10/10/2011
Assemblée générale
AG/SHC/4008

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Troisième Commission

9e et 10e séances - matin et après-midi


ONU-FEMMES EST « SÉRIEUSEMENT SOUS-FINANCÉE », AFFIRME LA DIRECTRICE EXÉCUTIVE ADJOINTE DE L’ENTITÉ DEVANT LA TROISIÈME COMMISSION


La Troisième Commission a entamé

trois jours de débat sur la promotion de la femme


À peine une année après son inauguration, l’Entité pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU-Femmes) demeure « sérieusement sous-financée », a déploré, aujourd’hui, devant la Troisième Commission, chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles, sa Directrice exécutive adjointe, Mme Lakshmi Puri, évoquant une « période économique et financière incertaine et difficile ».


Mme Puri, qui intervenait au tout début du débat que la Troisième Commission doit consacrer pendant trois jours à la promotion de la femme, a ainsi lancé un appel urgent à contribution aux États Membres et autres parties prenantes pour soutenir l’Entité dirigée par l’ancienne Présidente du Chili, Mme Michelle Bachelet.


Outre Mme Puri, la Troisième Commission a eu aujourd’hui des dialogues avec la Rapporteure spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, Mme Rashida Manjoo, et la Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, Mme Silvia Pimentel, qui présentaient les rapports du Secrétaire général dans leurs domaines de compétence,.


Les trois intervenantes se sont félicitées du fait que le débat général de l’Assemblée générale fût le premier dans l’histoire de l’Organisation ouvert par une femme, la Présidente du Brésil Dilma Rousseff.  Les nombreux engagements en faveur de l’égalité des sexes et du développement des femmes devaient être suivis d’un appui financier à la hauteur de l’ampleur de la tâche qu’il reste à accomplir aux niveaux national, régional et mondial, ont-elles néanmoins souligné.


Elles se sont également réjouies que le prix Nobel de la paix 2011 eût été décerné, vendredi, à trois femmes, les Libériennes Ellen Johnson Sirleaf et Leymah Gbowee, et la Yéménite Tawakkul Karman, pour leur lutte non violente en faveur de la sécurité et des droits des femmes à la pleine participation dans le travail de construction de la paix.


Pour sa part, Mme Pimentel a indiqué qu’après l’adhésion de Nauru, le 23 juin 2011, 187 États avaient ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ou y avaient adhéré.  De ce fait, cet instrument ne nécessiterait plus que sept nouvelles ratifications pour devenir universel.


En outre, le Protocole facultatif se rapportant à cette Convention, entré en vigueur le 22 décembre 2000, a été ratifié par 102 États parties, depuis que le Cambodge, le Ghana et les Seychelles sont devenus parties.


Au cours du débat général, l’Argentine, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a, au vu du marasme financier et économique mondial actuel, exhorté au respect des engagements sur l’allégement de la dette, à l’accès aux marchés et au renforcement des capacités des pays en développement et les moins avancés, notamment dans le domaine de l’éducation des femmes.  


Le Chili, au nom du Groupe de Rio, a exprimé le vœu que l’incorporation dans ONU-Femmes du mandat de l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme (INSTRAW), le rende plus efficace, et que les programmes de formation dont l’Institut était chargé se poursuivent depuis son siège en République dominicaine.


Le Liechtenstein et le Sénégal, en particulier, ont regretté que, près de 11 ans après l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 1325 (2000), la problématique des femmes n’ait reçu que peu d’attention dans les processus de résolution des conflits. 


La Suisse, quant à elle, qui a adopté à la mi-septembre une norme pénale qui reconnaît les mutilations génitales féminines comme un crime, a proposé l’établissement de normes visant la prévention et l’abolition des mutilations génitales féminines.


La Troisième Commission poursuivra son débat général sur la promotion de la femme demain, à partir de 10 heures.


PROMOTION DE LA FEMME


--    Promotion de la femme (A/66/38, A/66/99, A/66/181, A/66/212 et A/66/215)


--    Suite donnée aux textes issus de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes et de la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale (A/66/211)


Déclaration liminaire, suivie d’une séance de questions


Mme LAKSHMI PURI, Sous-Secrétaire générale chargée de l’appui intergouvernemental et des partenariats stratégiques et Directrice exécutive adjointe de l’Entité pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU-Femmes), a présenté les rapports soumis par l’Entité depuis sa création l’année dernière ainsi que le travail effectué depuis la nomination de Mme Michelle Bachelet à sa tête.  Elle a rappelé que cette année marquait la commémoration de la Conférence des Nations Unies sur les femmes tenue à Beijing en 1995, et de l’adoption de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  En outre, a-t-elle dit, la Déclaration ministérielle du Conseil économique et social (ECOSOC) a renforcé l’engagement mondial en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes, tandis que le Secrétaire général a lancé la Stratégie mondiale pour la santé des femmes et des enfants dans le but de sauver des millions de femmes et d’enfants.


D’autre part, le Secrétaire général, en présentant sa vision pour la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, a souligné la nécessité de redoubler d’efforts en vue de la promotion de la femme et de la jeunesse, affirmant qu’il s’agissait de l’un des cinq impératifs pour façonner le monde de demain.  Elle a estimé que la communauté internationale était sur la bonne voie puisque l’égalité et l’autonomisation des femmes étaient davantage intégrées dans l’ordre du jour des chefs d’État et de gouvernement, ainsi que l’a démontré le débat général de l’Assemblée générale de cette année, le premier dans l’histoire de l’Organisation à être ouvert par une femme, la Présidente du Brésil, Mme Dilma Rousseff.


Au cours du débat, les chefs d’État ont évoqué le rôle indispensable des femmes en tant qu’acteurs et bénéficiaires du développement et des processus de paix, ainsi que leurs contributions à la prévention et à la résolution des conflits.  Ils ont, en particulier, réaffirmé leur engagement à mettre un terme à la violence à l’égard des femmes et à la protection de leurs droits fondamentaux.  Mme Puri a expliqué que lors des événements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les femmes avaient été très actives dans l’organisation et la revendication des libertés politiques et de la dignité. 


Les femmes de tous les secteurs de la société joignent leurs voix aux appels à la démocratie et œuvrent à la parité dans les parlements et dans toutes les institutions qui façonnent le futur de leurs pays, a-t-elle déclaré.  Mme Puri s’est félicitée du fait que le prix Nobel de la paix 2011 avait été décerné vendredi à Mmes Ellen Johnson Sirleaf, Leymah Gbowee et Tawakkul Karman pour leur lutte non violente en faveur de la sécurité et des droits des femmes à la pleine participation dans le travail de construction de la paix.


Soulignant « l’énorme enthousiasme et l’explosion d’attentes » entourant ONU-Femmes, elle a assuré que l’Entité avait entièrement assumé son rôle de chef de file et œuvrait avec l’ensemble du système de l’ONU, les gouvernements et les partenaires de la société civile dans toutes les régions du monde.  Par ailleurs, l’Entité a consolidé ses structures institutionnelles grâce, notamment, aux décisions prises par l’Assemblée générale et par le Conseil d’administration début janvier 2011 en termes budgétaires.  Les ressources en personnel ont été mises en place au Siège et l’Entité s’emploie actuellement au renforcement de sa présence sur le terrain pour devenir un véritable catalyseur de changement. 


Au niveau économique, ONU-Femmes a organisé avec l’Agence canadienne de développement international (CIDA) une conférence mondiale sur l’autonomisation économique féminine, comme elle a établi des partenariats avec le Programme alimentaire mondial (PAM) en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.  L’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes contribue à plusieurs processus, comme celui des changements climatiques, ainsi qu’aux préparatifs de Rio+20, de sorte à offrir des opportunités à la promotion de l’égalité et de l’autonomisation des femmes.


La Directrice exécutive adjointe a indiqué que deux des rapports, en l’occurrence celui sur l’amélioration de la condition de la femme en milieu rural (A/66/181), et celui sur la violence à l’égard des travailleuses migrantes  (A/66/212), confirmaient que des réponses basées sur des politiques spécifiques et ciblées étaient indispensables si l’on voulait autonomiser ces groupes de femmes par la prévention et l’élimination des discriminations à leur encontre.  Parmi les recommandations en faveur de la promotion des femmes en milieu rural, elle a relevé celle consistant à la mise en place de mesures temporaires spéciales pour permettre la pleine et égale participation des femmes rurales et autochtones aux travaux des organes décisionnels aux niveaux national et local.


