24/10/2011
Assemblée générale
AG/EF/3317

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Deuxième Commission

19e & 21e séances – matin & après-midi


DEUXIÈME COMMISSION: DES DÉLÉGATIONS DÉNONCENT LA SPÉCULATION SUR

LES PRODUITS AGRICOLES, RESPONSABLE DE LA CRISE ALIMENTAIRE


La Commission et l’ECOSOC invitent Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, pour

 un débat interactif sur les crises de l’économie mondiale et de la dette souveraine


La Commission économique et financière (Deuxième Commission) a débattu cet après-midi du développement agricole et de la sécurité alimentaire.  Ce débat a été précédé ce matin par une séance conjointe tenue par la Commission et le Conseil économique et social (ECOSOC) pour examiner la situation économique mondiale et la crise de la dette souveraine.  Cet évènement spécial avait pour invité et panéliste M. Joseph Stiglitz, professeur responsable du programme d’études en affaires internationales à l’Université Columbia de la ville de New York, et lauréat du prix Nobel d’économie 2001.   


« Le monde comptera 7 milliards d’habitants au 31 octobre prochain, et probablement 9 milliards en 2050.  Nourrir l’humanité apparaît de plus ne plus comme une gageure, surtout dans le contexte financier et économique déplorable que connaît le monde en ce moment », déclare le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon dans un rapport* présenté aujourd’hui à la Deuxième Commission.  Dans ce document, le Secrétaire général constate que la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans le monde est un des plus grands défis de notre temps.   


C’est dans ce contexte que des délégations ont estimé que la spéculation boursière sur les cours des produits alimentaires et des produits de base doit être proscrite, car étant l’une des principales causes de l’insécurité alimentaire.  Le représentant de l’Union européenne a, par exemple, exhorté les États Membres à trouver une solution à la volatilité des prix des denrées alimentaires en soutenant divers programmes concrets, comme par exemple l’exemption de restrictions à l’exportation pour les denrées alimentaires achetées dans un but humanitaire. 


Le représentant de l’Indonésie, qui s’exprimait au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), a noté que les prix des denrées alimentaires ont atteint cette année un record, dépassant les niveaux atteints lors de la crise alimentaire de 2008, sur fond de production alimentaire perturbée par les catastrophes naturelles.  Cette situation a été jugée « déplorable » par le représentant de l’Argentine, qui, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a souligné que « la faim constitue une violation de la dignité humaine », tout en préconisant que des mesures urgentes aux niveaux national, régional et international soient engagées, afin de mettre un terme à la malnutrition et aux famines.


Certaines délégations ont proposé la prise de mesures devant permettre de lutter contre la spéculation à laquelle se livrent les marchés financiers sur les cours des denrées alimentaires essentielles.  Le représentant de Singapour a estimé que la solution passe par une plus grande libéralisation des marchés de produits alimentaires mondiaux avec moins de taxes et de quotas entre pays.  Le représentant a également recommandé une conclusion effective des négociations commerciales du Cycle de Doha, notamment en ce qui concerne leur volet agricole.


De son côté la représentante de l’Ukraine a prôné la mise en place d’un « fonds mondial des céréales » géré par le système des Nations Unies et financé par des institutions financières internationales.  Ce fonds permettrait de réguler les cours des denrées alimentaires en intervenant sur le marché quand il y a des fluctuations sur l’offre en céréales, a-t-elle indiqué.


Par ailleurs, le représentant de l’Argentine, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a présenté cet après-midi 12 projets de résolutions sur lesquels la Deuxième Commission se prononcera ultérieurement.


Ces textes étaient relatifs aux questions de politique macroéconomique (3); au suivi et à la mise en œuvre des textes issus de la Conférence internationale de 2002 sur le financement du développement et de la Conférence d’examen de 2008 (1); à la mondialisation et à l’interdépendance (1); aux groupes de pays en situation particulière (2); à l’élimination de la pauvreté et à d’autres questions liées au développement (3); et aux activités opérationnelles de développement (2).  Le représentant a également présenté deux projets de décisions portant sur le dernier thème cité.


La Deuxième Commission poursuivra la suite de son débat général sur le développement agricole et la sécurité alimentaire demain, mardi 25 octobre, à 10 heures. 


