13/02/2012
Assemblée générale
AG/11206

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-sixième session

95e séance plénière – matin


L’ASSEMBLÉE DISCUTE DE L’IDÉE DE CRÉER UNE FORCE DE MAINTIEN DE LA PAIX EN SYRIE

ET DE SAISIR LA COUR PÉNALE INTERNATIONALE DE LA SITUATION DANS LE PAYS


Avant de se prononcer sur une résolution relative à la situation en Syrie, l’Assemblée générale a écouté, aujourd’hui, un exposé de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et entendu plusieurs de ses Membres parler du déploiement d’une force de maintien de la paix, de la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) et du rôle du « Groupe des Amis de la Syrie ». 


Ce débat, dont la tenue a d’ailleurs été remise en cause par plusieurs délégations, entre autres par le représentant de la Syrie, a été convoqué vendredi dernier par le Président de l’Assemblée générale « à la lumière des événements survenus ces dernières semaines ».


Le représentant de l’Arabie saoudite, un des principaux auteurs du projet de résolution dont sera bientôt saisie l’Assemblée, a réclamé en outre la création d’une force de maintien de la paix conjointe ONU-États arabes.


Son homologue de la Syrie a estimé que le projet de résolution n’était qu’une manœuvre pour imposer, « par la petite porte de l’Assemblée générale », ce qui n’avait pu être fait au Conseil de sécurité.


Le veto opposé par la Chine et la Fédération de Russie à la résolution du Conseil de sécurité, le 4 février dernier, a d’ailleurs été commenté à de nombreuses reprises par les délégations; la grande majorité regrettant le manque de consensus sur une question vivement préoccupante.


« Le veto complice de deux États membres a conforté le régime syrien dans sa logique meurtrière, lequel régime considère dorénavant qu’il a carte blanche pour massacrer son peuple », s’est insurgé le représentant de la France, tandis que son homologue de l’Union européenne a estimé que le moment était venu pour le Conseil de sécurité de parler d’une seule voix et d’exiger l’arrêt du bain de sang et un avenir démocratique pour la Syrie.


Se défendant, le représentant de la Chine a argué que les actions du Conseil de sécuritédevaient non pas « compliquer les problèmes » mais contribuer à promouvoir un dialogue politique et à maintenir la paix et la stabilité dans la région du Moyen-Orient. 


La nécessité de réfléchir à la création d’une force conjointe de maintien de la paix a été reconnue par le représentant de la Fédération de Russie, qui a cependant estimé qu’il fallait d’abord qu’elle soit acceptée par la Syrie et qu’il y ait dans le pays une paix et un cessez-le-feu à maintenir. 


Il a insisté sur l’importance qu’il y a à poursuivre les efforts diplomatiques, citant en exemple la visite effectuée la semaine dernière à Damas par le Ministre russe des affaires étrangères.


C’est un très sombre tableau qu’a dressé Mme Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, de la situation en Syrie.  Elle a averti que le risque d’une crise humanitaire dans l’ensemble du pays se confirmait et que les tensions interconfessionnelles risquaient de plonger la Syrie dans une guerre civile.  Elle a également estimé que la nature et l’étendue des abus commis par les forces syriennes indiquent que des crimes contre l’humanité ont sans doute été commis depuis le mois de mars 2011. 


« Le déroulement des attaques par les forces militaires et de sécurité, ainsi que la destruction généralisée de maisons, d’hôpitaux, d’écoles et autres infrastructures civiles indiquent l’implication des autorités au plus haut niveau », a-t-elle notamment accusé. 


Des pays comme le Liechtenstein et la Norvège ont demandé au Conseil de saisir la Cour pénale internationale (CPI) de la situation en Syrie.  Le représentant de la France a appelé le Conseil des droits de l’homme à condamner « unanimement et avec la plus grande fermeté » les exactions du régime syrien, à sa prochaine session.


Tout en reconnaissant qu’il y avait effectivement eu des milliers de victimes civiles en Syrie, le représentant syrien a affirmé qu’il s’agit là du prix à payer pour lutter contre une tentative de déstabilisation, citant pour preuve plusieurs cas d’attentats impliquant « des terroristes étrangers ».


« Saper le fondement même de l’État syrien est l’objectif visé ici », s’est indigné son représentant qui a exercé son droit de réponse en fin de séance. 


Nombre de délégations, dont celle du Canada, ont par ailleurs renouvelé leur appui aux efforts déployés par la Ligue des États arabes pour trouver une issue à la crise.  La création d’un Groupe des Amis du peuple syrien, qui permettra d’accentuer la mobilisation internationale en coordonnant les pressions diplomatiques et économiques contre le régime, a également été saluée par plusieurs délégations, de même que la tenue le 24 février, en Tunisie, de la première rencontre de ce Groupe. 


Le Président de l’Assemblée générale s’est dit prêt à convoquer une autre réunion si les États le jugent nécessaire.


Avant d’entamer ce débat, l’Assemblée générale a pris note du fait que l’ex-République yougoslave de Macédoine avait versé les paiements nécessaires pour conserver son droit de vote.


La prochaine réunion de l’Assemblée générale sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.


DÉBAT SUR LE RAPPORT DU CONSEIL DES DROITS DE L’HOMME (A/66/53/ADD.2 ET A/66/53/ADD.2/CORR.1)


Question de procédure


Le représentant de la Syrie a estimé que l’organisation de ce débat était une violation claire de la résolution A/RES/65/281 habilitant l’Assemblée générale à inscrire à son ordre du jour le point intitulé « Rapport du Conseil des droits de l’homme ».  Le rapport à l’examen, a-t-il souligné, est le résultat de la dix-huitième session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme, laquelle s’est tenue après la période fixée par la résolution en question.  Le rapport doit donc être examiné non pas au cours de la session actuelle mais à la prochaine session de l’Assemblée générale.  Compte tenu de « ces violations de la procédure et des dispositions juridiques pertinentes », le représentant a demandé l’annulation pure et simple du débat.


Après que le Président de l’Assemblée générale a décidé de maintenir la réunion, le représentant de la Syrie a présenté une motion d’ordre pour réclamer l’avis du Conseiller juridique de l’ONU.  Nous ne voulons pas travailler avec des soupçons de partialité, a-t-il indiqué.


Son homologue de l’Iran a souligné qu’il aurait préféré que des consultations préalables aient lieu avant le débat.  Ne court-circuitons pas la pratique habituelle et demandons un avis juridique, a-t-il renchéri, avant que le représentant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) n’estime qu’on ne peut convoquer de telles réunions « n’importe quand ».


