26/10/2011
Conseil de sécurité
CS/10422

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Conseil de sécurité

6639e séance – matin


LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL M. IAN MARTIN PRÉSENTE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ LES DÉFIS

QUI ATTENDENT LA LIBYE À L’HEURE OÙ S’OUVRE L’ÈRE POST-QADHAFI


La Déclaration de libération totale de la Libye, à laquelle j’ai eu l’« immense privilège » de représenter le Secrétaire général, dimanche 23 octobre à Benghazi, referme un long et douloureux chapitre dans l’histoire de ce pays, mais marque aussi le début d’une nouvelle ère pendant laquelle les aspirations de son peuple devront être prises pleinement en compte.


C’est par ces mots que le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, M. Ian Martin, a entamé, ce matin, son intervention au Conseil de sécurité, auquel il a présenté l’évolution de la situation sur le terrain, moins d’une semaine après la mort du colonel Muammar Qadhafi, tué dans des circonstances indéterminées sur lesquelles le Conseil national de transition (CNT) a ouvert une enquête.


Regrettant que l’ancien dictateur libyen n’ait pu être capturé et traduit en justice, le Représentant spécial s’est également déclaré préoccupé par des informations selon lesquelles des tueries, équivalant à des crimes de guerre, auraient été commises par les deux parties au cours de la bataille finale de Syrte.  Ces crimes, qui vont à l’encontre des ordres donnés par le CNT, relèvent également du mandat de la Commission d’enquête internationale dépêchée par le Conseil des droits de l’homme, a précisé M. Martin.


Présent lors de cette séance du Conseil, le représentant du CNT, M. Ibrahim Dabbashi, a assuré que si des violations des droits de l’homme avaient été commises, leurs auteurs seraient « châtiés ».  Selon des informations préliminaires, a-t-il indiqué, le colonel Qadhafi aurait été blessé à la tête et à l’abdomen dans les affrontements entre forces loyalistes et les rebelles.  « Aucun des révolutionnaires présents n’a tiré sur lui, une fois que ce dernier a été arrêté », a déclaré M. Dabbashi, avant de préciser qu’il était toutefois nécessaire d’attendre les conclusions de la commission chargée d’enquêter sur cet incident.


Avec la fin de « l’ère Qadhafi », a affirmé M. Martin, la Libye peut maintenant bâtir un État moderne, fondé sur les principes de la démocratie et du respect des droits de l’homme et des minorités, de l’état de droit, de la reddition de comptes, de l’autonomisation des femmes et d’une promotion de la société civile, tout en faisant face à son passé à travers les mécanismes judiciaires et d’établissement des faits.


Avec la Déclaration de libération de dimanche 23 octobre, « l’horloge a commencé de tourner », a-t-il dit.  Tout d’abord, il faut que le CNT établisse un gouvernement intérimaire dans les 30 jours, dont le défi sera de former une administration inclusive capable de faire montre de l’autorité et de l’expertise indispensables pour répondre aux besoins de base de la population, garantir la sécurité et lancer des réformes économiques et financières, a déclaré M. Martin.


Ensuite, d’ici à 90 jours, le Gouvernement intérimaire devra adopter une législation électorale et mettre sur pied un organe électoral indépendant et intègre, en vue d’organiser, « dans les 240 jours », des élections pour un Congrès national, a-t-il ajouté.  Au-delà du défi technique qu’un tel pari constitue, le Représentant spécial a souligné qu’il était, au préalable, nécessaire d’ouvrir de larges consultations, y compris avec la société civile, afin de forger un consensus sur le système électoral à retenir.  M. Martin a assuré le CNT du soutien de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) à cet égard.


De son côté, le représentant du CNT a appelé de ses vœux une Libye adhérant aux valeurs du multilatéralisme et qui entretiendrait des relations équilibrées avec la communauté internationale.  Reconnaissant que la Libye n’était pas encore dotée d’institutions, il a affirmé que son pays continuerait à avoir besoin de l’aide internationale pour édifier un État démocratique en Libye.


Après s’être félicité des premières restitutions d’armes, quoique « symboliques et limitées » jusqu’à présent, le Représentant spécial a indiqué que la MANUL continuait de prêter toute l’assistance nécessaire aux autorités libyennes pour sécuriser les stocks d’armements chimiques et de matériaux nucléaires accumulés par le régime du colonel Qadhafi, avec la coopération de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et de l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA).


Le Représentant spécial a cependant indiqué que l’arsenal de systèmes de missiles anti-aériens portables à dos d’homme dont dispose la Libye, « le plus important au monde en dehors des pays qui les fabriquent », a été largement pillé, comme par ailleurs les stocks de munitions et de mines en tout genre.  La prolifération d’armes au-delà des frontières libyennes demeure une source de préoccupation majeure pour les pays voisins, a relevé M. Martin.


Il a ensuite indiqué qu’à moins de six semaines de l’expiration du mandat de la MANUL, il était temps pour le Conseil de sécurité d’engager des discussions sur le rôle à long terme de la Mission, ne serait-ce que pour lui donner le temps nécessaire de faire rapport sur l’évolution de la situation dans les mois à venir.


Le représentant du CNT, qui a reconnu les « difficultés » de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye, a assuré que les tâches de la MANUL seront facilitées lorsque le nouveau Gouvernement libyen sera nommé dans les 30 prochains jours.  Nous avons besoin des Nations Unies au stade délicat où se trouve actuellement la Libye, a-t-il déclaré, avant d’affirmer à nouveau que le CNT informerait bientôt le Conseil de sécurité de sa décision concernant la mise en œuvre de la résolution 1973.


Évoquant la zone d’interdiction de survol du territoire libyen, le représentant du CNT a tenu à rappeler que le peuple libyen « rejetait toute ingérence dans la souveraineté du pays », la présence d’éléments étrangers sur le territoire national constituant une dérogation au principe de souveraineté nationale.  Le Conseil national de transition souhaite, a-t-il indiqué, qu’il soit mis fin à l’interdiction de survol de la Libye et aux dispositions de la résolution 1973 (2011).


À cette fin, la date envisagée du 31 octobre est logique, a estimé M. Dabbashi, tout en suggérant qu’il était néanmoins préférable d’attendre que le CNT se prononce, prochainement, sur cette question.  La réorganisation des forces libyennes a connu des retards, alors qu’elles sont les « seules à même d’assurer la sécurité du peuple libyen », a-t-il fait remarquer, avant d’inviter à ne pas agir avec précipitation, et de tenir compte des besoins actuels et futurs de la Libye.


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