01/03/2011
Conseil économique et social
ENV/DEV/1194

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commission du développement durable                        

Réunion préparatoire intergouvernementale                  

3e et 4e séances – matin & après-midi                       


RÉUNION PRÉPARATOIRE À LA DIX-NEUVIÈME SESSION DE LA CDD: LE SECTEUR DES TRANSPORTS

DOIT RÉPONDRE AUX EXIGENCES DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, ESTIMENT LES DÉLÉGATIONS


Elles plaident par ailleurs pour le renforcement

de l’Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques


Les membres de la Commission du développement durable (CDD), réunis dans le cadre de la Réunion préparatoire à la dix-neuvième session de la CDD, qui se tiendra en mai prochain, ont reconnu, aujourd’hui, l’importance de rendre les transports abordables économiquement et écologiquement viables.  Les délégations ont également tenu un débat, sous la forme d’un échange interactif, sur le thème de la gestion des produits chimiques.  Elles ont notamment souligné la nécessité de renforcer la sécurité chimique par le biais d’une gestion plus rationnelle de produits devenus indispensables au bien-être des populations du monde, mais dont les impacts secondaires et les déchets peuvent se révéler extrêmement dangereux pour la santé humaine et celle de l’environnement naturel de la planète. 


Lors du premier débat interactif, les délégations, qui s’appuyaient sur le rapport (E/CN.17/2011/4) pertinent du Secrétaire général, ont d’abord insisté sur le fait que le transport et la mobilité sont essentiels au développement durable et, dans le cas des pays en développement, à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Elles ont également réagi aux exposés des panélistes, qui ont mis en avant la nécessité de promouvoir l’utilisation des transports en commun dans les villes et de mieux lutter contre l’isolement des zones rurales.


M. Roberto Aquerrebere-Salido, Directeur général de l’Institut mexicain des transports, a ainsi plaidé pour le développement des voies de circulation destinées aux véhicules à deux roues et aux piétons, y compris les passerelles permettant d’aller d’une berge à l’autre d’un cours d’eau ou d’une rivière.  Considérant le transport comme un moyen de favoriser l’accès à l’éducation dans les zones rurales, il a souligné le lien entre le taux de mortalité dans une région et les distances qui y séparent les centres de santé de leurs populations ou administrés. 


Vantant de son côté les mérites du transport ferroviaire, M. Henning Schwarz, Responsable de l’Unité Développement durablede l’Union internationale des voies ferrées, a noté l’augmentation « partout dans le monde » du fret et de l’investissement dans l’amélioration des services publics.  « Les voies ferrées, qui sont rationnelles d’un point de vue écologique, et sont un gros employeur et un secteur qui propose des alternatives très fiables à l’engorgement routier, ont un rôle à jouer dans la planification spatiale », a-t-il argué.  Soulignant que le train est un mode de transport à très bas dégagement de carbone, il s’est réjoui que l’Europe se soit fixée comme objectif pour 2030 de réduire de 50% les émissions de gaz carbonique par les trains et de miser sur l’électricité à très faible carbone. 


Dans le même esprit, M. Paul Steel, Directeur de l’environnement aérien de l’Association du transport aérien international (IATA), a présenté les démarches adoptées par l’industrie de l’aviation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.  « Ces objectifs visent à améliorer de 1,5% par an d’ici à 2020 l’efficacité des carburants, à stabiliser les émissions de carbone d’ici à 2020 et à parvenir à une réduction de ces émissions de 50% d’ici à 2050, même si le volume d’activités du transport aérien augmente de 25% par an », a-t-il notamment fait observer.  Après avoir mis l’accent sur les opportunités que représentent les biocarburants, M. Steel a jugé essentielle l’intervention des États pour améliorer les infrastructures et la gestion de l’espace aérien.


Les représentants des États Membres ont évoqué certaines mesures prises par leurs gouvernements respectifs afin d’améliorer l’efficacité des systèmes de transport et de faire correspondre ceux-ci aux exigences du développement durable.  La représentante de la Suisse a par exemple signalé que le fret était financé dans son pays par une « taxe poids lourds », grâce à laquelle la Suisse est en train de se doter du plus long tunnel de transport de marchandises au monde.  « L’adoption d’une taxation pour décourager l’utilisation excessive des véhicules privés serait un moyen efficace de renforcer les transports en commun », a jugé son homologue de la Norvège, pour qui « il faut forcer la main aux gens pour obtenir de leur part des comportements plus écologiques ». 


