact des activités criminelles organisées était exacerbé par le retour d’un nombre important de travailleurs migrants et par le trafic d’armes provenant de la Libye.


Pour répondre à ces défis, le représentant a réclamé une action coordonnée aux niveaux régional et international qui prenne en considération le lien direct qui existe entre la lutte contre la criminalité transnationale organisée en Afrique de l’Ouest et au Sahel et les efforts de consolidation de la paix.  Il a également estimé qu’outre le renforcement des capacités institutionnelles des pays, il importait d’appuyer les efforts déployés par ces derniers pour répondre aux défis économiques, sociaux et humanitaires qui se posent à eux, notamment en ce qui concerne la création d’emplois destinés aux jeunes.


M. JUN YAMAZAKI (Japon) a observé que la situation dans les régions d’Afrique de l’Ouest et du Sahel avait été exacerbée par les problèmes liés à la piraterie dans le golfe de Guinée ainsi que par les retombées de la crise libyenne, sans compter les activités d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).  Il a également dit que le Japon est préoccupé par les accrochages entre les forces gouvernementales et des rebelles touaregs, ainsi que par les multiples attaques perpétrées au Nigéria par le groupe terroriste Boko Haram.  Il a prôné l’adoption d’une approche à facettes multiples qui sache appuyer les efforts nationaux en cours tout en laissant l’appropriation des politiques et des actions à mener aux mains des pays concernés.  Le représentant a par ailleurs indiqué que le Japon avait participé, en collaboration avec le PNUD, à la gestion de la lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre au Libéria, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire, et que son pays avait également appuyé les efforts de lutte contre le trafic de stupéfiants en Guinée.


M. OTHMAN JERANDI (Tunisie) a mis l’accent en particulier sur la nécessité d’une démarche holistique dans la lutte contre la criminalité transnationale organisée à tous les niveaux: national, régional ou international.  Le représentant a jugé urgent de renforcer la coopération internationale, notamment par l’identification de moyens adéquats, l’adoption d’une action multilatérale à travers des mécanismes facilitant en particulier l’entraide juridique, et la consolidation de la coopération avec la société civile.  La Tunisie, a-t-il encore souligné, partage la recommandation de la mission d’évaluation dépêchée par le Secrétaire général dans le golfe de Guinée en vue de mettre en place une stratégie globale de lutte contre la piraterie dans la région.


M. ODD BERNER MALME (Norvège) a indiqué que sa délégation appuyait le mandat de l’Équipe spéciale du système des Nations Unies sur la criminalité organisée et le trafic de drogues, créée au mois de mars par le Secrétaire général, et a indiqué que son gouvernement entendait participer au financement du lancement de ses missions.  Il a observé qu’en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, le terrorisme et la prolifération d’armes, la piraterie et un trafic de drogues en plein essor menaçaient non seulement la vie des personnes, mais également la gouvernance, la paix et la stabilité des États de la région.  Il a estimé urgent de veiller à une plus grande coordination des efforts et une meilleure coopération entre les États de la région.  Il a également appelé les gouvernements à faire preuve d’un plus grand engagement politique.  M. Malme a ajouté que les efforts déployés par l’Union africaine et la CEDEAO méritaient d’être appuyés, et qu’INTERPOL avait un rôle clef à jouer pour aider les États de la région à répondre aux menaces posées par la criminalité transnationale organisée.


M. GUILLERMO E. RISHCHYNSKI (Canada) a indiqué qu’en plus des effets du commerce des drogues illicites, sa délégation était inquiète des éventuels partenariats qui pourraient se former entre le crime organisé et les groupes terroristes.  Il a indiqué qu’une récente réunion du Groupe de travail sur le Sahel du Forum global de la lutte contre le terrorisme avait accordé beaucoup d’attention à cette menace.  Ces menaces transnationales, a-t-il ajouté, nous obligent à travailler plus efficacement multilatéralement, régionalement et bilatéralement.  M. Rishchynski a ensuite vu dans la Sierra Leone un excellent exemple de l’importance de la coopération régionale et internationale, affirmant que le pays avait fait d’admirables pas en avant dans sa lutte contre le crime transnational en mettant notamment sur pied une commission anticorruption « respectée dans le monde entier ».


