13/04/2011
Conseil de sécurité
CS/10223

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Conseil de sécurité

6513e séance – matin


LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DE L’ONU EN CÔTE D’IVOIRE INSISTE SUR L’URGENCE D’ASSURER

LA PROTECTION DES CIVILS ET LA RECONSTRUCTION NATIONALE DU PAYS


Le représentant de la Côte d’Ivoire déclare que relever les défis qui

se posent à son pays nécessite le maintien de « la précieuse assistance » de l’ONU


En soulignant que l’arrestation, le 11 avril, de l’ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo avait marqué « la fin d’un chapitre de l’histoire de la Côte d’Ivoire », le Représentant spécial du Secrétaire général en Côte d’Ivoire, M. Choi Young-Jin, a présenté, ce matin, devant le Conseil de sécurité, les défis urgents liés à la protection de la population civile et à la reconstruction nationale.  « Ce sera aux Ivoiriens eux-mêmes de forger leur destin », a lancé M. Choi, se déclarant « optimiste » à cet égard.


De son côté, le Représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des Nations Unies, M. Youssoufou Bamba, a souligné que le pays continuerait de « compter sur l’assistance précieuse de l’ONU », et a envisagé, à terme, l’éventualité d’une « mutation » du mandat de l’ONUCI, qui irait de sa dimension de « maintien de la paix » en un rôle de « consolidation de la paix ».


La Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, Mme Valerie Amos, a, quant à elle, demandé au Président ivoirien Alassane Ouattara de prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection de tous les civils, tandis que pour la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, la paix ne sera réalisée que lorsque le cycle de l’impunité sera brisé.


S’exprimant d’Abidjan par vidéoconférence, M. Choi, qui dirige l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), a déclaré que « l’une des élections les plus ouvertes, les plus justes et les plus transparentes au monde, qui s’est déroulée le 28 novembre 2010, avait été remise en question par la cupidité du Président sortant Laurent Gbagbo ».  « Une crise postélectorale totalement inutile a suivi et a duré plus de quatre mois », a indiqué M. Choi.  Maintenant, depuis l’arrestation de M. Gbagbo le 11 avril par les forces de M. Alassane Ouattara, « nous sommes les témoins de la fin d’un chapitre de l’histoire de la Côte d’Ivoire », a-t-il dit. 


Bien qu’une intervention internationale massive ait été rendue nécessaire, « la crise ivoirienne a été traitée principalement par les Ivoiriens eux-mêmes », a estimé M. Choi.  La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations Unies ont fourni le « cadre nécessaire par lequel les Ivoiriens ont fait face à leur propre destin », a-t-il poursuivi. 


L’épilogue du lundi 11 avril constitue ainsi, selon le Représentant spécial du Secrétaire général en Côte d’Ivoire, « la réussite d’un peuple gérant son destin avec le soutien de la communauté internationale ».  « Le crédit en revient aux Ivoiriens eux-mêmes », a-t-il insisté, jugeant que les « Ivoiriens étaient  parvenus, grâce à leurs propres efforts, à faire largement prévaloir la volonté du peuple exprimée lors du scrutin présidentiel ». 


Le 11 avril, a poursuivi Choi Young-Jin, aura marqué la fin d’une « perversion démagogique » et « orwellienne » d’un régime qui a essayé de s’accrocher au pouvoir par des moyens militaires en entraînant de graves souffrances et des dommages à la Côte d’Ivoire.


Devant les membres du Conseil de sécurité, qui étaient saisis du rapport du Secrétaire général sur l’ONUCI, M. Choi a rendu hommage à la force française Licorne pour sa « coopération efficace ». 


Pour le Chef de l’ONUCI, quatre principaux défis se posent désormais à la Côte d’Ivoire qui nécessitent l’« attention urgente de l’Administration du Président Ouattara, avec l’appui de la communauté internationale », et qui sont liés à la protection de la population civile et à la reconstruction nationale. 