*A/66/277

(1)A/C.2/66/L.5; (2) A/C.2/66/L.7; (3) A/C.2/66/L.9; (4) A/C.2/66/L.11;

(5) A/C.2/66/L.13; (6) A/C.2/66/L.8; (7) A/C.2/66/L.14; (8) A/C.2/66/L.15;

(9) A/C.2/66/L.12; (10) A/C.2/66/L.10; (11) A/C.2/66/L.6; (12) A/C.2/66/L.2;

(13) A/C.2/66/L.3; (14) A/C.2/66/L.4


SÉANCE CONJOINTE DE LA DEUXIÈME COMMISSION ET DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL SUR LE THÈME « LA SITUATION ÉCONOMIQUE MONDIALE ET LA CRISE DE LA DETTE SOUVERAINE »


La Commission économique et financière (Deuxième Commission) et le Conseil économique et social (ECOSOC) ont débattu ce matin, au Siège des Nations Unies à New York, de la situation économique mondiale et de la crise de la dette souveraine.  Pour cette table ronde commune, M. Joseph Stiglitz, professeur responsable du programme d’études en affaires internationales à l’Université Columbia et prix Nobel d’économie 2001 était invité à faire un exposé sur le sujet.  M. Stiglitz s’est dit pessimiste concernant les orientations prises par les pays industrialisés pour faire face à leurs déséquilibres financiers, à savoir des politiques d’austérité, car elles font courir le risque d’« un suicide économique et social au niveau mondial ».  Il a plaidé pour une coordination des politiques économiques au niveau mondial pour pouvoir sortir durablement de la crise.


Le débat interactif était coprésidé par M. Abdulkalam Abdul Momen (Bangladesh), Président de la Deuxième Commission, et M. Lazarous Kapambwe (Zambie), Président du Conseil économique et social.  Il était animé par M. Rob Vos, Directeur de la Division de l’analyse des politiques de développement du Département des affaires économiques et sociales (DAES).  En guise d’introduction, M. Momen a souligné à quel point l’économie mondiale a pris un tournant décisif et combien les modèles économiques traditionnels, mais aussi les gouvernements, ont du mal à trouver des remèdes pour sortir de cette situation et pour restaurer la confiance.  Il a cité la menace qui pèse sur les grandes économies développées qui pourraient tomber dans une récession en double creux, sur fond de flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, de montée du chômage, d’inégalités croissantes de revenus, et de turbulences sur les marchés financiers.  Il s’est inquiété du risque de crise systémique pour le monde en développement, alors que celui-ci peine déjà à réaliser dans les temps les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).


Le professeur Joseph Stiglitz, qui participe au projet « Link » des Nations Unies sur la situation et les perspectives de l’économie mondiale, a présenté son analyse de la crise actuelle qui, sur fond d’interdépendance entre les pays du monde entier, est une continuité de la crise immobilière qui a démarré en 2007 aux États-Unis.  Elle a été « exportée au reste du monde », et est revenue aux États-Unis, a indiqué l’économiste.  Il a évoqué la bulle immobilière qui a éclaté aux États-Unis et le modèle économique de croissance fondé sur la consommation effrénée des Américains, qui va bien au-delà de leurs capacités réelles.  C’est un modèle qui n’est pas viable, mais qui a néanmoins perduré, a-t-il regretté.  Selon le lauréat du prix Nobel 2001, « nous faisons face aujourd’hui à un enchevêtrement de crises différentes et qui vont en s’aggravant, car les décisions prises par différents pays ne sont pas les bonnes sur le long terme ».  En l’occurrence, M. Stiglitz a critiqué la réponse apportée à la crise, qui s’est faite par des politiques monétaires, qui n’apportent en réalité pas de remèdes aux maux de l’économie réelle concernant la dégradation du marché de l’emploi et la hausse des inégalités sociales et des revenus.  C’est, concrètement, la politique de taux d’intérêts faibles aux États-Unis et le renflouement sans conditions du secteur bancaire, sans remettre en question le modèle de consommation qui sont en question.  En Europe on a cru trouver une réponse à la crise de la dette souveraine en imposant des politiques d’austérité.  L’idée d’un retour à une économie saine par l’éradication de la dette souveraine est une fausse piste, a prévenu M. Stiglitz.  À l’heure actuelle, réduire les déficits ne fera au contraire qu’affaiblir l’économie, a-t-il fait remarquer en citant le cas de l’Espagne.