Concernant les mesures à prendre pour atténuer les émissions attribuables aux transports, la représentante du Canada a fait savoir que le Gouvernement canadien avait élaboré un règlement visant une réduction « drastique » des émissions de gaz carbonique provenant des voitures d’ici à 2016.  Elle a aussi regretté que les mesures préconisées dans le rapport du Secrétaire général « ne sont pas abordées à l’aune de leur rentabilité ou technicité ».  « Le Canada espère que ces considérations seront prises en compte au cours des délibérations du mois de mai », a-t-elle relevé.  De son côté, le représentant du Brésil a souligné les succès remportés par son pays dans le domaine des biocarburants.  « Il faut accompagner la tendance qui nous mène vers le développement des carburants de rechange pour viabiliser des modes de transport fiables et moins polluants », a-t-il préconisé, souhaitant quant à lui que la dix-neuvième session de la CDD mentionne les partenariats bilatéraux et internationaux qui sont en cours et qui portent notamment sur l’utilisation des biocarburants pour mieux lutter contre la pauvreté.


Par ailleurs, sur la question des produits chimiques, les délégations ont mis l’accent sur le fait que, sans une gestion rationnelle de ces produits, leur consommation provoquera un accroissement du niveau de pollution aussi bien au plan mondial que local, et que cela aura des répercussions négatives sur le développement et le bien-être des populations.  Les intervenants ont unanimement appelé au renforcement de l’application de l’Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques, l’initiative approuvée en 2002 lors du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg pour établir un cadre de référence pour une bonne gestion des produits chimiques, principalement dans les pays en développement.


La Réunion préparatoire à la dix-neuvième session de la CDD se poursuivra demain, mercredi 2 mars, à 10 heures.  Les membres de la Commission examineront de la question de la gestion des déchets.


ORIENTATIONS POSSIBLES ET MESURES ENVISAGÉES POUR ACCÉLERER LA MISE EN ŒUVRE


Débat interactif sur le thème des transports


Le Président de cette séance de travail, M. EDUARDO R. MENEZ, des Philippines, a ouvert la discussion en indiquant que le secteur des transports repose à plus de 95%, pour son fonctionnement, sur l’utilisation des combustibles fossiles.  « En plus de poser des problèmes en termes environnementaux, cette dépendance aux produits pétroliers rend difficile l’accès de zones rurales et de nombreux pays en développement aux infrastructures de transport de base », a-t-il ajouté.  M. Menez a ensuite assuré qu’éradiquer la pauvreté et réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ne seraient possibles que si les zones rurales sont dotées de routes carrossables par tous les temps et en toutes saisons.  « Des investissements doivent être consentis dans ce secteur », a-t-il ainsi déclaré, avant de souligner la nécessité, dans les grands centres urbains, de réduire la densité du trafic routier.  « Cela passe par le développement de réseaux ferroviaires et de systèmes de transport par bus, qui sont plus économes et globalement moins dangereux et moins pollueurs que les automobiles individuelles », a-t-il ajouté.  Concernant le trafic aérien, M. Menez a estimé important de mettre en œuvre des programmes volontaires et effectifs pour limiter les émissions de gaz à effet de serre causés par ce trafic en pleine expansion. 


