3/04/2012
Assemblée générale
AG/11219

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Assemblée générale                                         

Soixante-sixième session

Dialogue interactif                                        

matin et après-midi


DÉBAT SUR LA TRAITE DES ÊTRES HUMAINS: LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

REGROUPE LES POINTS DE VUE EN UNE STRATÉGIE EN SEPT POINTS


« Lutter contre la traite des êtres humains: Partenariat et innovation pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des enfants » est le thème du dialogue interactif que l’Assemblée générale a tenu aujourd’hui, avant que son Président ne regroupe les points de vue partagés en une stratégie en sept points.


Au cours du dialogue, les participants ont particulièrement insisté sur la dépénalisation des victimes de la traite des êtres humains, la pénalisation de la demande et l’impact des politiques antimigration sur l’immigration illégale.  Le rôle parfois complice des agences de recrutement n’a pas été oublié.


Outre une série d’interventions liminaires dont celle du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, le dialogue était structuré autour de deux tables rondes intitulées « Protéger les victimes de la traite: Partenariats et innovation » et « L’assistance aux victimes de la traite: Le rôle des gouvernements, des organisations internationales, du secteur privé et de la société civile ».


Il est difficile de penser à un crime plus révoltant que la traite des êtres humains, et pourtant il est l’un des plus lucratifs au monde », a alerté Mme Michelle Bachelet, Directrice exécutive d’ONU-Femmes. 


M. Yury Fedotov, Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), a en effet rappelé que ce trafic génère chaque année 32 milliards de dollars, avec ses 2,4 millions de victimes.  Seule une victime sur 100 est sauvée, selon les chiffres de l’UNODC.


Le Directrice exécutive d’ONU-Femmes, qui a prévenu d’une demande très forte de l’industrie du sexe, a averti que les politiques migratoires restrictives rendent les femmes encore plus vulnérables.


Or, a acquiescé M. William Lacy Swing, Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la crise actuelle a provoqué un sentiment très hostile envers les migrants, causant l’essor du trafic des êtres humains qui est beaucoup plus facile à entreprendre que le trafic de drogues. 


Ancienne victime elle-même, Mme Somaly Mam, une des panélistes, a vivement dénoncé la criminalisation des victimes.  Où sont les lois pour sanctionner la demande, s’est écrié, à son tour, M. Cherif Bassiouni, professeur de droit de l’Université DePaul.  Il faut, a-t-il insisté, dépénaliser l’offre et pénaliser la demande et tous ceux qui se jouent des lois laxistes dans la chaîne de l’offre, même dans un rôle mineur.


Dans sa déclaration de clôture, le Président de l’Assemblée générale a d’abord appelé à la mise en œuvre du Plan d’action des Nations Unies de 2010 et du Protocole de Palerme de 2000.  M. Nassir Abdulaziz Al-Nasser a ensuite regroupé les points de vue partagés aujourd’hui en une stratégie en sept points.


Il s’agit d’adopter une réponse coordonnée aux niveaux local, national, régional et international; d’appliquer strictement des lois spécifiques contre la traite et d’impliquer les survivantes de la traite dans les processus de prise de décisions sur ce fléau.


Il s’agit aussi de faire participer les différentes agences et parties prenantes pertinentes, y compris le secteur privé et les ONG locales, à la lutte contre la traite; d’intégrer cette lutte dans les programmes de développement des Nations Unies et de réduire les facteurs de risque comme la pauvreté et l’inégalité des chances.  Il s’agit enfin de fonder toute la stratégie sur les instruments des droits de l’homme existants.  Le Président de l’Assemblée a aussi appelé les donateurs à contribuer au Fonds d’affectation spéciale pour les victimes de la traite. 


La prochaine réunion de l’Assemblée générale sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.


DIALOGUE INTERACTIF SUR LE THÈME « LUTTER CONTRE LA TRAITE DES ÊTRES HUMAINS: PARTENARIAT ET INNOVATION POUR METTRE FIN À LA VIOLENCE À L’ÉGARD DES FEMMES ET DES ENFANTS »


Déclarations liminaires


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER, Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, a estimé que la traite des êtres humains était une des violations des droits de l’homme les plus épouvantables.  Il a indiqué que 2,4 millions de personnes étaient victimes de ce crime, que ce soit sous forme de travail forcé, de servitude domestique ou d’exploitation sexuelle, et ce, dans tous les pays et dans toutes les régions du monde.  La majorité des victimes sont les membres les plus vulnérables de la société, à savoir les femmes, les enfants et les migrants, et la traite est l’une des industries criminelles qui croît le plus rapidement, s’est-il plus particulièrement inquiété.