À la proposition du Président de l’Assemblée générale de mettre aux voix la tenue du débat, le représentant de la Syrie a répondu que cette mise aux voix était tout aussi contraire à la résolution A/RES/65/281.  On ne peut remettre aux voix une résolution adoptée, a-t-il argué, précisant en outre qu’il n’avait pas demandé un vote.  Nous sommes devant un manquement grave aux travaux de l’Assemblée générale, a-t-il dit, craignant que n’importe qui puisse à l’avenir contester le bien-fondé des décisions de l’Assemblée. 


La question de la mise aux voix écartée, le Président de l’Assemblée générale a décidé de poursuivre le débat. 


Déclarations


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER, Président de l’Assemblée générale, s’est déclaré profondément inquiet des violences en Syrie.  « La communauté internationale devrait appeler les autorités syriennes à mettre fin aux tueries immédiatement et à faire cesser les violations des droits de l’homme », a-t-il ajouté.  Il a expliqué qu’après avoir été contacté par plusieurs États Membres, qui lui avaient exprimé leurs préoccupations et souligné la nécessité pour l’Assemblée de discuter de la situation en Syrie, il avait estimé qu’il lui incombait de permettre à chacun d’exprimer ses vues.  « À la lumière des événements de ces dernières semaines, j’ai donc demandé à la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, de nous faire rapport sur la situation », a-t-il dit.


Mme NAVI PILLAY, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a indiqué qu’à cause d’un manque d’accès au pays, des données exactes n’étaient pas disponibles.  Mais des sources fiables indiquent que les Forces de sécurité syriennes ont tué plus de 5 400 personnes l’année dernière, y compris des civils et des soldats qui refusaient de tirer sur les civils.  La Haut-Commissaire a reconnu qu’il était impossible d’actualiser les statistiques sur le nombre de morts au cours des deux derniers mois, mais a assuré que ce nombre augmentait de jour en jour. 


Des dizaines de milliers de personnes, y compris des enfants, ont été arrêtées, plus de 18 000 personnes sont en détention arbitraire, et des milliers d’autres ont disparu.  Mme Pillay a également fait savoir que 25 000 personnes s’étaient réfugiées dans les pays voisins et que 70 000 autres s’étaient déplacées.  Elle a ensuite indiqué que le nombre d’attaques menées par les combattants antigouvernementaux contre les forces syriennes était en hausse.  Selon le Gouvernement, a-t-elle ajouté, plus de 2 000 membres des forces militaires et de sécurité ont été tués.


Mme Pillay a dit être particulièrement indignée par l’assaut contre la ville de Homs au cours duquel, a-t-elle précisé, l’armée syrienne a bombardé des quartiers à forte densité de population.  Plus de 300 personnes ont péri, en 10 jours.  Les hôpitaux sont débordés, les fournitures médicales sont en rupture de stock et au moins trois cliniques de fortune ont été bombardées.  La situation à Homs est « simplement déplorable », a-t-elle dit, en précisant que la situation humanitaire s’aggrave également à Zabadani, à Dar’a et à al-Rastan.  Elle a averti que le risque d’une crise humanitaire dans l’ensemble du pays se confirmait, arguant dans un deuxième temps que l’échec du Conseil de sécurité à s’accorder sur une action collective semblait avoir enhardi les autorités syriennes.


De l’avis de la Haut-Commissaire, la nature et l’étendue des abus commis par les forces syriennes indiquent que des crimes contre l’humanité ont sans doute été commis, depuis le mois de mars 2011.  Le déroulement des attaques par les forces militaires et de sécurité et la destruction généralisée de maisons, d’hôpitaux, d’écoles et autres infrastructures civiles indiquent l’implication des autorités au plus haut niveau. 


Mme Pillay a ajouté que des milliers de personnes avaient été tuées par les forces de sécurité et les milices Shabbiha lors de manifestations pacifiques, et que plusieurs déserteurs avaient dit avoir reçu l’ordre de tirer sur des manifestants non armés.  De plus, des tireurs d’élite ont pris pour cible des manifestants, des ambulances et des passants qui cherchaient à venir en aide aux blessés ou à retirer les corps.  Mme Pillay a également indiqué qu’au cours des blocus imposés aux villes d’Homs, d’Hama, de Dera’a et d’Idlib, les habitants n’avaient accès ni à l’eau, à la nourriture ou aux fournitures médicales.  Il y est impossible de transporter les blessés vers les hôpitaux.


Certains hôpitaux sont d’ailleurs utilisés comme des centres de détention et de torture.  Les médecins et le personnel médical sont arrêtés et torturés, et la grande majorité des blessés est maintenant soignée dans des hôpitaux de fortune établis dans des fermes, des appartements ou des domiciles privés.  Les conditions d’hygiène sont rudimentaires et le simple fait d’être en possession de matériel médical est puni, a-t-elle ajouté.


La Haut-Commissaire a poursuivi son intervention en prévenant qu’une campagne d’arrestations massives et arbitraires est en cours et que la torture est systématique et fréquente.  Les informations faisant état de violence sexuelle sont particulièrement troublantes et les enfants ne sont pas non plus épargnés, a-t-elle ajouté.  Mme Pillay a précisé que plus de 400 enfants avaient été tués par les forces de sécurité et que des enfants, certains âgés de 10 ans à peine, étaient victimes d’arrestations arbitraires.


« Je suis révoltée par ces graves violations et je suis bouleversée par cette répression impitoyable et ces tensions sectaires qui risquent de plonger la Syrie dans une guerre civile », a-t-elle confié.  Elle a accusé le Gouvernement syrien d’avoir manifestement manqué à son obligation de protéger sa population et a exhorté les États Membres à agir dès à présent pour protéger « dans l’urgence » la population syrienne. 


Elle a estimé que les efforts de la Ligue des États arabes devaient être appuyés et qu’il importait également de permettre à des équipes d’enquête internationales et indépendantes, « y compris mon Bureau et la Commission d’enquête indépendante » de se rendre sur place.  Les acteurs humanitaires doivent également obtenir un accès immédiat et sans entrave au pays.


