28/04/2011
Conseil économique et social
ECOSOC/6475

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Réunion globale préparatoire en vue

de l’examen ministériel annuel de 2011               

matin                                         


ÉDUCATION: L’ECOSOC RELÈVE UNE « CRISE DE L’APPRENTISSAGE » ET UNE INADÉQUATION

ENTRE SYSTÈMES ÉDUCATIFS ET MARCHÉ DU TRAVAIL


Le Conseil économique et social (ECOSOC) a tenu, aujourd’hui, une réunion globale préparatoire de l’examen ministériel annuel qui aura pour thème l’éducation, deuxième Objectif des huit Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) visant l’accès universel à l’éducation primaire d’ici à 2015.  Ce matin, l’ECOSOC a pris conscience de la « crise de l’apprentissage » et du fait que l’enseignement dispensé dans de nombreuses écoles n’étant pas à la hauteur des besoins socioéconomiques des pays.


Les États membres de l’ECOSOC ont également écouté un panel d’experts réunis sur le thème « Éliminer les obstacles à l’éducation: Quoi de neuf et d’important ».  Ils ont aussi pris note des conclusions de deux autres débats en ligne, ainsi que des réunions régionales préparatoires tenues en Asie et dans le Pacifique, en Afrique, ainsi que dans le monde arabe.


L’existence d’une « crise de l’apprentissage » a notamment été soulignée par Mme SAKIKO FUKUDA-PARR, Professeure invitée à « The New School University » et membre du Comité des politiques de développement des Nations Unies


« Les taux d’inscription sont en hausse, mais la qualité de l’enseignement dispensé laisse beaucoup à désirer », a regretté Mme Fukuda-Parr.  Elle a indiqué, à titre d’exemple, qu’en Afrique, 45% des élèves de troisième année primaire étaient incapables de reconnaître une lettre de l’alphabet, alors que 30% des écoliers asiatiques âgés de 15 à 16 ans ne pouvaient pas lire une histoire simple ou faire une division.


L’experte a prévenu que tout en étant pratique, le cadre des OMD risquait cependant d’encourager une stratégie privilégiant la quantité au détriment de la qualité.


Mme Fukuda-Parr s’est attardée sur le « caractère inadéquat » des systèmes éducatifs par rapport aux besoins socioéconomiques des pays.  Elle a souligné qu’un taux d’inscription plus élevé ne donnait pas forcément lieu à une croissance économique plus rapide.


« Au fur et à mesure de leur développement économique, certains pays devraient peut-être cesser de privilégier l’accès universel à des humanités générales et se concentrer sur l’éducation technique.


Outre la nécessité d’adapter les programmes scolaires et les méthodes d’enseignement aux exigences de la mondialisation, Mme Fukuda-Parr a insisté sur l’importance de la formation continue et de la coordination des politiques d’éducation et de formation avec celles relatives à l’innovation et à la technologie. 


La table ronde intitulée « Éliminer les obstacles à l’éducation: Quoi de neuf et d’important » a été l’occasion pour les experts de passer en revue les défis de la Chine, du Brésil et de l’Afrique du Sud.  Une des panélistes s’est plus longuement attardée sur les défis rencontrés dans l’éducation scientifique des filles en Norvège.


Au préalable, l’ECOSOC a tenu en vidéoconférence un mini débat avec des représentants de l’« Escuela politecnica » de l’Équateur, de l’Université moderne pour les sciences et les affaires du Liban et de l’Université du Kwazulu-Natal, en Afrique du Sud.  Le débat a confirmé, dans une large mesure, que l’élargissement au plus grand nombre de l’accès à l’éducation ne devait pas se faire au détriment de sa qualité.  Ces intervenants ont également évoqué les obstacles structurels comme le problème de la corruption.


Ces experts avaient précédemment pris part à plusieurs cycles de discussions sur Facebook auxquels avait également participé Mme REKHA DATTA, Directrice de l’Institut pour la compréhension globale de l’Université Monmouth. Elle a indiqué que ces discussions avaient reconnu l’importance de la gratuité de l’éducation, d’une sensibilité aux cultures et de l’élargissement de l’accès des filles à l’éducation.  L’importance des technologies de l’information et des communications a également été soulignée, ainsi que la nécessité de prêter davantage d’attention à la voix des jeunes.