M. ROBERTO AQUERREBERE-SALIDO, Directeur général de l’Institut mexicain des transports, a mis l’accent sur la fracture existant entre la mobilité dans les zones rurales et celle existant dans le secteur urbain.  Il a appelé à plus d’investissements dans les infrastructures de transport des zones rurales.  Il faut aussi développer des voies de circulation pour les deux roues et les piétons, dont notamment des passerelles pouvant leur permettre d’aller d’une berge à l’autre d’un cours d’eau ou d’une rivière, a-t-il insisté.  Il a présenté le transport comme étant un moyen de favoriser l’accès à l’éducation dans les zones rurales et a rappelé le lien entre le taux de mortalité dans une région et les distances qui y séparent les centres de santé de leurs populations ou administrés.  Il a jugé utile de procéder à une évaluation de l’impact social du secteur des transports avec une analyse basée sur l’égalité des sexes.  En raison de la mondialisation, il y a un grand risque que les zones rurales soient encore plus marginalisées en matière de réalisation des objectifs de développement durable, s’est inquiété M. Aquerrebere-Salido.  Alors que les activités de transport sont responsables de 20% des émissions de gaz à effet de serre, il a estimé urgent d’améliorer la planification de systèmes de transport durable par une intégration multimodale bien coordonnée s’accompagnant d’une modernisation appropriée de l’infrastructure de transport et de services dans chaque arrière-pays. 


M. HENNING SCHWARZ, Responsable de l’Unité Développement durablede l’Union internationale des voies ferrées, a assuré que l’organisation au nom de laquelle il prenait la parole adhère aux principes et objectifs du développement durable tel qu’envisagés par l’ONU.  « C’est dans cet esprit que nous réfléchissons aux modalités de coopération technique sur ce thème, y compris dans les pays africains, pour répondre aux défis de la mobilité », a-t-il ajouté.  Le panéliste a ainsi indiqué que l’Union internationale des voies ferrées avait signé des accords avec l’Union africaine pour élargir les réseaux ferroviaires des pays du continent, ces accords portant sur la formation et la mobilisation des ressources financières nécessaires.  Concernant l’Europe, il a noté qu’en 2009, les investissements dans l’établissement de nouvelles lignes, dans l’augmentation de la vitesse des trains, et dans l’amélioration des services, s’étaient élevés à 45 millions d’euros.  « On observe à des degrés divers cette tendance dans le reste du monde, avec en particulier une augmentation générale du fret transporté par voies ferrées », a-t-il dit.  M. Schwarz a ensuite convenu que les voies ferrées –« qui sont rationnelles d’un point de vue écologique, et sont un gros employeur et un secteur qui propose des alternatives très fiables à l’engorgement routier »- ont un rôle à jouer dans la planification spatiale « dans un monde en changement perpétuel ».  Il a souligné en ce sens que « le train est un mode de transport à très bas dégagement de carbone », l’Europe s’étant fixé des objectifs ambitieux pour 2030, à savoir réduire de 50% les émissions de gaz carbonique par les trains.  « À long terme, nous considérons réalisable de parvenir à des activités exemptes d’émission de gaz à effet de serre, cela en fonction de l’évolution des politiques et des innovations énergétiques, à commencer par l’électricité à très faible carbone », a-t-il indiqué.


M. PAUL STEEL, Directeur de l’environnement aérien de l’Association du transport aérien international (IATA), a présenté les démarches adoptées par l’industrie de l’aviation et les 230 compagnies membres de l’IATA pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.  Ces objectifs visent à améliorer de 1,5% par an d’ici à 2020 l’efficacité des carburants, de stabiliser les émissions de carbone d’ici à 2020 et de parvenir à une réduction de ces émissions de 50% d’ici à 2050, même si le volume d’activités du transport aérien augmente de 25% par an.  En 2010 le secteur de l’industrie du transport aérien –32 millions d’emplois et 8% du PIB mondial- a transporté 2,3 milliards de passagers, avec un coût environnemental de 2% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, soit 628 millions de tonnes d’émissions carbonées.  En améliorant l’efficacité du carburant des avions de 70% au cours des 40 dernières années, nous avons évité l’émission de 3,3 milliards de tonnes de CO2, a ajouté M. Steel.  


Il a mis l’accent sur les opportunités que représentent les biocarburants.  « Si l’éthanol gèle à haute altitude », a-t-il dit, « la plante camelina sativa et les algues vertes productrices d’huiles devraient permettre de produire des volumes de carburants naturels non carbonés dont nous avons besoin pour réduire notre emprunte de carbone de 80% sans avoir à faire de modifications majeures dans les réacteurs et autres moteurs d’aéronefs ».  M. Steel a jugé essentielle l’intervention des États pour améliorer les infrastructures et la gestion de l’espace aérien.  Il a aussi mis l’accent sur l’importance de créer des compensations économiques qui stimuleront l’investissement dans de nouvelles technologies plus vertes.  Il a insisté sur la nécessité d’investir dans la promotion des biocarburants et des technologies qui permettront à la communauté internationale, notamment les pays concernés, d’accélérer l’objectif de la création d’un espace aérien unique en Europe et en Amérique du Nord.


