27/07/2011
Communiqué de presse
Conférence de presse

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

CONFÉRENCE DE PRESSE DU PRÉSIDENT DE LA CÔTE D’IVOIRE, ALASSANE OUATTARA


En visite à New York, le nouveau Président de la Côte d’Ivoire a donné ce matin une conférence de presse au Siège de l’ONU, au moment où le Conseil de sécurité prorogeait le mandat de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) pour un an.  M. Alassane Ouattara a réaffirmé son intention de rétablir l’état de droit et de prendre les mesures nécessaires pour prévenir toute discrimination.


« Alassane Ouattara est le Président de tous les Ivoiriens, ceux du sud, du nord, du centre, de l’est et de l’ouest », a-t-il affirmé.


« J’ai donné la priorité à la réconciliation », a assuré le Président de la Côte d’Ivoire, précisant l’ampleur de la reconstruction à accomplir, après la phase de destruction du pays au cours des 10 dernières années et l’absence d’investissements.  Pendant cette période, l’argent du contribuable a été utilisé pour financer les munitions et cela a placé le pays à un niveau très bas d’un point de vue économique, a-t-il expliqué.


Au cours de cette période, le taux de croissance moyen en Côte d’Ivoire a été de 2%, alors que le taux de croissance démographique était de 3,5%, a indiqué le Président Ouattara.  Il a prévenu que cette année, à cause de la crise postélectorale, l’économie du pays risque de chuter de 7%.  Il nous faut donc développer l’épargne tout en assurant une bonne gouvernance, afin de mieux dépenser l’argent public, a-t-il dit.  « Nous avons également besoin du soutien financier de la communauté internationale », a-t-il ajouté.


« Je souhaite que les élections législatives se tiennent aussi rapidement que possible, probablement en fin novembre ou début décembre », a également déclaré M. Ouattara.  « La Côte d’Ivoire a besoin d’institutions crédibles », a-t-il reconnu.  En vue de ces élections, il a indiqué avoir invité les membres du parti de M. Gbagbo à se présenter et a demandé aux Nations Unies une aide financière.  Nous avons besoin d’environ 25 à 30 millions de dollars, a-t-il précisé.


Venu aux États-Unis pour rencontrer le Président des États-Unis, M. Barack Obama, vendredi prochain à Washington D.C., M. Ouattara a également prévu de rencontrer le Président de la Banque mondiale, M. Robert J. Zoellick, et la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Mme Christine Lagarde.


Le Secrétaire général adjoint à la communication et à l’information, M. Kiyo Akasaka, qui modérait la conférence de presse, a rappelé que M. Ouattara avait prêté serment en qualité de Président de la Côte d’Ivoire en mai dernier.  Il avait, de 1990 à 1993, exercé les fonctions de Premier Ministre.  Il a aussi mentionné les postes de haut niveau qu’il a occupés à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ainsi qu’au FMI où il a été Directeur général adjoint de 1994 à 1999.


Le Président Ouattara a remercié les médias d’avoir fait écho à la situation en Côte d’Ivoire, ainsi que les Nations Unies qui ont contribué à faire cesser la violence et à protéger les civils.  « Cette phase est maintenant derrière nous et le pays connaît un nouveau départ », a-t-il dit, avant d’ajouter: « Nous avons pu assurer la sécurité à Abidjan et les habitants ont pu retourner à leurs activités habituelles ».


Le Président Ouattara a indiqué vouloir assurer l’état de droit, protéger toute la population et respecter les droits de l’homme.  « Nous ne voulons pas de discrimination, car nous croyons à la diversité », a-t-il ajouté, insistant sur le fait qu’il n’acceptait pas l’impunité.  « Nous avons d’un côté le processus de réconciliation qui est en bonne voie et, de l’autre, le système judiciaire qui doit faire son travail », a-t-il expliqué.


Le Président a parlé du rôle de la Commission Dialogue, vérité et réconciliation, commission indépendante qui, a-t-il dit, écoutera chacun: les victimes et leurs familles, ainsi que toute personne qui estime avoir quelque chose à dire.  Pour M. Ouattara, c’est le seul moyen de parvenir à un véritable dialogue entre Ivoiriens.  Il a également placé son espoir sur la faculté de pardonner, une fois que la Commission aura formulé ses recommandations.