Concernant les travailleuses migrantes, Mme Puri a en particulier mis en exergue l’adoption, en juin 2011 à Genève, de la Convention sur les travailleuses et travailleurs domestiques, qui a ajouté un élément majeur au dispositif international des droits de l’homme intéressant la protection des travailleuses migrantes.  Il faut que le droit national du travail protège les travailleuses migrantes, y compris les employées de maison, et prévoie des mécanismes de contrôle et d’inspection forts, conformément aux conventions pertinentes de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et à d’autres instruments, a-t-elle souligné dans les recommandations du Secrétaire général.  De même, la collecte de données, la recherche, l’analyse et la diffusion d’informations sur la violence à l’encontre des travailleuses migrantes s’avèrent chaque fois plus vitales, a-t-elle indiqué.  


« Nous sommes dans une période économique et financière incertaine et difficile et ONU-Femmes est sérieusement sous-financée, à peine une année après son inauguration », a-t-elle dit, en lançant un appel urgent à contribution aux États Membres et autres parties prenantes.


Débat interactif


À l’issue de la déclaration liminaire de Mme Puri, le Kenya est revenu sur la question des fonds et a demandé quelles mesures ONU-Femmes prenait-elle pour s’assurer que les ressources fussent suffisantes afin de s’acquitter de son mandat et en particulier d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).


Mme Puri a souligné l’importance du message concernant les ressources, précisant que Mme Bachelet était, actuellement, en train de lever des fonds pour l’Entité.  Les pourvoyeurs de fonds traditionnels devraient répondre, a-t-elle ajouté, se tournant également vers les pourvoyeurs non traditionnels, tels que les pays émergents, pour qu’ils se joignent à la levée de fonds.  Mme Puri a jugé utile que les pays programmes et en développement mettent sur pied un contexte bilatéral de financement car, a-t-elle dit, les ressources sont absolument nécessaires au niveau pays.         


Exposés et échange de vues


Mme RASHIDA MANJOO, Rapporteure spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, a présenté son premier rapport (A/66/215).


Ce rapport donne un aperçu des activités menées dans le cadre de son mandat, des principales conclusions auxquelles elles ont abouti et des difficultés qui subsistent.  Il présente des recommandations spécifiques pour s’attaquer à la violence contre les femmes selon une approche globale fondée sur l’obligation pour les États de consacrer, protéger et concrétiser les droits fondamentaux des femmes et des filles.


Dans son rapport, Mme Manjoo décrit la prévalence de la violence contre les femmes et en illustre les manifestations dans quatre domaines qui ne sont pas mutuellement exclusifs: violence dans la famille, violence dans la communauté, violence perpétrée ou cautionnée par l’État, violence au niveau transnational.  En droit international des droits de l’homme, a-t-elle rappelé, les États ont l’obligation de prévenir et de poursuivre les actes de violence à l’égard des femmes.  La diligence due englobe donc l’obligation pour les États de prévenir les actes de violence contre les femmes; d’enquêter sur tous les actes et de les réprimer; de protéger les femmes contre ces actes; de prévoir recours et réparation contre les victimes.


Les États devraient veiller à s’attaquer aux causes structurelles qui mènent à la violence contre les femmes, a souligné la Rapporteure spéciale.  Ils devraient étudier les causes profondes et les conséquences de cette violence à tous les niveaux de la société.  Ce faisant, ils devraient aussi prendre en compte les formes multiples que revêt cette violence et les différents types de discrimination auxquels se heurtent les femmes.


Dans son rapport, Mme Manjoo offre une « démarche holistique » et formule quatre recommandations principales.  Premièrement, il faut considérer les droits comme universels, interdépendants et indivisibles.  Deuxièmement, il faut situer la violence dans un continuum de temps et d’espace qui englobe la violence interpersonnelle et structurelle.  Troisièmement, les États doivent reconnaître l’existence d’inégalités structurelles et institutionnelles liées à la discrimination.  Qu’elle soit fondée sur la race, l’ethnicité, l’origine nationale, l’aptitude, la classe socioéconomique, l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle, la religion, la culture, la tradition et d’autres réalités, la discrimination intensifie souvent les actes de violence contre les femmes.  Quatrièmement, il faut analyser les hiérarchies sociales et économiques au sein d’un même sexe et entre les sexes.  « Une approche programmatique qui serait la même pour toutes est insuffisante pour lutter contre la violence sexiste », a-t-elle assuré.


Les traités, déclarations et mécanismes des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme fournissent le cadre institutionnel dans lequel les gouvernements, les acteurs non étatiques et les militants locaux peuvent promouvoir une action globale pour recenser, prévenir et finalement éliminer toutes les formes de violence contre les femmes.


Mme Manjoo a ensuite présenté les missions officielles qu’elle a effectuées, entre octobre 2010 et janvier 2011 dans les pays suivants: Algérie, Zambie, États-Unis.  Elle a également indiqué qu’elle avait contribué au troisième rapport conjoint des sept experts des Nations Unies sur la situation en République démocratique du Congo (RDC).  Elle a exprimé son inquiétude devant les violations généralisées des droits fondamentaux des femmes et des filles perpétrées par des acteurs étatiques et non étatiques dans ce pays.


Débat interactif


Le représentant de l’Algérie a indiqué que son pays avait coopéré avec la visite de Mme Manjoo, qui est intervenue trois ans après la visite de son prédécesseur.  Dans le cadre d’un nouvel élan, des mesures ont été prises en consultation avec les représentantes de la société civile pour combattre la violence contre les femmes.  Une loi permettra bientôt de renforcer la participation des femmes dans les assemblées élues.  Rappelant que la violence contre les femmes algériennes ces 10 dernières années avait été combattue, le représentant a déploré que la Rapporteure spéciale n’ait pas parlé de ce fait.  « Si l’examen des législations est aisé, changer les mentalités et les coutumes discriminatoires est ardu et prend du temps », a-t-il dit.  Il a souhaité que la Rapporteure prenne ce fait en compte dans son mandat et fasse des recommandations pour changer les mentalités.


Le représentant de la Zambie s’est dit préoccupé par la partie du rapport consacrée à la « violence perpétrée ou cautionné par l’État ».  Il a fait observer que ce n’était pas le cas en Zambie, où le Gouvernement a adopté des mesures pour lutter contre ce fléau et sanctionner les auteurs.  Le Code pénal a été amendé et un fonds spécial et un centre ont été mis en place pour fournir des services aux victimes.  En outre, a poursuivi le représentant, le rapport a indiqué que la Zambie aurait torturé des femmes ou infligé des traitements inhumains et dégradants.  « Si des cas ont bien eu lieu, le Gouvernement ne les a pas cautionnés », a-t-il assuré, avant de souhaiter que le rapport reflète un meilleur tableau de la situation sur le terrain.


Saluant le rapport et la démarche globale qu’il prône pour lutter contre la violence contre les femmes, la représentante de l’Australie a estimé qu’il était nécessaire de « redoubler d’efforts afin d’apprendre aux jeunes hommes à changer leur comportement pour qu’il soit moins discriminatoire ».  Par ailleurs, « que pouvons nous faire pour renforcer la protection contre les violences sexuelles dans les conflits armés », a-t-elle demandé.


La représentante des États-Unis a dit que son pays avait adopté des mesures dans le cadre de sa Constitution afin d’appeler l’attention sur les violences à l’égard des femmes.  Octobre est ainsi le « mois de la sensibilisation ».  Remerciant Mme Manjoo de sa visite, elle a assuré que les États-Unis déployaient de grands efforts pour lutter contre ces violences et continuaient d’accorder une attention particulière au sort des femmes déplacées et réfugiées.  Elle a appuyé pleinement le mandat de la Rapporteure spéciale et encouragé tous les États à suivre ses recommandations.


Le représentant du Liechtenstein a demandé à Mme Manjoo comment elle travaillait avec la Représentante spéciale pour les violences dans les conflits et avec ONU-Femmes.  Comment la Troisième Commission peut-elle œuvrer pour mettre un terme aux mariages précoces et forcés?


La représentante du Niger a indiqué qu’elle aurait aimé entendre parler, dans cet exposé, de l’éducation dans le sens d’un changement des mentalités.  « Aujourd’hui, la majorité des femmes analphabètes acceptent la violence dans leur foyer comme quelque chose de naturel », a-t-elle déploré.  Elle a souhaité toutefois que les États s’inspirent de l’exemple du Niger où a été créée une « école des maris » pour discuter des problèmes.


« Que peuvent faire les États pour lutter contre les violences commises dans le domaine privé », a demandé la représentante de l’Union européenne.  Elle a souhaité que la Rapporteure spéciale donne des exemples de bonne pratique ou de diligence requise et parle des remèdes proposés.  Évoquant l’héritage économique et culturel, elle a également souhaité savoir ce qui pouvait être fait pour aider les femmes dans tous les domaines de la société et comment coopérer avec d’autres rapporteurs sur cette question.


