23/08/2011
Vice-Secrétaire générale
DSG/SM/566
WOM/1877

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LA VICE-SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DÉCLARE QUE LORSQUE LES FEMMES FONCTIONNAIRES DE POLICE TRAVAILLENT AUX CÔTÉS DES HOMMES, TOUS Y TROUVENT DES AVANTAGES ET LE SERVICE TOUT ENTIER EN SORT GRANDI


On trouvera ci-après le texte de l’allocution que la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Asha-Rose Migiro, a prononcée lors de la cérémonie d’ouverture de la Conférence de l’International Association of Women Police, qui a eu lieu le 21 août à Lexington, dans le Kentucky:


Merci beaucoup.  Je suis honorée d’être des vôtres aujourd’hui.  Je tiens tout d’abord à vous faire part des salutations les plus cordiales du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et de tous mes collègues qui travaillent pour l’Organisation dans le monde entier.


Quel plaisir d’être réunis dans cette magnifique salle d’opéra!  Je suis tout particulièrement émue par l’accueil que nous ont réservé ces merveilleuses jeunes filles qui font partie du mouvement scout.  J’en étais moi-même membre étant jeune.  Je garde en mémoire d’innombrables souvenirs de ma troupe, de nos chansons, de nos badges et de nos liens d’amitié.  Je n’oublierai jamais notre serment.  Ces mots sont gravés sur mon cœur: aider son prochain en tout temps.


Cela résume bien ce pour quoi nous sommes présents aujourd’hui, à savoir aider des personnes qui sont parmi les plus vulnérables au monde.  Nous avons besoin de la police, et en particulier des policières, pour que ces personnes puissent bénéficier d’une certaine stabilité et des perspectives d’avenir.  C’est la raison pour laquelle je suis si reconnaissante à l’International Association of Women Police d’avoir lancé cette invitation à nous tous qui sommes rassemblés ici aujourd’hui.


En venant ici, je pensais à une réunion que j’ai animée il y a quelques années avec Ashley Judd, célébrité originaire du Kentucky.  Vous connaissez certainement tous ses films comme Ruby in Paradise et Fée malgré lui, mais à l’ONU, elle est surtout connue pour être une humanitaire passionnée et exceptionnelle.


Il y a trois ans, Mme Judd et moi avons partagé la tribune lors d’une réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée à la traite d’êtres humains.  À l’époque, j’expliquai que la solution à ce problème reposait sur quatre P: prévention, poursuites, protection et partenariat.  J’en ajoute un cinquième aujourd’hui: la police.


Ashley Judd prononça un discours très éloquent.  Nombre d’entre nous furent profondément touchés lorsqu’elle nous conta ses rencontres avec de jeunes femmes et enfants qui avaient été forcés de se prostituer.  Elle tenait à témoigner de ces atrocités et avança également des idées sur la manière d’y mettre un terme.  Mme Judd expliqua que la traite d’êtres humains trouvait son originaire dans l’inégalité entre les sexes.  Selon elle, la solution était, je cite: « la pleine égalité entre les sexes, à savoir l’égalité juridique, économique, pédagogique, sociale et culturelle des jeunes filles et des femmes ».


Je partage entièrement l’avis de cette digne représentante du Kentucky.  C’est pourquoi nous avons fait venir plus de 40 fonctionnaires de police de près de 35 pays différents.  Ils travaillent peut-être dans des zones reculées, mais ils font le même travail que vous.  Chaque jour, ils viennent en aide à leurs semblables et gagnent leur confiance.  Nous avons également invité notre policière numéro un à l’ONU, la Conseillère pour les questions de police Anne-Marie Orler, car c’est la personne la mieux placée pour parler de ce sujet.


Le monde prend de plus en plus conscience que nous avons véritablement besoin des policières.  Il y a plusieurs décennies, l’ONU envoyait des soldats, nos « Casques bleus », pour contrôler le respect d’un cessez-le-feu.  Nous avons seulement commencé à renforcer notre présence policière vers le milieu des années 90 après avoir appris à nos dépens que mettre un terme aux combats n’était que la première étape pour mettre fin aux souffrances.


Aussi longtemps que la population craindra la police au lieu de lui faire confiance, nous ne pouvons espérer obtenir une véritable stabilité.  Aussi longtemps que la justice sera bafouée, des tensions sociales couveront, et risquant de déboucher sur des actes de violence.  Tant que nous n’instaurerons pas le principe de la primauté du droit, nous ne pouvons espérer aboutir à une paix durable.  C’est la raison pour laquelle l’ONU engage de plus en plus de policiers pour faire le travail que vous connaissez si bien: rétablir l’ordre, patrouiller dans les rues, arrêter les suspects, etc.  Pour mener cette tâche à bien, nous n’avons pas seulement besoin de policiers, nous avons besoin de plus de policières.


Trop de femmes sont des victimes innocentes des conflits actuels.  Les combattants ont recours à une violence sexuelle extrêmement brutale envers les femmes, et même envers les enfants.  Des agents en tenue, des guérilleros et des francs-tireurs agressent sexuellement, et ce, de manière délibérée et systématique, des femmes et des enfants dans le cadre de leur campagne de terreur.  Une seule agression est une agression de trop.  Hélas, il y en a bien plus que ce que l’on croit.


En 1992, en ex-Yougoslavie, environ 40 000 femmes étaient enfermées dans des camps de viols.  En 1994, au Rwanda, 500 000 femmes ont été violées au cours du génocide.  Des centaines de milliers de Congolaises ont été victimes de sévices sexuels depuis que le conflit a éclaté dans leur pays en 2002.  Dans des pays tels que le Tchad et le Soudan, des femmes et des filles sont victimes d’agressions sexuelles odieuses alors qu’elles tentent simplement de survivre, se risquant à aller chercher du bois à brûler, de l’eau ou de la nourriture.