M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a tout d’abord fait part de son « étonnement » après que le Président de l’Assemblée générale eut refusé de demander un avis juridique indépendant sur la convocation de cette réunion et sa conformité avec le règlement intérieur de l’Assemblée générale.  « Ceci est contraire au principe de démocratie qui régit tous nos travaux », a-t-il déclaré.  Il a fait remarquer que, pour la première fois dans sa carrière de diplomate, il avait entendu une personnalité importante, à savoir la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, lancer une accusation claire contre son pays en citant des informations et non les conclusions de la Commission d’enquête établie par le Gouvernement syrien. 


« Après ce qu’on a vu aujourd’hui, comment faire confiance à la Haut-Commissaire sur des questions liées à la promotion des droits de l’homme alors qu’elle a choisi d’adopter une position négative contre le Gouvernement syrien », a-t-il interrogé.  Il a considéré que la Syrie souffre d’un environnement international qui refuse d’examiner la situation sur la base de la Charte des Nations Unies et du principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays.  « Les dispositions élaborées par les pères fondateurs de l’ONU sont complètement bouleversées », a-t-il poursuivi, ajoutant que « certains milieux ont décidé de mener une guerre contre la Syrie, avec l’objectif de saper le Gouvernement par des sanctions iniques, unilatérales et illégitimes ».   


Le représentant a reconnu qu’il y avait des milliers de victimes civiles innocentes en Syrie mais, a-t-il ajouté, il s’agit là du prix à payer pour lutter contre une tentative de déstabilisation.  Tout État souverain, a-t-il dit, a la responsabilité première et exclusive de protéger ses citoyens.  Il a cité plusieurs cas d’attentats impliquant « des terroristes étrangers ».  Il a fait état du rapport d’un centre d’études américain qui montre la présence de terroristes d’Al-Qaida sur le sol syrien. 


« Saper le fondement même de l’État syrien est l’objectif visé ici », a-t-il poursuivi, appelant les États Membres à aider son gouvernement à lutter contre le terrorisme.  Il a précisé que des terroristes du Liban et de la Libye se rendent en Syrie et a déploré le fait que ces informations n’aient pas attiré l’attention de la Haut-Commissaire, du Conseil de sécurité ou de la majorité des États Membres de l’Assemblée générale.  Il a également fait remarquer que la capitale du Qatar accueille actuellement des groupes d’opposition armés qui rejettent le plan de réforme et qui sont « responsables » du bain de sang en Syrie. 


Il a exhorté le Président de l’Assemblée générale à mettre en pratique la lutte contre le terrorisme et a exhorté tous ceux qui arment les groupes terroristes à arrêter.  Il a réaffirmé l’intention de son pays de mettre un terme à ces actes et a estimé étrange que les appels au respect des droits de l’homme soient adressés, dans la région, uniquement à la Syrie.  Il a estimé que le projet de résolution, présenté par l’Arabie saoudite, pour un plan de paix en Syrie était une tentative d’imposer, « par la petite porte de l’Assemblée générale », ce qui n’avait pu être imposé au Conseil de sécurité.


Intervenant au nom du Groupe des États arabes, M. OSAMA ABDELKHALEK MAHMOUD (Égypte) a engagé l’Assemblée générale à trouver une issue pacifique à la crise en Syrie, insistant sur la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.  Il a fait savoir que sa délégation allait présenter dès aujourd’hui un projet de résolution à l’Assemblée générale.


M. IBRAHIM O. A. DABBASHI (Libye) a indiqué que tout comme le peuple libyen, le peuple syrien avait souffert aux mains d’un régime autoritaire.  Il n’y a pas de place dans ce monde pour ceux qui ont du sang sur les mains, a lancé le représentant, pour qui on ne saurait invoquer le principe de non-ingérence pour ne pas intervenir.  Il s’est plus particulièrement indigné du veto opposé par la Chine et la Fédération de Russie à la résolution de la Ligue des États arabes.  La responsabilité de protéger le peuple syrien est devenue une responsabilité de la communauté internationale et il ne saurait y avoir de prétexte pour maintenir le statu quo, a affirmé le représentant de la Libye.  Il a réclamé la concrétisation du principe de responsabilité de protéger et a exhorté la communauté internationale à agir rapidement.


M. ABDALLAH YAHYA A. AL-MOUALLIMI(Arabie saoudite) a dénoncé les tueries qui, a-t-il affirmé, ont fait plus de 7 000 victimes.  N’est-il pas temps pour cette longue nuit de finir?  Comment la communauté internationale peut-elle rester sourde aux cris de la population d’Homs et des autres villes? s’est interrogé le représentant, qui s’est plus particulièrement indigné du veto opposé par certaines puissances à la résolution du Conseil de sécurité.  Ces veto, a-t-il accusé, ont donné un feu vert aux autorités syriennes pour plus de tueries et de répressions.  La crédibilité de l’ONU a ainsi été ébranlée, s’est inquiété le représentant qui a exhorté le Conseil de sécurité à entendre l’appel du peuple syrien et à respecter ses obligations.  Le représentant a réclamé la création d’une force de maintien de la paix conjointe Ligue arabe-ONU pour contrôler les termes du cessez-le-feu, le moment venu.


M. OTHMAN JERANDI (Tunisie) s’est félicité de la tenue de cette réunion, à l’heure où les civils sont devenus les cibles, d’une façon intolérable.  Il a estimé que le rapport de la Haut-Commissaire était un témoignage clair du sort tragique du peuple syrien et que cette souffrance était contraire à toutes les dispositions du plan d’action de la Ligue des États arabes.  Il a condamné la violence contre les civils et toute option qui méconnaîtrait les appels régionaux ou internationaux face à l’aggravation de la situation humanitaire.  Il a considéré que les faits confrontent les États Membres à leurs responsabilités. 


Il a exigé que le Gouvernement syrien respecte les éléments du plan d’action de la Ligue des États arabes, en rejetant toute intervention militaire sous toutes ses formes.  Il a également rejeté toute violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie.  Notant qu’il fallait à présent travailler avec célérité pour arrêter l’effusion de sang, il a rappelé que la Tunisie avait proposé, hier au Caire, qu’une conférence des amis la Syrie se tienne le 24 février à Tunis, « car la situation est grave et il faut trouver une issue aux souffrances du peuple », a-t-il conclu.


M. THOMAS MAYR-HARTING, Chef de la délégation de l’Union européenne (UE), s’est dit atterré par la détérioration de la situation en Syrie, d’autant plus, a-t-il observé, qu’il y a seulement quelques semaines, le Gouvernement syrien s’était engagé à mettre un terme à la violence et à libérer tous les prisonniers politiques, entre autres.  Au lieu de quoi, le régime continue sa campagne impitoyable et scandaleuse, s’est-il indigné.  Il a qualifié de « profondément regrettable » le fait que le Conseil de sécurité ait été dans l’impossibilité d’adopter la résolution de la Ligue des États arabes après le veto opposé par deux de ses membres. 