Le représentant de l’Argentine, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a estimé qu’en matière de transport, les recommandations politiques émises au plan international doivent respecter des priorités nationales.  « L’objectif de nos discussions doit donc être d’étudier les moyens d’assurer un transport sûr, bon marché et efficace; d’accroître l’efficience énergétique; et de réduire la pollution et les encombrements », a-t-il expliqué.  Le représentant argentin a souhaité que lors des débats de la CDD, les délégations se penchent sur l’amélioration des moyens de mobilisation des ressources financières et de transfert des technologies propres du Nord vers le Sud.  « C’est cette question des moyens de mise en œuvre des objectifs identifiés de longue date qui devra être au centre des débats », a-t-il répété.


Le représentant de la Hongrie, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a jugé quant à lui que la dix-neuvième session de la CDD « devra dissocier la question de l’évolution des transports de celle de la question des émissions de gaz à effet de serre ».  « Les pays de l’Union européenne promeuvent activement le développement et l’usage des véhicules électriques, qui sont plus propres que les véhicules traditionnels, en plus d’envisager une taxation des sources d’énergie les plus polluantes et une élimination concomitante des subventions aux combustibles fossiles », a-t-il aussi noté.  Le représentant hongrois a par ailleurs insisté sur le fait que les biocarburants doivent être eux-mêmes produits de manière plus propre et plus écologique.  Enfin, il a estimé que toutes les formes de transports en commun doivent être exploitées, « en renforçant leur efficacité et leur écoresponsabilité ». 


« L’examen du thème des transports met en lumière combien nous sommes vulnérables et isolés », a déclaré pour sa part le représentant de Tuvalu, qui prenait la parole au nom des petits États insulaires en développement.  « Notre éloignement des principaux marchés mondiaux, couplé au coût élevé des carburants, représente un défi économique majeur », a-t-il précisé.  Le représentant a jugé vital de lever les contraintes à la mobilité pesant sur le développement des États insulaires en développement, cela en les associant réellement aux processus de négociations en cours sur le commerce international et dans l’élaboration des programmes de coopération technique.  « La question de l’appui de la communauté internationale au développement de nos capacités aériennes doit être abordée de manière approfondie », a-t-il déclaré.


La représentante de la Suisse a axé sa déclaration sur la présentation de mesures concrètes qui pourraient être reprises par d’autres pays.  Elle a ainsi signalé que le fret était financé dans son pays par une « taxe poids lourds », grâce à laquelle la Suisse est en train de se doter du plus long tunnel de transport de marchandises au monde.  Elle a également fait savoir que, pour favoriser les transports en commun, les parkings de plusieurs villes suisses ont été déplacés du centre des agglomérations à leur périphérie. 


La représentante des États-Unis a, elle aussi, mis en exergue certaines mesures, comme l’instauration à New York de services de bus rapides, « moins chers, plus sûrs et plus accessibles ».  « Je vous invite à tester ce service, qui dessert le Siège de l’ONU sur les première et deuxième avenues, et qui, chaque semaine, transporte près de 55 000 usagers », a-t-elle déclaré. 


La représentante de la Norvège a préconisé l’adoption d’une taxation pour décourager l’utilisation excessive des véhicules privés.  « Il s’agirait là d’un moyen efficace de renforcer les transports en commun, a-t-elle dit, estimant « qu’il faut forcer la main aux gens pour obtenir de leur part des comportements plus écologiques ».  Elle a également indiqué que la Norvège s’efforçait d’encourager les déplacements à pied et à bicyclette pour réduire l’émission des gaz à effet de serre ».  « La CDD doit promouvoir des transports viables », a-t-elle demandé. 