M. Al-Nasser a ensuite rappelé la politique de tolérance zéro adoptée par l’ONU en matière d’exploitation sexuelle, ainsi que la tenue du Sommet mondial de 2005 à l’issue duquel les États Membres se sont dits gravement préoccupés par les effets négatifs de la traite sur le développement, la paix, la sécurité et les droits de l’homme.  Il a également parlé de la Conférence internationale de 2007, la première initiative, a-t-il relevé, qui a lancé un appel à l’adoption d’une réponse complète et coordonnée à la traite des êtres humains.


M. Al-Nasser a indiqué que l’objectif principal du dialogue d’aujourd’hui était de montrer sa solidarité avec les victimes de la traite et de s’unir pour mettre un terme à ce crime.  Il a fait savoir qu’une évaluation du Plan d’action mondial des Nations Unies pour la lutte contre la traite des personnes serait présentée à l’Assemblée générale en 2013.  J’espère que notre dialogue apportera une bonne base, a-t-il ajouté.  Le Président de l’Assemblée générale s’est plus particulièrement félicité de la création du Fonds d’affectation spéciale pour les victimes de la traite, estimant néanmoins que celui-ci devait obtenir plus de financements et bénéficier de l’appui continu des États Membres.


Les enfants nés aujourd’hui, les fillettes notamment, ne devraient pas être confrontés à la possibilité de devenir victimes de cette forme d’esclavage moderne.  Nous devons redoubler d’efforts et prendre des actions concrètes et concertées pour faire respecter les droits et les libertés de tous et mettre ainsi un terme à ce crime révoltant, a-t-il lancé avant de conclure.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, s’est félicité de la présence à cette réunion de personnes très concernées par la traite des êtres humains, notamment une Somalienne qui a créé un fonds en mettant à profit son expérience dans la lutte contre ce crime.  Cette personne, a dit le Secrétaire général, a pu échapper à sa condition mais c’est sa fille qui a en été victime après elle. 


Ces deux femmes, très engagées à lutter contre ce fléau, sont de véritables héroïnes, a-t-il commenté.  Le Secrétaire général a remercié l’ensemble des participants à la réunion, notamment le Groupe d’amis unis contre la traite des êtres humains et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC).


« Nous avons besoin de vous tous pour avancer », a poursuivi M. Ban, appelant à se baser sur les droits de l’homme.  Il a exhorté tous les États à adhérer aux instruments pertinents, avant de mentionner d’autres instruments qui, comme la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, peuvent contribuer à cette lutte.  Nous devons aussi aider tous ceux qui vivent dans des conditions si désespérées qu’elles les poussent à vendre des êtres humains. 


Pour protéger les individus de ce genre d’exploitation, les pays doivent collaborer en matière d’immigration, a demandé le Secrétaire général.  Il a aussi appelé à des contributions au Fonds d’affectation spéciale.  « Il faut parler de ces crimes qui sont souvent décrits comme indicibles », a insisté M. Ban, avant d’exiger des mesures pour que les trafiquants n’aient plus aucun moyen d’agir.


M. DESRA PERCAYA (Indonésie), Vice-Président du Conseil économique et social (ECOSOC), intervenant au nom du Président de l’ECOSOC, M. MILOŠ KOTEREC, a déploré le fait que toutes les femmes et fillettes du monde soient exposées à la traite des êtres humains, que ce soit dans leur foyer, leur école ou leur lieu de travail.  Ce problème mondial exige un engagement politique plus fort et des ressources plus conséquentes, a-t-il souligné. 


Il a notamment fait observer que la violence contre les femmes a une incidence profondément négative sur la société, engendrant des conséquences sociales graves à long terme.  Il a également relevé que les coûts engendrés par la violence sont très élevés, avoisinant des centaines de millions de dollars.  Selon les estimations de la Banque mondiale, la violence conjugale et le viol représentent 5% de l’ensemble des problèmes de santé des femmes dans les pays en développement.  Et ce chiffre est sans doute une sous-estimation, a-t-il déploré.


Pour M. Percaya, la violence à l’encontre des femmes est un problème transversal qui exige des mesures urgentes à adopter dans le cadre de l’égalité entre les sexes.  Il a passé en revue les différentes mesures adoptées par l’ECOSOC et ses commissions, notamment la création d’un nouveau type d’indicateurs pour mieux évaluer l’incidence de la violence faite aux femmes.  Il a également insisté sur le rôle important que sont appelés à jouer la société civile et le secteur privé, ainsi que sur l’importance des partenariats.


