14/06/2012
Assemblée générale
AG/COL/3238

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Comité spécial chargé d’étudier la situation

en ce qui concerne l’application de la Déclaration

sur l’octroi de l’indépendance aux pays

et aux peuples coloniaux

Reprise de session

4e séance – après-midi


LE COMITÉ SPÉCIAL DE LA DÉCOLONISATION EXHORTE L’ARGENTINE ET LE ROYAUME-UNI

À REPRENDRE DES NÉGOCIATIONS SUR LA QUESTION DES ÎLES FALKLAND (MALVINAS)


La Présidente de l’Argentine, Mme Cristina Fernández de Kirchner,

appelle le Royaume-Uni à reprendre le dialogue sur cette question


Le Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux a, aujourd’hui, aux termes d’une résolution adoptée par consensus et sans vote par ses membres, prié1 les Gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni de reprendre leurs négociations afin de trouver une solution pacifique au conflit de souveraineté sur les Îles Falkland (Malvinas), conformément aux résolutions pertinentes de l’Assemblée générale.


Par ce texte, le Comité, dit « Comité spécial des Vingt-Quatre », déploreque, malgré le large appui international en faveur de négociations entre les Gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni portant sur tous les aspects relatifs à l’avenir des îles Falkland (Malvinas), l’application des résolutions de l’Assemblée générale sur cette question n’ait pas encore commencé.


Au cours de l’examen de la « Question des îles Falkland (Malvinas) », le Comité des Vingt-Quatre a entendu les interventions d’une dizaine de délégations dont celle de la Présidente de l’Argentine, Mme Cristina Fernández de Kirchner, qui a exhorté le Royaume-Uni à « revenir à la table des négociations en toute bonne foi pour surmonter ensemble des préjugés et des clichés qui ne sont plus de mise dans le monde d’aujourd’hui ».


Après avoir déclaré que dans le différend actuel, l’histoire et la géographie plaidaient en faveur de l’Argentine, Mme Fernández de Kirchner a évoqué une proposition faite par le Royaume-Uni en 1974 dans laquelle le Gouvernement britannique suggérait que les pavillons britannique et argentin flottent ensemble sur ces îles, que les deux langues, l’espagnol et l’anglais, en soient les langues officielles, que les habitants des îles aient la double nationalité –britannique et argentine- et qu’un gouverneur soit nommé à tour de rôle par la Souveraine du Royaume-Uni et le Président de l’Argentine.  « Régler la question des îles Malvinas », a dit Mme Fernández de Kirchner, est un défi qui se pose à nous tous, aussi bien aux organisations multilatérales qu’aux gouvernements.


Au cours du débat sur la situation des îles Falkland (Malvinas), les représentants de l’Assemblée législative de ce territoire non autonome, MM. Roger Edwards et Michaël Summers, qui intervenaient en tant que pétitionnaires, ont déclaré que « les îles Falkland n’avaient jamais fait partie de l’Argentine et qu’aucune population autochtone n’en avait jamais été expulsée ».  M. Summers a affirmé que le Royaume-Uni « s’est installé dans les îles Falkland en 1766, bien avant la naissance de l’Argentine en 1833 ».  Il a demandé aux Argentins d’expliquer pourquoi les habitants des « Falkland » d’origine britannique y seraient une population implantée tandis que les Argentins ne le seraient pas.


M. Marcelo Luis Vernet, intervenant en tant que pétitionnaire des « îles Malvinas », a rappelé que ses ancêtres argentins sont arrivés sur ces îles en 1824 et a précisé qu’un décret du 5 janvier 1828 a accordé à son ancêtre l’île de Soledad.  Sur le même ton, M. Alejandro Jacobo Betts, lui aussi pétitionnaire des « îles Malvinas », qui réside actuellement en Argentine, a indiqué que de nombreux natifs des îles, comme lui-même, en avaient été chassés par le Royaume-Uni.  Soulignant que plusieurs générations de sa famille étaient nées et avaient habité dans ces îles, il a revendiqué la souveraineté argentine sur l’archipel et dénoncé l’occupation coloniale britannique tout en fustigeant le Royaume-Uni qui « manipule les données démographiques des îles Malvinas à sa guise et pour ses intérêts ».  « Si je voudrais revenir dans ces îles, où je suis né, et où j’ai vécu pendant 34 ans, je ne pourrais y jouir de mon droit de vote du fait des règlements imposés par la puissance coloniale », a-t-il dit, avant d’estimer que seule la puissance militaire du Royaume-Uni lui permettait de maintenir unilatéralement une situation injuste et unilatérale dans l’Atlantique Sud.