Dans ce contexte, l’économiste a plaidé pour l’adoption de politiques centrées sur le retour à l’emploi au niveau mondial, ce qui passe par une augmentation des déficits.  « Si nous nous lançons dans l’austérité, les problèmes vont s’aggraver », a-t-il souligné.  Il s’est attardé sur le cas de la zone euro et sa crise actuelle de la dette souveraine.  L’euro est un système monétaire qui pose problème, a estimé M. Stiglitz, en raison notamment de l’absence de taux de change en interne, ce qui a crée un manque de flexibilité important, et en raison d’une politique monétaire historiquement centrée sur le contrôle de l’inflation, un objectif qui remonte aux années 1970 et n’est plus adapté aux priorités de notre décennie.


Il a exprimé un point de vue pessimiste à plusieurs reprises concernant l’orientation que prend l’économie mondiale.  Il a estimé que les gouvernements s’attellent à régler d’autres questions purement politiques au travers de la crise, et qu’en l’occurrence nombreux sont ceux qui en profitent pour réduire les dépenses publiques.  Or, la relance de l’emploi, pilier d’une reprise saine et durable, passe par une hausse des dépenses publiques, surtout lorsque le secteur privé ne contribue pas à créer des emplois, a noté M. Stiglitz.  Sur ce volet de l’emploi, a-t-il poursuivi, il faut pouvoir déployer des investissements en infrastructures, en technologies, en éducation, et privilégier des innovations créatrices d’emplois.  Il faut aussi repenser le modèle économique et restructurer les secteurs pour en diminuer certains, comme l’industrie, la finance et l’immobilier, et en développer d’autres comme les services, la santé et l’éducation.  En d’autres termes, il faut développer des secteurs dont la productivité n’est pas en contradiction avec l’emploi, comme cela a été le cas pour l’industrie traditionnelle.  La solution ne peut donc pas résider dans les politiques monétaires, a-t-il insisté, mais bien dans des politiques budgétaires, axées sur l’expansion.


M. Stiglitz s’est aussi dit inquiet que les problèmes de fond ne s’aggravent si aucune de ces mesures n’est prise à travers le monde.  La seule solution, dans un monde aussi interdépendant que le nôtre, est donc d’œuvrer à une concertation économique à un niveau supranational, qui aille plus loin que des institutions comme le G-20, qui ne sont pas assez représentatives, a-t-il dit.  Il a dit qu’une forme de conseil économique mondial semble la seule option possible pour mettre en œuvre des orientations saines et de long terme pour l’ensemble de la planète.  Il a souligné l’urgence de repenser l’architecture économique mondiale et a suggéré des pistes de réflexion au niveau des Nations Unies, qui offrent une meilleure représentativité à tous les pays.  Toutefois, il faudra plutôt disposer d’un petit groupe pour pouvoir discuter efficacement de ces questions complexes, à condition qu’il soit représentatif, a ajouté M. Stiglitz.


L’intervention de M. Stiglitz a fait l’objet de plusieurs questions émanant de représentants du projet « Link », mais aussi de délégations représentant l’Union européenne et des pays en développement.  Interrogé notamment sur la façon de relancer la croissance, il a évoqué le besoin de relancer l’investissement et les flux de capitaux dans les pays qui en ont besoin pour réformer leurs économies.  Le problème de manque de confiance des marchés conduit à prêter aux pays qui ont un profil solide, à l’instar des économies émergentes, mais laisse sur le côté les pays pauvres et endettés, a prévenu M. Stiglitz.  Dans ce contexte, il faudrait recapitaliser le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, a préconisé le prix Nobel d’économie.  Il a aussi fait remarquer que si les pays les moins avancés (PMA) doivent s’aider eux-mêmes pour se restructurer, ce genre de réforme de fond n’est pas possible sans une ouverture réelle au commerce international, ni sans une volonté politique allant en ce sens de la part des États-Unis et de l’Europe, qui doivent ouvrir et libéraliser leurs marchés.