M. YURY FEDOTOV, Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), a indiqué que 32 milliards de dollars sont gagnés chaque année par les trafiquants d’êtres humains et que 2,4 million de personnes souffrent actuellement de ce crime terriblement humiliant.  Il a ajouté que 17% des personnes victimes de ce trafic sont forcées à travailler, notamment dans l’industrie du sexe. 


La traite des personnes est liée non seulement aux conflits et aux problèmes de sécurité, mais aussi au développement économique et social, a-t-il indiqué.  Compte tenu de la nature multidimensionnelle de cette traite, aucun pays ne peut lutter seul contre ce fléau, a souligné M. Fedotov.  Il a dès lors invité à y réagir de façon coordonnée, notamment en appliquant la Convention de Palerme contre la criminalité transnationale organisée et son Protocole.  S’il faut appliquer les lois en la matière, il faut aussi lutter contre les causes de ce phénomène, a observé M. Fedotov.  Nous devons tout faire pout poursuivre en justice les trafiquants et sensibiliser le public sur cette question, a-t-il ajouté.


M. Fedotov a indiqué que l’UNODC met en place des partenariats, en particulier avec les femmes et les jeunes, car 2 victimes de la traite sur 3 sont des femmes, a-t-il rappelé.  Le Directeur exécutif a aussi insisté sur l’importance de la sensibilisation de la société civile.  Le secteur privé doit aussi être conscient des enjeux.  Il a aussi noté avec satisfaction les progrès accomplis par le Groupe de coordination des Nations Unies et par l’Initiative mondiale de lutte contre la traite des êtres humains. 


En 2010, l’ONU a aussi adopté un Plan de lutte contre ce fléau et créé un Fonds d’affectation spéciale, a-t-il rappelé, se réjouissant que ce Fonds ait déjà financé plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur le terrain.  Plus de 700 donateurs ont promis leur aide dans ce cadre, a-t-il précisé, citant des actions menées au Népal et au Cambodge.  Il a enfin relayé l’appel du Secrétaire général à contribuer à ce financement.


Mme MIRA SORVINO, Ambassadrice de bonne volonté pour la lutte contre la traite des êtres humains, a souligné que l’esclavage moderne n’était motivé que par l’appât du gain.  Elle a déploré le fait que le Gouvernement américain dépense plus d’argent pour combattre le trafic de drogues que pour contrer ce fléau.  Les femmes et fillettes sont considérées comme des marchandises, s’est-elle indignée, rapportant le témoignage d’une fillette qui a vu ses doigts coupés car elle ne parvenait pas à payer ses dettes ou encore le cas d’une femme dont l’enfant a été pris en otage pour le même motif.


L’Ambassadrice de bonne volonté a déploré le fait que seuls 10% des bureaux de police américains ont un protocole de lutte contre la traite.  Une formation spécifique est essentielle pour toutes les personnes susceptibles d’entrer en contact avec ses victimes, a-t-elle souligné.  Elle a également insisté sur l’importance de la formation des douaniers, étant donné que les trafiquants confisquent les passeports de leurs victimes.  Mme Sorvino a lancé un appel pour que la lutte contre le fléau de la traite bénéficie d’un plus grand appui financier et politique.


Table ronde interactive 1: « Protéger les victimes de la traite: Partenariats et innovation »


Il est difficile de penser à un crime plus révoltant que la traite des êtres humains, et pourtant il est l’un des plus lucratifs au monde, a alerté Mme MICHELLE BACHELET, Directrice exécutive d’ONU-Femmes.  Elle a prévenu d’une demande très forte de l’industrie du sexe tout en avertissant que les politiques migratoires restrictives rendent les femmes encore plus vulnérables.


Il faut, a préconisé Mme Bachelet, tenir compte de la marginalisation sociale des victimes.  Les États doivent cesser de créer des conditions favorables aux trafiquants.  Elle a proposé la mise en place de tribunaux mobiles et d’équipes interdisciplinaires pour faciliter l’accès des victimes à la justice.  Il faut une politique de tolérance zéro axée sur la prévention, l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.  Il faut, a insisté Mme Bachelet, protéger les travailleurs migrants à toutes les étapes de la migration et ouvrir aux victimes les portes de la prise de décisions politiques.