La représentante du Cameroun a évoqué les liens entre la violence et la pauvreté.  « L’autonomisation des femmes est un élément primordial de prévention de la violence contre les femmes », a-t-elle fait valoir, en soulignant le droit à la propriété, le droit foncier, le droit à un logement adéquat et le droit à l’enseignement.  Selon elle, « le dialogue sur les causes profondes de la violence ne sera possible que si les femmes s’érigent en interlocutrices ».


Le représentant du Bénin a rappelé que la violence contre les femmes avait une origine économique.  Il a proposé de regarder de très près la source culturelle de la violence.  Il a indiqué que le Parlement béninois avait adopté, la semaine dernière, une loi sur la prévention de la violence contre les femmes, y compris les pratiques traditionnelles qui portent atteinte à l’intégrité des femmes.


La représentante de la Sierra Leone a appelé l’attention des délégués sur la circoncision féminine qui est une forme de violence contre les femmes très répandue dans son pays.  « Que peut faire la Troisième Commission pour appuyer les efforts des États pour éradiquer cette pratique », a-t-elle demandé.


La Rapporteure spéciale sur la violence contre les femmes a commencé par répondre que son rapport avait souligné le rôle de l’histoire en Algérie, notamment la « décennie noire » et l’impact que celle-ci avait eu sur la violence conte les femmes.  Elle a reconnu qu’il est en effet « plus facile de changer les lois que les mentalités ».


Son rapport sur la Zambie parle des violences commises par des agents de l’État, par exemple contre des femmes en détention, a précisé ensuite Mme Manjoo.  En revanche, elle s’est félicitée de la nouvelle loi passée pour l’autonomisation des femmes en Zambie, soulignant que les militantes des droits des femmes comptaient sur cette législation.


Tout comme l’Australie, Mme Manjoo a espéré que le dialogue pour une approche globale serait renforcé entre les États.  Elle a assuré ensuite que la question des mariages forcés et précoces avait été soulevée dans plusieurs missions, notamment au Kirghizistan et qu’elle en avait entendu parler au Kenya et dans d’autres États d’Afrique.


« L’éducation et l’apprentissage de la non-violence sont cruciaux mais si nous ne luttons pas contre les circonstances socioéconomiques et pour l’apprentissage de la non-violence, les défis seront énormes », a-t-elle dit.  Elle a ajouté que la lutte contre l’impunité n’était qu’une étape vers des mesures préventives.


Si la décentralisation des services est fondamentale afin de cibler les plus vulnérables dans les pays, elle ne doit pas s’accompagner d’un manque de ressources ni d’un manque de contrôle, a conclu la Rapporteure spéciale.  À cet égard, elle a salué une évolution récente sur l’élaboration de normes régionales.


Mme SILVIA PIMENTEL, Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, a rappelé que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes s’apprêtait à célébrer, l’année prochaine, son trentième anniversaire.  Elle s’est enorgueillie, en tant que Brésilienne, du fait historique à l’ONU qui a vu la Présidente Dilma Rousseff devenir la première femme à ouvrir un débat général de l’Assemblée générale.  Elle a ensuite rendu hommage à la mémoire de la militante kenyane des droits des femmes et de l’environnement, le prix Nobel de la paix Wangari Muta Maathai, qui a perdu sa bataille contre le cancer.


Présentant le rapport du Secrétaire général sur l’état de la Convention (A/66/99), elle a indiqué qu’après l’adhésion de Nauru, le 23 juin 2011, 187 États avaient ratifié la Convention, ou y avaient adhéré.  Elle a souligné que cette Convention, entrée en vigueur en septembre 1981, nécessiterait sept nouvelles ratifications pour devenir universelle et a exhorté les pays concernés à s’y joindre pour conforter le consensus mondial quant au fait que les droits des femmes sont des droits fondamentaux.


Par ailleurs, le Protocole facultatif se rapportant à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, entré en vigueur le 22 décembre 2000, a été ratifié par 102 États parties, depuis que le Cambodge, le Ghana et les Seychelles sont devenus parties.  En outre, 64 États parties ont déposé auprès du Secrétaire général les instruments d’acceptation de l’amendement au paragraphe 1 de l’article 20 de la Convention concernant la durée des réunions du Comité, alors qu’il en faudrait 125 pour l’entrée en vigueur de cet amendement.


En moyenne, le Comité examine 24 rapports des États parties par an, et il serait dans l’intérêt des États Membres d’allouer un temps supplémentaire aux membres du Comité afin qu’ils puissent rattraper le retard pris dans l’examen des rapports périodiques, a estimé Mme Pimentel.  Celle-ci a aussi affirmé que les financements et les ressources humaines alloués au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, chargé du Secrétariat du Comité, n’étaient tout simplement pas suffisants pour permettre aux organes de traités relatifs aux droits de l’homme de s’acquitter de leurs mandats respectifs.  Dans ce contexte, elle a appelé l’attention de la Troisième Commission sur les recommandations du Secrétaire général contenues dans le rapport sur l’efficacité, l’harmonisation et la réforme du système des organes de traités (A/66/344).


La Présidente du Comité a salué le processus de consultation mis en place par la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, depuis deux années en vue du renforcement de ce système, et dit attendre avec impatience le rapport de cette dernière prévu au cours du premier trimestre de 2012.  Dans le souci de faciliter la compréhension des dispositions de la Convention et de la nature spécifique de la discrimination à l’égard des femmes, le Comité, outre les dialogues constructifs avec les États parties et les observations finales, a également élaboré 28 recommandations générales, dont deux adoptées à sa quarante-septième session. 


L’une concerne les obligations fondamentales qui incombent aux États parties en vertu de l’article 2 de la Convention, et une recommandation générale concernant les femmes âgées et la protection de leurs droits fondamentaux.  La version définitive de la recommandation générale sur les conséquences économiques du mariage et de sa dissolution est en train d’être mise au point.  Le Comité a également décidé, à ses quarante-septième et quarante-huitième sessions, d’élaborer deux recommandations générales, respectivement sur les femmes dans les situations de conflit armé et de postconflit, et sur l’accès à la justice.


Elle a mis l’accent sur la jurisprudence du Comité en vertu du Protocole facultatif en tant que domaine clef émergent. Bien que le nombre de cas décidé ait été modeste, a-t-elle dit, les vues du Comité n’ont pas manqué d’avoir une influence sur la création d’une jurisprudence en matière des droits fondamentaux des femmes.  En effet, la jurisprudence du comité est de plus en plus utilisée dans les tribunaux régionaux des droits de l’homme comme la Cour européenne ou la Cour interaméricaine, s’est-elle félicitée.


En conclusion, le Comité a travaillé avec compétence, dévouement, intégrité et imagination pour assister les États parties à honorer, de jure et de facto, leurs obligations en vertu de la Convention, et à stimuler une réforme juridique et de politique.  Il n’en reste pas moins que le potentiel de la Convention et du Protocole facultatif de provoquer des changements au niveau national n’a pas été pleinement exploité et cela est largement dû à un manque de visibilité, d’accessibilité et de volonté politique, a souligné Mme Pimentel.


Pourtant, l’engagement du Comité, de nombreux États parties et d’organisations de la société civile ont permis à ces deux instruments d’opérer des changements significatifs qui ont modifié la vie de nombreuses femmes et fillettes dans le monde entier.  Elle a vivement salué les États parties qui ont pris des mesures concrètes de mise en application des recommandations du Comité et appelé les autres États à en faire de même.


Débat interactif


Le Costa Rica s’est félicité des excellentes nouvelles qui rapprochent de la ratification universelle de la Convention.  Elle a rappelé que son pays avait présenté, en juin 2011, ses rapports conjoints et s’était engagé à mettre en œuvre les recommandations des membres du Comité, en particulier quant au renforcement institutionnel.


Le Liechtenstein a plaidé en faveur de davantage de ressources pour le Comité.  Elle a souligné que le Comité pourrait faire des rapports quantitatifs et qualitatifs et a demandé si cela pouvait constituer une solution.


La Pologne, au nom de l’Union européenne, a notamment parlé des recommandations conjointes du Comité avec celui chargé des droits de l’enfant, souhaitant savoir si cette coopération serait étendue à d’autres organes de traités.  La Pologne a aussi demandé quelle était la suite donnée aux recommandations faites cette année.