Mme BARBARA REYNOLDS, qui s’exprimait au nom de M. Nicolas Alipui, Directeur des programmes au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a présenté les conclusions d’un autre débat en ligne qui a mis en exergue le fait que la qualité reste le premier critère en matière d’éducation, avant même l’élargissement de l’accès.  Or, les ressources financières seules ne suffisent pas à améliorer la qualité de l’enseignement.  Il faut lever les obstacles sociaux, religieux et culturels et recruter en plus grand nombre des enseignants qualifiés.  Elle a relevé que 42% des enfants non scolarisés vivent dans des zones de conflit.


L’ensemble des propos tenus au cours de cette réunion ont été résumés et appuyés par M. Sha Zukang, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, venu prononcer des remarques de clôture.


Rapports sur les réunions régionales     


En début de séance, les membres de l’ECOSOC ont pris note des conclusions des réunions régionales préparatoires tenues en Asie et dans le Pacifique, en Afrique, ainsi que dans le monde arabe.


Le Président du Conseil économique et social, M. LAZAROUS KAPAMBWE, de la Zambie, a présenté les conclusions de la réunion régionale préparatoire qui s’est tenue en décembre dernier à Doha, au Qatar, et qui couvrait le monde arabe.  Il a indiqué que des obstacles à l’universalisation de l’éducation dans la région continuent de se poser sur les plans économique, social, religieux et politique, en particulier pour les femmes et les filles, ainsi que les groupes vulnérables.  Les gouvernements doivent faire davantage pour améliorer la qualité de l’éducation et élargir son accès.


Des conclusions similaires sont ressorties de la réunion régionale préparatoire tenue en Asie et dans le Pacifique, présentées par le Vice-Président de l’ECOSOC, M. ABULKALAM ABDUL MOMEN, du Bangladesh.  Il a fait état de progrès « complexes », soulignant lui aussi la persistance d’inégalités entre les différents pays de la région, et au sein des pays eux-mêmes, entre zones urbaines et zones rurales, qu’il s’agisse de l’accès ou de la pénurie d’enseignants.  M. Momen a, lui aussi, préconisé des partenariats plus fréquents entre les Gouvernements, la société civile, les milieux académiques et le secteur privé.


L’autre Vice-Président de l’ECOSOC, M. CHRISTOPHE DE BASSOMPIERRE, de la Belgique, qui présentait les conclusions de la réunion préparatoire tenue le 12 avril à Lomé, au Togo, a indiqué que nombre des progrès réalisés en matière d’accès universel à l’éducation en Afrique étaient menacés par une croissance économique plus lente, la réduction des dépenses publiques et les pressions provoquées par un taux d’inscription plus élevé.  Il a estimé que le principe de l’éducation pour tous devait être abordé comme un droit fondamental et privilégier l’inclusion des personnes exclues, les nomades et les personnes vivant en zones de conflit, notamment.


Au cours de cette réunion, il a également été recommandé d’éliminer les frais de scolarité, d’élargir les programmes de cantines scolaires et de déployer des efforts pour favoriser la poursuite de la scolarisation des filles, entre autres.


Table ronde sur le thème « Éliminer les obstacles à l’éducation: Quoi de neuf et d’important »


M. ZHOU MANSHENG, Directeur général adjoint du Centre national chinois pour la recherche en matière d’éducation et de développement, a expliqué que le système éducatif chinois privilégiait le développement, l’innovation, l’équité et la qualité.  Le taux d’inscription scolaire en primaire est de 99,4%, le fossé entre la scolarisation des filles et des garçons a été comblé, et les Chinois sont scolarisés en moyenne 3,5 années de plus qu’ils ne l’étaient en 1982, s’est-il félicité.


Après avoir expliqué le fonctionnement de l’administration décentralisée et le financement du système éducatif chinois, M. Zhou a évoqué les initiatives lancées dans les zones vulnérables du pays.  Outre des programmes de bourses pour les enfants issus des milieux défavorisés, la Chine a créé un système de pensionnats ruraux, aux niveaux du primaire et du secondaire et a lancé un système d’enseignement à distance.  De plus, l’éducation des enfants des travailleurs migrants s’est améliorée.