Interrogé sur les menaces potentielles à la sécurité en Côte d’Ivoire, il a parlé de ses rencontres avec les Présidents du Ghana et du Libéria.  Un plan général de sécurité va être développé avec le Libéria en ce qui concerne la frontière avec la Côte d’Ivoire, a-t-il indiqué.  Nous avons aussi conclu un accord pour échanger des informations en ce qui concerne les passages transfrontaliers de mercenaires.  La menace se précise pour ce pays et pour le nôtre à l’approche des élections présidentielles qui se tiendront au Libéria en octobre et novembre prochains.


En ce qui concerne le Ghana, il a mentionné ce qui était fait pour un meilleur partage d’informations et pour garantir aux Ivoiriens du Ghana, poursuivis pour des crimes, le renvoi dans leur pays afin d’y être jugés.  Mais la majorité des réfugiés ivoiriens au Ghana, estimés à environ 15 000, ont fui par peur pour leur sécurité, a précisé le Président, tout en assurant qu’il entendait les protéger pour leur permettre un retour sûr en Côte d’Ivoire.


Le Président a souhaité le retour de tous les Ivoiriens exilés, ceux qui ont fui par peur comme ceux qui ont commis des détournements de fonds, qui seront entendus et jugés.  Il y a aussi le cas des militaires qui ont commis des crimes graves et qui doivent être traduits devant la justice militaire, a-t-il précisé, tout en assurant ne pas vouloir faire de « chasse aux sorcières ».


Répondant à une autre question sur les enquêtes menées sur les Ivoiriens suspectés d’avoir commis des crimes, le Président Ouattara a assuré qu’il n’y aurait aucune exception.  C’est pourquoi, a-t-il dit, une commission a été créée la semaine dernière pour enquêter sur ce qui s’est produit pendant la crise postélectorale, surtout dans la région ouest du pays où des centaines de personnes ont été tuées.  « Il n’y aura aucune exception », a-t-il martelé.


Concernant M. Laurent Gbagbo et son épouse, le Président de la Côte d’Ivoire a indiqué qu’ils se trouvent « dans une résidence présidentielle située dans le nord du pays ».  Dans l’attente de leur procès et même après, s’ils sont reconnus coupables, des personnalités de ce rang doivent être traitées avec dignité et considération, a-t-il rappelé.  Il a aussi indiqué que les interrogations se poursuivent.


Les auteurs de crimes « économiques » et ceux qui ont tenté de déstabiliser le pays seront jugés par des tribunaux ivoiriens.  Pour ce qui est des crimes plus graves, comme les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, nous avons demandé à la Cour pénale internationale (CPI) de nous aider, a-t-il indiqué.


Interrogé sur le cas du journaliste emprisonné et poursuivi pour crime contre l’État, Hermann Aboa, le Président de la Côte d’Ivoire a assuré être très attaché à la liberté de la presse et vouloir tout faire pour que personne ne soit placé en détention de façon illégale.  « Cet individu n’est pas actuellement en prison, mais il est actuellement soumis à un interrogatoire parce qu’on a appris qu’il a reçu de l’argent de M. Laurent Gbagbo pour acheter des armes à l’intention de mercenaires », a-t-il expliqué.


Le Président de la Côte d’Ivoire a aussi expliqué que la fusion de l’armée régulière et de celle de M. Guillaume Soro, les « Forces nouvelles », est en cours afin de les intégrer à tous les corps d’armée.  « Nous ne voulons pas d’une armée du Sud et d’une armée du Nord », a-t-il dit.  Dans un discours qu’il a prononcé la semaine dernière devant 400 militaires, policiers et gendarmes, il a rappelé que tous les membres de ces corps doivent être républicains, respecter les droits de l’homme et ne commettre aucune brutalité.


Questionné sur le choix de Guillaume Soro comme Premier Ministre, alors qu’il est dans l’opposition et qu’il pourrait avoir des crimes sur la conscience, le Président Ouattara a fait observer que ces allégations relevaient de la période de rébellion de 2002.  La loi d’amnistie et l’Accord de Ouagadougou prévoient de passer l’éponge sur tout ce qui s’était passé après les élections, que ce soit du côté de Laurent Gbagbo ou de celui de Guillaume Soro, a-t-il précisé.


Nous devons maintenant examiner ce qui s’est passé pendant la période postélectorale et c’est à la justice de faire son travail, a-t-il dit, ajoutant que la Commission d’enquête et la CPI avaient aussi leur rôle à jouer.  « La loi s’appliquera ensuite à tous, sans exception ».


« Je dors très bien la nuit et ne fais pas de cauchemars à cause de M. Gbagbo », a-t-il dit sur une note humoristique, pour expliquer qu’il n’avait pas de craintes, seulement des espoirs sur le chemin de la réconciliation et de la reconstruction.


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