L’Algérie a renouvelé son attachement au travail des organes de traités indispensable dans l’application des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, et à la femme dans ce contexte.  L’Algérie a soumis, en avril 2010, ses deux derniers rapports au Comité, et se prépare à soumettre, en 2012, son prochain rapport dans le cadre des changements opérés dans son pays en matière de droits des femmes. 


La Suède, au nom des pays nordiques, a pleinement appuyé les travaux du Comité.  À l’occasion de l’anniversaire de la Convention et de l’établissement du Comité, elle s’est félicitée des deux recommandations générales récemment adoptées par les membres du Comité.  La déléguée a cependant voulu en savoir davantage sur la coopération avec les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme.  Les pays nordiques saluent aussi les efforts constants du Comité pour accroître l’efficacité de ses travaux et ses modalités de fonctionnement.  Elle a assuré que les pays de la région participeraient à toutes les consultations sur cette question et contribueraient à lever tous les obstacles à la promotion et la protection des femmes.


Le Timor-Leste a souhaité une mise à jour sur la collaboration entre le Comité et ONU-femmes, surtout sur le terrain.


Mme Pimentel a estimé que le défi à relever au sein du CEDAW et de tous les organes conventionnels tenait au coût chaque fois plus élevé.  L’application des lois est la tâche la plus importante, a-t-elle insisté.  Concernant le suivi des recommandations, elle a répondu à l’Union européenne que le Comité pourrait effectuer son évaluation une fois la mise en œuvre effective des recommandations, en particulier la plus récente sur les femmes âgées. 


D’autre part, dans les conclusions finales, le Comité a émis le vœu qu’ONU-Femmes joue un rôle phare dans la diffusion des recommandations.  Dans ce domaine, la coopération avec cette entité est très fructueuse, a précisé la Présidente du Comité, en mettant en exergue le travail d’ores et déjà important accompli par l’entité sur les droits juridiques des femmes.  Mme Pimentel attend des États parties qu’ils mettent en œuvre pleinement la Convention mais également de dire comment ils entendent appliquer la justice à cet égard au niveau national.  Le Comité se félicite de ses méthodes de travail et de ses procédures de suivi, a-t-elle ajouté.  .


De son côté, Mme Puri a indiqué qu’ONU-Femmes collaborait activement avec les États parties pour faciliter le travail du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.  


Débat général


M. MARCELO C. CESA (Argentine), s’exprimant au nom du Groupe des 77 et la Chine, a déploré la persistance des discriminations touchant les femmes, malgré le renforcement du cadre légal international sur la promotion des droits des femmes avec l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing.  Il a également souligné les conséquences que pouvaient avoir sur les femmes et les enfants les nouvelles menaces que constituent la crise économique mondiale et l’insécurité alimentaire. 


M. Cesa s’est dit convaincu que la pleine participation des femmes dans toutes les sphères de la société, y compris l’accès à l’exercice du pouvoir, était fondamentale pour la réalisation de l’égalité, du développement et de la paix.  Il a ensuite appelé de ses vœux une intégration accrue de la dimension du genre dans les politiques de développement des États Membres, avant de souligner la nécessité d’une coopération internationale renforcée pour parvenir à l’égalité de genre.  Les engagements sur l’allégement de la dette, l’accès aux marchés et le renforcement des capacités, notamment dans le domaine de l’éducation des femmes, devront être tenus, a-t-il poursuivi.  En conclusion, il a réaffirmé la volonté du Groupe des 77 et de la Chine d’œuvrer à la pleine application de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing.


Mme SOFIA MNYAMBI SIMBA, Ministre du développement communautaire, du genre et de l’enfance de la République-Unie de Tanzanie, intervenant au nom de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), a indiqué que les membres de la SADC avaient adopté le Protocole sur le genre et le développement, qu’ils s’attachaient à mettre en œuvre le Programme d’action de Beijing et qu’ils avaient chacun mis sur pied un plan national d’action pour lutter contre la violence faite aux femmes.  Elle a également évoqué la stratégie de la SADC pour lutter contre la violence sexuelle faite aux femmes et aux fillettes, notamment dans les situations de conflit et postconflit, ainsi qu’une initiative qui vise à faciliter la participation des femmes au commerce. 


Mme Simba a cependant souligné que, malgré les progrès réalisés, d’importants défis demeuraient dans la mise en œuvre, en raison de contradictions entre le droit coutumier, les législations nationales et les engagements internationaux.  Elle a également fait état du manque de représentation des femmes et le taux important d’analphabétisme et de pauvreté chez les femmes et les fillettes de sa région. 


Notant que la majorité des femmes des pays membres de la SADC vivaient dans des zones rurales, la Ministre a souligné que l’autonomisation des femmes ne pourrait être réalisée à moins d’améliorer la situation des femmes vivant en zone rurale.  Elle s’est ainsi félicitée de la décision prise par la Commission de la condition de la femme de faire de l’autonomisation des femmes rurales son thème prioritaire pour 2012.  Mme Simba a par ailleurs estimé qu’ONU-Femmes devait avoir une importante présence sur le terrain afin de compléter les efforts des gouvernements nationaux et des unités régionales consacrées à la question du genre.


M. GEORGE WILFRED TALBOT (Guyana), s’exprimant au nom des États membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), a, au regard notamment des conclusions des récents rapports du Secrétaire général, salué les progrès enregistrés à travers le monde, en ce qui concerne l’égalité des sexes, rappelant néanmoins, que les défis demeuraient considérables.  Énumérant les observations contenues dans le rapport 2012 de la Banque mondiale sur l’égalité des sexes et le développement, il a noté que l’étude fournissait une palette d’informations utiles, exigeant de la part de la communauté internationale une plus grande attention.  


« Les femmes représentent 40% de la population active dans le monde mais détiennent seulement 1% de la richesse mondiale », a fait remarquer le représentant.  La CARICOM, a-t-il dit, place au centre de ses priorités la promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, car selon lui, « les femmes peuvent participer pleinement et au même titre que les hommes, à tous les processus affectant leurs vies, si la justice, la paix et le développement se concrétisent ».


M. NUR JAZLAN MOHAMED (Malaisie), au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), a rappelé que la coopération entre les membres de l’ANASE sur la question des femmes était guidée par deux documents, le Plan de travail 2005-2010 pour l’avancement des femmes et l’égalité entre les sexes, et le Plan de travail 2006-2010 pour la mise en œuvre de la Déclaration sur l’élimination de la violence contre les femmes.  En outre, des liens étroits entre le gouvernement et les organisations non gouvernementales sont entretenus, notamment à travers le Comité pour les femmes de l’ANASE qui organise ateliers régionaux, séminaires, séances de formation et consultations.


Le représentant a souligné que l’ensemble des textes adoptés lors de réunions de l’ANASE sur la question des femmes avait pour but de lancer des actions concrètes et productives centrées sur les populations.  C’est dans cette même perspective que la Commission de l’ANASE pour la promotion et la protection des droits des femmes et des enfants (ACWC) a été inaugurée au Viet Nam le 7 avril 2010.  Dans sa défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales des femmes et des enfants, cette dernière prend en considération les différences historiques, politiques, socioculturelles, religieuses et économiques de la région, ainsi que l’équilibre entre les droits et les responsabilités des individus, a expliqué M. Mohamed.


Intervenant au nom du Groupe de Rio, M. OCTAVIO ERRÁZURIZ (Chili) a déclaré que la promotion de l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes étaient des éléments clefs du développement économique et social.  Il a précisé que les États membres du Groupe de Rio avaient amélioré leurs cadres juridiques et réglementaires par le biais de lois sur l’égalité entre les sexes, dans le but d’éliminer toute discrimination à l’égard des femmes.  Il s’est félicité de l’adoption par l’Assemblée générale de la résolution 64/289 établissant, en janvier 2011, l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU-Femmes).  Il a dit l’appui du Groupe de Rio au plan stratégique d’ONU-Femmes 2011-2013 présenté au mois de juin 2011, en souhaitant que toute méthodologie adoptée par le conseil d’administration puisse inclure des indicateurs spécifiques en matière de promotion et d’autonomisation des femmes.  Il a espéré que l’incorporation du mandat de l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme (INSTRAW), maintenant intégré à ONU-Femmes, serait plus efficace.  Il a également souhaité que les programmes de formation puissent se poursuivre depuis les locaux existants en République dominicaine. 