Le représentant du Canada a ensuite observé que les États de la région ouest-africaine avaient une capacité de surveillance et de patrouille des frontières limitée, et que nombre d’autorités nationales ne disposaient pas des outils juridiques et techniques nécessaires pour surveiller les mouvements d’argent et prévenir le blanchiment de fonds.  Il a également indiqué que des réseaux de passage de clandestins profitaient du manque de rigueur dans le respect des exigences relatives aux visas, ce qui leur permettait d’établir des opérations en Afrique de l’Ouest.  Il a néanmoins vu dans le plan d’action régional de la CEDEAO, ainsi que dans l’Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest des mesures utiles dans l’élaboration d’une réponse véritablement régionale au crime organisé transnational.  Le représentant a engagé la CEDEAO à faire preuve d’un leadership renouvelé et a ensuite appelé le Conseil de sécurité à continuer de faire de la lutte contre le crime organisé un volet important des missions postconflit.  Enfin, M. Ryshchynski s’est inquiété des éventuelles répercussions humanitaires de la crise alimentaire et nutritionnelle qui menace le Sahel.


Mme SYLVIE LUCAS (Luxembourg) a, à son tour, estimé que si une partie de la solution est sécuritaire, une stabilisation durable de la région devra en parallèle reposer sur un développement économique et social avec un accent particulier sur l’insertion des jeunes.  C’est dans cet esprit que le Luxembourg compte poursuivre ces partenariats avec les États de la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.  La représentante a dit partager l’avis du Secrétaire général quant au besoin de renforcer la coopération internationale et d’en accroître la cohérence et la coordination.  La stratégie pour le Sahel que l’Union européenne vient d’adopter s’inscrit dans une telle approche, a-t-elle souligné. 


Elle a prôné le renouvellement du Plan d’action de la CEDEAO et a encouragé le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest à continuer de fédérer les efforts du système des Nations Unies et à établir des liens avec les importantes initiatives régionales, sous-régionales et nationales.  La Commission de consolidation de la paix a un rôle à jouer, a-t-elle estimé, en prenant pour exemple la formation Guinée qu’elle préside et qui a pu contribuer à d’importants progrès dans le domaine de la réforme de la justice et du secteur de la sécurité et de la défense.  Elle a dit espérer que la Guinée pourra prochainement contribuer à l’Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest et à la lutte contre le fléau de la criminalité transnationale organisée.  Elle s’est dite convaincue de la nécessité d’aborder les dimensions de la paix et de la sécurité, du développement et des droits de l’homme de manière intégrée et avec une attention égale.


M. ANTOINE SOMDAH (Burkina Faso) a estimé que l’insécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel, à laquelle se greffent une crise alimentaire dans la région du Sahel et la piraterie dans le golfe de Guinée, posait clairement la problématique de l’interdépendance entre sécurité et développement.  Il a indiqué que l’ordre du jour du quarantième Sommet de la CEDEAO avait été essentiellement consacré à l’insécurité dans le Sahel et à la recrudescence de la piraterie dans le golfe de Guinée.  Le représentant s’est dit convaincu que seule une coopération renforcée à l’échelle sous-régionale, régionale et internationale était à même de faire face aux activités terroristes et criminelles qui menacent la stabilité et la sécurité des États de la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.  Le Burkina Faso estime qu’autant il incombe aux États de la région d’intensifier leur coopération à plusieurs niveaux, autant il est de la responsabilité de la communauté internationale d’appuyer les efforts que déploient ces pays dans la lutte contre ces menaces « aveugles et indiscriminées », a dit M. Somdah.


