11/02/2011
Secrétaire général
SG/SM/13399
SC/10173

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S’EXPRIMANT DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ, LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SOULIGNE

L’INTERDÉPENDANCE DE LA PAIX, DE LA SÉCURITÉ ET DU DÉVELOPPEMENT


On trouvera, ci-après, le texte de la déclaration faite, le 11 février, par le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, lors du débat du Conseil de sécurité sur l’interdépendance entre la paix, la sécurité et le développement:


Qu’il me soit tout d’abord permis de remercier le Gouvernement brésilien d’avoir porté son attention sur les liens fondamentaux qui existent entre paix, sécurité et développement.


Les événements survenus récemment de par le monde nous rappellent avec brutalité à la nécessité d’ancrer la stabilité politique sur la paix, l’égalité des chances, des conditions de vie correctes et le consentement des gouvernés.


Paix, sécurité et développement sont interdépendants.  Les signes ne manquent pas.


Parmi les pays dont les indicateurs de développement humain sont les plus faibles, 9 sur 10 ont connu un conflit au cours des 20 dernières années.  Dans les pays qui connaissent des inégalités frappantes et où les institutions sont faibles, les risques de conflits sont accrus.  La mauvaise répartition des richesses et la pénurie d’emplois, l’absence de perspectives et le manque de libertés – notamment pour une population jeune nombreuse – peuvent également accroître les risques d’instabilité.  Le trafic de drogue et la criminalité internationale organisée ont trouvé un terrain fertile dans les zones où les services de base et les perspectives économiques sont insuffisants, et entraînent un climat de peur dans les rues et d’insécurité dans des régions entières. 


Tout comme l’absence de développement peut alimenter les conflits, le progrès économique et social peut permettre de les prévenir et favoriser l’instauration de la paix.  Un développement soutenu, généralisé, peut contribuer à l’élimination des causes profondes des conflits, si l’on veille à assurer un partage équitable des richesses et un meilleur accès aux terres agricoles, à renforcer la gouvernance et à garantir à tous la justice.  Il importe au plus haut point que le développement n’exclue personne.  Il s’ensuit naturellement que les femmes, qui peuvent jouer un rôle déterminant dans les négociations et les processus de paix, doivent en être, tout comme les jeunes, qui représentent un potentiel considérable pour le développement de leur société.  Bref, un développement sans exclusive fondé sur le consensus et la consultation est peut-être le moyen le plus efficace de réduire les risques de conflit et d’ouvrir la voie à une stabilité durable. 


Ces dernières années, nous avons progressé considérablement vers une meilleure prise en compte de ces enseignements dans nos travaux.  La Commission de consolidation de la paix, par exemple, réunit un vaste échantillon d’acteurs, dont les membres du Conseil de sécurité et du Conseil économique et social, les pays fournisseurs de contingents et les principaux donateurs, en vue de mettre au point des stratégies communes, avec la participation de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.  Le Fonds pour la consolidation de la paix, également de création récente, s’emploie à galvaniser et à appuyer les efforts coordonnés de l’ensemble du système des Nations Unies en matière de consolidation de la paix.


J’ai également prié toutes les missions de l’ONU, dans les zones où se trouvent à la fois une équipe de pays des Nations Unies et une opération multidimensionnelle de maintien de la paix ou une mission politique, de recenser les domaines prioritaires en matière de consolidation de la paix et de mettre au point des cadres stratégiques intégrés à l’intérieur desquels ils puissent organiser leurs activités dans ces domaines.  On convient de plus en plus que ces cadres stratégiques doivent être élaborés en collaboration avec le pays hôte, afin de tenir compte des priorités nationales et de permettre au pays de prendre en main le processus de développement. 