Il s’agit, a dit le Représentant spécial, de la restauration de la paix et de l’état de droit dans tout le pays, en particulier à Abidjan; de la prévention de nouvelles violations des droits de l’homme et de la fourniture d’une assistance humanitaire, surtout dans l’ouest du pays; de la réconciliation nationale; et, sans doute le plus important pour le peuple ivoirien, de la reconstruction nationale, en particulier avec la promotion de l’éducation, la création d’emplois pour les jeunes, le règlement des questions relatives à la propriété foncière, l’élimination de la pauvreté et le développement économique.


Le Représentant spécial a préconisé que quatre mesures concrètes soient prises: l’entrée en fonctions du Président Ouattara et l’achèvement de la composition de son gouvernement, sachant que, pendant la crise, il n’a pu nommer que 13 ministres sur les 30 prévus; la mise en œuvre des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) et de réforme du secteur de la sécurité; la réunification de la Côte d’Ivoire, y compris l’extension de l’autorité de l’État à la partie nord du pays; la restauration de la trésorerie nationale; et l’organisation d’élections législatives qui pourraient marquer la fin de la crise avec la mise en place d’un parlement démocratique.


L’ONUCI, a assuré M. Choi, fera « tout son possible » pour apporter son appui et son assistance aux autorités et au peuple ivoiriens.  Il a indiqué que la Mission de l’ONU s’attachait actuellement à établir un environnement sûr et à prévenir un vide sécuritaire, à collecter les armes et à désarmer les membres des anciennes forces armées nationales qui se sont rendus, ainsi que ceux des forces irrégulières.


De même, l’ONUCI s’efforce-t-elle d’assurer la sécurité des installations stratégiques essentielles, comme les ports, les ponts, l’aéroport d’Abidjan, la résidence et le palais présidentiels.  L’ONUCI s’emploie aussi à protéger les civils, y compris l’entourage de M. Gbagbo, contre des représailles, et elle continue de recenser les violations des droits de l’homme et à faciliter l’assistance humanitaire. 


Le représentant de la Côte d’Ivoire, M. Youssoufou Bamba, a estimé de son côté que la crise postélectorale ivoirienne, « provoquée par le refus de l’ancien Président Laurent Gbagbo d’accepter le verdict des urnes », avait « atteint une étape cruciale par l’arrestation de ce dernier par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire », le 11 avril.


Le représentant, qui a notamment remercié le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, « pour son leadership et son engagement décisif qui ont permis de sauver un nombre incalculable de vies humaines en proie à la folie meurtrière de l’ancien Président », a souligné que « plusieurs tâches et non des moindres » attendaient le Chef de l’État, M. Alassane Ouattara.


M. Bamba a ainsi indiqué que le Président Ouattara avait donné les « instructions nécessaires » en vue de « restaurer l’ordre public et la sécurité ».  De même, un « appel général » à déposer les armes a été lancé « concernant toutes les personnes qui ne sont pas des forces régulières ».  « Tous les généraux et commandants des différentes unités ont proclamé officiellement la fin de l’état de belligérance », a-t-il déclaré.


S’agissant de la situation humanitaire, certaines personnes déplacées commencent à revenir chez elles, tandis que le rétablissement des fournitures d’eau et d’électricité « va aller se renforçant » et que la réouverture des ports d’Abidjan et de San Pedro et de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan « permet l’acheminement massif de toute l’assistance humanitaire requise », a assuré M. Bamba.


En ce qui concerne la situation des droits de l’homme, Youssoufou Bamba a déclaré que « c’est au nom de la protection des populations civiles que les Forces républicaines de Côte d’Ivoire ont déclenché leur offensive qui a abouti à l’arrestation de M. Gbagbo.  Les populations civiles étaient massacrées partout en Côte d’Ivoire par les milices, mercenaires et forces loyales à M. Gbagbo au motif d’imposer le règne de celui-ci par la terreur ».  Cette situation était préoccupante dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, notamment à Duékoué, Guiglo, Bloléquin et Bangolo du fait de la présence de mercenaires qui ont perpétré des massacres à grande échelle contre les populations « allogènes », a affirmé le représentant.  Ces groupes armés, a-t-il précisé, « ont été combattus avec succès » par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), qui ont sauvé « beaucoup de vies humaines ». 