Par ailleurs, le représentant s’est félicité de l’intérêt croissant des sociétés pour le statut de la femme et en particulier pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et de la traite des femmes et des filles.  Il s’est inquiété de la féminisation de la pauvreté et du VIH/sida, ainsi que de la situation des femmes migrantes, rurales ou autochtones, avant d’appeler à promouvoir l’accès au soin pour les femmes, notamment la santé reproductive.  Il a estimé que l’adoption du Consensus de Brasilia, en juillet 2010, lors de la onzième Conférence régionale sur les femmes en Amérique latine et aux Caraïbes, à l’initiative de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), fournissait un cadre exhaustif pour promouvoir les efforts de promotion de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes.  Il a aussi mis l’accent sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes en saluant la campagne 2008-2015 lancée par le Secrétaire général sur le thème « Unis pour mettre fin à la violence contre les femmes ».  Il a souligné la nécessité de promouvoir l’autonomisation économique des femmes et leur capacité à générer des revenus.  Dans le contexte de la Journée internationale de la femme rurale, célébrée le 15 octobre, M. Octavio Errázuriz a dit l’importance d’éliminer toutes les barrières à l’autonomisation des femmes rurales. 


M. ABDULRAHMAN YAAQOB Y.A. AL-HAMADI(Qatar), au nom du Groupe arabe, a souligné son engagement à la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, et a estimé qu’il fallait redoubler d’efforts dans la recherche de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes.  Il est intolérable, a-t-il dit, que la moitié de la population mondiale ne soit toujours pas pleinement intégrée en tant que partie prenante de plein droit dans le développement.  Comment, s’est-il interrogé, peut-on escompter la réalisation de tous les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) si les femmes ne jouissent pas de leurs droits fondamentaux et de toutes leurs libertés?  Les États arabes sont enclins à adopter des politiques et stratégies de protection des femmes contre la violence sous toutes ses formes, a-t-il expliqué.  Ils œuvrent également à la lutte contre les stéréotypes et pratiques préjudiciables aux femmes et aux fillettes.


Au cours des dernières années, les femmes arabes ont fortement participé à la vie politique et certaines occupent actuellement des postes de ministres.  Le représentant a déploré que la femme arabe demeure prisonnière d’une image de soumission à l’homme, dans la vision occidentale du moins, a-t-il dit.  Ces stéréotypes ont été mis à mal par le rôle déterminant que les femmes ont joué dans les derniers événements qui ont marqué plusieurs pays de la région arabe, a-t-il ajouté.  Ce fait indéniable a d’ailleurs été reconnu par l’octroi du prix Nobel de la paix à une journaliste et militante yéménite des droits de la femme.  Le délégué a, d’autre part, mis l’accent sur la condition des femmes dans les territoires arabes occupés et prôné leur participation dans toutes les phases du processus de paix et de règlement des conflits, conformément à la résolution 1892 (2009) du Conseil de sécurité. 


Mme HAJIA ZAINAB MAINA, Ministre des affaires des femmes et du développement social du Nigéria, a déclaré que la politique nationale de son pays en matière de sexes s’inspirait de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing et des textes issus de la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale.  L’accent est mis sur les domaines prioritaires suivants: les droits des femmes en ce qui concerne la santé reproductive, l’éducation des fillettes, la situation des femmes rurales, l’éradication de la violence contre les femmes, l’émancipation économique des femmes et leur participation accrue au processus de prise de décisions.  À ce sujet, 33% des ministres sont des femmes, contre 11% l’année dernière.


Le Nigéria a adopté une série de lois spécifiques en vue d’éliminer la violence basée sur le sexe et d’appliquer la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, a expliqué Mme Maina.  Un projet de texte prévoit notamment d’interdire le harcèlement sexuel à l’école et sur le lieu de travail.  Par ailleurs, le Gouvernement a mis en place un système d’aide financière en faveur des femmes et des fillettes dans la pauvreté pour répondre à des situations de malnutrition, de services médicaux inadéquats, de mariages précoces, de mutilation génitale féminine et d’autres violences, et de fistule obstétrique.  Plus de 300 millions de dollars ont ainsi été déboursés en 2008 et 2009 et des progrès ont été enregistrés au niveau de la scolarisation et de la sécurité des filles dans la rue.  La Ministre a ajouté que la quasi-totalité des États de la Fédération du Nigéria offraient des services de santé maternelle et infantile gratuits.


Mme ALESSANDRA GREGG (Liechtenstein) s’est félicitée de la création par les Nations Unies d’ONU-Femmes, qui est le résultat de la nouvelle orientation de l’ONU sur le rôle des femmes.  « L’engagement d’ONU Femmes à fournir des résultats concrets ainsi que le renforcement de sa présence régionale et par pays ont le potentiel d’améliorer les vies de millions de femmes », a souligné Mme Gregg.  La représentante a néanmoins déploré la discrimination et l’exclusion dans les processus de prise de décisions, dont les femmes continuent d’être victimes.  Pourtant, selon elle, les femmes peuvent constituer un puissant moteur de changement, en témoignent les récents événements consécutifs au « printemps arabe ». 


Le Liechtenstein a également jugé inconcevable que, près de 11 ans après l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 1325  (2000), la problématique des femmes n’ait reçu que « peu d’attention, dans les processus de résolution des conflits ».  Mme Gregg a insisté sur la réponse aux violences faites aux femmes, y compris les mutilations génitales féminines, les violences domestiques ainsi que les mariages précoces, qui restent une priorité pour son pays.  


M. ABDOU SALAM DIALLO (Sénégal) a rappelé que les pays où l’égalité des sexes était la mieux garantie bénéficiaient d’une croissance économique plus rapide.  Il a indiqué, à la suite de la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Mme Michelle Bachelet, que « la force, la diligence et la sagesse des femmes constituaient la ressource humaine la moins exploitée ».  Affirmant que son pays accordait, dans le cadre de l’objectif 3 des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), une importance capitale à l’élaboration d’une politique globale de développement prenant pleinement en compte la dimension du genre, le représentant a passé en revue les réalisations de son pays dans ce domaine.


Il a notamment cité la ratification de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, l’adoption d’une stratégie d’enrôlement massif des filles à l’école, le vote, en 1999, de la loi contre l’excision, ainsi que la gratuité totale, depuis 2005, de la prise en charge des accouchements et césariennes.  Un relèvement du taux de scolarisation des filles et une baisse du taux d’analphabétisme ont été constatés, a-t-il poursuivi, mentionnant également les effets bénéfiques de l’adoption de la loi sur la parité dans les instances électives.  Malgré la forte implication de son pays dans les opérations de maintien de la paix et l’ouverture des emplois militaires et paramilitaires aux femmes, M. Diallo a regretté, en conclusion, la lenteur dans l’application de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.


Mme LAURIE SHESTACK PHIPPS (États-Unis) a mis l’accent sur « deux domaines dans lesquels l’autonomisation des femmes est devenue critique: la nécessité de garantir la pleine participation politique des femmes, en particulier en période de transition, et la question des droits égaux des femmes à la nationalité ».  Récemment, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, des femmes ont souvent risqué leur vie pour organiser des manifestations et appeler à la fin de la répression et à la démocratie.  Or, certaines de ces femmes se trouvent aujourd’hui exclues des négociations politiques.  La représentante a rappelé que lors de l’événement de haut niveau sur la participation politique des femmes, qui s’est tenue en marge du débat de l’Assemblée générale le mois dernier, la Secrétaire d’État américaine, Mme Hilary Clinton, avait parlé de cette nécessité de garantir la participation des femmes au processus de prise de décisions.  Le Président des États-Unis, M. Barack Obama, a lui-même déclaré à l’Assemblée générale: « Aucun pays ne peut réaliser son potentiel si la moitié de sa population ne peut remplir le sien ».


S’agissant des droits égaux des femmes à la nationalité, elle a estimé que des lois discriminatoires avaient pour conséquence de priver les femmes et leurs familles de protections légales dans leurs pays de résidence, « souvent pour des générations », et de conduire à l’apatridie.  Souvent, les lois de la nationalité permettent seulement au père de l’enfant de transmettre sa citoyenneté ou limitent de façon discriminatoire l’habilité de la mère à en faire autant.  Ces lois peuvent enlever aux femmes leur nationalité lorsqu’elles épousent un étranger ou empêcher les femmes mariées à un étranger d’être naturalisées.  « Ces femmes apatrides n’ont ni identité ni documentation », a déploré la représentante des États-Unis.  Elles ne peuvent pas travailler légalement ni voyager librement.  Sans extraits de naissance, leurs enfants ne peuvent pas être scolarisés.  Ces femmes et leurs enfants ont donc plus de risques d’être victimes d’abus, d’exploitation ou de la traite des personnes.  Les États-Unis encouragent donc les États et le système des Nations Unies à s’intéresser de près à ce problème qui existe dans 30 pays.