La plupart des intervenants, dont le Vice-Ministre des affaires étrangères du Chili, M. Fernando Schmidt, et la Sous-Secrétaire générale aux affaires politiques du Ministère des affaires extérieures du Brésil, Mme Vera Lucia Machado ont apporté l’appui de leurs pays à la revendication de souveraineté inaliénable et imprescriptible de l’Argentine sur les îles Falkland (Malvinas), les îles Sandwich du Sud, et les îles de Géorgie du Sud, ainsi que sur les zones maritimes adjacentes.  Le représentant de la Fédération de Russie a indiqué que son pays espère que les parties éviteront la militarisation de l’Atlantique Sud et respecteront le Traité de Tlatelolco, qui établit une zone exempte d’armes nucléaires en Amérique latine et dans les Caraïbes. 


Les îles Falkland (Malvinas), territoire non autonome administré par le Royaume-Uni, comprennent deux grandes îles, « East Falkland » et « West Falkland », et des centaines de petites îles et îlots, pour une superficie totale d’environ 12 173 kilomètres carrés.  Ce territoire est situé dans l’Atlantique Sud, à environ 770 kilomètres au nord-est du cap Horn et 480 kilomètres à l’est de la côte sud-américaine.  Selon le dernier recensement (2006) dont les résultats ne font pas l’unanimité, la population des îles Falkland (Malvinas) s’élève à 2 478 habitants.


Pour l’examen de cette question, les délégations étaient saisies d’un document de travail préparé par le Secrétariat sur les îles Falkland (Malvinas)**.  Ce rapport indique qu’en 2011 et 2012, l’Argentine et le Royaume-Uni ont réaffirmé leurs positions respectives au sujet de différents aspects constitutionnels, militaires et économiques du conflit de souveraineté sur le territoire.  Si l’Argentine a dénoncé ce qu’elle a appelé la « militarisation de l’Atlantique Sud » par le Royaume- Uni, le Royaume-Uni pour sa part a indiqué que son dispositif militaire sur les îles avait « pour seul but de protéger le droit qu’a la population des îles de déterminer librement son avenir politique, culturel et économique ».


Le Comité spécial des Vingt-Quatre reprendra ses travaux demain vendredi, le 15 juin, à 10 heures.  


* A/AC.109/2012/L.6

** A/AC.109/2012/12

QUESTION DES ÎLES FALKLAND(MALVINAS) (A/AC.109/2012/12 et A/AC.109/2012/L.6)


Document de travail préparé par le Secrétariat sur les îles Falkland (Malvinas) (A/AC.109/2012/12)


Les îles Falkland(Malvinas) sont un territoire non autonome, administré par le Royaume-Uni, situé dans l’Atlantique Sud, mais dont la souveraineté fait l’objet d’un différend entre le Gouvernement argentin et le Gouvernement britannique.  La Constitution approuvée en 2008 et entrée en vigueur le 1er janvier 2009 (décret no 2846) est contestée par l’Argentine (voir A/63/542, annexe I).  Au cours de l’année 2011 et début 2012, l’Argentine et le Royaume-Uni ont réaffirmé leurs positions respectives au sujet de différents aspects constitutionnels, militaires et économiques du conflit de souveraineté sur le territoire, notamment par le biais d’observations écrites.


L’Argentine a publié un communiqué de presse le 10 juin 2011, à l’occasion de la « Journée d’affirmation des droits de l’Argentine sur les îles Malvinas » et d’autres zones, et un autre le 3 janvier 2012, « à l’occasion de l’anniversaire de l’occupation illégitime des îles Malvinas par le Royaume-Uni », et s’est adressée aux médias.  Le Royaume-Uni a de son côté adressé des observations écrites à l’Organisation des Nations Unies pour rejeter les revendications de nature territoriale ou autres de l’Argentine (voir A/AC.109/2012/12, A/66/653, annexe, et A/66/677, annexe).


Le 10 février 2012, le Secrétaire général s’est entretenu avec le Ministre argentin des affaires étrangères, M. Héctor Timerman, au sujet d’événements récents liés aux îles Falkland(Malvinas).  Le Ministre a, entre autres, dénoncé ce qu’il a appelé la « militarisation de l’Atlantique Sud » par le Royaume-Uni, et sollicité l’appui du Secrétaire général pour l’instauration d’un dialogue dans le cadre de ses bons offices.  Le Secrétaire général a fait part de sa préoccupation devant les échanges de plus en plus vifs entre les Gouvernements argentin et britannique sur la question.  Il a dit espérer que les Gouvernements argentin et britannique sauraient éviter l’escalade et résoudre leurs différends de manière pacifique, par la voie du dialogue.  Il a rappelé que ses bons offices restaient disponibles pour la résolution de ce conflit si les deux pays en faisaient la demande.