M. ABDOU SALAM DIALLO (Sénégal) a souligné que la criminalité transnationale organisée est l’une des grandes préoccupations des États de l’Afrique de l’Ouest et de la bande sahélienne.  Elle représente, a-t-il dit, des menaces multiples et multiformes.  Il a ajouté que la porosité des frontières, la pauvreté et l’instabilité politique ont constitué un terreau fertile au grand banditisme dans cette partie du monde.  Si des mesures hardies ne sont pas prises, a averti le représentant, ce fléau anéantira les efforts de développement économiques en mettant en péril les équilibres nationaux et sociaux encore fragiles de plusieurs États.  Il a expliqué aussi que la criminalité transnationale organisée est alimentée par des activités comme les trafics de drogues, d’armes, d’êtres humains, ainsi que par la piraterie et le blanchiment d’argent.  La prolifération des armes légères, liée à leur coût peu élevé et à la facilité de leur usage et de leur obtention reste une préoccupation, car elle remet en cause la sécurité et le développement économique et social des pays concernés avec à la clef une escalade des conflits, un effritement des accords de paix, une intensification de la violence et une exacerbation de la criminalité.


M. Salam Diallo a révélé que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a pris diverses mesures visant à combattre ce fléau, notamment l’adoption de la Convention sur les armes légères et de petit calibre (2006); le Plan d’action régional de la CEDEAO (2008); l’harmonisation des législations pour les enquêtes et les procès; l’harmonisation des actions de luttes contre la drogue (2010), et l’adoption d’une feuille de route dite « Initiative de Dakar ».  Ceci vise à la réduction de l’offre et de la demande par la suppression du trafic illicite et le renforcement des mécanismes opérationnels de lutte par l’échange d’informations, la création de bases de données criminelles sous-régionales et l’amélioration des contrôles aux frontières.  Il a reconnu que la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée dite « Convention de Palerme » reste la principale riposte juridique internationale à ce fléau.  Enfin, M. Salam Diallo a attiré l’attention du Conseil sur le développement des actes de piraterie dans le golfe de Guinée.


M. RON PROSOR (Israël) a estimé que les réseaux criminels et terroristes en Afrique de l’Ouest n’étaient pas uniquement un problème local mais un problème international.  Il a dit que sa délégation était préoccupée par les activités du Hezbollah dans la région, car le Hezbollah, a-t-il expliqué, se servait de l’Afrique de l’Ouest comme d’une zone de transit pour acheminer de l’argent, des armes et de la drogue et créer des cellules dormantes.  Ces activités ne posent pas uniquement un danger clair et imminent pour les populations d’Afrique, car Hezbollah et ses sponsors iraniens sont une menace pour les populations innocentes du monde entier, a-t-il lancé.  Le représentant a ensuite appelé au renforcement de la coopération régionale dans les efforts de lutte contre le terrorisme et il a lancé un appel à la prévention du transfert d’armes légères et de petit calibre, notamment concernant tout équipement à double usage.


M. Prosor a poursuivi son intervention en affirmant que le développement devait être partie intégrante de toute stratégie de lutte à long terme contre le crime et le terrorisme.  Une bonne base d’action fondée sur la sécurité économique, la bonne gouvernance et la cohésion sociale prive les criminels et les terroristes de l’environnement dont ils ont besoin, s’est-il expliqué.  Il a ensuite évoqué les projets de développement mis en œuvre par Israël en Afrique.


M. AHMED OULD TEGUEDI (Mauritanie) a rappelé qu’au début des années 1990, la Mauritanie a abrité des camps de réfugiés touaregs maliens.  C’est ainsi que notre pays a subi des contraintes dues aux activités des réseaux de la criminalité organisée et a été victime d’attentats terroristes, a-t-il expliqué.  Les premiers signes de la menace remontent à 1994, année où des Salafistes, qui étaient en relation avec certains extrémistes étrangers furent arrêtés, tandis que d’autres purent s’échapper pour se réfugier au Soudan et en Afghanistan.  M. Teguedi a expliqué que ce groupe avait ressurgi en 2003 après l’occupation de l’Iraq.  Il a indiqué que le groupe AQMI en a inspiré d’autres, comme Boko Haram au Nigéria, et Al-Shabaab en Somalie.  Le représentant a ensuite souligné que la menace terroriste s’est considérablement accrue en raison de plusieurs facteurs, comme le conflit palestinien, le trafic de drogues et l’instabilité au nord du Mali. 