Concernant les mesures prises pour atténuer les émissions attribuables aux transports, la représentante du Canada a fait savoir que le Gouvernement canadien avait élaboré un règlement visant une réduction « drastique » des émissions de gaz carbonique provenant des voitures d’ici à 2016.  « Une réglementation sur les émissions de polluants atmosphériques destinée à l’industrie du transport ferroviaire est également en cours d’élaboration de concert avec les États-Unis, cette réglementation devant entrer en vigueur en 2011 », a-t-elle indiqué.  Poursuivant son intervention, la représentante canadienne a noté que les mesures préconisées dans le rapport du Secrétaire général ne sont pas abordées à l’aune de leur rentabilité ou technicité.  Le Canada espère que ces considérations seront prises en compte au cours des délibérations du mois de mai, a-t-elle encore dit.


Le représentant du Brésil a pour sa part mis en avant les succès remportés par son pays dans le domaine des biocarburants.  « Il faut accompagner la tendance qui nous mène vers le développement de nouveaux types de carburants, y compris les carburants de rechange, pour viabiliser des modes de transports fiables et moins polluants », a-t-il préconisé.  Il a en outre souhaité que la dix-neuvième session de la CDD évoque les partenariats bilatéraux et internationaux en cours sur l’utilisation des biocarburants pour lutter contre la pauvreté et avancer dans la réalisation des OMD.


Les organismes de l’ONU ont fait entendre leur voix.  Le représentant du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) a préconisé d’intégrer les plans de mobilité dans les plans généraux de développement urbain et de coordination.  « Trop souvent, la planification et le développement des transports sont traités séparément par les administrations des États », a-t-il fait valoir.  « Le secteur privé, les organisations à but non lucratif, et la société civile, doivent être inclus dans les politiques de la ville afin d’assurer la mise en place d’infrastructures de mobilité efficacité et respectueuse de l’environnement », a ajouté l’intervenant.  Pour le représentant du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), « il est nécessaire de privilégier une approche globale et complète en matière de transport, fournissant des mesures centrées sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le développement connexe de moyens de transport moins gourmands  en énergie».


Débat interactif sur les produits chimiques


Le Président de la séance de cet après-midi, M. SILVANO VERGARA, du Panama, a lancé la discussion en déclarant qu’une gestion rationnelle des produits chimiques était un élément important dans le cadre de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  « Il faut en effet lier l’objectif d’éradiquer la pauvreté à la nécessité de sécuriser les secteurs clefs du développement comme l’agriculture, l’énergie, l’industrie et, bien sûr, la santé », a-t-il ajouté.  Après avoir souligné les retombées positives de l’industrie chimique, qui a généré en 2008 plus de 3 000 milliards de dollars chiffre d’affaires à travers la planète et qui emploie 7 millions de personnes dans le monde, il a insisté sur l’importance de progresser dans la gestion de ces produits qui sont « également potentiellement dangereux pour la santé humaine et l’environnement ».  M. Vergara a ainsi estimé que compte tenu de la nature même des produits chimiques, les actions à lancer dans l’avenir concernant leur gestion devront s’inscrire dans une perspective durable prenant en considération « leur très longue durée de vie ».  « La gestion des produits chimiques doit être un processus inclusif et ouvert à la participation des populations les plus vulnérables aux risques de mauvais emploi ou d’accidents, comme notamment, les femmes autochtones », a encore estimé Silvano Vergara.


Après la projection d’un documentaire de quatre minutes sur les risques et dangers liés à la pollution par les produits chimiques, les participants aux travaux de la Réunion préparatoire intergouvernementale à la CDD-19 ont entendu la présentation de trois exposés. 