M. CHERIF BASSIOUNI, Professeur de droit de l’Université DePaul, a d’emblée déclaré qu’il n’existe aucune autre forme de crime au sujet duquel les gouvernements ont tant parlé et si peu fait.  Il est stupéfiant, s’est-il alarmé, de voir que la plupart des législations punissent la victime prostituée et ne sanctionnent pratiquement jamais le proxénète.  Où sont les lois pour sanctionner la demande? s’est-il impatienté.  Il a vu dans la traite un problème de valeur, d’attitude, de politique et d’application, lequel problème trouve ses racines dans le fait que la prostitution est tolérée dans la plupart des sociétés du monde.  Il faut combattre cette tendance à croire que la prostitution est un phénomène bénin et tolérable, car dans ce cas, nous ne pourrons jamais triompher du fléau de la traite.


Il faut dépénaliser l’offre et pénaliser la demande et tous ceux qui se jouent des lois laxistes dans la chaîne de l’offre, même dans un rôle mineur.  Le professeur a vu un autre problème, celui de la corruption dans la police.  Il a aussi dénoncé la faiblesse de la lutte contre le blanchiment d’argent.


Mme SOMALY MAM, Présidente et cofondatrice de la Fondation Somaly Mam, a parlé de son passé de victime de la traite, témoignant de son désespoir, même lorsqu’elle a pu enfin quitter la maison close où elle avait été retenue pendant 10 ans.  Il faut cinq minutes pour faire sortir une fillette d’une maison close, mais il faut 5, 10, voire 20 ans pour l’aider à retrouver sa dignité.  L’ex-victime a souligné la nécessité de protéger les ONG locales confrontées à plusieurs obstacles dont le moindre n’est pas la corruption, alors que les trafiquants eux sont très bien organisés.


Mme Mam a également déploré le manque d’organisation des gouvernements et les a enjoints à faire participer les victimes à leurs efforts de lutte contre la traite.  Soyez à leur écoute et ne prenez pas vos décisions seuls, a-t-elle lancé.  Elle s’est, à son tour, attardée sur la pénalisation de la demande.  « S’il n’y avait pas de demande, il n’y aurait pas d’offre et donc pas de traite. »


M. DAVID ARKLESS, Président du Conseil d’administration de Manpower, a parlé d’une initiative lancée par Manpower qui a poussé des centaines d’entreprises à signer les « Principes d’éthiques d’Athènes ».  Il a expliqué que les employés de Manpower doivent suivre un programme de sensibilisation au problème de la traite.  Observant que les petites et moyennes entreprises (PME) ont souvent du mal à vérifier la chaîne d’approvisionnement de leurs produits, il a indiqué que Manpower vient de lancer dans l’État de Washington une initiative spéciale à l’intention des PME.


M. Arkless a exhorté les États Membres à ratifier la Convention 181 de l’Organisation internationale du Travail (OIT), laquelle permettrait d’interdire certaines formes de recrutement.  Il faut faire le nettoyage dans les agences de recrutement, a-t-il martelé.


Mme ALYSE NELSON, Présidente de Vital Voices Global Partnership, a insisté sur l’importance des partenariats entre les gouvernements et le secteur privé, y voyant là une manière de donner de la crédibilité aux initiatives de lutte contre la traite.  Le principal obstacle n’est pas l’absence de lois mais leur application.  En 2010, 6 017 enquêtes ont été menées dans le monde et seules 3 619 personnes ont été condamnées, alors que nous savons que l’ampleur du problème est toute autre.


Le débat interactif qui a suivi ces interventions a notamment été l’occasion pour les délégations de mettre l’accent sur les diverses mesures adoptées sur le plan national pour contrer le fléau de la traite, « véritable virus du XXI siècle », selon le représentant du Bélarus.  La nécessité de réduire la demande et de sensibiliser le public a également été soulignée à plusieurs reprises.


La représentante de l’Égypte a indiqué qu’un projet de loi de protection des droits des victimes avait récemment été adopté par le Parlement égyptien.  Elle a également parlé de la création d’un partenariat entre la police, le Conseil national des femmes et les hôpitaux du pays.  Son homologue du Tadjikistan a parlé des mesures préventives adoptées par son gouvernement, ainsi que de la création prochaine d’un centre de réinsertion pour les victimes de la traite, tandis que le représentant de l’Italie a évoqué une initiative qui permet aux victimes de la traite d’accéder aux programmes de sécurité sociale.


La représentante de la Fédération de Russie a insisté sur l’importance de la coopération internationale face à la diversification du crime de la traite, dont la multiplication des cas de trafic d’organes.