Le Gouvernement mauritanien est déterminé à faire face aux défis qui se posent et à placer la sécurité au centre de ses priorités, a assuré le représentant.  Il a expliqué la stratégie adoptée, qui s’articule autour de trois axes: la prévention et la sécurisation du territoire; la sensibilisation et l’éducation des populations; et le traitement des causes des mécontentements et la répression des actes de violence.  Outre la ratification des conventions et protocoles pertinents, la Mauritanie a mis en place un cadre juridique qui réprime les infractions terroristes et leur financement, a souligné M. Teguedi.  Il a aussi parlé des mesures prises au niveau régional par son pays, l’Algérie, le Mali et le Niger.  Ont ainsi été créés une Unité de fusion et de liaison qui procède à l’échange d’informations sécuritaires, un Comité d’état-major opérationnel conjoint, et un Comité technique de suivi des projets de développement.


M.GARY FRANCIS QUINLAN (Australie) a déclaré que les défis et les menaces qui se posent aux deux régions du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest nécessitaient une action internationale accrue.  Le représentant a mis l’accent sur la nécessité d’accroître les capacités des gouvernements locaux pour les aider à faire face à la criminalité transnationale organisée et au terrorisme, en renforçant les institutions nationales et en facilitant les échanges d’informations, la coordination des politiques et celle des opérations communes.  Il convient également d’appuyer les stratégies et les mécanismes régionaux en vue d’assurer la sécurité.  À cet égard, a-t-il précisé, le rôle de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est essential, de même que sont importants ceux de l’Union africaine et des Nations Unies.  Il a en outre exprimé l’appui de son pays au renforcement de la capacité du système des Nations Unies dans le domaine de la sécurité et à une présence accrue du système de l’ONU sur le terrain.  Il s’est félicité, à ce titre, de la proposition faite par le Secrétaire général d’intégrer des unités spécialisées de police dans les missions déployées par l’ONU.


M. RAFF BUKUN-OLU WOLE ONEMOLA (Nigéria) a indiqué que la criminalité transnationale organisée avait un impact délétère sur la situation socioéconomique des pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.  Les conséquences de la crise libyenne ont provoqué une multiplication des réseaux criminels, a-t-il enchainé, et il incombe au Conseil de sécurité d’accorder une attention accrue à cette situation.  Le représentant a également parlé des effets déstabilisateurs du commerce illicite d’armes légères et de petit calibre.  Il s’est par ailleurs félicité de la volonté politique forte manifestée par les États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.  M. Onemola a néanmoins insisté sur la nécessité de veiller à la bonne coordination des efforts à mener aux plans national, régional et international.  Il a également appelé à l’universalisation de la Convention de lutte contre la criminalité transnationale organisée.


Le représentant du Nigéria a ensuite indiqué que son pays avait mis sur pied une mission spéciale qui mène des patrouilles aériennes au-dessus des zones affectées par les violences, les trafics et le terrorisme, entre autres.  Il a réclamé la mise en place de nouvelles capacités pour renforcer les initiatives de la CEDEAO, et il a ensuite engagé l’ONU à aider la région d’Afrique de l’Ouest à atteindre les OMD.  Il faut mobiliser la volonté politique nécessaire et accorder davantage de ressources à la lutte contre la criminalité organisée transnationale, a-t-il insisté.


M. OUMAR DAOU (Mali) a révélé « l’intérêt croissant du Conseil pour la région du Sahel qui est confrontée à une insécurité grandissante découlant d’activités de groupes terroristes d’Al-Qaida dans le Maghreb islamique (AQMI) et de réseaux criminels se livrant à des trafics en tout genre: drogues, armes, êtres humains ».  Il a ajouté que « la criminalité transnationale organisée, le terrorisme et les activités des groupes rebelles compromettent la paix, la sécurité et la stabilité du Sahel ».  M. Daou a fait savoir que plusieurs unités des forces armées et de sécurité, ainsi que des villes et des villages maliens, font l’objet d’attaques armées revendiquées par un soi-disant « Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ».  Ces actions sont, a-t-il dit, liées directement à la crise en Lybie.  Il a expliqué que l’arrivée au Mali de plusieurs centaines d’anciens éléments de Forces armées libyennes, disposant d’un arsenal impressionnant d’armes, a radicalement modifié la nature et les objectifs de ce mouvement qui prétend lutter pour l’indépendance de l’Azawad, à travers une partition du territoire national malien. 