M. KLAUS TYRKKO, Conseiller technique sur les produits chimiques au Service chargé du Protocole de Montréal et des produits chimiques du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a mis l’accent sur le renforcement de la gouvernance au niveau national en matière de gestion des produits chimiques.  Cette gouvernance doit être conçue et conduite en tenant compte d’une approche « cycle de vie » et de l’amélioration de la sécurité, a dit M. Tyrkko.  Il a parlé des conséquences qu’a la commercialisation de produits chimiques non autorisés dans certains pays et du risque de voir des produits dangereux, mais détournés de leur usage purement industriel, se retrouver dans la consommation des ménages en raison de l’absence des inspections nécessaires.  Il a prévenu que l’on ne pouvait pas dissocier les substances chimiques de leurs déchets, qui sont extrêmement dangereux.  Notant qu’il restait encore beaucoup à faire en matière de création de compétences et de renforcement de capacités, il a suggéré le développement de formations et d’un cadre de gouvernance générale dédié à la gestion des produits chimiques.  M. Tyrkko a jugé qu’il est essentiel de promouvoir l’accès de tous ceux qui souhaitent le savoir à des renseignements fiables sur les substances dangereuses, notamment grâce à l’adoption d’un système mondial d’information sur les risques et les dangers que posent les produits chimiques.  Il a dit que les États doivent réaliser l’intégration totale, dans leurs plans nationaux et les budgets correspondants, de leurs objectifs en matière de gestion rationnelle des produits chimiques et il a estimé que la mobilisation de ressources financières provenant à la fois du secteur public et du secteur privé est à cet égard indispensable. 


M. DONALD COOPER, Secrétaire exécutif de la Convention de Stockholm et Cosecrétaire exécutif du Secrétariat de la Convention de Rotterdam, a déclaré que les produits chimiques, « essentiels à toutes les activités humaines », doivent être utilisés de manière responsable, rationnelle et sûre.  « Il convient, comme le recommande le Secrétaire général dans son rapport, d’établir des règlements exigeants, de mieux partager les informations traitant des questions de santé, mais aussi des questions douanières relatives au commerce de ces produits, tous ces éléments devant appuyer une gestion rationnelle des produits chimiques ».  M. Cooper a également appelé les États parties aux Conventions de Stockholm et de Rotterdam sur le contrôle des produits chimiques potentiellement dangereux à mettre en œuvre ces accords multilatéraux.  « La communauté internationale doit appuyer l’application de ces traités internationaux dans les pays en développement », a-t-il préconisé.  « Nous devons privilégier une approche préventive, car il est toujours moins coûteux d’empêcher la survenue d’incidents que de réparer des dégâts quand ils ont déjà été causés », a-t-il encore considéré.  Donald Cooper a en outre préconisé d’intégrer la question de la gestion rationnelle des produits chimiques sous tous ses aspects dans les programmes de développement et que soit améliorée la coordination, « à l’échelle mondiale », des industries chimique et agricole.


M. PAUL SYKES, Directeur général à la santé, la sureté, la sécurité et l’environnement et au développement de la société « Shell Chemicals », a déclaré que l’industrie chimique a intensifié les efforts qu’elle a déployés pour promouvoir une gestion plus responsable de ses activités, notamment en matière de commercialisation des produits chimiques.  Nous nous sommes engagés à promouvoir plus de responsabilités et de responsabilisation dans la mise en œuvre de bonnes pratiques, particulièrement dans les pays en développement, a-t-il souligné.  Il a insisté sur l’accent qui est mis sur la préservation de la santé des populations, de façon à ce que producteurs et consommateurs puissent évaluer la gestion d’un produit donné tout au long de son cycle de vie.  M. Sykes a jugé indispensable de promouvoir l’approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques en gardant à l’esprit les objectifs de développement durable.  Il s’est félicité de la mise en place, d’ici à l’année 2018, d’une analyse de sécurité pour tous les produits chimiques commercialisés.  En outre, il a souligné que depuis 2008, le Conseil international des associations de fabricants et utilisateurs de produits chimiques a organisé une trentaine d’ateliers de formation et de renforcement des capacités en matière de gestion de ces produits.   


Le débat interactif sur la question examinée cet après-midi à été l’occasion, pour la plupart des intervenants, de mettre l’accent sur la nécessité de renforcer au niveau mondial l’approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques.  Plusieurs délégations ont rappelé l’importance des Conventions de Stockholm sur les polluants organiques persistants; de celle de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination; et de la Convention de Rotterdam sur la procédure de consentement préalable en connaissance de cause applicable à certains produits chimiques et pesticides dangereux qui font l’objet d’un commerce international.  « Nous gagnerions en efficacité en développant de nouvelles synergies entre ces différentes conventions », a estimé la représentante de la Suisse.