Mme KARNTIMON RUKSAKIATI (Thaïlande) a fait remarquer que son pays avait récemment élu une femme Premier Ministre, « ce qui témoigne de l’acceptation par la société thaïe du rôle des femmes dans la participation politique aux plus hauts niveaux ».  Les femmes composent, aujourd’hui, près du quart de la Chambre des représentants et du Sénat.  Dans son rapport sur l’amélioration de la condition de la femme en milieu rural, le Secrétaire général propose d’inclure les femmes rurales dans des initiatives de développement locales et nationales afin de renforcer leur capacité et leur contribution au développement.  En Thaïlande, l’autonomisation des femmes, notamment des femmes rurales et travaillant dans le secteur informel, est un élément central du onzième Plan national de développement économique et social et du onzième Plan national de développement des femmes pour la période 2012-2016.


Par ailleurs, a poursuivi Mme Ruksakiati, le droit du travail garantit les droits, le bien-être et la protection de tous les travailleurs, sans tenir compte de la race, de la nationalité ou d’autre statut.  Au plus haut niveau, la Princesse Bajrakitiyabha Mahidol a mené des campagnes de sensibilisation pour arrêter la violence contre les femmes.  Au niveau régional, la Thaïlande appuie les travaux de la Commission et de la protection des droits des femmes et des enfants de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE).


M. JAIME HERMIDA CASTILLO(Nicaragua) a indiqué que son gouvernement poursuivait, avec détermination, l’application de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing ainsi que du suivi de la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale et ses obligations internationales en vertu de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Il a indiqué que le Gouvernement mettait en place un modèle socioéconomique reposant sur des valeurs chrétiennes, socialistes et solidaires articulées autour d’un Plan national de développement humain, sur la base de nombreuses lois et de programmes au profit de la majorité de la population.  Il a mis l’accent sur la réduction de l’analphabétisme, la gratuité de la santé ainsi que de l’éducation et sur l’élargissement de la sécurité sociale, toutes des mesures ayant contribué à une amélioration de la qualité de la vie de toutes les couches sociales.


De tels progrès ont favorisé, a-t-il dit, l’intégration des femmes dans la vie économique et sociale, politique et culturelle du pays.  En dépit de la récession mondiale, le Nicaragua a réussi à préserver tous les services sociaux et à opérer des transformations stratégiques et novatrices, qui ont eu un impact sur la voie de l’égalité entre les sexes.  Cela a pu se faire grâce à la mobilisation des Nicaraguayens des deux sexes et à la solidarité des peuples de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), a-t-il commenté.  Il a noté en particulier une baisse de la mortalité maternelle et infantile de 15,7%, entre 2006 et 2010, et a attribué ces résultats au nouveau modèle de santé qui exige un suivi prénatal, ce qui a aussi conduit à une réduction de 53,7% des décès à la naissance.  L’espérance de vie des femmes à la naissance a considérablement augmenté, passant de 70 ans, en 2005, à 78 ans.  Les stratégies innovatrices de lutte contre la violence à l’égard des femmes dans la région, comme la création de commissariats de la femme, de refuges pour les victimes de la violence domestique ont permis une augmentation des plaintes, ce qui montre, selon l’orateur, le succès des campagnes de sensibilisation et de communication.  Le Gouvernement a en outre mis en place un programme « Faim zéro » et « Usure zéro » favorisant l’autonomisation et l’autosuffisance des femmes ainsi que la promotion des microentreprises dans les zones urbaines par le truchement de microcrédits.  D’autre part, les femmes rurales ont reçu des droits de propriété foncière en milieu rural, et, par là même, le droit au crédit, ce qui a contribué à une démystification du préjugé selon lequel seuls les hommes peuvent y prétendre.     


M. WANG MIN (Chine) a espéré qu’ONU-Femmes continuerait à jouer un rôle central dans la promotion de la femme.  Il a appuyé les initiatives du Secrétaire général pour inclure l’autonomisation des femmes rurales dans les stratégies de développement nationales.  Malheureusement, la crise financière, l’instabilité sociale, les catastrophes naturelles, la fracture numérique et des services sociaux inadéquats continuent d’entraver le développement des femmes.  Avant tout, la Chine estime qu’il faut sauvegarder les droits et les intérêts des femmes en période d’après-crise économique.  M. Wang a cité l’adage selon lequel « la pauvreté a le visage d’une femme ».


Ensuite, il faut mettre l’accent sur le développement et l’autonomisation des femmes en adoptant une approche globale, car la question des femmes est véritablement une « question de développement ».  Enfin, a préconisé le représentant de la Chine, la coopération internationale doit être renforcée.  « L’unité confère du pouvoir et la coopération est la seule façon de sortir gagnant », a-t-il dit.  La Chine s’est toujours efforcée de mettre en œuvre la Déclaration et le Programme d’action de Beijing.  Le pays compte ainsi 8 dirigeantes au niveau national, 3 femmes ministres et 670 femmes maires et s’engage, dans la décennie à venir, à renforcer les droits et les intérêts des Chinoises.


M. OCTAVIO ERRÁZURIZ (Chili) a indiqué que, le 6 octobre 2011, le Président du Chili et la Ministre des femmes avaient promulgué une loi prolongeant le congé de maternité de trois à six mois, et garantissant la protection de son emploi sur une base universelle.  En outre, le Congrès national sera saisi, cette semaine, d’un projet de loi visant à l’établissement d’un « revenu familial éthique », confirmant ainsi l’engagement de la société aux côtés des Chiliens vivant dans des conditions de pauvreté extrême.  Ce revenu bénéficiera à 170 000 familles, grâce à un transfert direct et à des mesures incitatives dans le cadre d’un ensemble de programmes et d’aides destinés à éliminer l’extrême pauvreté. 


Le représentant a par ailleurs salué le travail réalisé par ONU-Femmes, sous la houlette de l’ancienne Présidente de son pays, Mme Michelle Bachelet, en vue de créer des sociétés sans discriminations fondées sur le sexe, dans le cadre du programme stratégique 2011-2013 de cette Entité.


Mme TINE MØRCH SMITH (Norvège) a félicité les trois lauréates du prix Nobel de la paix 2011 qui ont, selon le Premier Ministre norvégien, M. Jens Stoltenberg, « contribué chacune à leur façon à l’émancipation des femmes dans leur pays et à donner une voix aux femmes ».  Le manque d’égalité entre les hommes et les femmes est l’un des plus grands défis de notre temps, a poursuivi Mme Mørch Smith.  L’égalité des sexes est la clef de la prospérité et du développement, a-t-elle dit, en citant un rapport de la Banque mondiale.  L’égalité des sexes autonomise les femmes en tant qu’actrices économiques, politiques et sociales et améliore la représentativité dans le processus de prise de décisions.  Cette semaine, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Mme Michelle Bachelet, effectue une visite en Norvège pour discuter de ces questions.


L’égalité des sexes est également indispensable pour un développement durable sur le plan environnemental.  C’est pour cette raison que la Norvège souhaite voir cette question figurer à l’ordre du jour de la Conférence Rio+20.  Le réchauffement climatique et les catastrophes naturelles qui menacent la sécurité alimentaire et poussent à la migration affectent différemment les femmes et les enfants, d’une part, et les hommes, d’autre part.  Dans le même ordre d’idées, a souligné la représentante de la Norvège, le rapport du Secrétaire général sur l’amélioration de la condition de la femme en milieu rural reconnaît que celle-ci est un agent de la réduction de la pauvreté et du développement durable.


M. MAGED ABDELAZIZ (Égypte) a souligné la nécessité de faire valoir le mandat d’ONU-Femmes en matière de lutte contre la violence sexuelle de manière à éviter tout doublon avec celui du Représentant spécial de l’ONU chargé de la question des violences sexuelles commises en période de conflit.  Il a engagé les États Membres à assurer une participation « pleine, équitable et effective » des femmes lors des règlements de conflit, puis a salué l’attribution du prix Nobel de la paix cette année à trois femmes.  M. Abdelaziz a ensuite indiqué que le Gouvernement égyptien avait pris d’importantes mesures pour assurer l’autonomisation des femmes, se félicitant notamment des avancées réalisées dans les domaines de l’autonomisation économique, de l’éducation, de la santé reproductive, de la lutte contre la violence sexuelle et contre la traite des êtres humains.  Il a également évoqué la situation des femmes rurales.


