13/12/2011
Conseil de sécurité
CS/10479

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Conseil de sécurité                                        

6681e séance – matin                                       


DE RETOUR DE MOGADISCIO, M. BAN KI-MOON APPELLE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À SOUTENIR LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL DE TRANSITION, QUI DISPOSE D’UNE « CHANCE UNIQUE » DE STABILISER LA SOMALIE


Tout juste de retour de Mogadiscio, où il fut le premier Secrétaire général de l’ONU à s’y rendre depuis plus de 18 ans, M. Ban Ki-moon s’est adressé, ce matin, aux membres du Conseil de sécurité pour leur faire un compte rendu de la situation en Somalie, où les institutions fédérales de transition, grâce au rétablissement de la sécurité dans la capitale, œuvrent à l’application de la feuille de route, à neuf mois de la fin de la période de transition.


« Le fait que ma visite ait pu se réaliser montre que la situation en matière de sécurité s’est améliorée et que les efforts entrepris par les Nations Unies au cours de ces années, avec l’appui de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), ont porté leurs fruits », s’est félicité le Secrétaire général.


Tous les districts de Mogadiscio sont désormais passés sous le contrôle du Gouvernement fédéral de transition avec l’appui de l’AMISOM, qui mène pourtant une « guerre asymétrique contre le terrorisme », en l’absence de ressources militaires adéquates, a-t-il fait remarquer.


Soulignant l’importance de consolider les gains obtenus jusqu’à présent et de les étendre au-delà de la capitale, M. Ban a précisé que les besoins de l’AMISOM en effectifs supplémentaires étaient de 12 000 soldats de la paix, sans compter les moyens aériens et le génie civil dont elle doit disposer pour s’acquitter pleinement de son mandat.


Les milices islamistes se retirent actuellement des régions qu’elles contrôlaient, « grâce à la pression accrue des forces gouvernementales et de leurs alliés militaires, appuyés par les forces kényanes et éthiopiennes », a salué le Secrétaire général, qui s’est dit convaincu que ces progrès offraient une « chance unique de stabiliser le pays dans son ensemble ».


La stratégie militaire élaborée par la Somalie, avec l’appui de l’Union africaine et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), doit être conforme aux objectifs politiques fixés, a rappelé le Secrétaire général.


« Le Gouvernement fédéral de transition doit se rapprocher de la population locale et constituer de nouvelles entités régionales », a-t-il préconisé, avant d’ajouter que, sur le plan militaire, « l’intégration de nouvelles forces ainsi que l’élargissement de l’AMISOM n’étaient pas à exclure ».


Le Secrétaire général a indiqué qu’une évaluation de la situation sur le terrain était en cours de préparation et qu’une proposition sera bientôt présentée aux membres du Conseil de sécurité.  « Je me fais l’écho des pays fournisseurs de troupes de l’Union africaine et de l’AMISOM en vous demandant de reconsidérer les arrangements logistiques et financiers de soutien à l’AMISOM pour la prochaine étape de ses opérations », a poursuivi M. Ban.


Le Secrétaire général leur a rappelé que compte tenu de l’amélioration de la situation en matière de sécurité, le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (UNPOS) commencerait de se réinstaller à Mogadiscio en janvier 2012, tandis que l’équipe de pays des Nations Unies est encouragée à travailler plus étroitement à l’avenir avec le Bureau politique, pour appuyer les efforts du Gouvernement fédéral de transition en matière de gouvernance, de redressement, de développement et de renforcement des capacités.


À cette fin, il sera nécessaire d’accélérer la mise en œuvre des arrangements existants afin de protéger les personnels des Nations Unies et les personnels civils de l’AMISOM, a précisé le Secrétaire général.  C’est pourquoi, il a renouvelé son appel à la communauté des donateurs pour qu’elle soutienne le Plan de relèvement et de consolidation de la paix des Nations Unies.


S’il s’est félicité de la volonté manifeste des dirigeants somaliens d’œuvrer de concert au relèvement du pays, M. Ban a cependant regretté que des échéances cruciales aient été manquées.  « J’ai demandé aux dirigeants du pays d’intensifier leurs efforts pour mettre en œuvre la feuille de route et veiller à ce que la transition s’achève, comme prévu, en 2012 », a-t-il indiqué aux membres du Conseil.