Au titre des défis persistants, M. Zhou a parlé de méthodes éducatives désuètes, une trop lourde charge de travail pour les écoliers et que le manque d’attention accordé à l’éducation physique et à la socialisation.  La Chine s’est donc donnée pour but de moderniser son système éducatif d’ici à 2020 en encourageant, notamment, l’ouverture de maternelles privées, en établissant des normes de qualité nationales et un système de suivi et en améliorant la qualité des enseignants.


Mme MARIA DO PILAR LACERDA, Secrétaire chargée de l’éducation nationale de base, Ministère de l’éducation du Brésil, a indiqué que son pays a adopté en 2009, un amendement constitutionnel qui rend obligatoire la scolarité de 4 à 17 ans au plus tard, d’ici à 2016.  En outre, a-t-elle indiqué, un plan d’éducation national pour la période 2011-2020 est actuellement examiné par le Congrès, tandis qu’un plan de développement de l’éducation prévoit 40 actions stratégiques visant à améliorer la qualité, réduire les inégalités et identifier les capacités.  Elles vont de la formation continue des enseignants à la mise en place des programmes de soutien scolaire et de tutorats, en passant par une meilleure intégration des élèves souffrant d’un handicap.


Le rôle des virements comme moyen d’améliorer l’accès à l’éducation des plus défavorisés en Afrique du Sud a été abordé par Mme GLADYS BERTHA MODISE, Directrice chargée du budget provincial, de l’évaluation et de l’appui au Département de l’éducation de base du Ministère de l’éducation de l’Afrique du Sud.  Elle a expliqué que c’étaient aux établissements scolaires de formuler des demandes d’aide, et que son gouvernement avait lancé d’autres mesures d’incitations financières notamment un programme de cantines scolaires, la distribution de manuels scolaires et la création de bibliothèques mobiles.  Mme Modise a indiqué qu’à la suite de ces initiatives, le taux d’inscription scolaire des enfants âgés de 5 ans était passé de 61% en 2006 à 71% en 2009.  Elle a également évoqué un plan d’action pour améliorer l’éducation en Afrique du Sud d’ici à 2025.


Mme ELLEN KAROLINE HENRIKSEN, Professeure associée à l’Université d’Oslo (Norvège), a axé son intervention sur l’importance de permettre aux filles d’avoir accès à une éducation scientifique et de lutter contre les stéréotypes qui dissuadent, selon elle, nombre d’entre elles de suivre une telle filière.  La Norvège, a-t-elle indiqué, est une des sociétés les plus équitables au monde et pourtant les Norvégiennes ont tendance à emprunter des filières traditionnelles. 


Ainsi, a-t-elle expliqué, les jeunes femmes ayant accès à une éducation de cycle supérieur sont surreprésentées dans les sciences de la vie et la santé et sous-représentées dans la physique, les études d’ingénieur, les mathématiques et la recherche technologique.  Or, une diversité plus conséquente dans ces domaines serait, selon Mme Henriksen, de nature à stimuler la créativité et l’innovation et dès lors, projeter les sciences dans des directions inexplorées. 


Les études révèlent aussi que les filles manquent de confiance lorsqu’il s’agit de s’engager dans une carrière scientifique, tandis que la persistance de stéréotypes continue d’avoir une influence considérable sur leurs choix de carrière.  L’experte a estimé que l’enseignement scientifique devrait présenter des contenus plus attractifs pour les filles.


Mme KARA NICHOLS, Directrice exécutive de « Connect to Learn », a insisté sur le potentiel de l’Internet dans le domaine de l’éducation.  « Les possibilités qu’offrent les technologies de l’information et des communications sont extraordinaires et doivent être offertes à tous les enfants du monde », a-t-elle indiqué, avançant que ces technologies pouvaient permettre de combler l’écart entre les pays développés et les pays en développement.  Elle a passé en revue une initiative lancée par son organisation au Ghana qui a permis à des établissements scolaires situés dans les régions reculées de se doter d’une technologie de pointe.  Un autre programme permet par ailleurs à des écoles de différentes parties du monde d’organiser des cours en commun.


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