11/11/2011
Conseil de sécurité
CS/10445

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6656e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE SECRÉTARIAT DE L’ONU PRÉVIENT DES RISQUES

DE « CONFLIT OUVERT » ENTRE LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD


Les représentants soudanais et sud-soudanais

rejettent l’un et l’autre la responsabilité des violences


Le Conseil de sécurité a été informé ce matin des risques significatifs de « conflit ouvert » entre le Soudan et le Soudan du Sud, au cours d’une séance d’information publique qui a réuni plusieurs hauts fonctionnaires du Secrétariat.


De retour d’un déplacement d’une semaine dans ces deux pays, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Hervé Ladsous, est venu présenter les conclusions de sa visite sur le terrain, ainsi que celles de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Soudan et le Soudan du Sud, M. Haile Menkerios, qui n’a pas pu prendre part à cette réunion.  Mme Hilde Johnson, Représentante spéciale et Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), est intervenue par vidéoconférence depuis Djouba.


Faisant lecture de la déclaration de l’Envoyé spécial, M. Ladsous a expliqué que l’augmentation des attaques lancées par le Gouvernement soudanais contre le Mouvement populaire de libération du Soudan–Nord (MPLS-Nord) dans les États du Kordofan méridional et du Nil bleu, ainsi que les récents raids aériens qui auraient été effectués au-delà de la frontière, notamment dans le camp de réfugiés de Yida, pouvaient dégénérer en un conflit ouvert entre les deux pays.


En outre, le retard pris dans la mise en œuvre de l’Accord sur les arrangements temporaires pour l’administration et la sécurité de la région d’Abyei, conclu le 20 juin dernier, et qui demande notamment une démilitarisation de la zone frontalière, continue d’exacerber les tensions, comme le montrent les nombreux affrontements violents.


S’exprimant ensuite en sa qualité de Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Ladsous a attiré, de son côté, l’attention sur les risques que fait peser la migration traditionnelle de la communauté nomade Misseriya, qui compte plusieurs milliers de personnes et des centaines de milliers de têtes de bétail.


« Compte tenu de la présence de Forces armées soudanaises à Abyei, de graves violences pourraient éclater cette année au cours de la migration si des personnes déplacées, de retour dans la région, tentent de s’y opposer », a souligné M. Ladsous.


« Alors que le Président Kiir m’a personnellement assuré que le Gouvernement du Soudan du Sud veillerait à assurer une migration pacifique de nomades sans armes, il semble que d’autres responsables soient opposés à la migration, en raison de la présence des Forces soudanaises à Abyei », a ajouté le Secrétaire général adjoint.


Le représentant soudanais a repris ces propos à son compte, en y voyant la preuve du refus du Gouvernement du Soudan du Sud de coopérer pour, au contraire, encourager des échauffourées.  M. Daffa-Alla Elhag Ali Osman a affirmé que la présence, dans les États soudanais du Kordofan méridional et du Nil bleu, des chars de l’armée du Soudan du Sud démontrait clairement l’appui fourni par ce Gouvernement aux groupes rebelles armés.


« Toutes les accusations proférées par le Soudan à l’encontre du Soudan du Sud sont sans fondement, a tranché, de son côté, le représentant du Soudan du Sud, M. David Choat, qui a déclaré que la non-ingérence dans les affaires d’autres États était au cœur de la politique de son pays.


La Représentante spéciale et Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a cité les propos tenus aujourd’hui au micro de l’AFP par le porte-parole de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), M. Philip Aguer, qui a déclaré que la recrudescence des attaques perpétrées par les Forces armées soudanaises et leurs mercenaires était « motivée par le désir de Khartoum de s’emparer des champs de pétrole ».


Mme Hilde Johnson a indiqué aux membres du Conseil que la MINUSS avait favorablement répondu à la demande d’assistance de la SPLA, dont 16 soldats ont été blessés dans une attaque perpétrée aujourd’hui même à Kuek, afin de faire la lumière sur l’identité des combattants auxquels ils étaient opposés.


Il est impératif, a souligné M. Ladsous, qui est appuyé en ce sens par la déclaration de l’Envoyé spécial, que les deux parties s’abstiennent de tout acte ou de déclaration de provocation et de résoudre l’ensemble des questions en suspens par un dialogue pacifique et une reprise des négociations.


RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN


Déclarations


M. HERVÉ LADSOUS, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a rappelé que, compte tenu des défis auxquels font face le Soudan et le Soudan du Sud, ainsi que du poids que représentent les opérations actuellement déployées dans ces deux pays, il avait décidé de s’y rendre du 30 octobre au 6 novembre dernier.  Au cours de ce déplacement, il s’est entretenu avec des responsables des deux gouvernements, ainsi qu’avec l’ancien Président sud-africain, M. Thabo Mbeki, qui préside actuellement le Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine.


La migration Nord-Sud a commencé et va, pour la première fois, traverser une frontière internationale, a indiqué M. Ladsous.  La migration annuelle de la communauté nomade Misseriya par Abyei a également débuté et certains éléments de ce groupe, en possession de 2 000 têtes de bétail, ont atteint Goli, à 25 kilomètres au nord d’Abyei.  La communauté, qui compte dans son ensemble plusieurs milliers de personnes, possédant des troupeaux de plusieurs centaines de milliers de bêtes, devrait atteindre la rivière Kiir/Bahr al Arab d’ici à la fin du mois de décembre, a précisé le Secrétaire général adjoint.  Compte tenu de la présence des Forces armées soudanaises à Abyei, de graves violences risquent d’éclater au cours de la migration de cette année si des personnes déplacées, de retour dans la région, tentent de s’y opposer.  « Alors que le Président Kiir m’a personnellement assuré que son gouvernement veillerait à assurer une migration pacifique de nomades sans armes, il semble que d’autres responsables gouvernementaux dans le sud du pays sont opposés à la migration, en raison de la présence des forces soudanaises à Abyei », a prévenu M. Ladsous.


Le Secrétaire général adjoint s’est dit extrêmement préoccupé de constater, au cours de sa visite à Abyei, les destructions causées pendant l’occupation des Forces armées soudanaises en mai 2011.  Il s’est dit dans le même temps impressionné par le travail réalisé par la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA), dont les 2 894 militaires sont désormais déployés, y compris la totalité du second bataillon.  La réouverture, le 28 octobre, du pont de Banton, qui constitue un point de passage privilégié entre les localités d’Agok et d’Abyei, facilitera le retour des personnes déplacées, l’accès humanitaire et les opérations de la FISNUA, s’est-il félicité.  « Toutefois, le Président Al-Bashir a déclaré que les Forces armées soudanaises ne se retireraient qu’à la suite de l’établissement d’une administration de la zone d’Abyei.


S’agissant de la situation dans les États du Kordofan méridional et le Nil bleu, a fait remarquer M. Ladsous, le Gouvernement du Soudan accuse celui du Soudan du Sud de provoquer les affrontements et de ménager un accès direct de l’Armée populaire de libération du Soudan du Nord, en soulignant que ce soutien aurait de graves conséquences sur les relations bilatérales entre les deux pays.  Le Président Kiir nie, de son côté, tout soutien de son gouvernement à l’Armée populaire de libération du Soudan et accuse, au contraire, le Gouvernement du Soudan de soutenir les groupes d’insurgés dans le Soudan du Sud.  Au cours de sa visite, M. Ladsous a fermement exhorté les deux parties à résoudre leurs différends dans le cadre de négociations pacifiques et à faire les compromis nécessaires à cette fin.  Relayant la préoccupation du Conseil de sécurité et du Secrétaire général, il a expliqué qu’il n’y avait pas d’autre issue que la reprise d’un règlement pacifique et négocié des questions en suspens.  Toutefois, des informations récentes font état de bombardements le long de la frontière entre les États du Haut-Nil et Nil bleu, incidents aggravés aujourd’hui par une attaque perpétrée à Kuek, dans le Haut-Nil.  En outre, avant-hier, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a été notifiée par le Gouvernement du Soudan du Sud que neuf bombes avaient été larguées dans le Haut-Nil, tout près de la frontière avec le Nil bleu.  « Or, cette zone est un point de ralliement pour des dizaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées fuyant les hostilités dans le Nil bleu », a précisé le Secrétaire général adjoint, qui a fait état du mouvement de près de 55 000 personnes.


Les incidents graves qui se sont produits, ces derniers jours, sont avant tout le résultat des accusations que se portent mutuellement les parties au conflit de soutenir les groupes d’insurgés au Soudan et au Soudan du Sud, comme en témoignent les communiqués publiés de part et d’autre, a expliqué le Secrétaire général adjoint.  Il s’est dit convaincu que les situations au Soudan et dans le Soudan du Sud sont à un stade critique, compte tenu de la très faible confiance qui existe entre ces deux pays, la rhétorique inflammatoire et les accusations mutuelles.  Les tensions le long de la frontière pourraient également donner lieu à des violences graves pendant la période des migrations, en particulier dans la région d’Abyei où aucune des forces en présence ne s’est pleinement retirée.  « Il est donc absolument impératif que les deux Gouvernements prennent les mesures nécessaires pour faciliter la désescalade, protéger les vies des populations civiles et reprendre un dialogue pacifique », a insisté M. Ladsous.