Les attaques perpétrées depuis le 17 janvier 2012 par le MNLA, en connexion avec des éléments d’AQMI et d’autres groupes terroristes ont été suivies de massacres et d’atrocités sur les populations civiles et les forces gouvernementales.  Pour le Mali, a ajouté M. Daou, « la situation d’agression que nous vivons aujourd’hui, avec la prolifération accrue des armes est une conséquence collatérale de la crise en Libye ».  Il a déploré que cette situation a eu également pour impact la détérioration des conditions humanitaires avec son lot de déplacés de l’intérieur et de réfugiés dans les pays voisins.  Le Mali condamne ces attaques suivies de massacres et d’atrocités sur les populations civiles et contre les forces gouvernementales.  Il invite le Conseil et la communauté internationale à condamner ces attaques qui sapent les efforts déployés par le Mali et ses partenaires techniques et financiers pour le développement économique et social des régions du nord, a souligné M. Oumar Daou.  Le Gouvernement du Mali, a-t-il fait savoir, demande que la préservation de l’intégrité territoriale du pays ainsi que sa souveraineté nationale figurent dans les déclarations finales du Conseil de sécurité.  Le Mali, a-t-il conclu, réaffirme sa volonté pour un règlement pacifique de la situation, par la voie du dialogue, dans le cadre du respect de son intégrité territoriale et de sa souveraineté.  


M. MOURAD BENMEHIDI (Algérie) a déclaré que la région du Sahel et celle de l’Afrique de l’Ouest présentent toutes les conditions de « sanctification et de développement d’un foyer régional de radicalisation et de violence terroriste ».  Cela s’opère en jonction avec les nombreux réseaux de criminalité organisée pratiquant les trafics illégaux de drogue, d’armes et d’êtres humains, a-t-il déploré.  L’Algérie, a-t-il ajouté, prône une approche orientée vers une action ciblée et efficiente basée sur l’appropriation par les pays du champ de la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, en assumant la responsabilité de la sécurité et de la stabilité dans leur espace territorial, conformément à leurs obligations internationales.  M. Benmehidi a énuméré les actions initiées par certains pays de la région pour combattre ce fléau, notamment la mise en place de mécanismes spécifiques par la création en 2010, à Tamanrasset en Algérie, du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) entre les Forces armées de l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger; la mise en place de l’Unité de fusion et de liaison (UFL) pour le partage et le traitement du renseignement, et les créneaux de coopération classique entre les services de police, les douanes et les garde-frontières. 


Il a aussi mentionné le consensus et l’engagement des pays du champ pour combattre les fléaux qui touchent la région, selon une approche intégrée poursuivant les objectifs de sécurité et de développement, lors de la Conférence d’Alger de septembre 2011.  L’Algérie, a-t-il dit, est satisfaite de l’appui fort apporté par le Conseil de sécurité dans sa déclaration présidentielle N°S/PRST/2012/2 du 3 janvier 2012 aux pays de la région.  En plus, a ajouté le représentant, l’Algérie n’a de cesse de développer des efforts pour combattre le financement du terrorisme et pour sensibiliser contre le procédé criminel des groupes terroristes consistant en la prise d’otages et leur libération en contrepartie de versements de rançons.  Cette pratique reste un défi préoccupant à relever, tant elle sert le financement et le recrutement en faveur du terrorisme, notamment en conjonction avec la criminalité organisée et les trafics illégaux en tous genres, a souligné M. Benmehidi.