Néanmoins, M. Bamba a exprimé sa « profonde préoccupation » face à des « allégations de graves violations des droits de l’homme » signalées dans l’ouest du pays « mettant notamment en cause une implication des FRCI ».  Il a souhaité que toute la lumière soit faite sur ces faits « dans le cadre des enquêtes, investigations et procédures judiciaires appropriées, y compris internationales ».  « Aucun crime ne saurait demeuré impuni », a-t-il assuré.


M. Bamba a ajouté que le Président Ouattara est le Président de tous les Ivoiriens.  Il a appelé à la mise sur pied « dans les plus brefs délais » d’une Commission « Vérité, Justice et Réconciliation ».  « La tâche de la reconstruction nationale est à ce prix », a observé M. Bamba. 


Il a souligné que son pays continuerait de « compter sur l’assistance précieuse des Nations Unies non seulement dans les tâches immédiates de retour à l’ordre public et de sécurité de l’assistance humanitaire aux réfugiés et personnes déplacées, mais surtout en ce qui concerne les tâches à accomplir à moyen et plus long termes, qui nécessiteront la mutation de l’ONUCI » de sa dimension de maintien de la paix en une dimension mettant l’accent sur la consolidation de la paix.


De son côté, la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, Mme Valerie Amos, a déclaré au cours de cette réunion du Conseil de sécurité qu’en dépit de l’arrestation de Laurent Gbagbo, la situation humanitaire en Côte d’Ivoire demeurait « profondément troublante ».  « Les conséquences de la crise postélectorale ne s’atténueront pas sans un effort durable et significatif de la communauté internationale ». 


Abordant la situation actuelle dans la capitale d’Abidjan, elle a estimé que même si le conflit avait cessé, les violences sporadiques continuaient d’affecter la vie des habitants, de nombreuses familles vivant « terrées dans leur maison, sans nourriture ». 


Mme Amos a ensuite indiqué que, selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), il y aurait près de 130 000 déplacés de l’intérieur à Abidjan, et que ceux ayant fait le choix de rester avaient du mal à trouver de quoi manger et se soigner.  Après avoir souligné que dans le centre et le nord du pays, le HCR devait venir en aide à quelque 800 000 autres déplacés, Mme Amos s’est penchée sur l’action à mener dans le contexte de l’après-Gbagbo: « Dès que la situation en matière de sécurité le permettra, il faudra déployer d’urgence des travailleurs humanitaires supplémentaires dans toutes les zones où les populations sont dans le besoin », a-t-elle préconisé.


« Une Équipe des Nations Unies pour l’évaluation et la coordination en cas de catastrophe vient d’arriver sur place », a-t-elle indiqué, assurant que le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avaient d’ores et déjà intensifié leurs activités à l’intérieur et en dehors d’Abidjan.


Concernant les appels de fonds de l’ONU, Mme Amos a estimé à 300 millions de dollars le montant des ressources à allouer immédiatement pour répondre aux besoins d’urgence.  « À ce jour, seuls 15% de ce montant ont été financés », a-t-elle regretté, affirmant que « l’on ne doit pas laisser tomber le peuple ivoirien et la région ».  Au sujet de la dimension régionale de la crise ivoirienne, Mme Amos a noté que le Libéria avait accueilli à ce jour 130 000 réfugiés, ces derniers vivant « dans un dénuement presque complet ».  « Les autorités libériennes, les agences de l’ONU et les organisations non gouvernementales (ONG) font tout leur possible pour aider les réfugiés et répondre efficacement à cette situation difficile », a-t-elle indiqué.


Enfin, la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence du système des Nations Unies a demandé au Président Ouattara de prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection de tous les civils, quelle que soit leur appartenance politique ou ethnique.  « Il est crucial dans ce contexte d’éviter tout acte de vengeance, de mettre fin à l’impunité et d’axer les efforts gouvernementaux sur la réconciliation et la cohésion sociale », a-t-elle insisté.


« La réconciliation ne pourra pas être réalisée sans responsabilité, un élément qui a fait défaut en Côte d’Ivoire au cours de la dernière décennie », a renchéri la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, au cours de son intervention devant le Conseil.  « Pour réaliser la paix, le cycle de l’impunité doit être brisé, les auteurs de crime traduits en justice, et les victimes réhabilitées dans leurs droits et leur dignité », a-t-elle souligné. 