Le Ministre argentin des affaires étrangères a protesté de la même manière lors de rencontres avec les Présidents du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale, respectivement, et a par la suite adressé un courrier au Président de l’Assemblée générale dans lequel il était indiqué que « l’Argentine avait été contrainte d’alerter la communauté internationale, par l’intermédiaire des organes principaux de l’Organisation des Nations Unies, face à la militarisation croissante, par les autorités britanniques, des îles Malvinas et des îles de Géorgie du Sud et Sandwich du Sud, ainsi que des espaces maritimes environnants ».


Le Représentant permanent du Royaume-Uni auprès des Nations Unies, M. Mark Lyall Grant, a pour sa part indiqué, lors d’une conférence de presse tenue le même jour, que les accusations de l’Argentine étaient « manifestement absurdes ». Le 22 février 2012, le Royaume-Uni a adressé au Secrétaire général un courrier indiquant que le dispositif militaire du Royaume-Uni sur les îles Falkland n’avait « pas changé » et avait « pour seul but de protéger le droit qu’a la population des îles Falkland de déterminer librement son avenir politique, culturel et économique ».  Les accusations sont « dénuées de tout fondement » et « jettent le doute sur le niveau de preuve que la République argentine appliquait à toutes ses déclarations politiques », a affirmé le Royaume-Uni.  Le Royaume-Uni a affirmé qu’il n’y aurait de « négociations sur la souveraineté des îles Falkland que lorsque les habitants des îles en auront décidé ainsi eux-mêmes » (voir A/66/706, annexe).


En outre, selon la Puissance administrante, les îles Falkland(Malvinas) s’efforcent de respecter un certain nombre de traités et conventions relatifs à l’environnement.  De son côté, l’Argentine a rejeté l’application territoriale de ces traités et conventions par le Royaume-Uni, au motif que le territoire et les espaces maritimes environnants font partie intégrante du territoire argentin.  En 2011, des projets environnementaux concernant la protection des pingouins, l’éradication des rats et la création de zones protégées ont été mis sur pied, conformément à des engagements internationaux.  L’Argentine les a formellement contestés en septembre 2011.  La prospection de gisements d’hydrocarbures sous-marins a continué en 2011, sur fond de protestations de l’Argentine, d’autres États Membres et d’organisations régionales.


Au cours de réunions tenues en 2011, différentes instances intergouvernementales, y compris des organisations régionales et sous-régionales, se sont penchées sur la question des îles Falkland(Malvinas) et ont réaffirmé, notamment, qu’il fallait que l’Argentine et le Royaume-Uni reprennent les négociations pour parvenir à un règlement pacifique du différend.  Certaines de ces organisations ont dénoncé les activités pétrolières et militaires menées par le Royaume-Uni qui ont été évoquées plus haut.  Par ailleurs, plusieurs des instances susmentionnées, parmi lesquelles la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes et l’UNASUR (Union des nations de l’Amérique du Sud), ont demandé au Secrétaire général de reprendre sa mission de bons offices sur la question.  Comme le fait observer la Puissance administrante, le Royaume-Uni n’est membre d’aucune des organisations susmentionnées, à l’exception de l’Union européenne, et n’a été représenté à aucune des réunions évoquées, à l’exception de celle de l’Organisation des États américains, où il a le statut d’observateur.  Le Royaume-Uni a, entre autres, réaffirmé qu’il ne saurait y avoir de négociations sur la souveraineté des îles Falkland tant que leurs habitants n’en exprimeraient pas le souhait et que le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sous-tendait sa position sur les îles.