La délégation de l’Union européenne et celle de l’Afrique du Sud ont jugé importante la mise en place aux niveaux national et international des supports d’information des consommateurs, dont l’étiquetage et la certification des produits; et l’intensification des efforts que déploient à cet égard des groupes de consommateurs.  Un certain nombre de délégations se sont inquiétées de la nocivité de nombreux produits chimiques pour la santé humaine et l’environnement.  S’il reste encore beaucoup à faire avant de parvenir à l’objectif visant une meilleure gestion rationnelle des produits chimiques, que la communauté internationale se propose d’atteindre à l’horizon 2020, la représentante de la Norvège a dit que beaucoup avait déjà été fait en ce domaine au cours des 20 dernières années.  À l’instar des représentantes de la Barbade, intervenant au nom de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), et de l’Australie, la représentante de la Norvège a espéré voir l’avènement d’un instrument de régulation de risques liés au mercure, instrument dont les termes sont actuellement en négociation.


Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, la représentante de l’Argentine a jugé essentiel de parvenir à une définition commune et consensuelle de ce qui constitue des déchets toxiques.  S’inquiétant de l’insuffisance des compétences dont disposent à l’heure les pays en développement en matière de gestion des déchets, elle a estimé qu’il était essentiel d’engager la responsabilité du secteur privé en ce qui concerne le recyclage et le traitement des déchets les plus dangereux. 


Ajoutant la voix de sa délégation nationale à cette déclaration commune, le représentant de la Chine a jugé fondamental que la communauté internationale aide les pays en développement à renforcer leurs capacités en matière de gestion de l’utilisation des produits chimiques et du traitement des déchets qui en sont issus. 


Si le représentant de l’Union européenne a dit qu’il était essentiel de reconnaître que la consommation et la production durables sont au cœur d’une gestion saine des produits chimiques, celui des États-Unis a quant à lui mis l’accent sur la nécessité de promouvoir plus de transparence en la matière.  Ce denier a souligné l’importance du Registre des émissions et des transferts de polluants (RETP) en précisant que les États-Unis fournissaient chaque année des informations sur la gestion de 650 produits chimiques toxiques.  Il a aussi estimé que la gestion rationnelle des produits chimiques et des matériaux associés n’était pas suffisamment intégrée aux stratégies et aux plans nationaux de développement. 


Réagissant à ces propos, la représentante du Groupe des femmes a jugé essentiel le renforcement des capacités des pays en développement dans ce domaine, dans le souci de favoriser la contribution des femmes en matière d’évaluation nationale et internationale de la mise en œuvre des accords multilatéraux existant en matière de gestion des déchets toxiques et dangereux.


Alors que la représentante de la Suisse a mis l’accent sur les problèmes liés à la nanotechnologie, celle du Venezuela a souligné les efforts déployés par son pays en matière de gouvernance dans le domaine débattu.  Elle dit que le Venezuela a développé et adopté 4 000 normes s’appliquant dans le domaine de la production, du commerce et de l’usage des produits chimiques.


Le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a indiqué que la FAO suivait particulièrement la Convention de Rotterdam, au revu des questions liées aux pesticides.  Il a regretté que le Code international de conduite pour la distribution et l’utilisation des pesticides n’ait pas d’équivalent en ce qui concerne les autres produits chimiques. 


S’agissant de la mise en œuvre des différents engagements et programmes contenus dans les traités et textes mentionnés, la représentante de l’Arménie a cité le lancement dans son pays d’initiatives de renforcement de capacités pour y favoriser une meilleure gestion intégrée des produits chimiques au niveau national.  Son homologue de l’Australie a présenté les initiatives australiennes lancées pour aider les petits États insulaires du Pacifique à pratiquer une gestion rationnelle des déchets.


Répondant aux questions sur les mécanismes de financement et de suivi des processus de gestion des produits chimiques, M. TYRKKO a insisté sur le potentiel du secteur privé en la matière.  Il a également souligné la nécessité de trouver des sources de financement innovantes, en citant la combinaison de nouvelles ressources avec l’aide publique au développement (APD) existante.  Nous essayons de trouver de nouveaux instruments générant de nouvelles ressources dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention de Stockholm, a de son côté déclaré M. COOPER. 


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