M. Mayr-Harting a espéré qu’à sa prochaine session, qui commencera le 27 février, le Conseil des droits de l’homme pourrait prendre des mesures appropriées sur la situation en Syrie.  Il a également fait savoir que compte tenu du recours à la violence contre la population civile, l’Union européenne envisageait d’imposer, dans les prochains jours, un nouveau régime de sanctions.  Tant que la répression se poursuivra, a-t-il indiqué, l’UE maintiendra sa politique de sanctions ciblant exclusivement le régime et non la population civile, a-t-il ajouté.


Le représentant a salué la création du Groupe des Amis de la Syrie, avant d’engager les membres du Conseil de sécurité à « assumer leurs responsabilités ».  Le moment est venu de parler d’une seule voix et d’exiger la fin de l’effusion de sang et un avenir démocratique pour la Syrie, a-t-il lancé.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a tout d’abord déploré le fait, selon lui, que la convocation de cette réunion révèle plusieurs vices de procédure.  Il a ensuite estimé nécessaire de poursuivre les efforts diplomatiques, comme l’a fait la Fédération de Russie, a-t-il ajouté, lors de la visite à Damas de son Ministre des affaires étrangères.  Un dialogue politique entre toutes les forces syriennes est nécessaire; le Vice-Président syrien ayant tous les pouvoirs pour promouvoir un tel dialogue.  Mais, a-t-il affirmé, les groupes d’opposition ne sont pas prêts au dialogue qui donnerait pourtant lieu à l’adoption d’une nouvelle constitution et à des élections multipartites. 


La Fédération de Russie examine, a promis le représentant, les derniers éléments apportés dans ce sens par la Ligue des États arabes.  Il faut, a-t-il convenu, examiner de près l’idée d’une mission ONU/États arabes mais, a-t-il tempéré, il faut d’abord qu’elle soit acceptée par la Syrie et qu’il y ait dans le pays une paix et un cessez-le-feu à maintenir.  Or, a observé le représentant, « les groupes armés ne rendent compte à personne et ne sont représentés par personne ».


M. EMMANUEL BONNE (France) a constaté que depuis le rapport préliminaire de la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme, en décembre dernier, la situation n’avait fait qu’empirer en Syrie.  Il a accusé les autorités syriennes de s’être enfermées dans une logique de terreur et de continuer de recourir massivement au meurtre, à la torture, aux détentions arbitraires, aux disparitions forcées et à toutes les formes de violence contre les civils exprimant pacifiquement leurs aspirations à la liberté. 


Pire, a-t-il ajouté, le veto complice de deux membres du Conseil de sécurité a conforté le régime syrien dans cette logique meurtrière.  Considérant qu’il a maintenant carte blanche pour massacrer son peuple, le régime n’hésite plus désormais à recourir à l’artillerie lourde, aux tanks, aux hélicoptères et aux mortiers pour faire taire définitivement toute forme d’opposition.  Le régime syrien, a-t-il accusé, s’est rendu coupable de crimes contre l’humanité.  Pour M. Bonne, l’impunité doit cesser et les autorités syriennes, « en premier lieu de Président Assad » devront répondre de leurs actes devant la justice.


Le représentant a ensuite assuré que le double veto opposé au Conseil de sécurité n’empêcherait pas la communauté internationale de poursuivre sa mobilisation dans la défense du peuple syrien.  Il a estimé qu’il fallait continuer de soutenir l’initiative de la Ligue des États arabes et a plus particulièrement salué la décision de la Ligue de nommer un envoyé spécial chargé de mettre en œuvre son plan d’action.  Il a appelé le Secrétaire général à renforcer ses liens avec la Ligue des États arabes et a soutenu pleinement la création d’un Groupe des Amis du peuple syrien qui permettra d’accentuer la mobilisation internationale en coordonnant pressions diplomatiques et économiques contre le régime.  Le représentant a également salué le programme politique du Conseil national syrien qui prévoit l’établissement d’une Syrie démocratique et pluraliste.  Il a appelé le Conseil des droits de l’homme à condamner unanimement et avec la plus grande fermeté les exactions du régime syrien, à sa prochaine session.


M. TSUNEO NISHIDA (Japon) a estimé que cette réunion était opportune et a partagé les préoccupations liées à l’utilisation croissante de la force, ainsi qu’à l’aspiration aux réformes de la part de la population syrienne.  Il a appuyé l’engagement fort pris par la Haut-Commissaire pour améliorer la situation en Syrie et a dit partager ses préoccupations s’agissant des violations graves des droits de l’homme commises systématiques par les autorités syriennes, en particulier, les informations selon lesquelles le nombre de victimes parmi les enfants a augmenté et que des enfants ont fait l’objet d’abus sexuels en détention.  Il a appuyé les efforts et l’engagement du Secrétaire général, ainsi que l’initiative de la Ligue des États arabes ou d’autres pays contre les autorités syriennes.


Afin de prévenir une autre effusion de sang, il a rejoint les appels lancés pour que la Syrie mette en œuvre le plan de paix de la Ligue des États arabes.  Il s’est dit convaincu que c’est la seule option pour ramener la paix et la stabilité.  Il s’est dit extrêmement déçu par l’inaction du Conseil de sécurité, qui selon lui aurait dû envoyer un message fort et parler d’une seule voix pour faire cesser cette situation inhumaine.  Il a émis le souhait que l’Assemblée générale puisse envoyer un message fort à la communauté internationale et à la Syrie.


Mme ROSEMARY DICARLO (États-Unis) s’est dite préoccupée par les informations présentées par Mme Pillay.  Actuellement, on ne peut connaître tous les détails de la situation car le « régime Assad » a choisi de tenir à distance les observateurs, a-t-elle déploré.  La réalité est pourtant désastreuse, a-t-elle ajouté, faisant état de milliers de morts, y compris parmi les enfants.  Mme DiCarlo a exhorté le régime syrien à respecter les droits de l’homme et la dignité de son peuple.  Elle a aussi appelé toutes les parties à cesser de recourir à la violence.  Elle a salué le leadership dont a fait preuve la Ligue arabe et a appuyé les demandes formulées par celle-ci.  La représentante a exigé que les acteurs humanitaires puissent bénéficier d’un accès sans entrave au pays.