Le représentant de l’Union européenne a fait un plaidoyer pour les mesures d’austérité entreprises dans la zone euro et a rappelé qu’il y a une volonté politique pour faire face à des questions aussi lourdes que celles de la dette de la Grèce, la restauration de la confiance dans le secteur bancaire, et la mise en œuvre d’un fonds d’aide commun.  M. Stiglitz a reconnu qu’il y a une certaine sincérité dans les intentions de l’Europe, ajoutant que la liste des problèmes à régler est cependant très longue.  Il a, à ce titre, noté que la temporalité économique et celle régissant la politique étaient très différentes, et a à cet égard donné pour exemple l’accord du 31 juillet 2011 sur une aide à la Grèce, qui n’est pas encore effectif du fait de blocages politiques.


Interrogé sur la création d’un « conseil économique mondial », M. Stiglitz a jugé que c’est une idée extrêmement difficile à mettre en place, mais qu’un manque de coordination serait encore pire.  Il faudrait commencer par examiner les facteurs et les liens qui rattachent les économies entre elles, et sensibiliser les gens pour qu’ils adoptent un mode de pensée global, en réfléchissant à des mesures qui ont des répercussions positives pour l’ensemble du monde.


Note du Président du Comité de la sécurité alimentaire mondiale sur la réforme du Comité et les progrès accomplis dans sa mise en œuvre ( A/66/76–E/2011/102 )


Ce rapport fait suite à la résolution 65/178 de l’Assemblée générale dans laquelle cette dernière a invité le Président du Comité de la sécurité alimentaire mondiale à rendre compte, dans le cadre du rapport qu’il lui présentera à sa soixante-sixième session, par le biais du Conseil économique et social, de la mise en œuvre de la réforme du Comité et des progrès accomplis pour réaliser sa vision.  Comme il l’a indiqué dans son précédent rapport, à sa trente-cinquième session, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale a examiné et approuvé le document intitulé « Réforme du Comité de la sécurité alimentaire mondiale », qui a été ultérieurement approuvé par la Conférence de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture à sa trente-sixième session en novembre 2009.


La réforme définit la nouvelle vision et les nouveaux rôles du Comité, qui sont de créer un mécanisme international et multipartite le plus ouvert possible permettant aux principaux acteurs de collaborer pour assurer à tous la sécurité alimentaire et une nutrition adéquate.  Le Comité devra coordonner son action à l’appui des processus nationaux débouchant sur la sécurité alimentaire.


Les rôles du nouveau Comité sont notamment les suivants: coordination d’une approche globale de la sécurité alimentaire; promotion de la convergence et de la cohérence des stratégies adoptées; fourniture d’un appui et de conseils aux pays et aux régions; coordination de l’action aux niveaux national et régional; promotion de la transparence et mise en commun des meilleures pratiques; mise au point d’un cadre stratégique mondial pour la sécurité alimentaire et la nutrition.


La réforme se fonde sur les principes ci-après: intégration; existence de liens solides avec les responsables de terrain permettant de s’assurer que le processus se fonde sur des données réalistes; souplesse de mise en œuvre, afin que le Comité puisse répondre à l’évolution de la conjoncture et des besoins de ses membres. 


Les principaux éléments de la réforme sont les suivants: élargissement de la participation aux travaux du Comité de manière à veiller à ce que les voix de toutes les parties prenantes concernées soient prises en compte dans le débat sur les mesures à prendre en matière d’alimentation et d’agriculture; renforcement de l’importance accordée aux activités intersessions; renforcement des liens existant aux niveaux régional, national et local; participation de spécialistes, dans un cadre structuré, grâce à la création d’un groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition.


Le rapport fournit une brève mise à jour des progrès accomplis depuis octobre 2010 et contient le rapport final du Comité sur les travaux de sa trente-sixième session, qui a eu lieu à Rome du 11 au 14 et le 16 octobre 2010.


Rapport du Secrétaire général sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre des décisions du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire ( A/66/277 )


Le présent rapport a été établi pour donner suite à la résolution 65/178 de l’Assemblée générale, dans laquelle elle a prié le Secrétaire général de lui rendre compte, à sa soixante-sixième session, des faits nouveaux concernant les efforts menés à l’échelle mondiale dans le domaine du développement agricole et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ainsi que des progrès réalisés dans la mise en œuvre des décisions du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, au titre du point portant sur le « Développement agricole et la sécurité alimentaire ».