De son côté, le représentant du Gabon a parlé des défis que posent la collecte de donnés et le renforcement des capacités institutionnelles.  La mise en conformité des systèmes juridiques nationaux avec les conventions internationales pose problème, tout comme le manque de synergie entre les États et leurs partenaires, a-t-il relevé.


Les représentants de la Grèce et de l’Ouzbékistan ont longuement détaillée les différentes lois adoptées par leur gouvernement respectif, tandis que leur homologue de l’Ukraine a insisté sur l’importance de la coopération entre les gouvernements et les ONG.  L’adoption de mesures juridiques à elle seule ne suffit pas, a-t-il affirmé.


La représentante de l’ONG Ligue des femmes électrices a estimé que le temps était venu de nommer les individus responsables de la demande.


En guise de conclusion, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes a insisté sur la nécessité de travailler sur le long terme et de parler non pas de, mais avec les victimes de la traite.  Le professeur de l’Université DePAul a suggéré la création, au sein des académies de police et des facultés de droit, d’un cours sur la traite.  Les ministères des affaires étrangères devraient communiquer directement avec les forces de la police, et un effort concerté est nécessaire pour dépénaliser les victimes, a-t-il ajouté.  La Présidente de la Fondation Somaly Mam a abondé dans ce sens.


La Présidente de Vital Voices Global Partnership a insisté sur l’importance d’une approche transversale.  En plus des interventions juridiques, il faut également examiner tous les éléments économiques qui sous-tendent et découlent de la traite.


Le Président du Comité directeur de Manpower a insisté sur l’importance de la sensibilisation et de la communication, citant notamment l’exemple du projet « Freedom » de la chaîne CNN.


Cette table ronde était modérée par les Représentants permanents du Portugal et des Philippines auprès des Nations Unies.


Table ronde interactive 2: « L’assistance aux victimes de la traite: Le rôle des gouvernements, des organisations internationales, du secteur privé et de la société civile »


Mme ALEYA HAMMAD, Présidente du Conseil d’administration du Fonds de contributions volontaire des Nations Unies pour les victimes de la traite des êtres humains, a rappelé que le Plan d’action mondial des Nations Unies pour la lutte contre la traite des personnes, adopté par l’Assemblée générale en 2010, a prévu la création du Fonds.  Si elle a remarqué une certaine lassitude de la part des donateurs, en particulier en cette période de crise mondiale, Mme Hammad a fait valoir le caractère unique de ce Fonds qui identifie chaque victime bénéficiaire.  Elle a indiqué que le Fonds consacre 25 000 dollars par projet, sur une période de trois ans.  Nous avons reçu plus de 200 demandes d’allocation de ressources et retenu une cinquantaine de projets, a-t-elle indiqué, précisant que des fonds ont été versés à 12 d’entre eux.


« Nous avons été abasourdis par les mesures prises et les actions menées, ainsi que par les appuis qui ont été fournis » sur la base de ces projets, a indiqué Mme Hammad.  L’un d’eux consistait à apporter une aide juridique aux victimes de la traite, tandis qu’un autre visait la réinsertion des victimes.  Mme Hammad a donné d’autres exemples de victimes qui ont été assistées grâce au Fonds, comme certains plongeurs forcés de pêcher dans les fonds marins ou des enfants utilisés dans les cirques. 


Elle a aussi parlé de jeunes garçons africains qui ont été vendus pour 35 000 euros, en passant par Chypre, par une personne qui travaillait pour la Fédération internationale de football association (FIFA) et qui leur promettait une carrière de footballeur international.  Après avoir nommé quelques donateurs du secteur privé, Mme Hammad a invité les pays à se montrer généreux.  Un rapport d’étape a déjà été élaboré et l’UNODC sait ce que nous avons pu réaliser en très peu de temps, a-t-elle affirmé. 


M. WILLIAM LACY SWING, Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a indiqué que l’OIM avait commencé à lutter contre la traite des êtres humains il y a 20 ans, en Europe du Sud-Est.  À l’époque, a-t-il indiqué, il y avait peu de données sur ce fléau.  Depuis, plus de 120 pays ont lancé des initiatives et des centaines de projets ont été mis sur pied, mais cela demeure insuffisant.  Le Protocole de Palerme a-t-il vraiment eu une incidence sur ce problème « odieux »? s’est notamment interrogé M. Swing. 


Il a relevé que la crise actuelle avait provoqué un sentiment très hostile envers les migrants, causant l’essor du trafic des êtres humains qui est beaucoup plus facile à entreprendre que le trafic de drogues.  Le Directeur exécutif a déploré un manque de structures d’accueil, de spécialistes et de volonté politique.  Il a insisté sur le rôle important que peut jouer le secteur privé. 