Évoquant en conclusion ses déplacements à El-Fasher et Shangil Tobaya, au Soudan, le Secrétaire général adjoint s’est déclaré frappé de constater les différentes perceptions de la situation sur le terrain par les principales parties prenantes Tout en reconnaissant une amélioration de la situation en matière de sécurité, notamment grâce à la mise en œuvre du Document de Doha, M. Ladsous a fait remarquer que les déplacements de personnes se poursuivent et que celles regroupées dans les camps continuent de vivre dans des conditions très difficiles.  Des mouvements armés refusent toujours d’adhérer au processus de paix; le banditisme est une menace constante pour les civils, tandis que l’impunité s’enracine, a-t-il ajouté.  Les hostilités risquent de reprendre, en particulier à l’approche de la saison des pluies, a prévenu M. Ladsous.  Aussi, a-t-il estimé que l’élaboration de la feuille de route pour la paix au Darfour constituait l’opportunité pour la communauté internationale de parler d’une seule et même voix concernant le Darfour.


S’exprimant au nom de M. HAILE MENKERIOS,Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Soudan et le Soudan du Sud, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. HERVÉ LADSOUS, a indiqué que plusieurs critères relatifs à l’application de l’Accord de paix global entre le Soudan et le Soudan du Sud n’étaient pas remplis, nourrissant ainsi des tensions entre les deux pays.  Il a cité à ce titre le règlement du statut final d’Abyei, la tenue de consultations populaires dans les États du Kordofan méridional et du Nil bleu, la démarcation des frontières et la mise en place des mécanismes de contrôle des frontières, ainsi que le partage des revenus pétroliers.  Il a déploré que les combats dans les États frontaliers du Nil bleu et du Kordofan méridional, les retards dans la mise en place de l’Accord du 20 juin relatif aux arrangements temporaires pour l’administration et la sécurité de la région d’Abyei, ainsi que les délais dans la démilitarisation de la zone frontalière continuaient d’exacerber les tensions.  Il a indiqué que la situation à Abyei restait inchangée depuis le 20 juin dernier, en dépit du déploiement de la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA), en ajoutant que la présence de troupes des deux parties dans la région constituait un obstacle majeur à la mise en œuvre de l’Accord du 20 juin, ainsi qu’aux migrations saisonnières des nomades Misseriya.  Cet état de fait pourrait conduire à une escalade dans le conflit, a-t-il averti.


M. Ladsous a ajouté que les attaques accrues du Gouvernement soudanais contre le Mouvement populaire de libération du Soudan–Nord (MPLS-Nord) dans les États du Kordofan méridional et du Nil bleu, ainsi que les récents bombardements qui auraient été constatés au-delà de la frontière, pouvaient dégénérer en un conflit ouvert entre les deux pays, qui ont par ailleurs accru leur présence militaire le long de la frontière.  C’est pourquoi, il a exhorté les deux parties à faire le choix du dialogue politique pour résoudre leurs différends et mettre un terme aux souffrances des civils, ainsi qu’à s’abstenir de soutenir les groupes d’insurgés.  L’établissement d’un mécanisme commun de surveillance des frontières en vertu de l’Accord du 20 juin, lorsque les retards liés à son fonctionnement seront surmontés, devrait permettre de restaurer la confiance entre les deux parties, a-t-il ajouté.  M. Ladsous a indiqué que pour sortir de l’impasse, le Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine avait soumis aux deux gouvernements une carte opérationnelle proposant une « ligne de redéploiement temporaire ».  Lorsque les discussions qui doivent se poursuivre le 19 novembre à Addis-Abeba au sein du Groupe de mise en œuvre auront débouché sur un accord sur les arrangements techniques de surveillance des frontières, les conditions pour un élargissement du mandat de la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei seront alors remplies, a estimé M. Ladsous.  Ce mandat devrait inclure une composante de soutien au mécanisme de surveillance des frontières comme le souhaitent les deux parties, a-t-il poursuivi.  Compte tenu des affrontements militaires qui se poursuivent dans les États du Kordofan méridional et du Nil bleu, M. Ladsous a affirmé que le Gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan–Nord (MPLS-Nord) ne souscrivaient plusau cadre de règlement défini par les deux parties le 28 juin.  Rappelant que le Soudan avait accepté d’entrer dans un processus de médiation avec le MPLS-Nord sous les auspices du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine, tout en poursuivant des discussions bilatérales avec Djouba, il a déploré l’absence de volonté politique des deux parties de s’engager dans la voie de la négociation, en vue de mettre fin aux hostilités.  « Si les conflits localisés dans les États du Kordofan méridional et du Nil bleu continuent, et qu’il ne soit pas mis un terme au soutien des groupes de rébellion armés, le risque de voir une escalade entre les deux pays, coûteuse en vies humaines, est très élevé », a-t-il averti.  Il a ajouté que les deux parties n’avaient pas encore soumis leurs propositions devant le Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine relatives au partage des revenus pétroliers et aux arrangements financiers transitionnels.  En conclusion, M. Ladsous a appelé le Soudan et le Soudan du Sud à faire fond sur le dialogue politique, engagé le mois dernier entre le Président Al-Bashir et le Président Salva Kiir afin de régler leurs différends.