M. PAUL SEGER (Suisse) a condamné avec la plus grande fermeté les violations des droits de l’homme qui ont lieu en Syrie et a demandé aux autorités syriennes de mettre fin immédiatement à la violence et à la répression contre la population civile.  Les autorités syriennes doivent également permettre à tous les acteurs humanitaires de travailler sans entraves, a-t-il ajouté.  Il est impératif, a souligné le représentant de la Suisse, que cette situation inacceptable demeure à l’ordre du jour de tous les organes compétents des Nations Unies.  La communauté internationale a le devoir de réagir face aux violations graves des droits de l’homme, a estimé M. Seger, qui a cependant regretté que la complémentarité de ces organes n’existe pas dans le contexte actuel.


Compte tenu de la gravité des violations commises et du manque de volonté des autorités syriennes de poursuivre leurs auteurs, la Suisse estime qu’il est nécessaire que le Conseil de sécurité défère au plus vite la situation à la Cour pénale internationale (CPI).  Saluant les actions du Conseil des droits de l’homme concernant cette situation, le représentant a appelé le Gouvernement syrien à coopérer pleinement avec cet organe, en particulier avec la Commission d’enquête indépendante qu’il a établie et le futur rapporteur spécial.  Saluant également les efforts du Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, et de la Ligue des États arabes, M. Seger a rappelé que la solution à la crise actuelle en Syrie devait passer inéluctablement par un dialogue sincère et inclusif dont l’objectif doit être le respect et la garantie des droits fondamentaux du peuple syrien.


M. WANG MIN (Chine) a rappelé que son pays avait toujours  maintenu que le dialogue constructif et la coopération demeurent la meilleure façon de promouvoir et de protéger les droits de l’homme.  Il a rappelé que la paix et la stabilité en Syrie répondent aux intérêts communs de la communauté internationale.  Il a lancé un appel à toutes les parties afin qu’elles mettent fin à la violence, qu’elles évitent les pertes en vies humaines et qu’elles restaurent l’ordre dans le pays le plus rapidement.   Il a aussi appelé toutes les parties à respecter les aspirations du peuple syrien au changement et à protéger leurs propres intérêts. 


Il a estimé que les actions du Conseil de sécurité s’agissant de la Syrie devraient se conformer aux objectifs et principes de la Charte, ainsi qu’aux normes de base de la gouvernance des relations internationales.  Elles devraient, en outre, aider à promouvoir un dialogue politique et à maintenir la paix et la stabilité dans la région du Moyen-Orient, et non compliquer davantage le problème, a-t-il ajouté.  Rappelant que la Chine ne protège qui que ce soit, il a indiqué que sa démarche est d’éloigner le peuple syrien des conflits et de la guerre.  Il s’est dit convaincu que les sanctions et les pressions ne sont pas porteuses d’un règlement approprié des problèmes. 


M. JORGE VALERO BRICEÑO (Venezuela) a tout d’abord donné lecture de la Déclaration des chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité commercial entre les peuples (ALBA-TCP) condamnant, entre autres, la politique systématique d’ingérence et de déstabilisation de la Syrie.  Il a réaffirmé l’appui de sa délégation à la politique de réforme menée par le « régime Assad » et a affirmé que les manifestations pacifiques n’ont jamais été prises pour cible mais qu’au contraire, les groupes politiques opposés au « régime Assad » s’étaient organisés en milices armées, provoquant des morts et des blessés.  Il a déploré le recours au terrorisme pour appuyer les revendications légitimes du peuple syrien.  Il a invité les parties à répondre favorablement à l’invitation au dialogue de la Fédération de Russie et a dénoncé le fait que l’on porte atteinte à la dignité manifestée par la Fédération de Russie et la Chine au Conseil de sécurité.  Certains agissent comme si ces pays et ceux de l’ALBA n’appartenaient pas, eux aussi, à la communauté internationale.


M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a rappelé que cela fait plus d’une semaine que le Conseil de sécurité a été empêché d’agir pour mener une transition politique pacifique en Syrie.  Face à cette inaction, les autorités syriennes continuent d’utiliser sans discrimination l’artillerie lourde pour bombarder les villes de Homs, Hama, Zabadani ainsi que les faubourgs de Damas.  Il a fait remarquer que des centaines de personnes ont été tuées, au cours des dernières journées, et que ces morts viennent s’ajouter aux plus de 6 000 pertes en vies humaines dénoncées dans le rapport de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme.  Il a considéré que les promesses du régime syrien de mettre un terme à la violence semblent n’être que des paroles vaines pour gagner du temps.  


Le régime syrien a ignoré les fermes condamnations de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, de l’Assemblée générale et du Secrétaire général.  Il a refusé l’accès à la Commission d’enquête indépendante et n’a pu mettre en œuvre le Plan d’action de la Ligue des États arabes, « comme il avait pourtant accepté de faire », a accusé le représentant.  À la longue, « la stratégie d’Assad échouera », a-t-il promis, en appelant la communauté internationale à rechercher une solution pacifique rapide.  « Il y a ceux qui disent qu’il faut être patient et laisser le temps à Assad de mettre en place des réformes mais, en une année de répression, il n’y a eu que des mensonges », a déploré le représentant.  Il s’est dit engagé à soutenir un processus mené par la Ligue des États arabes et a appuyé l’initiative du Groupe des États arabes de présenter une résolution à l’Assemblée générale.


M. GUILLERMO RISHCHYNSKI (Canada) a expliqué que « cette campagne de terreur méprisable » qui dure depuis 11 mois a incité le Canada à imposer des sanctions sévères contre le régime et ses partisans.  Le Canada a également apporté une aide humanitaire pour alléger les souffrances du peuple de la Syrie, par l’intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). 


Le représentant s’est dit « extrêmement » déçu que le Conseil de sécurité ait manqué de répondre efficacement à la crise en Syrie.  L’utilisation du droit de veto par deux membres permanents a bloqué le Conseil, a-t-il souligné, en qualifiant de « déplorable » l’approvisionnement d’armes constant à un régime engagé à tuer son propre peuple.  Le Canada exhorte tous les États Membres des Nations Unies à se joindre à lui pour isoler le régime syrien actuel jusqu’à ce que le Président Assad et ses partisans cessent leurs atrocités contre d’innocents civils. 