En effet, a-t-il noté, on constate une augmentation de la traite pour alimenter l’industrie du textile et de l’agriculture, par exemple.  Il a prévenu que la persistance du chômage aggravait le risque de devenir victime de la traite.  Il s’est félicité de  l’« augmentation spectaculaire » du nombre de lois qui érigent la traite en infraction pénale, s’inquiétant cependant de ce que les enquêtes se heurtent à des obstacles de taille.  Nous parlons beaucoup, mais nous devons agir encore davantage, a-t-il insisté.


Mme RANI HONG, fondatrice de Tronie Foundation, a donné son propre témoignage de survivante de la traite, après avoir été enlevée à l’âge de 7 ans en Inde.  Capturée et envoyée dans un des États indiens dont elle ne parlait pas la langue, elle s’est trouvée terrifiée et sans réponse à ses questions.  « J’ai été battue, affamée, torturée et contrainte de me soumettre à la volonté de mes maîtres ».  Ceux-ci l’ayant par la suite vendue, elle a été adoptée par une femme qui a choisi de l’aimer et qui l’a aidée à retrouver sa liberté.  « L’amour peut panser les plaies », a-t-elle affirmé. 


Quand, à l’âge de 17 ans, sa mère adoptive est décédée d’un cancer, elle s’est retrouvée seule à nouveau.  Mais elle a rencontré son futur mari, venu du Viet Nam, lui aussi victime de la traite aux mains du Viêt-Cong.  Sauvé par le Gouvernement indonésien, il s’est retrouvé aux États-Unis.  « Nous sommes maintenant une famille heureuse, avec quatre enfants, et j’ai enfin trouvé la force de faire face à mon passé », a déclaré Mme Hong.  « Il y a un moment dans la vie d’un survivant où il prend la décision de changer le système », a-t-elle dit.


En 1999, Mme Hong s’est rendue en Inde où elle a retrouvé sa mère biologique qui l’avait cherchée en vain.  C’est après qu’elle a décidé de devenir la porte-parole des victimes de la traite.  « Il y a des milliers d’enfants qui sont dans la rue ou qui vivent dans des conditions proches de la prison », a-t-elle dénoncé et « j’exige que nous soyons entendus ».  Il faut, a-t-elle dit, se tourner vers l’avenir et exploiter le potentiel des survivants de la traite.  « Nous voulons être vos partenaires dans cette lutte », a-t-elle clamé aux délégations. 


Mme Hong a expliqué que les souffrances des survivants ne sont pas toujours visibles et a émis l’espoir d’être un instrument du changement social.  Nous devons nous engager, a-t-elle lancé à l’adresse des délégations, saluant le Département d’État américain qui lui a donné la possibilité de se rendre dans plusieurs pays, notamment au Brésil et en Inde. 


Au Népal, où elle vient de séjourner, elle a été encouragée par les activités menées par les groupes de survivants.  Elle a conclu en demandant aux États de renforcer la coopération internationale avec toutes les parties prenantes.


Mme JOY NGOZI EZEILO, Rapporteure spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, a évoqué le sentiment de désespoir que l’on ressent lorsque l’on fait face à la traite et a affirmé qu’il fallait être suffisamment en colère pour pouvoir agir.  Elle a insisté sur l’importance pour les victimes de prendre part au processus de prise de décisions, s’inquiétant du fait que plusieurs États nient l’existence de ce fléau.  


Elle a déploré le manque de protection des victimes mais a averti que certains efforts de lutte contre la traite peuvent entraîner des « dommages collatéraux » chez les victimes.  Mme Ezeilo a aussi insisté sur l’importance des services, faisant observer, à titre d’exemple, qu’on n’offrait rarement aux victimes le concours d’un interprète.


Après s’être opposée à la politique du refoulement automatique, Mme Ezeilo a insisté sur le rôle du secteur privé et l’importance des lois qui pénalisent la traite.  Elle a aussi plaidé pour une méthode novatrice de collectes des preuves, étant donné l’opacité de cette criminalité.  C’est l’insécurité humaine qui alimente la traite, a-t-elle conclu, en plaidant pour que l’on s’attaque aux racines du mal.