Le représentant a ajouté que l’Égypte s’attelait, à présent, à harmoniser ses obligations régionales et internationales en matière de droit des femmes avec la législation nationale.  Des campagnes de sensibilisation ont été mises sur pied, les pratiques culturelles négatives sont découragées et un Conseil national de la femme a été créé afin d’appuyer la mise en œuvre des priorités du Gouvernement, a-t-il notamment affirmé.  Il a également fait état des efforts en cours pour éliminer l’analphabétisme chez les femmes, les encourager à choisir des filières scientifiques et technologiques pour leurs études et carrières, ainsi que pour augmenter l’octroi aux femmes de postes de processus de prise de décisions. 


M. ASKAR ZHUMABAYEV(Kazakhstan) a souligné le rôle politique des Nations Unies pour garantir l’égalité entre les sexes, les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels des femmes, et la lutte contre la violence à l’égard des femmes.  Dans la perspective des prochains anniversaires relatifs aux instruments internationaux sur les femmes, il a mis l’accent sur le financement d’ONU-Femmes compte tenu de l’ampleur de ses activités dans le domaine de la coordination à l’échelle onusienne.  Le délégué a proposé la participation urgente de l’Entité et d’accorder l’attention voulue à ses recommandations de sorte à améliorer substantiellement la composante féminine et les résultats de toutes les conférences de haut niveau à venir.


Le représentant a également jugé nécessaire de développer, davantage, l’analyse de données ventilées par sexe et la collecte de données ventilées par âge dans les activités des Nations Unies.  Étant donné le large éventail de sujets couverts par les fonds, programmes et agences des Nations Unies, de telles informations demeurent importantes pour l’appui à un processus de prise de décisions sensible à la différence entre les sexes.  Or, a-t-il dit, la situation actuelle montre que les progrès vers la parité sont toujours aussi fragiles et inégaux.  Les programmes des Nations Unies et des États Membres révèlent aussi un fossé profond entre les déclarations normatives et les activités opérationnelles sur le terrain, a-t-il constaté, avant de décrire certaines des mesures prises dans son pays pour réduire le décalage hommes-femmes dans les domaines de l’emploi et du chômage, la politique salariale ou pour verser des allocations en faveur des femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher.   


Mme YANERIT MORGAN (Mexique) a salué les actions entreprises par la Commission pour augmenter le nombre de signatures et de ratifications de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et du Protocole facultatif s’y rapportant.  Elle a estimé que l’efficacité de l’entité ONU-Femmes dépendait de l’engagement des États à garantir aux femmes des opportunités égales en matière de développement à moyen et long termes. 


Pour le Gouvernement mexicain, la question de la violence contre les femmes reste prioritaire; les lois sur l’accès des femmes à une vie libre et exempte de violence et sur la prévention et la répression de la traite des personnes ont été promulguées en 2007.  Mme Morgan a signalé la création récente d’un système national pour prévenir, examiner, réprimer et éradiquer la violence contre les femmes, et d’une banque de données sur les incidents violents.


Mme REGINA MARIA CORDEIRO DUNLOP (Brésil) a déclaré que les femmes étaient les premières bénéficiaires des programmes de transferts d’argent et de crédits immobiliers au Brésil.  Elle a précisé que ces programmes avaient permis à 28 millions de Brésiliens, dont des femmes et des filles, de sortir de la pauvreté et à 36 millions d’autres d’accéder à la classe moyenne.  Elle a dit combien cette transformation sociale avait bénéficié à l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation des femmes.  Elle a cité la décision du Gouvernement de construire 6 000 garderies d’enfants d’ici à 2014.  En raison de la persistance de la mortalité maternelle, il a été décidé d’accorder une priorité à l’accès aux soins de qualité pour les mères à partir de la confirmation de la grossesse jusqu’au deuxième anniversaire de l’enfant, a précisé la représentante du Brésil.  Ont aussi été mises en place des politiques de sensibilisation visant à réduire le nombre de grossesses chez les adolescentes, tandis que des efforts ont été accrus pour prévenir, diagnostiquer et traiter les cancers de l’utérus et du sein, et pris des mesures pour limiter la propagation du VIH/sida chez les femmes. 


Alors qu’une femme vient d’accéder pour la première fois à la présidence du Brésil en 2011, les femmes continuent d’être sous-représentées dans tous les domaines du processus de prise de décisions, a dit Mme Dunlop, en précisant qu’il n’y avait que 10% de femmes parmi les députés et 10 femmes parmi les 38 Ministres du Gouvernement.  Elle a regretté qu’en dépit de tous les efforts du Gouvernement brésilien, la participation des femmes à la vie politique ne reflétait toujours par leur contribution dans le développement social, économique et culturel.  Elle a dit que le Brésil était honoré de coorganiser, avec ONU-Femmes et d’autres partenaires, le Colloque international sur la participation des femmes à la vie politique, en tant qu’événement parallèle des débats de l’Assemblée générale.  Elle a également annoncé que le Brésil organiserait, en décembre 2011, sa troisième conférence nationale pour les femmes avec la participation de 3 000 femmes représentant tous les niveaux du Gouvernement et la société civile.


Mme CHRISTINE LÖW (Suisse) s’est dite convaincue que la promotion des femmes et l’élimination de la violence à leur encontre n’étaient possibles que si l’on s’attaquait aux causes profondes de l’inégalité, à savoir les stéréotypes et la discrimination à l’encontre des femmes.  À cet égard, les droits garantis par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et par les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme doivent faire l’objet d’une attention accrue, et les gouvernements doivent impérativement les inscrire au nombre de leurs priorités en matière de développement économique et social.  Il est grand temps de reconnaître les femmes comme des experts ayant un rôle actif à jouer sur les questions qui les concernent, et d’accorder aux femmes et aux filles l’autonomie dont elles ont besoin pour promouvoir un changement réel, a-t-elle affirmé, en se disant également convaincue que l’ONU-Femmes accélérera les progrès dans ce domaine, grâce à son expertise et au réseau qui a été créé et renforcé au sein de l’ONU et avec les États Membres.


La représentante a ensuite axé son intervention sur la reconnaissance des femmes en tant qu’agentes ayant un rôle important à jouer pendant et après les conflits, en rappelant l’importance de la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  Mme Löw a souligné qu’en 2011, les principes fondamentaux de la paix et de la sécurité étaient une fois de plus mis à rude épreuve.  La déléguée suisse a aussi abordé le thème des mutilations génitales féminines, pratiques clairement liées à une inégalité entre les hommes et les femmes, et qui constituent une forme de violence.  Elles se basent sur une discrimination extrême à l’égard des filles et des femmes.  Il s’agit d’une violation des droits fondamentaux de tout être humain, d’une violation des droits de la femme.  Ces actes portent atteinte durablement à l’intégrité physique et psychique des victimes.  Avec le phénomène migratoire, des femmes et des filles qui vivent en Suisse ont subi, ou risquent de subir, des mutilations génitales.  Une norme pénale qui reconnaît les mutilations génitales féminines comme un crime a été élaborée et adoptée le 14 septembre 2011, a-t-elle indiqué, en appelant de son vœu l’établissement de normes visant la prévention et l’abolition des mutilations génitales féminines.  


M. NIKOLAY RAKOVSKIY (Fédération de Russie) a considéré que la Commission de la condition de la femme devait demeurer l’organe  intergouvernemental principal pour examiner les questions relatives à la promotion de la femme.  À son avis, le succès de l’Entité ONU-Femmes sera facilité par sa coopération avec le conseil d’administration de la Commission.  Celle-ci doit respecter le principe de la portée géographique universelle de son mandat, qui doit se refléter dans ses activités avec l’ouverture d’antennes en accord avec les gouvernements concernés.  En tant que membre du Conseil d’administration de l’Entité ONU-Femmes, la Russie souhaite la transparence et un dialogue constructif avec les États.


En matière de parité entre les sexes, la Russie travaille en fonction des recommandations qui lui ont été faites dans le cadre de l’exécution de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Dans son pays, a expliqué M. Rakovskiy, le droit des femmes au travail est garanti.  Les femmes sont une « force motrice puissante »; elles comptent pour 40% des dirigeants des petites et moyennes entreprises.  En outre, elles sont « de plus en plus visibles dans la vie politique » et dans les ministères.  Le Président de la Chambre haute du Parlement, troisième poste de l’État par la hiérarchie, est aujourd’hui une femme.  Par ailleurs, la Russie verse un « capital maternité » à l’occasion de la naissance d’un nouvel enfant ou d’un enfant ultérieur.