Comme il ressort du procès-verbal de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale (A/66/PV.11), la Présidente de la République argentine, Mme Cristina Fernández de Kirchner, a notamment déclaré à propos des îles Malvinas, dans son intervention du 21 septembre 2011, que 10 résolutions de l’Assemblée générale, 29 résolutions du Comité spécial de la décolonisation, 11 résolutions et 8 déclarations de l’Organisation des États américains, ainsi que les résolutions adoptées par différentes instances –les forums ibéro-américains, l’UNASUR, le MERCOSUR (Marché commun du Sud), des réunions d’États arabes et africains– avaient demandé que la question de la souveraineté soit examinée.  La Présidente de l’Argentine a ajouté que le Royaume-Uni avait systématiquement refusé de le faire et clairement utilisé à cette fin son statut de membre du Conseil de sécurité disposant du droit de veto.  L’Argentine patientera pendant une période raisonnable mais, si rien ne se produisait, elle serait contrainte d’envisager une révision des accords provisoires toujours en vigueur entre les deux pays, en particulier la déclaration commune et l’échange de lettres du 14 juillet 1999 concernant la liaison hebdomadaire par la compagnie aérienne Lan Chile entre Punta Arenas (Chili) et les îles Malvinas, a indiqué la Présidente.  L’Argentine n’a pas l’intention d’aggraver la situation pour aucune partie, mais considère qu’il est juste que l’Assemblée générale et le Royaume-Uni reconnaissent que les résolutions devraient être respectées, a souligné Mme Fernández de Kirchner.  Enfin, la Présidente de la République argentine a appelé à l’ouverture d’un dialogue avec le Royaume-Uni et entre tous les Membres de l’Assemblée générale sur la question. Le Gouvernement argentin continue de plaider résolument pour le droit à l’autodétermination, dans tous les cas où il s’applique; cependant, ce droit ne s’applique pas au cas des îles, puisque leurs habitants actuels sont des sujets britanniques et non pas un peuple colonisé.


Dans les vœux qu’il a adressés aux habitants du territoire pour l’année 2012, le Premier Ministre britannique, M. David Cameron, a réaffirmé les engagements de son pays à leur égard: « le Gouvernement argentin continue de faire des déclarations qui menacent votre droit à l’autodétermination, ce que nous ne pouvons tolérer.  Je tiens à être parfaitement clair.  Comme nous nous y sommes engagés, nous nous tiendrons résolument à vos côtés pour tout ce qui concerne la souveraineté.  Votre droit à l’autodétermination est le pivot de notre politique. Nous ne conduirons de négociations sur la souveraineté des îles Falkland que si vous, leurs habitants, le souhaitez.  Il ne saurait en être autrement dans une démocratie », a estimé M. Cameron


Le Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux a examiné la question des îles Falkland(Malvinas) à ses sixième et septième séances, le 21 juin 2011 (voir A/AC.109/2011/SR.6 et 7).  Dans la résolution adoptée, il a réaffirmé que le moyen de mettre fin à la situation coloniale particulière propre aux îles Falkland(Malvinas) était un règlement négocié du conflit, conformément aux résolutions pertinentes de l’Assemblée générale.  En application de la résolution 58/316 du 1er juillet 2004, l’Assemblée générale a décidé que le point « Question des îles Falkland(Malvinas) » resterait inscrit à son ordre du jour de façon à pouvoir être examiné sur notification d’un État Membre.  Au moment de la publication du présent document de travail (8 mars 2012), l’Assemblée générale n’a reçu de notification d’aucun État Membre.


Déclarations


M. ROGER EDWARDS, Pétitionnaire de l’« Assemblée législative des îles Falkland », a déclaré que « la dictature argentine est tombée après l’invasion ratée des îles Falkland, ce qui a permis l’avènement de la démocratie argentine ».  Il a traité d’« hypocrite » le nouveau Gouvernement argentin qui estime que le Royaume-Uni ne respecte pas les résolutions de l’Assemblée générale « alors que c’est l’Argentine qui ne respecte pas les principes de la Charte des Nations Unies et de l’autodétermination ».  Le pétitionnaire a déclaré que l’Argentine interdit les vols aériens en direction des « îles Falkland » et menace de bloquer les navires se rendant aux « îles Falkland » pour nuire à leur économie, et notamment aux secteurs de la pêche et du tourisme.  Depuis l’éviction des troupes argentines par les forces du Royaume-Uni en 1982, nous aspirons à notre autonomie, et tout ce que nous demandons, « c’est de pouvoir décider de notre avenir sans subir les tactiques belligérantes de l’Argentine », a dit M. Edwards.  Il a invité le Comité des Vingt-Quatre à venir se rendre compte sur place du développement et de la réalité des « îles Falkland ».  Il a estimé que le principe de l’intégrité territoriale « n’existait pas en 1833 » et que l’Argentine ne pouvait donc pas s’en prévaloir pour soutenir le retour des îles sous sa souveraineté.  Il a ajouté que ces îles « n’ont jamais fait partie de l’Argentine et qu’aucune population autochtone n’en a jamais été expulsée », contrairement à ce qui a été le cas en Argentine.  Il a déclaré que l’Argentine n’a soumis qu’une seule plainte entre 1850 et 1945 et que « cette question a été résolue depuis 162 ans ».  Il a insisté que ni l’histoire ni les principes modernes de la Charte ne viennent en appui aux revendications de l’Argentine.  Il a rappelé que « la population des îles Falkland a annoncé le 12 juin dernier sa volonté de se prononcer par référendum en 2013 sur la voie à suivre, dans la plus grande transparence ».