Mme MARYAM AL-MALIKI, Directrice générale de la Fondation qatarie de lutte contre la traite des êtres humains, a rappelé que les victimes de la traite sont les plus pauvres et les plus marginalisées de la population, c’est-à-dire les femmes et les enfants.  C’est le sous-développement économique qui crée un environnement propice à la traite, a-t-elle prévenu, avant de souligner que sa Fondation essaye de fournir une protection appropriée aux victimes. 


Pour elle, chaque pays doit renforcer ses capacités de lutte contre la traite.  Elle a donc cité les projets menés par la Ligue des États arabes, en rappelant que sa Fondation a aussi pour mission de renforcer les capacités institutionnelles et humaines ainsi que les capacités d’évaluation des projets menés. 


La Fondation œuvre également pour le renforcement des partenariats régionaux et internationaux et s’efforce d’impliquer les organisations de la société civile dans ses programmes.  Mme Al-Maliki a appelé à des efforts renouvelés pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) pour qu’au « printemps arabe » succède le « printemps humain ».


À l’issue de ces présentations les délégations ont une fois de plus mis l’accent sur les lois, initiatives et programmes mis sur pied par leur gouvernement pour mettre un terme à la traite et venir en aide aux victimes.


La représentante du Bahreïn a évoqué les mesures contre la confiscation des passeports et la mise en place d’une ligne téléphonique spéciale.  Des manuels sont mis à la disposition des travailleurs étrangers pour les informer de leurs droits.  Ils peuvent quitter le pays sans l’approbation préalable de leur employeur.


Le représentant de l’Australie a indiqué que son pays venait d’adopter une loi contre les mariages forcés.  Son homologue de l’Union européenne a parlé du renforcement de l’engament politique de l’Union européenne comme l’illustre la nomination d’une personne chargée de la coordination de la stratégie de lutte contre la traite.


La traite doit être examinée de manière stratégique, a préconisé le représentant de Malte, tandis que celui du Bangladesh a insisté sur la politique de tolérance zéro de son gouvernement.  Outre l’éventail de lois, un site Internet permet de signaler les cas à la police.  Il a également dénoncé l’adoption des politiques migratoires restrictives et a appelé à leur assouplissement.


Le représentant du Nicaragua a parlé des profits générés par le travail forcé, avant d’expliquer que la police nationale avait créé un réseau de lutte contre la traite.  Son homologue du Mexique a indiqué que les trafiquants pouvaient encourir des peines allant jusqu’à 30 ans de prison alors que l’Argentine s’attèle à démanteler les réseaux de trafiquants et à venir en aide aux victimes de l’esclavage domestique notamment, a assuré le représentant de ce pays.  Il a mis l’accent sur les accords de coopération signés avec plusieurs pays de la région.


Le représentant de la Géorgie a parlé des mesures de protection et des indemnisations prévues pour les victimes qui peuvent également accéder à un logement pendant trois mois ainsi qu’à une aide juridique. 


Son homologue du Cambodge a expliqué que son gouvernement avait institué une Journée nationale de lutte contre la traite, et a cependant indiqué que le manque de ressources limitait l’application des lois en vigueur.


Le représentant du Japon a observé qu’il était de plus en plus difficile d’identifier les victimes de la traite.  Il a en effet évoqué la situation d’une femme arrivée au Japon avec des papiers en ordre mais qui avait été victime d’un faux mariage. « Il faut aller au-delà des simples mesures rhétoriques », a insisté la représentante des États-Unis avant de soulever la question du statut juridique des victimes.


La représentante de la Thaïlande a parlé du rôle important que sont amenées à jouer les ONG et s’est interrogée sur le meilleur moyen d’impliquer les entreprises de recrutement et d’enrayer la demande.


Le représentant de la Fédération de Russie a attiré l’attention sur la féminisation de la pauvreté dans de nombreux pays d’origine.  Son homologue du Viet Nam a donc souligné l’importance des politiques de développement, avant que le représentant de la République-Unie de Tanzanie n’insiste sur la formation professionnelle des femmes et que celui du Luxembourg ne souligne l’importance de la réinsertion économique et sociale des victimes.  Il faut faire plus en matière de coopération au développement, a-t-il ajouté.


La représentante de la Malaisie a constaté des lacunes dans la mise en œuvre du Protocole de Palerme.  Son homologue du Kazakhstan a préconisé une interprétation plus stricte des mécanismes de prévention et la publication de rapports par l’ONU.  Il nous faut, a-t-il dit, des indicateurs et des données universels pour mieux mesurer l’ampleur de ce phénomène.  Son homologue de l’Albanie a appelé à l’adoption d’une action multiforme, sans quoi, a-t-il affirmé, les victimes ne bénéficieront pas de l’aide dont elles ont besoin.  Le représentant d’INTERPOL a rappelé qu’un site Internet spécial permet aux États Membres de faire figurer toutes sortes d’informations pertinentes.