Mme SAMIRA ABUBAKAR (Libye) a assuré que les principes de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes seraient pleinement appliqués par les nouvelles autorités nationales dans toutes les institutions du pays, qui affirment aussi les engagements pris au niveau international en vertu des instruments du droit international et en matière de parité.  Elle a déclaré qu’elle ne saurait passer sous silence les actes d’abus sexuels, de viols, de violence physique et psychique dont ont été victimes les femmes et les fillettes aux mains des partisans et des milices de Mouammar Qadhafi, ainsi que la campagne de détention contre les jeunes protagonistes, hommes et femmes, de la révolution du 17 février.  Depuis les prémices de la révolution, les femmes ont pris des risques énormes et ont travaillé dans tous les secteurs, notamment hospitalier, pour atténuer les répercussions néfastes du conflit. 


Elle a déclaré que les Libyens attendaient beaucoup d’ONU-Femmes et d’autres agences de l’ONU, surtout en matière de formation et de mise à jour des services, des organisations et des programmes pertinents pour satisfaire les besoins des femmes dans tous les domaines.  Les Libyennes sont actuellement dans tous les secteurs et s’activent sans relâche, d’où la nécessité de leur prêter main forte pour garantir une stabilité à l’issue de la formation d’un Gouvernement démocratique.  Mme Abubakar a dénoncé, d’autre part, la poursuite des exactions, des pratiques discriminatoires et racistes de l’occupant israélien dans les territoires arabes occupés, qui ont des incidences néfastes sur les conditions de vie des femmes et des enfants.


M. ATSUKO HESHIKI (Japon) a affirmé que suite au tremblement de terre qui a frappé le Japon au mois de mars dernier, le Gouvernement japonais avait « immédiatement » adopté des mesures qui prennent la perspective des femmes en compte en ce qui concerne la gestion des abris.  Il a ajouté que le séisme avait permis de mettre en lumière le « rôle central » joué par les organisations de femmes en matière d’aide aux victimes et de redressement.  Il a ensuite rappelé que le Japon s’était engagé à verser 5 milliards de dollars, au cours des cinq prochaines années, à la santé maternelle et infantile par l’intermédiaire, notamment de l’initiative EMBRACE qui devrait permettre, a-t-il avancé, de sauver la vie de 430 000 femmes en couches. 


S’agissant de la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité, M. Heshiki a expliqué que le Japon appuyait l’application au Népal de politiques visant à résoudre les causes premières des conflits, notamment l’exclusion de certains groupes sociaux et ethniques et celle des femmes.  Il a ajouté que l’assistance japonaise au Népal ciblait en premier lieu la promotion de l’égalité entre les sexes et l’inclusion sociale.  Le représentant a ensuite indiqué que le troisième Plan de base pour l’égalité entre les sexes du Japon, qui a été adopté au mois de décembre 2010, avait identifié une nouvelle priorité relative à l’égalité entre les sexes pour les hommes et les enfants.  Ce Plan vise également à faire en sorte que 30% des postes de prise de décisions soient occupés par des femmes, a-t-il dit.


Mme LISANDRA ASTIASARÁN ARIAS(Cuba) a affirmé que la féminisation de la pauvreté demeurait très préoccupante du fait que les pays en développement se heurtaient à d’énormes obstacles dans la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing et des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Parmi ces obstacles, elle a cité la convergence des crises mondiales économique, financière, alimentaire et énergétique, l’inégalité des termes commerciaux, la diminution de l’aide publique au développement, l’augmentation de la dette extérieure et l’impact négatif des changements climatiques.  L’élimination de la violence à l’égard des femmes passe par celle de toutes les mesures coercitives unilatérales, a-t-elle expliqué.  De même, elle a réaffirmé que l’embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis depuis plus de 50 ans constituait un acte de génocide et la principale forme de violence subie par les femmes et les filles cubaines, ainsi qu’un obstacle majeur à leur développement.  Elle a également dénoncé les souffrances des mères, épouses et enfants de cinq Cubains emprisonnés depuis 13 ans aux États-Unis, ainsi que l’injustice vis-à-vis de deux Cubaines, épouses de deux des Cubains emprisonnés et qui n’ont pas pu bénéficier de visas pour leur rendre visite dans des prisons américaines.   


La déléguée cubaine a ensuite déclaré que les pays développés, responsables du sombre panorama international actuel, devaient comprendre que les incidences des crises allaient au-delà du Sud sous-développé et exigeaient des solutions urgentes et collectives ainsi que des formules de collaboration efficace.  Aujourd’hui, plus que jamais, a-t-elle affirmé, la réalisation du droit des peuples au développement est essentielle pour la promotion et l’autonomisation des femmes dans les pays du Sud.  Cuba, pour sa part, continuera de partager ses modestes ressources par le biais de la coopération internationale. Dans ce cadre, les femmes constituent un nombre important de spécialistes aidant les pays dans le besoin, où des milliers de femmes bénéficient de projets en matière de santé et d’éducation, a conclu la déléguée.


Mme MARINA ROSENBERG (Israël) a rappelé l’engagement historique de son pays en faveur des droits des femmes et de l’égalité entre les deux sexes, notant que les femmes israéliennes occupaient autant de postes que les hommes dans la justice et dans l’éducation supérieure, et que des femmes détenaient des responsabilités de premier plan dans le monde politique.  Cet engagement se traduit de manière législative, car chaque loi examinée par le Parlement est systématiquement analysée sous l’aspect de l’égalité des sexes.  Il se traduit aussi en termes financiers à l’égard de l’ONU, car Israël s’est engagé à augmenter significativement sa contribution à ONU-Femmes pour les trois prochaines années, a indiqué la représentante israélienne.


Israël souhaite que la question de l’égalité des sexes soit mieux prise en considération dans les opérations de maintien de la paix et se réjouit que davantage de conseillers en matière d’égalité des sexes soient envoyés dans ces missions, afin de protéger les femmes et les filles des violences sexuelles, a déclaré Mme Rosenberg.  Cependant, la représentante a exprimé sa profonde préoccupation concernant la lenteur des progrès sur la question des violences sexuelles dans les conflits armés, commises notamment contre les femmes et les enfants, ainsi que sur l’implication de Casques bleus dans des affaires d’abus sexuels en Haïti.  À cet égard, Israël apprécie l’engagement du Secrétaire général à mener des enquêtes sur ces affaires et à appliquer une politique de tolérance zéro.


Considérant le lien établi entre les progrès des droits des femmes et le développement, le recul de la pauvreté et de la faim, Israël se félicite que la prochaine session de la Commission de la condition de la femme et que les recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général sur l’amélioration de la condition de la femme en milieu rural se concentrent sur cette question, a indiqué Mme Rosenberg.  Rappelant l’engagement de l’Agence israélienne pour la coopération et le développement international (MASHAV) pour l’amélioration, depuis 54 ans, de la condition des femmes à travers le monde par le biais de nombreux programmes, Israël appelle tous les États Membres à soutenir cette année l’additif sur les femmes à la résolution biennale « Technologie de l’agriculture pour le développement », présentée il y a quatre ans, additif qui sera examiné par la Deuxième Commission.


Mme KIRSTEN VAN DEN HUL (Pays-Bas) a noté que les femmes contribuaient à hauteur de 66% des tâches dans le monde et produisaient 50% de l’alimentation, tout en ne cumulant que 10% des revenus mondiaux et en ne possédant que 1% des propriétés.  Selon le rapport sur l’écart entre les sexes du Forum économique mondial, les Pays-Bas sont passés de la 9ème à la 17ème place après le Sri Lanka, a-t-elle dit.  Elle a précisé qu’il n’y avait actuellement que trois femmes parmi les ministres des Pays-Bas.  Elle a jugé particulièrement honteux de constater que les femmes ne représentaient que 10% des professeurs et 8% des membres de conseils d’administration des entreprises au Pays-Bas, alors que l’on sait qu’il y a un lien direct entre croissance économique et participation des femmes.  Elle a fait siennes des estimations montrant que si le taux d’emplois rémunérés des femmes atteignait celui des hommes, cela se traduirait par une augmentation du PIB de 9% pour les États-Unis, 13% pour la zone euro et 16% au Japon. 


Par ailleurs, la représentante, s’appuyant sur la vague de changements qui s’est propagée de l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient, a appelé à une « révolution des femmes » qui se traduirait par un changement drastique des attitudes, politiques et actions afin d’améliorer la situation des femmes dans le monde.  Estimant que les gouvernements ne pouvaient agir seuls, elle a jugé indispensable l’appui de partenariats publics-privés qui puissent créer des solutions durables pour les femmes en matière de rémunération, de représentation, de prise en charge des enfants, de mobilité, de formation et d’éducation.  Elle a estimé que les Principes de l’autonomisation des femmes développés par le Pacte mondial et ONU-Femmes fournissaient des outils très intéressants pour permettre aux compagnies d’être plus inclusives. 


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