M. MICHAEL SUMMERS, membre de l’« Assemblée législative des îles Falkland », a exhorté le Comité « à respecter le droit fondamental de la population des îles Falkland à l’autodétermination ».  Les habitants des îles Falkland y sont venus librement « en provenance de toutes les régions du monde », a-t-il dit.  « Le niveau de notre PIB est proche de celui des pays occidentaux », s’est-il félicité. Mais notre isolement relatif est aggravé par les tentatives de l’Argentine d’étouffer notre économie, a-t-il dit.  Nous ne payons aucun impôt au Royaume-Uni, et nous émettons nous-mêmes des licences de pêche et d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures, qui sont des ressources qui appartiennent au peuple des îles Falkland et non au Royaume-Uni, a dit le pétitionnaire.  Les îles sont notre pays, et nous avons une constitution écrite, dont la dernière modification remonte à 2009 et confirme notre statut postcolonial, a dit M. Summers.  Les droits et libertés de la population, qui est d’environ 3 000 personnes, sont respectés eu égard aux conventions et textes pertinents, a poursuivi le pétitionnaire.  Il a dit que l’Argentine base ses revendications sur une distorsion de l’histoire, « dont fait partie le mythe de l’expulsion de la population argentine en 1833 ».  Le Royaume-Uni s’est installé aux « îles Falkland » en 1766, c’est-à-dire bien avant la naissance de l’Argentine en 1833, a argué le pétitionnaire.  « Il faudra que les Argentins nous expliquent pourquoi nous serions une population implantée, tandis qu’eux ne le seraient pas sur le continent sud-américain », a-t-il insisté, en rejetant « la volonté de l’Argentine de vouloir recoloniser les îles Falkland au mépris du droit international et de la volonté des populations locales ».  Parodiant une citation de Winston Churchill, le pétitionnaire a dit que « le courage c’est se lever et parler », mais c’est aussi « de se lever et savoir écouter » avant d’appeler les représentants de l’Argentine à venir s’asseoir à une table de discussion avec ceux des « îles Falkland ».


M. ALEJANDRO JACOBO BETTS, Pétitionnaire des « îles Malvinas », a indiqué qu’il déplorait, une fois de plus, la non-exécution, par le Royaume-Uni, des résolutions des Nations Unies sur les « îles Malvinas ».  M. Betts a déclaré qu’il est nécessaire de trouver une solution définitive à la question de souveraineté des îles, à la recherche de laquelle « le Royaume-Uni ne veut pas non plus contribuer ».  Dans le différend de souveraineté sur les « îles Malvinas », il n’y a que deux parties et non trois, a dit le pétitionnaire.  Indiquant qu’il est un natif des îles, et que plusieurs générations de sa famille y ont vécu, M. Betts a accusé le Royaume-Uni et les pétitionnaires qui l’ont précédé de répandre de fausses informations quand ils prétendent que les « îles Malvinas » n’étaient pas peuplées avant que l’actuelle puissance administrante ne s’en empare par la force.  Il a ensuite dénoncé la manipulation, par le Royaume-Uni, des résolutions des Nations Unies, et notamment celle du concept du droit à l’autodétermination.  Puis, il a dénoncé les récents recensements de population effectués par le Royaume-Uni qui visent à favoriser le peuplement d’origine britannique des îles, et qui, en définitive, ont pour objectif d’asseoir la légitimité britannique sur les « îles Malvinas ».  Ces actions, qui sont menées pour contrer l’Argentine, exigent la soumission absolue des habitants des « îles Malvinas » au désir du Royaume-Uni.  « Nous sommes en présence d’un acte de colonisation totalitaire dans les îles Malvinas », a-t-il dénoncé.