M. DAFFA-ALLA ELHAG ALI OSMAN (Soudan) a déclaré que plusieurs des États de la région d’Afrique de l’Ouest et du Sahel avaient déployé des efforts considérables pour lutter contre les activités des groupes criminels transnationaux, citant l’exemple de son pays.  Le représentant a insisté sur l’importance, pour la communauté internationale, les Nations Unies et leurs partenaires, comme la Banque mondiale, de participer aux différentes initiatives, comme par exemple celle du plan d’action de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et de les soutenir.  Il a par ailleurs rappelé la plainte introduite par le Soudan au Conseil de sécurité en décembre 2011 concernant l’infiltration d’anciens membres du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), actifs au Darfour, et ayant combattu avec les forces du défunt colonel Mouammar Al-Qadhafi, et qui, a-t-il précisé, ont traversé les frontières avec leurs armes et leurs munitions pour se rendre dans le Soudan du Sud.


M. ARTHUR KAFEERO (Ouganda) a constaté que les défis rencontrés dans la lutte contre la criminalité transnationale organisée ne faisaient qu’augmenter car les réseaux criminels faisaient un usage de plus en plus fréquent de technologies de pointe en matière d’information et de communication.  Il a observé que l’Afrique de l’Ouest et le Sahel étaient un terreau fertile pour les réseaux internationaux de trafiquants qui, a-t-il indiqué, profitent des frontières poreuses de la région et du manque de capacité des forces de l’ordre de ses différents pays.  Il a averti qu’à moins d’être combattue immédiatement, cette criminalité risquait de mettre en péril la gouvernance démocratique dans la région.  M. Kafeero a réclamé la création d’un mécanisme capable de rassembler les pays concernés et les acteurs externes dans le but de trouver les solutions nécessaires et de les mettre en œuvre.  Il a également appelé au renforcement de l’appui accordé à la CEDEAO.  M. Kafeero a aussi estimé nécessaire d’intensifier les efforts de mise en œuvre des articles de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 et de la Convention contre la criminalité transnationale organisée.  Il a ensuite insisté sur l’importance d’assurer la bonne coordination des efforts aux niveaux national, sous-régional et régional.


Déclaration présidentielle


Le Conseil de sécurité ayant examiné à sa 6717e séance, le 21 février 2012, la question intitulée « Paix et sécurité en Afrique », en particulier les répercussions de la criminalité transnationale organisée sur la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, son Président a fait en son nom la déclaration suivante:


Le Conseil de sécurité réaffirme que, conformément à la Charte des Nations Unies, c’est à lui qu’incombe la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales.


Le Conseil est préoccupé par les graves menaces qui pèsent sur la sécurité et la stabilité internationales dans différentes régions du monde, en particulier en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, en raison de la criminalité transnationale organisée, y compris les trafics d’armes et de drogues, la piraterie et les vols à main armée commis en mer, et du terrorisme, qui entretient, dans certains cas, des liens de plus en plus étroits avec la criminalité transnationale organisée et le trafic de drogues dans différentes régions du monde. Il attire l’attention sur le fait que ces menaces internationales grandissantes, en particulier en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, contribuent à affaiblir la gouvernance, le développement social et économique et la stabilité, et compliquent la fourniture de l’assistance humanitaire, tout en menaçant de réduire à néant les avancées accomplies dans la région en matière de consolidation de la paix.


Le Conseil est aussi fortement préoccupé par la multiplication des actes de violence perpétrés par des groupes armés dans la région, phénomène qui est exacerbé par la prolifération d’armes provenant de la région même ou d’ailleurs, qui menace la paix, la sécurité et la stabilité des États, rappelle dans ce contexte sa résolution 2017 (2011) ainsi que ses résolutions antérieures et les déclarations de son président sur les répercussions des menaces transnationales susmentionnées et accueille favorablement les initiatives régionales, comme la Convention de la CEDEAO sur les armes légères et de petit calibre, leurs munitions et autres matériels connexes.


Le Conseil sait qu’il importe de mener une action à l’échelle de tout le système des Nations Unies afin d’apporter une réponse cohérente et coordonnée aux menaces transnationales susmentionnées, y compris par l’emploi des meilleures pratiques et l’échange des expériences positives acquises dans des initiatives pertinentes menées dans d’autres régions du monde, comme le Pacte de Paris.