Alors que les parties ont signé un accord de paix et ont déposé les armes, l’ordre public continue de se détériorer et cela se traduit par le fait que la violence familiale et les sévices sexuels se poursuivent en toute impunité.  Les victimes ont peur, et c’est bien compréhensible, de porter plainte auprès de la police, à moins que les agents ne soient des femmes.


L’ONU a mené une étude plus tôt cette année, dont les résultats ne sont pas surprenants: il existe une nette corrélation entre le nombre de policières et le nombre de cas de violences à l’égard des femmes qui sont signalés.  Plus les policières sont nombreuses, plus on enregistre de plaintes.  C’est aussi simple que cela.


Nous faisons bien plus que recueillir des plaintes.  Nous venons en aide aux pays ravagés par la guerre, comme le Kosovo, le Libéria et le Timor-Leste, afin qu’ils mettent en place des unités de police spécialisées qui s’occuperont des crimes sexuels.  Nous formons des experts qui seront chargés d’enquêter sur les affaires de violence à motivation sexiste et créons des espaces privés où les victimes se sentiront en sécurité et accepteront de parler.


Nous sommes fiers d’avoir envoyé une unité de police féminine constituée d’une centaine de Bangladaises à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti.  Je les ai vues à l’œuvre, elles patrouillent dans les camps qui fournissent un abri aux milliers de personnes qui se sont retrouvées sans toit à la suite du tremblement de terre majeur qui s’est produit dans la région.  Elles se déplacent en équipes spéciales avec leurs coéquipières de la Police nationale d’Haïti afin d’empêcher que des sévices sexuels ne soient exercés.  Elles forment un mur formidable qui protège les femmes contre des agresseurs potentiels.


Pouvoir empêcher un crime de se produire est déjà une récompense en soi.  Nous sommes témoins d’un autre grand pas en avant: de plus en plus de femmes des pays dans lesquels nous œuvrons entrent à l’école nationale de police.  Pensez à votre propre parcours professionnel.  Votre père, votre frère ou votre mère était peut-être dans la police.  Ou peut-être avez-vous suivi l’exemple d’une policière.  Dans un cas comme dans l’autre, vous avez suivi l’exemple de quelqu’un avant de vous tourner vers une carrière gratifiante dans les services de police.


Nos policières jouent le rôle de guide et montrent l’exemple à suivre.  Mais que les choses soient claires: elles ne se contentent pas de faire face aux problèmes de violence sexuelle ou de servir de modèle.  Nous travaillons d’arrache-pied afin de sensibiliser les policiers aux problèmes des victimes féminines et comptons sur nos policières pour qu’elles réalisent le même travail que leurs homologues masculins.  Il nous est apparu que lorsque les femmes travaillent aux côtés des hommes, tous y trouvent des avantages et notre service tout entier en sort grandi.  Nous recrutons donc activement des policières venant du monde entier.  En 2009, nous avons fixé une limite de cinq ans pour que les femmes constituent 20% des effectifs de la Police des Nations Unies.  Nous sommes aujourd’hui à mi-parcours et on recense 1 500 policières sur les 14 000 personnes que compte notre service.


Cet effort global vise à mobiliser des dirigeants politiques, des fonctionnaires de police et d’autres partenaires afin que les pays fournissent plus d’agents de police qui soient des femmes.  Nous demandons aux États Membres de l’ONU de revoir leurs critères et procédures, l’objectif étant de ne pas décourager les candidatures féminines.  Nous invitons également ces pays à déployer des moyens susceptibles d’attirer les policières.


Je suis ici pour vous demander de vous joindre à cette action mondiale.  Cette salle est emplie de l’énergie extraordinaire de femmes officiers de police venues du monde entier.  Faites passer notre message.  Encouragez vos pairs à poser leur candidature afin qu’elles rejoignent les missions des Nations Unies.  Veillez à ce que les critères et procédures de votre pays ne découragent pas les candidatures féminines.  Apportez votre soutien aux policières de votre service qui voudraient s’entraîner pour ces missions.  Je promets que l’ONU s’investira également dans la mise en œuvre de ces initiatives.


Plus tard dans la journée, pendant la conférence, nous procéderons au lancement du tout premier Réseau international des policières du maintien de la paix.  Il est accessible à toutes les policières en fonctions ou retraitées, aux femmes et aux policières qui souhaiteraient rejoindre une opération de maintien de la paix de l’ONU.  Autre démarche historique, nous nous joindrons à l’International Association of Women Police pour présenter le tout premier Prix international policières du maintien de la paix.  Nous sommes également fiers de collaborer avec cette association dans le cadre d’un programme de formation consacré à la sélection d’un minimum de critères pour le maintien de la paix.


Je parle aujourd’hui de la police en particulier, mais l’ONU a besoin de plus de femmes dans ses rangs en général.  Juste avant que je me rende ici, nous avons reçu un courriel d’un collègue du Département de la sûreté et de la sécurité.  Il m’a prié de lancer un appel à chacune d’entre vous afin que vous envisagiez une carrière à l’ONU.  Si vous vous associez à notre mission visant à mettre fin aux guerres et à éradiquer la faim et la pauvreté, vous aurez l’incommensurable satisfaction de savoir que vous avez apporté votre aide à des personnes qui souffrent.  C’est la plus belle des récompenses, et peut-être le plus bel héritage que l’on puisse laisser à notre monde.


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