En guise de conclusion, la Présidente du Conseil d’administration du Fonds d’affectation spéciale a insisté sur l’importance pour les entreprises d’adopter une démarche déontologique.  La Directrice générale de la Fondation qatarie de lutte contre la traite des êtres humains a appelé à des mesures fermes de la part des États Membres.  Son homologue de l’Organisation internationale pour les migrations a, une nouvelle fois, prévenu que les lois restrictives sur l’immigration favorisent l’immigration clandestine.


La Rapporteure spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants a, par exemple, proposé de créer des bases de données recensant les agences de recrutement qui pourraient être sanctionnées en cas d’infraction.  Il faut aussi étudier les tendances s’agissant des mariages forcés, du trafic d’organes et d’adoption illégale. 


La création Fondation Tronie s’est déclarée revigorée par les discussions tout en prévenant les États Membres qu’elle les avait à l’œil.


Au cours de cette table ronde, les représentants de la Fédération de Russie et de l’Australie ont annoncé des contributions au Fonds d’affection spéciale de l’ordre de 30 000 et de 200 000 dollars.  Leur homologue du Luxembourg a indiqué que son gouvernement allait verser une contribution supplémentaire de 30 000 euros.  La représentante de l’UNODC a annoncé que le Président de l’Assemblée générale et son épouse avaient versé une contribution personnelle de 10 000 dollars.


Cette table ronde était modérée par les Représentants permanents du Cap-Vert et du Luxembourg auprès des Nations Unies.


Dans sa déclaration de clôture, le Président de l’Assemblée générale a réaffirmé l’importance qu’il y a à mettre en œuvre le Plan d’action mondial des Nations Unies pour la lutte contre la traite des personnes et le Protocole sur la prévention et l’interdiction de ce fléau.  Ces normes, a-t-il souligné, parlent de la traite comme un crime contre les femmes, les enfants et les hommes, notamment par le travail forcé et l’exploitation sexuelle.


Le Président a ensuite présenté une stratégie en sept points.  Il a d’abord appelé à une réponse coordonnée et globale aux niveaux local, national, régional et international.  Les programmes régionaux, par leur capacité à renforcer l’engagement politique et à donner lieu à une action concrète, offrent une des meilleures plateformes pour triompher de la traite des êtres humains.  Il ne faut pas sous-estimer, a prévenu le Président, le caractère sophistiqué des réseaux criminels et de leur fonctionnement.  Les trafiquants sont extrêmement bien organisés et très bien connectés entre eux.  Nous devons donc tout faire pour toujours avoir un coup d’avance sur eux. 


Le Président a aussi appelé à des lois sur la traite et surtout à leur application.  Il faut éduquer les agents de l’ordre, les procureurs, les avocats et les juges pour qu’ils comprennent pourquoi la traite des êtres humains est une priorité.  Il faut que ces lois criminalisent la demande au lieu de s’attaquer aux victimes, a-t-il souligné. 


Le Président a poursuivi en voulant que les femmes aient un rôle de leader dans les négociations et les processus de prise de décisions, en particulier les survivantes de la traite qui ont une parfaite connaissance de l’esprit et des pratiques d’un phénomène que nous essayons de comprendre.


Le Président a ensuite trouvé essentiel que toutes les activités se fondent sur une stratégique impliquant les différentes agences et parties prenantes pertinentes, y compris le secteur privé et les ONG locales.


Il a aussi voulu que la traite soit intégrée dans les programmes plus larges des Nations Unies pour donner l’élan nécessaire au développement et renforcer la sécurité dans le monde. 


Nous devons, a aussi dit le Président, renforcer les mesures visant à réduire les facteurs qui rendent les gens, en particulier les femmes et les fillettes, vulnérables à la traite, comme la pauvreté, le sous-développement et l’inégalité des chances.


Enfin, nous devons nous laisser guider par les instruments des droits de l’homme qui offrent une protection plus effective et une meilleure appréhension des victimes.  Personne ne connaît mieux la condition de victime que la victime elle-même.  Nous devons tendre la main aux survivants pour connaître leurs besoins et la manière dont elles veulent être aidées.  L’aide doit être durable.  Tout projet à court terme ne peut être la solution. 


Le Président a conclu en appelant à la générosité des donateurs qui doivent faire des contributions au Fonds d’affectation spéciale. 


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