Le Conseil note avec inquiétude que les menaces susmentionnées risquent de remettre en cause la sécurité des pays inscrits à son ordre du jour, notamment ceux qui sortent d’un conflit, et invite l’ONU et les États Membres à coordonner leurs mesures de lutte contre ces menaces. Il encourage les efforts internationaux de renforcement des capacités à long terme et les initiatives régionales. À cet égard, il salue l’important travail accompli par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime et invite le Directeur exécutif de l’Office à continuer d’aider les États de la région, en collaboration avec les autres entités compétentes des Nations Unies, et demande à l’Office de lui faire rapport selon qu’il conviendra.


Le Conseil incite les États qui ne l’ont pas encore fait à ratifier ou appliquer les conventions internationales pertinentes, comme la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 telle que modifiée par le Protocole de 1972, la Convention de 1971 sur les substances psychotropes, la Convention des Nations Unies de 1988 contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, la Convention des Nations Unies de 2000 contre la criminalité transnationale organisée et ses Protocoles, et la Convention des Nations Unies de 2003 contre la corruption.


Le Conseil prend note du concours apporté par les acteurs bilatéraux et multilatéraux, notamment l’Union européenne, l’Union africaine et la CEDEAO, à la lutte contre la criminalité transnationale organisée et invite la communauté internationale et les organismes des Nations Unies à renforcer leur coopération avec les organisations internationales et les initiatives telles que la Conférence ministérielle de Bamako sur l’impunité et les droits de l’homme en Afrique de l’Ouest, la Conférence ministérielle des États africains riverains de l’Atlantique, la Conférence du G-8 sur le trafic transatlantique de la cocaïne, tenue à Paris, et le Symposium transatlantique sur le démantèlement des réseaux transnationaux illicites.


Le Conseil rend hommage aux États et aux dirigeants de l’Afrique de l’Ouest et de la région du Sahel pour les initiatives et les mesures importantes qu’ils ont adoptées, à l’échelle nationale et régionale, en vue de contrer la menace que représente le crime organisé dans leur région. Il prie instamment les États de la région de soutenir le Plan d’action de l’Union africaine sur la lutte contre la drogue et la prévention du crime (2007-2012) et le Plan d’action régional de la CEDEAO visant à lutter contre les problèmes de plus en plus graves du trafic de drogues, de la criminalité organisée et de la toxicomanie en Afrique de l’Ouest (2008-2011) et de reconduire le Plan d’action de la CEDEAO au-delà de 2012. Il les engage aussi à appuyer l’Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest. Il prie la communauté internationale de continuer à s’associer à ces activités, notamment le contrôle des frontières.


Le Conseil réaffirme son attachement au droit international et à la Charte des Nations Unies, de même qu’à un ordre international fondé sur l’état de droit et le droit international, qui doit sous-tendre la coopération entre les États dans la lutte contre ces problèmes communs, contribuant ainsi au maintien de la paix et de la sécurité internationales.  À cet égard, il souligne la nécessité d’appliquer les accords internationaux pertinents et de renforcer la coopération internationale, régionale et transnationale, notamment pour donner aux institutions judiciaires et aux organes de sécurité les moyens de mener des enquêtes et de traduire en justice, selon qu’il conviendra, les personnes et entités responsables de ces crimes.


Le Conseil invite le Secrétaire général à prendre en compte ces menaces dans les stratégies de prévention des conflits, l’analyse des conflits, l’évaluation et la planification intégrées des missions et l’appui à la consolidation de la paix, et à envisager de présenter dans ses rapports, une analyse sur le rôle joué par ces menaces dans les situations inscrites à son ordre du jour aux fins de renforcer les activités coordonnées et complémentaires menées par les organismes compétents des Nations Unies, et lui demande de le saisir de recommandations précises sur les moyens par lesquels le Conseil pourrait s’attaquer au problème du crime organisé et en particulier du trafic de stupéfiants en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, en tenant compte des vues des États Membres, des expériences récentes menées sur le terrain et de la teneur de la présente déclaration.


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