Au cours de sa visite, le Secrétaire général avait demandé au Gouvernement fédéral de transition d’accélérer les réformes constitutionnelles et parlementaires, « qui n’exigent pas de ressources financières, mais seulement de la volonté politique ».  Le Président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed l’avait assuré, en retour, de l’engagement de son gouvernement en faveur d’une mise en œuvre aussi complète et inclusive que possible de la feuille de route.  Il avait également souligné que la réunion à venir sur le processus constitutionnel serait une étape déterminante à cet égard.  Ce matin, le Secrétaire général a estimé que la Réunion de haut niveau sur la Somalie, qui se tiendra à Londres au début de l’année prochaine, sera un moment crucial pour le peuple somalien et la stabilité dans la région.


Par ailleurs, M. Ban a rappelé qu’avant sa visite à Mogadiscio, il avait rencontré à Nairobi le Président du Kenya, M. Mwai Kibaki.  « Je lui avais demandé de continuer à apporter son soutien à tous les réfugiés qui fuient la Somalie », a-t-il dit, en ajoutant qu’il s’était également rendu au camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya.


Tout en se félicitant que la famine ait disparu dans certaines parties du sud de la Somalie, le Secrétaire général a attiré l’attention sur les millions de personnes qui continuent de vivre dans une situation extrêmement difficile.  Il a ensuite condamné fermement l’occupation par le groupe de miliciens Al-Chabaab, le 28 novembre, du siège de 16 organisations opérant dans les régions du sud et du centre de la Somalie que ce groupe contrôle.  Avant de conclure, le Secrétaire général a exhorté à nouveau toutes les parties à assurer immédiatement un accès sans entraves à l’aide humanitaire et à s’abstenir de toutes actions susceptibles de menacer la sécurité des Somaliens.


Rapport du Secrétaire général sur la Somalie (S/2011/759)


Le présent rapport rend compte des principaux faits nouveaux survenus en Somalie depuis le 30 novembre 2011, dans les domaines politique, de la sécurité, de l’assistance humanitaire, du relèvement et du développement et des droits de l’homme.  Il propose également une évaluation des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la stratégie de l’Organisation des Nations Unies pour la Somalie ainsi que dans l’application de la feuille de route établie pour mener à bien la période de transition.


Le Secrétaire général explique dans ce document que la capacité de résilience dont le Gouvernement fédéral de transition a su faire preuve au fil des ans donne à penser que, avec la détermination et le soutien nécessaires, il pourra commencer à établir son autorité partout en Somalie.  Il lui faudra, pour cela, montrer de la fermeté et un attachement sans réserve à la feuille de route, et montrer également qu’il peut coopérer avec les acteurs présents à l’intérieur du pays et coordonner son action avec les acteurs internationaux, estime M. Ban Ki-moon.  Alors que nous approchons de la fin de la période de transition, prévue pour août 2012, la communauté internationale devrait s’employer tout particulièrement à protéger les gains qui ont été durement acquis ces dernières années sur le plan de la sécurité et sur le plan politique.  « Nous devons veiller à ce que tous les efforts contribuent à l’exécution de la feuille de route.  J’espère que les prochaines rencontres, qui se tiendront à Londres et à Istanbul, contribueront à renforcer notre engagement concernant les mesures à mettre en œuvre pour aider la Somalie », ajoute-t-il.


Dans sa résolution 2010 (2011), le Conseil de sécurité avait prié le Secrétaire général de lui rendre compte des progrès accomplis par les Institutions fédérales de transition par rapport à la feuille de route.  « Hélas, certains des délais qui avaient été arrêtés n’ont pas été respectés », regrette-t-il.  « Je salue certes l’avancée du processus, ajoute le Secrétaire général, mais les Institutions fédérales de transition doivent faire des progrès tangibles concernant plusieurs tâches clefs.  Parmi les priorités à mettre en œuvre au cours des prochains mois, il y a l’adoption par le Parlement d’un plan national de sécurité et de stabilisation, l’établissement du texte définitif de la Constitution et la réforme parlementaire.