Le représentant a dit accueillir positivement les efforts déployés par la Ligue arabe et la proposition pour une transition pacifique vers la démocratie.  Il a encouragé la Haut-Commissaire aux droits de l’homme à offrir toute l’assistance dont pourra avoir besoin la Ligue arabe et a encouragé le Secrétaire général à nommer un envoyé spécial pour la Syrie.  Compte tenu du refus du « régime Assad » de respecter et de protéger les droits de l’homme du peuple syrien et du fait que le Conseil de sécurité n’ait pas réussi à s’attaquer à la situation, il est indispensable, a argué le représentant, que l’Assemblée générale agisse avec détermination.  


M. PEDRO NÚÑEZ MOSQUERA (Cuba) a dénoncé une manipulation et les mensonges des médias s’agissant de la véritable situation en Syrie.  Il a rejeté la tendance à rester sourd aux propositions du Gouvernement syrien et a considéré qu’une guerre civile en Syrie ou une intervention étrangère aurait de graves conséquences pour la région du Moyen-Orient.  Il a condamné tous les actes de violence en Syrie et a rejeté à nouveau toute intervention étrangère, que ce soit de façon directe ou par l’appui de groupes armés irréguliers, a-t-il précisé.  Il a estimé que la position de certains membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dans la région, au cours des derniers mois, démontrait que la promotion des droits de l’homme n’est pas la motivation première de ceux qui appellent l’Assemblée générale à se prononcer aujourd’hui. 


Rejetant une politique de « deux poids, deux mesures », il a rappelé que son pays était contre toute tentative de mettre en péril la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie.  Il a souligné qu’il appartient au peuple syrien de se prononcer sur ses aspirations et à l’ONU de fournir une aide pour sauvegarder la paix et la stabilité.  Il a réaffirmé l’engagement le plus ferme de son pays en faveur du droit à l’autodétermination du peuple syrien.


La population syrienne a besoin de notre aide, a déclaré M. PETER WITTIG (Allemagne), qui a réclamé la fin de la répression et des meurtres.  Il a appuyé l’idée de créer une mission d’enquête du Conseil de sécurité, avant de réclamer un accès sans entrave et sans discrimination aux soins médicaux.  Il a dénoncé le fait que le Gouvernement syrien ne manifeste pas l’intention de mettre un terme à la répression et de s’engager dans un processus politique pacifique.  L’Allemagne, a-t-il ajouté, demeure convaincue que la situation en Syrie nécessite une action du Conseil de sécurité.  Il a appuyé la tenue prochaine, le 24 février en Tunisie, d’une réunion du Groupe des Amis de la Syrie, ainsi que la résolution qui sera présentée prochainement par le Groupe des États arabes.


Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI(Brésil) a renouvelé son appel aux autorités syriennes pour qu’elles respectent leurs obligations internationales en vertu des droits de l’homme et du droit international humanitaire, et pour qu’elles honorent leurs propres engagements envers la Ligue des États arabes.  Elle a estimé que la solution à la crise en Syrie requiert un processus politique interne.  Le Gouvernement doit faire plus et plus vite pour établir les conditions nécessaires au lancement de négociations.  La répression politique doit cesser immédiatement et les réformes doivent permettre un changement capable de promouvoir une gouvernance plus démocratique.  L’opposition doit aussi y contribuer par un engagement constructif aussi tôt que les conditions seront réunies. 


Les Nations Unies devraient envoyer un message clair et uni condamnant les violations des droits de l’homme, tout en appuyant les efforts de la Ligue arabe et le caractère central d’un processus politique processus interne.  Notre action collective et individuelle doit être guidée par le souci d’arrêter la violence, de promouvoir la stabilité et d’aider les parties à surmonter l’impasse politique actuelle.  L’engagement de la Ligue arabe continuera à être crucial, a conclu la représentante, en appuyant une plus grande coopération de l’ONU avec la Ligue.


Mme YANERIT MORGAN (Mexique) a estimé que lorsque le Conseil des droits de l’homme demande l’intervention des autres organes du système de l’ONU, ceux-ci devaient faire preuve du même sentiment d’urgence.  Elle a fermement condamné la violence dont est victime la population civile en Syrie.  Elle a regretté le manque de coopération manifestée par le Gouvernement syrien et l’a exhorté à cesser de recourir à la force et à répondre plutôt aux aspirations légitimes de sa population.  Pour la représentante, les Nations Unies ne peuvent rester passives face à des situations qui menacent de devenir de nouvelles tragédies.  Le principe d’ingérence montre ses limites lorsqu’on fait face à des violations de valeurs essentielles comme les droits de l’homme, a-t-elle notamment affirmé.


M. MORTEN WETLAND (Norvège) a estimé qu’un Gouvernement qui utilise la force militaire contre sa propre population a perdu toute légitimité.  M. Assad n’est plus habilité à parler au nom du peuple syrien et doit quitter le pouvoir.  Rappelant que son pays a demandé que la CPI soit saisie de la situation en Syrie, le représentant a annoncé que son pays est disposé à ajouter aux sanctions d’autres mesures contre les autorités syriennes.  Il a souligné que malgré l’exercice du droit de veto au Conseil, ce sont 13 pays qui ont envoyé un message d’appui très clair à l’initiative de la Ligue des États arabes.


La Norvège a envoyé un message de soutien clair au peuple de Syrie et continuera à discuter avec une opposition qui adhère à la non-violence et à la démocratie.  C’est la raison pour laquelle, elle maintient sa représentation diplomatique à Damas, tout en réévaluant la situation tous les jours.  Il a salué l’idée de la Tunisie d’organiser la première rencontre du Groupe des Amis de la Syrie, le 24 février.


M. GARY FRANCIS QUINLAN (Australie) a dit que les abus du Gouvernement syriens doivent être et sont inacceptables pour la communauté internationale.  Il a indiqué que son pays a été profondément déçu du vote du 4 février au Conseil de sécurité.  Pourtant, a-t-il insisté, le projet de résolution n’appelait ni à une intervention militaire ni à un changement de régime ni à un embargo ni même à des sanctions.  La résolution n’appelait qu’à un soutien à l’initiative de la Ligue des États arabes.  Le Président Assad doit coopérer pleinement avec la Ligue arabe et, particulièrement, adhérer à sa décision du 22 janvier pour faciliter la transition politique pacifique en Syrie. 


Le représentant a donc salué les appels à travailler avec différents partenaires arabes pour établir un groupe d’appui international qui serait un mécanisme clef pour coordonner l’assistance internationale pour le peuple syrien, soutenir les efforts diplomatiques de la Ligue arabe, maintenir la pression sur le Gouvernement syrien et faire en sorte que la crise reste dans l’ordre du jour du Conseil de sécurité.  Le représentant a salué la conférence de Tunis prévue pour le 24 février, et s’est dit prêt à travailler sur le projet de résolution que doit présenter l’Égypte à l’Assemblée générale.