M. Betts a déclaré: « qu’il n’existe pas de gouvernement libre et démocratique aux Malvinas.  Toutes les actions du soi-disant gouverneur se font au nom de la Reine d’Angleterre.  L’exécutif actuel a été imposé de l’extérieur et n’est pas issu d’une quelconque volonté populaire.  La population d’origine britannique des îles est victime d’un conflit qui la dépasse », a déploré le pétitionnaire.  Le Royaume-Uni sait qu’il n’a aucune légitimité sur les îles, a-t-il renchéri.  Son seul avantage reste l’usage qu’il a toujours fait de la force militaire.  L’escalade de la militarisation des îles Malvinas et de l’Atlantique Sud par les Britanniques préoccupe les pays de la région qui rejettent cette présence militaire, a dit M. Betts.  L’intensification des activités militaires, qui accompagnent le renforcement des troupes britanniques, est une violation des résolutions des Nations Unies et menace la sécurité de la région.  « À cela, il faut ajouter l’exploitation des richesses naturelles des îles et de la région.  L’occupation illégitime des « îles Malvinas » continue et s’accélère », a accusé M. Betts.  « La souveraineté argentine sur les « îles Malvinas » s’appuie sur le droit international et est appuyée par de nombreux pays, notamment ceux de la région d’Amérique latine », a-t-il conclu.


M. LUIS VERNET, écrivain pétitionnaire argentin, a relaté l’histoire de l’installation de sa famille dans les « îles Malvinas » depuis le 19 juin 1828, date à laquelle son arrière-arrière grand-père, Luis Vernet, a été désigné par le Gouvernement de Buenos Aires comme premier Commandeur politique et militaire de l’archipel des îles et comme quatrième Représentant de l’autorité argentine depuis l’établissement du premier Gouvernement indépendant argentin en 1810.  Vingt-trois autres familles argentines avaient fait le même déplacement ce jour là, accompagnant la famille du Gouverneur désigné et s’installant sur les îles, a précisé le pétitionnaire.  Cet acte marquait une association des peuples d’Amérique latine qui avaient trouvé un foyer sur ce continent.  Ces gens avaient créé un pays, trouvé un travail, une économie basée sur l’élevage, la pêche et l’agriculture.  Aux Malvinas, en cette année 1828, la population s’était réunie pour la célébration de la Journée de Santa Rosa de Lima.  Les îles étaient parées aux couleurs de l’Argentine et la population cria: « Viva Argentina! ».  Nous apportons ce témoignage en signe de paix, et il fait contraste à ce que prétend la présence britannique aux îles Malvinas, a indiqué M. Vernet.  Il a émis le vœu de voir s’instaurer un dialogue fructueux entre le Gouvernement de l’Argentine et celui du Royaume-Uni pour trouver une solution au conflit actuel.


Présentation de la résolution « Questions des îles Falkland (Malvinas) ( A/AC.109/2012/L.6)


Présentant le projet de résolution intitulé « Question des îles Falkland (Malvinas) » parrainé par la Bolivie, le Chili, Cuba, l’Équateur, le Nicaragua et le Venezuela, M. FERNANDO SCHMIDT, Vice-Ministredes affaires étrangères du Chili, a indiqué que ce texte reconnaissait l’existence d’un différend de souveraineté entre l’Argentine et le Royaume-Uni.  Il a ajouté que le règlement pacifique et négocié du conflit de souveraineté entre les Gouvernements de la République argentine et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord est le moyen qui permettrait de mettre fin à la situation coloniale particulière propre aux îles Falkland (Malvinas).  Il a rappelé que les pays d’Amérique latine et des Caraïbes réunis à Caracas, au Venezuela, le 3 décembre 2011, dans le cadre du Sommet du CELAC, ont réitéré leur appui sans réserve aux droits de l’Argentine dans son différend sur les îles Malvinas et l’intérêt permanent des pays de la région, qui sont d’avis que le Royaume-Uni doit reprendre les négociations.  Il a rappelé que la résolution 31/49 de l’Assemblée générale exhorte les États à s’abstenir de prendre toute mesure unilatérale tant que le cas des îles n’a pas été examiné à travers le processus recommandé par l’Assemblée générale.  M. Schmidt a indiqué que son pays soutenait les droits légitimes de l’Argentine sur les îles Malvinas tout en priant les Gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni de reprendre leurs négociations, ceci afin de trouver une solution pacifique au conflit de souveraineté qui existe sur les îles Malvinas, conformément aux dispositions des résolutions pertinentes.  Alors que nous fêtons en 2012 le trentième anniversaire de la fin de la guerre des Malvinas, il est plus urgent que jamais aujourd’hui de régler cette question, a-t-il insisté.