Il est important de noter à ce propos que ceux qui y feront obstacle s’exposent à des mesures ciblées et que le Conseil de sécurité a dit à de nombreuses reprises que l’appui qui serait accordé à l’avenir aux Institutions fédérales de transition serait subordonné à l’accomplissement de ces tâches.  Même si M. Ban se félicite de l’engagement pris par le Gouvernement fédéral de transition de lutter contre la corruption, il lui demande instamment de redoubler d’efforts pour lever tous les soupçons de corruption financière ou de détournement de l’aide des donateurs.


« Si je loue la générosité dont les donateurs font preuve, je dois dire que les ressources dont disposent les Nations Unies et l’AMISOM pour la Somalie ne sont pas à la hauteur des difficultés rencontrées, ni des mandats qui leur ont été confiés.  Je conviens que des mesures d’austérité s’imposent dans le contexte économique et financier actuel, mais bien qu’elle perçoive davantage de recettes, la Somalie a besoin d’une aide soutenue pour mettre en œuvre la feuille de route », prévient le Secrétaire général.  Expliquant que la Somalie doit maintenant produire ses propres revenus et les utiliser pour renforcer ses capacités institutionnelles, le Secrétaire général assure que l’ONU est disposée à soutenir les efforts déployés par le Gouvernement fédéral de transition pour améliorer le recouvrement des recettes fiscales, une mesure essentielle pour la viabilité à long terme du pays.


« Même si l’AMISOM a accompli d’importantes réalisations, cela ne doit pas détourner l’attention du fait qu’elle reste sous-équipée et sous-financée », a poursuivi le Secrétaire général, qui a fait part des lacunes importantes dans le dispositif d’appui des Nations Unies à la Mission, en particulier en ce qui concerne l’absence de multiplicateurs de force et le remboursement des sommes dues au titre du matériel appartenant aux contingents.  À l’heure actuelle, M. Ban fait remarquer que le remboursement de ces sommes accuse déjà un retard de neuf mois.  Ce retard, a-t-il souligné, pèse de manière « inacceptable » sur les ressources financières limitées des pays fournisseurs de contingents, qui font déjà des sacrifices considérables au nom de la communauté internationale.  Si les contingents de l’AMISOM commencent à être déployés ailleurs qu’à Mogadiscio, les dépenses opérationnelles doivent permettre de financer le déploiement de moyens de mise en œuvre et de multiplicateurs de force pour assurer une présence efficace à Mogadiscio et une capacité de mobilité essentielle.


Le Secrétaire général annonce qu’il a l’intention d’engager une réflexion avec le Conseil de sécurité sur l’intégration au dispositif d’appui des Nations Unies à l’AMISOM du remboursement des sommes dues au titre du matériel appartenant aux contingents et de la fourniture de multiplicateurs de force, notamment des unités d’hélicoptères ainsi que des moyens de transport et du génie.  Le puissant appui d’urgence fourni par les donateurs a fait beaucoup avancer l’action humanitaire pour faire face à la famine en Somalie, estime le Secrétaire général.  Au mois de novembre, sur les six régions en situation officielle de famine au cours du trimestre précédent, trois ont été ramenées au niveau antérieur et le nombre de Somaliens menacés est passé de 750 000 à 250 000.  Ces acquis sont fragiles et ne se maintiendront que si l’assistance reste à son niveau actuel, ce qui suppose que les donateurs feront un effort appréciable pour l’Appel global de 2012, fait-il observer.


« Je suis également préoccupé par l’interdiction dont Al-Chabaab a frappé plusieurs organismes des Nations Unies dans les districts qu’il maîtrise, ce qui compromet les fragiles améliorations déjà obtenues à un moment où 3 millions de Somaliens vivent encore une crise humanitaire dans le sud », déclare le Secrétaire général.  Les répercussions des combats en cours sur la population civile sont tout autant préoccupantes, ajoute-t-il.  Toutes les parties en présence doivent respecter le droit international humanitaire et s’abstenir de tout ce qui peut provoquer de nouveaux déplacements ou entraver l’accès des agents humanitaires aux personnes dans le besoin, insiste-t-il avant de conclure.


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