M. JOÃO CABRAL (Portugal) a estimé que les rapports du Haut-Commissariat aux droits de l’homme étaient « troublants » et soulignaient l’urgence de mettre en place un processus politique significatif.  Constatant une « spirale dangereuse vers la guerre civile », il a considéré qu’il était inacceptable que, depuis que le Conseil de sécurité n’a pu adopter une résolution, le régime syrien ait augmenté sa répression envers la population.  Il a ajouté que le régime syrien avait brisé promesse après promesse et avait engagé des pourparlers qui n’ont, selon lui, aucune crédibilité. 


Rappelant que tous les auteurs des violations doivent être traduits en justice, il a affirmé que sa délégation appuyait pleinement les efforts de la Ligue des États arabes car elle croit fermement que son plan d’action va vers une résolution pacifique de la crise, tout en permettant une transition politique vers un système pluraliste et démocratique, dans lequel toutes les aspirations des Syriens seraient prises en compte, a-t-il ajouté.  Il a ensuite exhorté les parties à s’engager dans un dialogue pacifique et positif sous l’égide de la Ligue des États arabes.


M. OCTAVIO ERRÁZURIZ (Chili) a dit appuyer fermement les démarches effectuées par la Ligue des États arabes et par le Conseil des droits de l’homme pour rétablir la paix, la coexistence pacifique et le respect des droits de l’homme en Syrie.  Il a regretté que le Conseil de sécurité n’ait pas été en mesure de se mettre d’accord pour adopter une résolution et a estimé que l’exercice du droit de veto devait être utilisé de manière restrictive, surtout lorsqu’il s’agit de délits pouvant être qualifiés de crime de guerre ou de génocide.


M. STEFAN BARRIGA (Liechtenstein) a estimé que cette réunion était l’occasion de démontrer au peuple syrien que ses souffrances ne passeraient pas inaperçues et ne se dérouleraient pas sans sanction aux Nations Unies.  Saluant l’initiative de la Ligue des États arabes, il a estimé que celle-ci méritait le plein appui du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale et du Secrétaire général de l’ONU.  « Cette initiative est la seule possibilité et le seul espoir pour mettre fin aux effusions de sang », a-t-il ajouté.  Il a ensuite déploré le veto posé par deux membres permanents du Conseil de sécurité, et ce, « en dépit du fait que ce texte avait déjà été réduit au strict minimum, à la suite de négociations intenses », a-t-il expliqué.  Il a estimé que ce comportement était incompatible avec les engagements déjà exprimés à plusieurs reprises à collaborer avec les organisations régionales et avec les responsabilités juridiques et morales des membres permanents du Conseil de sécurité, étant donné qu’il s’agit de situations impliquant les crimes les plus graves. 


Estimant que le Conseil de sécurité a failli à ses responsabilités en la matière, il a considéré que l’Assemblée générale devait à présent intervenir.  Il a expliqué que, depuis le rapport de la Commission d’enquête en Syrie en novembre dernier, la situation sur le terrain s’était largement détériorée.  Il a proposé que l’Assemblée générale, en plus de réaffirmer son soutien à l’initiative de la Ligue des États arabes, recommande au Conseil de sécurité le renvoi de la question à la Cour pénale internationale (CPI). 


M. DESRA PERCAYA (Indonésie) s’est dit troublé par l’escalade de la violence et la détérioration de la situation en Syrie qui conduisent à de graves violations des droits de l’homme.  Il a rejeté le recours à la force et exhorté les autorités syriennes à assurer la sureté et la sécurité de leur population.  Il incombe, a-t-il dit, au Gouvernement syrien de prendre les mesures requises pour assurer la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales de sa population.  Il a donc réitéré son appel aux autorités syriennes pour qu’elles honorent leurs obligations et les mesures auxquelles elles ont souscrit à plusieurs reprises.  Elles doivent pleinement coopérer avec les mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies. 


Le conflit devant être résolu de manière pacifique, il faut un dialogue politique inclusif et véritable entre toutes les parties dans le pays.  Nous, la communauté internationale, devons agir à l’unisson pour atteindre cet objectif, a dit le représentant, avant d’appuyer la proposition de créer une opération conjointe de maintien de la paix pour protéger les civils et ouvrir la voie à un règlement politique. 


M. SIN SON HO (République populaire démocratique de Corée) a estimé que toutes les questions relatives aux droits de l’homme devaient se fonder sur les principes de non-ingérence et de respect de la souveraineté territoriale des États.  Il a lancé un appel pour que cesse la répression dont est victime la population syrienne et a estimé que la stabilité et la paix en Syrie devaient participer d’un processus mené par les Syriens eux-mêmes, sans ingérence étrangère.  Il a privilégié à ce titre les négociations et le dialogue.


M. MOHAMMAD KHAZAEE (République islamique d’Iran) a d’abord déclaré qu’il aurait souhaité que des consultations avec les États Membres intéressés ou le Bureau aient lieu avant la convocation de cette réunion.  Il a ensuite considéré que la Syrie traversait des moments très difficiles de son histoire alors que son intégrité territoriale est mise en jeu.  Il a également noté que ce pays avait été, ces derniers mois, victime de plusieurs actes terroristes.  À cet égard, il a estimé que la communauté internationale devrait condamner toute ingérence étrangère ou toute incitation au terrorisme.  L’objectif de la communauté internationale devrait être d’aller vers un processus plus démocratique, exempt de toute intervention étrangère.  Les sanctions, les pressions et les tentatives d’ingérence ne font qu’amplifier la crise sociale et politique avec les conséquences que l’on sait dans toute la région, a-t-il ajouté. 


Notant que la Syrie avait toujours joué un rôle clef au Moyen-Orient, il a invité les États Membres à penser à une solution pacifique à la crise.  « Le rôle de l’ONU, y compris celui de l’Assemblée générale, est d’aider et de faciliter le dialogue des groupes politiques syriens avec le Gouvernement afin d’aller vers un processus de réformes fondé sur les aspirations de la population et le maintien de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale de la Syrie », a-t-il conclu.  Rappelant que l’initiative de dialogue à Moscou allait dans ce sens, il a appelé les différents groupes à la soutenir.