S’attardant sur les violences commises dans l’ouest du pays, Mme Pillay a affirmé que selon les informations disponibles, la localité de Duékoué avait été le théâtre de massacres à grande échelle depuis la mi-mars.  Vingt-huit mille personnes originaires de Duékoué ont dû quitter la localité.  Selon Human Rights Watch, 255 personnes ont été massacrées à Duékoué, plus de 100 à Guiglo, 79 à Bloléquin et une centaine à Bangolo, a indiqué Mme Pillay.  Dans le quartier de carrefour, à Duékoué, où vivaient des populations d’ethnie Guéré essentiellement loyales à Gbagbo, 299 cadavres, pour la plupart des civils et jeunes de sexe masculin, ont été découverts.


Mme Pillay a noté qu’au moment des faits, la zone, confrontée à des disputes foncières, était l’un des fiefs les plus loyaux à Laurent Gbagbo et qu’après sa prise, les forces pro-Ouattara ont progressé vers le Sud, en direction d’Abidjan.  « Des meurtres et des actes de vengeance ont été signalés des deux côtés, impliquant parfois la population locale », a-t-elle fait observer. 


La Haut-Commissaire a ensuite expliqué qu’alors que le Président Ouattara était sur le point d’exercer effectivement le pouvoir, il était de la plus haute importance qu’il prenne les mesures requises pour empêcher tout vide sécuritaire et toute spirale de la vengeance.


Saluant l’intention du Président ivoirien de créer une Commission « Vérité, Justice et Réconciliation » et de juger les auteurs de crimes, Mme Pillay a indiqué que le Haut-Commissariat aux droits de l’homme était prêt à aider M. Ouattara et son gouvernement à développer une stratégie de justice transitionnelle. 


LA SITUATION EN CÔTE D’IVOIRE


Vingt-septième rapport du Secrétaire général sur l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (S/2011/211)


Dans ce rapport, soumis en application de la résolution 1962 (2010) du Conseil de sécurité, et par laquelle celui-ci a prorogé le mandat de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) jusqu’au 30 juin 2011, M. Ban Ki-moon rappelle, notamment, que le mandat de certification des élections présidentielles d’octobre et de novembre derniers en Côte d’Ivoire avait été mis en place « de leur plein gré » par les Ivoiriens eux-mêmes, à titre de précaution supplémentaire garantissant la crédibilité du scrutin.


« Mon Représentant spécial avait validé les résultats du premier tour de l’élection présidentielle et d’autres étapes importantes du processus selon la même procédure reconnue par toutes les parties », souligne le Secrétaire général, estimant qu’à la lumière des événements qui ont suivi, « ce mandat de certification s’est avéré un outil essentiel pour garantir la crédibilité de l’élection présidentielle ivoirienne et protéger la volonté démocratique du peuple ivoirien ».


Le Secrétaire général note en outre que l’ONUCI enquête sur les violations des droits de l’homme pour combattre l’impunité.  « Je salue le travail des organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme qui établissent elles aussi des dossiers sur ces violations », indique Ban Ki-moon, tout en se félicitant également de la mise en place de la Commission d’enquête créée par le Conseil des droits de l’homme pour enquêter sur les allégations de violations graves des droits de l’homme, identifier les auteurs de ces actes et les amener devant la justice.  « J’exhorte également le Conseil de sécurité et toute la communauté des défenseurs des droits de l’homme à prendre des mesures énergiques pour mettre fin à l’impunité en Côte d’Ivoire », ajoute le Secrétaire général. 


Par ailleurs, le Secrétaire général s’inquiète de la « terrible situation humanitaire » qui prévaut en Côte d’Ivoire et qui, selon lui, risque d’aggraver encore les problèmes non seulement dans le pays, mais aussi dans toute la sous-région, et en particulier au Libéria voisin.  « Je tiens à signaler que toutes les parties doivent autoriser l’accès libre et sans entrave des acteurs humanitaires aux populations dans le besoin et j’en appelle aux donateurs pour qu’ils répondent par des contributions à l’appel éclair lancé pour la Côte d’Ivoire et le Libéria », demande le Secrétaire général dans ce rapport.


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