14/04/2011
Conseil de sécurité
CS/10226

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Conseil de sécurité

6514e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: « IL FAUT RENFORCER LA PRÉVENTION CONTRE LE CRIME IRRÉPARABLE

QU’EST LA VIOLENCE SEXUELLE », PRÉCONISE MME MARGOT WALLSTRÖM


La Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits s’est émue, ce matin, du fait que les récentes résolutions adoptées pour instaurer des sanctions contre la Libye ne comportent aucune mention du risque que fait courir la violence sexuelle dans ce genre de situation.  Mme Margot Wallström a également évoqué la situation en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo (RDC), soulignant la nécessité de ne plus se contenter de réagir aux actes de violence sexuelle après qu’ils aient été commis, mais d’en prévenir l’apparition.  Sur ce point, elle a demandé la pleine application de la résolution 1960 (2010) du Conseil de sécurité, qui réaffirme que la violence sexuelle utilisée comme tactique ou arme de guerre peut exacerber les conflits armés et compromettre le rétablissement de la paix et de la sécurité internationales.


Devant les membres du Conseil de sécurité, réunis pour examiner la question: « Les femmes et la paix et la sécurité », Mme Wallström a ainsi déploré que la résolution 1970 (2011), dans laquelle le Conseil s’inquiète de violations graves des droits de l’homme en Libye, ait échoué à brandir le « drapeau rouge » contre la violence sexuelle.  La Représentante spéciale a ajouté que la violence sexuelle en Libye s’était exacerbée, malgré l’action robuste prise par la communauté internationale pour assurer la protection des civils.  À cet égard, elle a évoqué le cas d’Eman al Obeidi, cette jeune femme qui a dénoncé les abus sexuels commis contre elle par des combattants loyaux au régime et « qui a attiré l’attention du monde entier ».  Mme Wallström a également attiré l’attention du Conseil sur les allégations de violences sexuelles qui auraient eu lieu dans les camps de transit situés à la frontière entre la Tunisie et la Libye, accusations relayées par les témoignages du personnel médical et des médias. 


« Lorsqu’une situation politique ou en matière de sécurité se dégrade, la violence sexuelle devient souvent un moyen de répression », a ensuite constaté Margot Wallström.  Affirmant que l’inclusion de la question de la violence sexuelle dans le mandat des opérations de maintien de la paix a envoyé un signal fort aux perpétrateurs potentiels de ce genre d’actes, elle a plaidé pour la pleine application des résolutions pertinentes, notamment les résolutions 1960 et 1820.  « Les femmes de Côte d’Ivoire, de Libye et de la République démocratique du Congo (RDC) espèrent que ces résolutions thématiques sont un prélude au lancement d’actions nationales concrètes », a-t-elle noté. 


Concernant la Côte d’Ivoire, Mme Wallström a salué le fait que la résolution 1975, du 30 mars dernier, imposant des sanctions ciblées pour mettre fin aux violences, mentionne le fléau de la violence sexuelle dans les situations de conflit.  Notant que des rapports font état de cas choquants de violence sexuelle survenus durant toute la période postélectorale en Côte d’Ivoire, elle a rapproché ces incidents de ceux perpétrés au Kenya et en Guinée-Conakry, où les agressions sexuelles furent utilisées, selon elle, à des fins politiques.  « Ces incidents exigent des enquêtes approfondies, et ils devraient être pris en compte lorsque le Conseil de sécurité réexaminera le mandat de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) », a dit la Représentante spéciale.  « J’exhorte le Conseil à s’assurer que tout accord de cessez-le-feu en Libye ou en Côte d’Ivoire prévoit un arrêt de l’usage des violences sexuelles comme tactique de guerre », a-t-elle ajouté.


« Presque quotidiennement sont rapportés des cas de violence sexuelle contre des communautés vulnérables en RDC », a poursuivi Margot Wallström.  Indiquant qu’entre le 31 décembre 2010 et le 1er janvier 2011, 47 femmes ont été violées dans deux villages de l’est de ce pays, elle a expliqué que les auteurs présumés de ces crimes étaient des soldats participant à une opération conjointe de la MONUSCO et des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). 


Elle a fait observer que le Gouvernement de la RDC avait démontré la volonté politique nécessaire pour permettre le jugement d’autres officiers des FARDC, qui étaient impliqués dans des viols survenus, en décembre dernier, dans le territoire de Fizi.  « Les coupables ont été condamnés à des peines allant de 10 à 30 ans de prison », a-t-elle noté, qualifiant « d’exemplaire » le traitement de cette affaire. 


Après s’être félicitée du renforcement des opérations de protection menées par la MONUSCO, grâce notamment à la mise en place de la Communauté d’alerteen réseau, Mme Wallström est revenue sur une visite qu’elle a effectuée en mars à la frontière entre la RDC et l’Angola, une zone où des violences sexuelles ont été perpétrées contre des femmes et des filles congolaises vivant en Angola avant d’en être expulsées.  Elle a expliqué qu’à l’issue d’une récente rencontre avec les autorités angolaises, le Gouvernement de l’Angola et l’ONU avaient publié un communiqué conjoint prévoyant des mesures de prévention.  « Sur un plan pratique, il est essentiel que la Commission mixte Angola-RDC fonctionne aux niveaux national et provincial et se préoccupe prioritairement de la vulnérabilité des femmes et des filles ».  « L’échange régulier d’informations et la coordination entre la présence onusienne en Angola et en RDC sont impératives », a-t-elle préconisé. 


Pour Mme Wallström, l’approche préventive énoncée dans la résolution 1960 est la bonne et doit s’appuyer sur la mise en place de solutions pratiques.  Elle a justifié son argument en attirant l’attention sur la dimension régionale du problème, qui implique d’après elle une coopération accrue entre le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Conseil de sécurité de l’ONU.  La Représentante spéciale a ainsi estimé qu’un effort conjoint supplémentaire doit être fourni en matière de formation des Casques bleus, et qu’il est essentiel que les questions de violence sexuelle soit reflétées dans tous les processus de médiation et de résolution des conflits de l’Union africaine.  Allant plus loin, Margot Wallström a jugé que ladite question doit figurer à l’ordre du jour des réunions futures de l’Union africaine et du Conseil. 


« L’Équipe d’experts en matière d’état de droit doit être déployée à la fin du mois au Libéria pour y appuyer le tribunal établi spécifiquement pour traiter des affaires de violence sexuelle », a annoncé la Représentante spéciale.  «  Elle se rendra ensuite en mai dans les provinces des deux Kivus, du Nord et du Sud, pour aider au renforcement des capacités des enquêteurs et des juges, avant d’être déployés au Sud-Soudan, où elle contribuera au développement des nouveaux cadres juridiques », a par ailleurs annoncé Mme Wallström. 


Concluant son intervention, Margot Wallström a répété que si la violence sexuelle est un crime irréparable, les efforts destinés à en prévenir la perpétration et à le juger peuvent et doivent être renforcés.  « À cet égard, la résolution 1960 représente, pour de nombreuses femmes, un message d’espoir », a-t-elle souligné.


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