Par ailleurs, le cadre du partenariat mis en place en 2008 entre l’ONU et la Banque mondiale pour les situations de crise et d’après crise offre une bonne structure de départ pour l’élaboration de stratégies cohérentes concernant les pays sortant de conflit.  Ces mesures sont certes importantes, mais nous pouvons encore faire davantage pour la mise en place de stratégies véritablement intégrées et synergiques en matière de sécurité et de développement.  Je citerai à cet égard cinq axes d’intervention possibles.


Premièrement, pour assurer l’unité d’action du système des Nations Unies sur tout l’arc d’intervention couvrant la sécurité et le développement, nous aurions tout à gagner à ce que les États Membres, dans tout le système multilatéral, pratiquent une conception unitaire de la gouvernance, à l’échelle de l’ensemble de leur administration.  Sur ce point, je me félicite de ce que les États Membres s’attachent de plus en plus à renforcer la cohérence entre les différentes institutions multilatérales, notamment par le biais d’interventions structurées et de la participation du Conseil de sécurité, du Conseil économique et social, de la Commission de consolidation de la paix, des conseils d’administration des organismes des Nations Unies et des Conseils des Gouverneurs de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.


Deuxièmement, nous devons mieux gérer le processus de réduction progressive des effectifs et de retrait des opérations autorisées par le Conseil de sécurité et amener de façon plus structurée la transition, pour le transfert des différentes tâches aux équipes de pays des Nations Unies et aux autres acteurs de développement.


Troisièmement, nous devons trouver des moyens novateurs de mettre en place et de renforcer les institutions nationales dans les pays où la situation reste précaire.  Comme il est apparu clairement lors du débat du Conseil de sécurité sur le renforcement des institutions, des institutions efficaces et une solide prise en charge des processus au niveau national sont déterminantes pour l’instauration durable de la paix.


Quatrièmement, nous devons attacher davantage d’importance à la relation triangulaire entre changements climatiques, sécurité et développement.  Les pénuries énergétiques et les effets des changements climatiques influent de plus en plus lourdement sur le développement et la sécurité.  Nous ne pouvons pas assurer la sécurité si les ressources énergétiques font défaut et sans une gestion des risques climatiques.


Cinquièmement, nous devons examiner comment nous pouvons réduire la violence liée à la criminalité, qui est une préoccupation de sécurité encore plus grave dans de nombreuses parties du monde.  Dans certaines régions, la criminalité organisée menace non seulement les acquis en matière de développement mais également jusqu’au tissu même de la paix et de la sécurité internationales.  La criminalité organisée remet en question le fonctionnement de l’État moderne.


J’ajouterai que dans de trop nombreux endroits de par le monde, la prolifération des armes légères et des munitions constitue une menace constante à la sécurité des citoyens ordinaires.  Dans ce contexte, le Conseil voudra peut-être envisager un renforcement de sa collaboration avec l’Assemblée générale, en vue de l’élaboration de stratégies visant à mettre fin à la prolifération illicite des armes légères et des munitions.


Comme je l’ai souligné dans mon dernier rapport sur les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique, « la prochaine génération de problèmes de sécurité nécessitera que l’on porte une plus grande attention à la gestion des crises, aux stratégies de réduction des risques de catastrophe, à la nécessité d’une plus forte présence civile dans les opérations de paix et au renforcement du régime de droit ».


Sur le plan stratégique, il faudra mieux définir les priorités et la séquence sécurité-gouvernance-développement, et établir de nouveaux partenariats.  Le nouveau Rapport sur le développement dans le monde, qui sera publié bientôt, fournira des éléments importants sur ces questions.  Nous disposons d’une vaste expérience et de preuves tangibles à l’appui du constat que des liens unissent la paix, la sécurité et le développement.


Je me réjouis à la perspective de continuer à travailler avec le Conseil de sécurité et tous nos partenaires à la prise en compte de ces enseignements dans nos efforts visant à exécuter le mandat que nous confère la Charte, de promouvoir la paix et le bien-être de l’humanité.


Je remercie les membres du Conseil de sécurité de continuer à s’efforcer de relever ces défis.


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