Le rapport relève que réduire le nombre et la proportion de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition est un des plus grands défis de notre temps, qui a été rendu plus difficile encore à relever par l’envolée et l’instabilité des prix des denrées alimentaires et du pétrole; et les conflits politiques et le sous-investissement chronique dans l’agriculture, l’alimentation et la nutrition.  Nombreux sont les pays dépourvus des dispositifs de protection sociale qui leur permettraient d’éviter des catastrophes comme celle qui frappe aujourd’hui la Somalie, souligne le rapport.  Le Secrétaire général y note que l’action menée par les pays avec l’appui de la communauté internationale doit être intensifiée si l’on veut atteindre d’ici à 2015 les objectifs convenus au niveau international.


Le Secrétaire général estime que l’on peut parler de sécurité alimentaire quand toutes les personnes ont, à tout moment, un accès physique, social et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires et de mener ainsi une vie saine et active.  Le concept de sécurité alimentaire et nutritionnelle englobe par conséquent les questions d’approvisionnement, d’accès, d’utilisation et de stabilité.


Le Secrétaire général constate que la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans le monde est un des plus grands défis de notre temps.  Il note que les pays de la corne de l’Afrique se trouvent aujourd’hui dans une situation de crise extrême, alors que le monde est loin d’atteindre son objectif consistant à réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition.


Le Secrétaire général reconnaît qu’on compte beaucoup sur les Nations Unies pour aider à changer la donne dans l’immédiat, mais aussi à moyen et long termes, en particulier pour les ménages à faible revenu qui sont acheteurs nets de produits alimentaires, y compris au sein des populations urbaines et rurales pauvres.  Il soutient qu’une action mieux coordonnée est menée à cet égard depuis la tenue, en 2009, du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire.


Le Secrétaire général parle dans ce rapport des Pays-Bas, qui ont constitué un groupe d’amis informel sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui a lancé une initiative intitulée « Greening the economy with agriculture » (rendre l’économie plus verte au moyen de l’agriculture) afin de mobiliser le secteur alimentaire et agricole en vue de la Conférence Rio+20, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté.  M. Ban souligne qu’avec des mesures de plus en plus coordonnées et une approche parallèle globale, il reste possible d’atteindre dans les temps l’objectif convenu pour 2015.


DÉVELOPPEMENT AGRICOLE ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE


Débat général


M. MARCELO SUAREZ SALVIA (Argentine), s’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a relevé que la crise alimentaire mondiale, renforcée par les crises économiques et financières mondiales, est devenue un défi majeur posé au développement, et pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a souligné que des phénomènes tels que la dégradation des terres, la désertification, et les phénomènes climatiques extrêmes, sont autant de facteurs qui ont un impact sur la subsistance, la sécurité alimentaire et la nutrition dans la corne de l’Afrique et dans d’autres régions du monde.  Dans ce contexte, « nous réaffirmons, a-t-il déclaré, que la faim constitue une violation de la dignité humaine, et nous appelons à des mesures urgentes aux niveaux national, régional et international, afin d’y mettre un terme ».


Le représentant a, par la suite, indiqué que la sécurité alimentaire et le développement agricole devraient être intégrés dans les programmes de développement à l’échelle mondiale.  M. Salvia a, par ailleurs, évoqué des mesures idoines pour relancer le secteur agricole dans les pays en développement.  Il a préconisé, entre autres, l’autonomisation des femmes et des communautés rurales, la mise à la disposition des populations et des pays qui ont besoin d’une assistance financière et technique conséquente, le transfert technologique, et la recherche dans les domaines alimentaire et agricole, y compris, a-t-il précisé, la recherche dans le cadre de l’adaptation et de l’atténuation des effets des changements climatiques.  Le représentant a ensuite souligné que l’augmentation de la production agricole ne suffirait pas à régler le problème de la sécurité alimentaire.  Il a suggéré de prendre également en considération l’accès et la distribution alimentaires, en particulier en faveur des pauvres et des plus vulnérables qui vivent dans les pays en développement. 


Le représentant a, en outre, affirmé que le faible montant des financements agricoles, et les pratiques commerciales peu orthodoxes que pratiquent les pays développés, sont des facteurs qui minent les efforts de promotion de l’agriculture dans les pays en développement.  Dans ce contexte, il a recommandé que soit menée la réforme de l’architecture financière et économique internationale.  Il a ensuite invité les pays développés à tenir compte des besoins des pays en développement en ce qui concerne le Cycle des négociations commerciales de Doha.  Il a, dans la même lancée, invité la communauté internationale à mettre en œuvre des mesures à la fois immédiates, et orientées sur la durée, afin d’assurer une sécurité alimentaire durable.