Suite des déclarations


Mme CRISTINA FERNANDEZ DE KIRCHNER, Présidente de la République de l’Argentine, a rappelé que 80 ex-colonies ont pu être décolonisées depuis la création du Comité des Vingt-Quatre et a souhaité que les 16 derniers territoires non autonomes le soient aussi rapidement que possible. Indiquant qu’elle était accompagnée de représentants de tous les partis politiques argentins, dont ceux de l’opposition, Mme Fernández de Kirchner a indiqué que cette question dépassait les clivages politiques qui peuvent exister en Argentine.  Elle a indiqué avoir demandé au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de donner la possibilité aux mères qui ont perdu leurs fils durant le conflit des îles Malvinas de pouvoir retrouver les tombes de leurs fils et de pouvoir s’y recueillir.


Elle a fustigé le déni historique qu’accomplit le Royaume-Uni, en rappelant que l’Argentine a vu une partie de son territoire lui être dérobée il y a 180 années.  Nous avons été dépossédés de ce qui était à nous lorsque le capitaine Piñedo a dû abandonner les îles Malvinas parce qu’il était menacé par une corvette anglaise lourdement armée, a dit la Présidente de l’Argentine.  Elle a indiqué qu’après deux tentatives d’invasion de Buenos Aires en 1806 et 1807, le Royaume-Uni a occupé les îles Malvinas par la force après avoir chassé la population argentine de ces îles en 1833.


Si l’histoire ne suffit pas, voyons la géographie, a poursuivi la Présidente de l’Argentine, en se demandant comment le Royaume-Uni pouvait prétendre légitimement dominer ou posséder des îles qui se trouvent à 14 000 kilomètres de Londres.  Rappelant que les « îles Malvinas » ne se trouvent qu’à 700 km de l’Argentine, Mme Fernández de Kirchner a indiqué que les oiseaux migrateurs se déplacent des Malvinas vers l’Argentine, mais pas vers Londres.  Elle a rappelé que l’adoption de 11 résolutions par l’Assemblée générale et de 29 par le Comité spécial des Vingt-Quatre après le conflit de 1982 atteste de l’urgence de régler ce différend pour que soient respectés le droit international et les principes du droit à l’autodétermination. 


Elle a cité la proposition faite par le Royaume-Uni en 1974, dans laquelle le Gouvernement britannique suggérait que les pavillons britannique et argentin flottent ensemble sur les îles; que les deux langues, l’espagnol et l’anglais, en soient les langues officielles; que les habitants aient la double nationalité, et qu’un gouverneur soit nommé à tour de rôle par la Souveraine du Royaume-Uni et le Président de l’Argentine. 


Ce dont nous parlons aujourd’hui n’est pas une question bilatérale, mais une question mondiale, car les organisations multilatérales ont des normes différentes selon que l’on s’adresse à un pays qui est un membre du Conseil de sécurité ou ne l’est pas, a ironisé Mme Fernández de Kirchner.  C’est parce que le Royaume-Uni est membre du Conseil de sécurité qu’il se permet de ne pas respecter les résolutions des Nations Unies au sujet des îles Malvinas, a accusé la Présidente de l’Argentine, en souhaitant au monde de disposer d’un organisme multilatéral qui soit capable d’appliquer la Charte de l’ONU et les résolutions de l’Assemblée générale de manière réellement impartiale.  Elle a regretté que le Royaume-Uni, en raison des privilèges dont il jouit en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, puisse croire que le conflit militaire de 1982 l’exonèrerait de ses responsabilités au regard du droit international.  C’est un défi qui se pose à nous, aux organisations multilatérales et aux gouvernements.  Nous devons tous aller au-delà de nos préjugés et clichés qui n’ont plus de mise dans le contexte international et humain actuel, car le monde et ses protagonistes ont changé, a-t-elle souligné.  Elle a exhorté le Royaume-Uni à revenir à la table des négociations en toute bonne foi en estimant que le nouveau monde dans lequel nous vivons, personne et aucun État ne peut agir seul et imposer son point de vue et ses intérêts sans tenir compte des besoins des autres.   