Mme HILDE JOHNSON, Représentante spéciale et Chef de la Mission des Nations Unies en République du Soudan du Sud (MINUSS), a indiqué que le 6 novembre, une équipe de la Mission s’était rendue au Nouveau Gufa dans le comté de Maban, frontalier avec le comté de Kurmuk dans l’État du Nil bleu, à la suite des bombardements rapportés par l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), le 26 octobre.  La situation était calme, a-t-elle assuré, tout en admettant que les Forces armées soudanaises avaient effectué des raids aériens au Nouveau Gufa et à Yafta, le 8 novembre.  Ces bombardements, confirmés par le Commissaire pour le comté de Maban, ainsi que par deux organisations non gouvernementales, ont causé la mort d’un enfant et de sept soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan, a-t-elle précisé.  Mme Johnson a affirmé que la Mission avait reçu aujourd’hui des informations, en cours de vérification, faisant état de nouveaux bombardements à Gufa.  Il semblerait que des civils seraient en train de fuir Gufa pour Bunj, la capitale du comté, a-t-elle ajouté, en indiquant que des équipes interinstitutions sont en route pour Bunj.  Mme Johnson a ensuite indiqué que, selon certaines informations, les Forces armées soudanaises auraient bombardé un camp de réfugiés à Yeda, situé près d’un camp de l’Armée populaire de libération du Soudan, à la frontière des États de l’Unité et du Kordofan méridional.  Une bombe était tombée sur un marché sans exploser, a-t-elle poursuivi, en ajoutant que pour l’instant aucune victime n’était à déplorer.


La MINUSS organise actuellement la réinstallation des personnels des ONG internationales et des institutions des Nations Unies, a indiqué la Représentante spéciale, avant de rappeler que, les 9 et 10 novembre, des affrontements avaient eu lieu dans l’État du Haut-Nil entre l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) et des milices rebelles.  Elle a expliqué que la SPLA avait demandé à la MINUSS de l’assister pour évacuer 16 de ses soldats blessés.  En accédant à leur demande, la Mission espère en savoir plus sur l’identité de ces groupes rebelles, a indiqué Mme Johnson.  La Représentante spéciale a expliqué que le porte-parole de la SPLA, M. Philip Aguer, avait déclaré aujourd’hui même à l’AFP qu’une attaque avait été perpétrée à Kuek par les Forces armées soudanaises et des mercenaires, faisant cinq morts côté SPLA et 13 parmi leurs opposants.  Selon lui, l’attaque a été repoussée et les groupes armés ont dû rebrousser chemin jusqu’au Soudan, le long de la frontière avec l’État du Nil bleu.  M. Aguer affirme que ces attaques, et celles qui suivront inévitablement, sont motivées par le désir de Khartoum de « s’emparer des champs de pétrole ».


M. DAFFA-ALLA ELHAG ALI OSMAN (Soudan) a tenu à rappeler « une réalité que tous les représentants du Secrétariat ont passé sous silence »: le fait que le Gouvernement du Soudan, depuis la mise en œuvre de la première phase de l’Accord de paix global, n’a pas cessé de réaffirmer son engagement en faveur d’un règlement pacifique et politique du conflit.  Nul n’ignore que la création du Soudan du Sud a été possible grâce à la volonté du Président Omar Al-Bashir, qui s’est rendu en personne à Abyei au lendemain de la proclamation de la République du Soudan du Sud pour entériner son message de paix.  « N’ayez aucun doute sur la volonté du Gouvernement soudanais de veiller au règlement pacifique du conflit », a-t-il insisté.  Cet enthousiasme n’a malheureusement trouvé aucun répondant chez nos voisins du Soudan du Sud, a-t-il affirmé.  En réalité, aucune voix au sein de ce Conseil n’a appelé, à ce jour, le Soudan du Sud à faire preuve d’une volonté politique semblable.  « J’en veux pour preuve la réunion de Kaouda, au Tchad, qui a abouti à l’adoption d’une déclaration politique appelant à la destitution militaire du régime en place à Khartoum », a-t-il déclaré.