Mme MARÍA RUBIALES DE CHAMORRO (Nicaragua) a, à son tour, évoqué la Déclaration politique de l’ALBA et affirmé que la communauté internationale faisait actuellement face à la même situation qui a précédé l’intervention de l’OTAN en Libye.  C’est une impression de déjà vu, s’est inquiétée la représentante, qui a dénoncé les arguments humanitaires invoqués par de nombreux dirigeants membres de l’OTAN alors « qu’ils travaillent en coulisses pour renverser le Gouvernement syrien et se répartir des contrats juteux dans la reconstruction du pays ». 


Elle a plaidé pour un règlement pacifique du conflit entre Syriens.  Elle a dénoncé le fait que l’on invoque la protection des droits de l’homme pour violer le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.  Elle a réclamé des efforts majeurs sur le plan politique et salué les efforts déployés par la Fédération de Russie.  Elle a également salué la dignité manifestée par la Fédération de Russie et la Chine au Conseil de sécurité et s’est opposée à la réunion que tient aujourd’hui l’Assemblée générale.


Mme ZOYA KOLONTAI (Bélarus) a pris note des informations présentées par la Haut-Commissaire aux droits de l’homme mais elle a exprimé des doutes quant à l’objectivité de ces informations « qui ne reflètent qu’un point de vue ».  Préoccupée par la poursuite des affrontements, elle a réaffirmé l’engagement de sa délégation en faveur d’un dialogue entre les parties et a salué les efforts de médiation de la Fédération de Russie.  « La seule voie fiable est le dialogue inclusif, le respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité de l’État syrien », a-t-elle poursuivi, appelant les Membres de l’Assemblée générale à faire preuve de « sagesse » en s’abstenant de toute décision hâtive et inéquitable.      


M. ANTONIO BERNARDINI (Italie) a accusé le régime syrien d’avoir brisé tous ses engagements et a qualifié la situation actuelle d’intolérable.  Il a estimé qu’il convenait d’appuyer les efforts déployés par la Ligue des États arabes et d’exercer une pression croissante sur le régime syrien pour qu’il cède.  Il a appelé la communauté internationale à adopter des mesures restrictives contre les principaux responsables de la répression tout en veillant à épargner la population civile.  Il s’est félicité de la tenue prochaine en Tunisie, de la réunion du Groupe des Amis de la Syrie.


M. RON PROSOR (Israël) a estimé qu’on ne pouvait rester indifférent aux images qui proviennent de la Syrie, avertissant que les conséquences de l’inaction seraient « horribles ».  Si on cherche à comprendre les intentions de ce régime, il suffit de regarder son historique, a lancé le représentant, en faisant notamment référence au massacre, il y a 30 ans, de 30 000 personnes à Hama.  « Assad », a-t-il ajouté, a perdu l’autorité morale pour gouverner, et le moment est venu pour la communauté internationale de cesser de se tenir en marge, regardant un meurtre après l’autre.  Il est temps de s’unir contre « le tyran de Damas ».


Mme BERNADETTE CAVANAGH (Nouvelle-Zélande) a appuyé la tenue d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme sur la Syrie et sa résolution S-18/1 se référant au rapport de la Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie.  Elle a dit que le rapport faisait clairement état de crimes contre l’humanité en citant de graves violations des droits de l’homme dont des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des cas de torture, des violences sexuelles et des violations des droits de l’enfant.  Elle a exigé l’arrêt de toutes ces violences en soulignant l’obligation de la Syrie de protéger sa population.  La représentante a salué le rôle joué par la Turquie, voisine de la Syrie, et par la Ligue des États arabes.  Elle a salué la création d’un Groupe des Amis de la Syrie et les plans de la Ligue des États arabes pour encourager un processus de transition pacifique. 


Jugeant indispensable d’écouter les attentes des pays de la région, la représentante s’est dite choquée par l’incapacité du Conseil de sécurité de soutenir le plan de la Ligue arabe.  S’inquiétant de l’intensification des violences depuis l’échec du Conseil de sécurité à parler d’une même voix, elle a exhorté les autorités syriennes à cesser immédiatement les tueries, à mettre en œuvre leurs obligations, au regard du droit international, et à poursuivre tous les responsables des crimes.  Enfin, elle a exhorté la Syrie à mettre en œuvre les recommandations de la Commission d’enquête et les plans de la Ligue des États arabes.


M. VINAY KUMAR (Inde) a fermement condamné toute violence en Syrie, quels qu’en soient les auteurs, ainsi que les violations des droits de l’homme.  Il a appelé à un processus politique inclusif et pacifique afin de répondre aux souhaits de toutes les composantes de la société civile syrienne.  Il a souligné que ce message avait été, à plusieurs reprises, envoyé par sa délégation aux autorités syriennes lors de contacts bilatéraux, ainsi qu’à travers le Groupe IBSA (Inde, Brésil et Afrique du Sud).  Il a réaffirmé que le processus politique actuel devait être mené par les Syriens et, dans ce contexte, il s’est félicité du déploiement de la mission d’observation de la Ligue des États arabes car elle a eu un effet apaisant et a permis d’avoir une vue d’ensemble des événements, a-t-il expliqué.  Il a ensuite appuyé l’appel de la Ligue des États arabes en vue d’un dialogue politique.  « Pour résoudre rapidement la situation, il est nécessaire d’engager un dialogue constructif avec les autorités, et basé sur les réformes déjà annoncées par le leadership syrien », a-t-il conclu.


M. ERTUĞRUL APAKAN (Turquie) a estimé que les efforts internationaux devraient se concentrer sur l’arrêt du bain de sang et ouvrir la voie à un processus démocratique.  Notant que la probabilité d’une guerre civile ou d’un conflit interconfessionnel doit être évitée à tout prix, il a salué les efforts de la Ligue des États arabes, ainsi que l’appel à l’établissement d’un Groupe des Amis de la Syrie.  La communauté internationale doit également mobiliser ses ressources afin de répondre aux besoins humanitaires.  C’est dans cet objectif, que la Turquie continuera d’appuyer le peuple syrien, a-t-il conclu.


Droit de réponse


Le représentant de la Syrie a commenté les nombreux massacres commis par Israël en Palestine et le refus d’en discuter.  Il a dénoncé les « larmes de crocodile » versées par Israël pour les victimes syriennes, ajoutant dans la foulée que 300 enfants syriens avaient été tués par les mines israéliennes dans le Golan syrien.


*   ***   *


À l’intention des organes d’information • Document non officiel