M. JORGE VALERO BRICEÑO (Venezuela) a dénoncé le règne de la force dans les relations internationales qui se manifeste notamment dans le traitement de la question des îles Malvinas.  Il a aussi déclaré que la population actuellement présente dans les îles Malvinas est une population étrangère implantée là par les forces de l’Empire britannique.  Il existe de nombreuses résolutions des Nations Unies, de l’Organisation des États américains (OEA) et d’autres organisations régionales qui appellent à une solution urgente sur cette question, qui est un problème de violation de souveraineté, a souligné M. Valero Briceño


M. PEDRO NÚÑEZ MOSQUERA (Cuba) a déclaré que Cuba appuie le point de vue et la proposition de l’Argentine tels que présentés par la Présidente argentine, Mme Christina Fernández de Kirchner, qui a clairement indiqué que la question des Malvinas doit être résolue par le dialogue et la négociation.  En outre, Cuba invite le Royaume-Uni à répondre positivement à cette invitation au dialogue.  Cuba demande, par ailleurs, à faire de la zone de l’Atlantique Sud une « zone de paix » et invite au passage tous les États à respecter le Traité de Tlatelolco qui interdit la prolifération des armes nucléaires en Amérique latine et fait de cette région une zone exempte d’armes nucléaires.


M. VITALY L. CHURKIN (Fédération de Russie) s’est félicité de la volonté de l’Argentine de reprendre les négociations bilatérales.  Il a indiqué que la Fédération de Russie espérait que les parties éviteront la militarisation de l’Atlantique Sud et respecteront le Traité de Tlatelolco établissant une zone exempte d’armes nucléaires en Amérique latine et dans les Caraïbes. 


En sa qualité d’Observatrice, Mme VERA LUCIO MACHADO, Sous-Secrétaire générale aux affaires politiques au Ministère des affaires étrangères du Brésil, a regretté qu’en dépit des nombreux appels lancés par l’Assemblée générale, les négociations diplomatiques n’ont pas pu évoluer, et ce, malgré une attitude constructive de l’Argentine.  Elle a indiqué que le Brésil apportait son appui à l’Argentine pour l’exercice de ses droits légitimes dans le différend de souveraineté sur les îles Malvinas.  Elle a dit que les  exercices militaires menés par le Royaume-Uni dans l’Atlantique Sud violent les résolutions des Nations Unies, notamment la résolution 3149 de l’Assemblée générale.  Mme Lucio a apporté l’appui résolu du Brésil au Secrétaire général pour la mission de bons offices qu’il effectue afin d’aider les parties à répondre à la demande formulée par l’Assemblée générale dans ses résolutions relatives à la question des îles Falkland (Malvinas).


M. WANG MIN (Chine) a déclaré que la position de son pays reste cohérente.  La Chine veut que les parties respectent les résolutions pertinentes des Nations Unies pour une solution équitable et durable de la question dont le Comité spécial des Vingt-Quatre est aujourd’hui saisi.


Mme MARIA RUBIALES DE CHAMORO (Nicaragua) a réaffirmé la nécessité de mettre en œuvre les résolutions des Nations Unies appelant à un règlement pacifique de la question des « îles Malvinas ».  Elle a regretté que le règlement de la question n’ait pas été trouvé en dépit des résolutions des Nations Unies.  Mme Rubiales de Chamorro a également déploré et condamné la militarisation de la région par le Royaume-Uni. 


M. BASHAR JA’AFARI (Syrie) a demandé à ce que la déclaration de la Présidente de l’Argentine soit adoptée comme une déclaration du Comité spécial des Vingt-Quatre.  L’existence de 16 territoires non autonomes devrait nous amener à redoubler nos efforts pour appliquer la Charte des Nations Unies, a dit le représentant.  Il a dénoncé l’utilisation par le Royaume-Uni des territoires des îles Malvinas comme un champ d’entraînement militaire pour effectuer des tirs de missiles.  La militarisation de la région ne fait qu’aggraver le problème, a déploré M. Ja’afari en soulignant que de nos jours le recours à l’usage de la force pour régler des différends internationaux est un moyen inacceptable et périmé.


M. SHEKOU MOMODU TOURAY (Sierra Leone) a annoncé que son pays demande le respect durable du principe de l’autodétermination.  La solution à la question des îles Falkland (Malvinas) doit être trouvée par des moyens pacifiques, a-t-il souligné.


M. ROBERT GUBA AISI (Papouasie-Nouvelle-Guinée) a lancé un appel pour que le Comité spécial adopte de nouvelles méthodes de travail pour faire avancer la cause des territoires non autonomes en tenant compte de la diversité des situations et des circonstances selon les territoires.  Le cas des îles Falkland (Malvinas) est à cet égard patent, et cela fait des années que la question reste pendante sans aucune avancée.  Il faut toujours tenir compte de l’avis des populations concernées, a-t-il cependant ajouté.  « Nous estimons que le souhait des insulaires concernant la question de l’autodétermination doit être considéré », a conclu le représentant.


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