Pour souligner l’engagement du Soudan à coopérer sans limites avec le Conseil de sécurité et le Département des opérations de maintien de la paix, le représentant a rappelé qu’il avait personnellement supervisé la visite au Soudan du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Hervé Ladsous, et facilité sa rencontre avec le Président Al-Bashir.  Il a tenu à rappeler que le quatrième bataillon du Gouvernement populaire du Soudan du Sud se trouvait dans les États du Kordofan méridional et du Nil Bleu et que nombre de ses chars avaient été déployés lorsque la MINUSS y était présente.  Cela montre clairement, a estimé M. Osman, l’appui fourni par le Gouvernement du Soudan du Sud aux groupes rebelles armés.  C’est pourquoi, il a regretté les propos de la Représentante spéciale pour le Soudan du Sud, Mme Hilde Frajford Johnson, qui s’est, selon lui, érigée en « défenseuse » du Gouvernement du Soudan du Sud.  « J’aurai vraiment voulu entendre cette voix que nous avons tant appréciée par le passé, une voix qui a permis à l’Accord de paix global d’aboutir, nous donner des informations sur l’appui fourni aux groupes rebelles », a regretté le représentant.


Pour ce qui est d’Abyei, a-t-il dit, le Secrétaire général adjoint Ladsous avait rappelé « avec raison » que de nombreux dirigeants du Sud refusent de faciliter les migrations des nomades Misseriya.  Ceci est une preuve supplémentaire du refus du Gouvernement du Sud de coopérer et d’encourager, au contraire, des échauffourées pour justifier une intervention militaire, a-t-il estimé.  « Nous avons participé à toutes les réunions, à tous les ateliers de travail, alors que l’autre partie n’est pas toujours présente et que lorsqu’elle l’est, elle n’est pas coopérative », a assuré M. Osman.  Avant de conclure, il a fait remarquer que le Gouverneur élu du Nil bleu avait permis à la situation de revenir à la normale.


M. DAVID CHOAT (Soudan du Sud) s’est dit extrêmement préoccupé par la détérioration de la situation en matière de sécurité dans les zones frontalières du Soudan et du Soudan du Sud, en rappelant qu’hier, les Forces armées soudanaises avaient bombardé le camp de réfugiés de Yida dans l’État de l’Unité au Soudan du Sud, tuant 12 personnes.  Il a ajouté que les Forces armées soudanaises avaient attaqué les positions tenues par l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) à Kuek, dans l’État du Haut-Nil, le 8 novembre dernier, et bombardé Gufa dans le comté de Maban, dans l’État du Haut-Nil, faisant sept victimes, y compris deux femmes et un enfant.  Il a exhorté le Soudan à s’abstenir de toute activité militaire au nord et au sud de la frontière et à prévenir toute escalade dans le conflit.  Mentionnant la récente visite du Président du Soudan du Sud à Khartoum, il a rappelé la détermination de son pays de s’engager dans la voie du dialogue.  Toutes les accusations proférées par le Soudan à l’encontre du Soudan du Sud sont sans fondement, a-t-il poursuivi, en ajoutant que la non-ingérence dans les affaires d’autres États était au cœur de la politique du Soudan du Sud.


Le représentant s’est ensuite dit profondément préoccupé par les conséquences des violences sur les populations civiles, devant la situation dans les États du Nil bleu et du Kordofan méridional, très proches géographiquement du Soudan du Sud.  Il a assuré les membres du Conseil de la détermination de son Gouvernement dans la pleine mise en œuvre des dispositions de l’Accord de paix global relatives aux États du Kordofan méridional et du Nil bleu, notamment en ce qui concerne la tenue de consultations populaires.  « L’échec dans la mise en œuvre de ces dispositions est l’une des causes essentielles de la situation actuelle », a-t-il estimé.  En conclusion, le représentant a demandé au Conseil de se pencher avec l’urgence requise sur la question de l’accès humanitaire dans les deux zones concernées, en assurant que le Soudan du Sud se tenait prêt pour accueillir des civils fuyant les zones de conflit.


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