M. GYAN CHANDRA ACHARYA (Népal), qui s’exprimait au nom du Groupe des pays les moins avancés (PMA), a relevé que l’agriculture est la base de la vie des populations des PMA, dans laquelle elle occupe près de 70% de la population, dont la survie dépend d’elle.  Dans le même temps, a noté le représentant, les PMA sont en grande partie dépendants de quelques produits d’exportation, d’une part, et d’importations de produits alimentaires et de produits pétroliers, de l’autre.  Citant le rapport du Secrétaire général, le représentant a averti qu’à l’horizon 2050, 20% de personnes en plus pourraient faire face à la faim, à cause des facteurs liés aux changements climatiques.  M. Acharya a noté que la majorité des populations des PMA n’a pas les moyens de répondre à ses besoins alimentaires quotidiens.  Il a regretté que le monde ne soit pas en mesure de garantir le droit fondamental à l’alimentation, alors que la production alimentaire mondiale pourrait largement être suffisante à cet effet.


Le représentant a fait des suggestions pour que puissent être réalisés les objectifs de sécurité alimentaire.  Il a ainsi proposé la mise en place d’infrastructures agricoles, des investissements sur le long terme dans l’agriculture et l’énergie, une assistance technique et financière, et la promotion d’emplois dans le secteur agricole, aussi bien en zone rurale qu’en milieu urbain.  Il a également invité les pays industrialisés à respecter la promesse, qu’ils ont faite au Sommet du G-8 de L’Aquila, en Italie, en 2009, de fournir 20 milliards de dollars par an à l’assistance aux pays en développement dans le domaine agricole.  Il a rappelé que le secteur agricole a besoin de 120 milliards de dollars de plus par an, si l’on veut pouvoir réduire le nombre de personnes mal nourries à travers le monde de moitié en 2015, et pour éliminer complètement la faim en 2025.  M. Acharya a préconisé également la stabilité des cours des produits alimentaires, ainsi que l’abandon des mesures protectionnistes dirigées contre les produits agricoles.  Il a enfin noté que la coopération Sud-Sud pourrait jouer un rôle de premier plan, en plus des bénéfices tirés de la coopération Nord-Sud, dans les projets visant l’élimination de la faim dans le monde en 2020, ceci conformément aux prévisions contenues dans le Plan d’action d’Istanbul sur les PMA.


QUESTIONS DE POLITIQUE MACROÉCONOMIQUE


Suite du débat général


M. GEORGE TALBOT (Guyana), s’exprimant au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), a indiqué que la région des Caraïbes importe pour près de 4 milliards de dollars de denrées alimentaires par an.  Il a regretté la volatilité des prix des denrées alimentaires sur les marchés internationaux, causée, a-t-il indiqué, par les spéculations d’investisseurs financiers.  M. Talbot a noté que la stratégie de développement agricole de la CARICOM est synthétisée à travers l’ « Initiative de Jagdeo », adoptée en 2006 par les pays de la région, et qui présente la vision et la place de l’agriculture dans la société des Caraïbes à l’horizon 2015.  Cette vision, a dit le représentant, a été au centre des discussions lors de dixième Semaine de l’agriculture des Caraïbes, qui vient de se tenir à Roseau, en Dominique, du 9 au 15 octobre dernier.  Afin de réduire la dépendance des Caraïbes aux importations alimentaires, le représentant à souligné que la CARICOM a mis en place des politiques visant à promouvoir la consommation locale.  Cela permettrait, a-t-il expliqué, de régler le problème de la volatilité des prix, et dans le même temps, de lutter contre les maladies non transmissibles, qui seraient causées par les aliments importées, a ajouté M. Talbot.  Il a également suggéré l’augmentation des financements agricoles, et des microcrédits aux petits exploitants agricoles, ainsi que la conclusion du Cycle des négociations commerciales de Doha, afin de permettre, aux petits pays de pouvoir exporter leur production sans contraintes.  Le représentant a, en outre, souhaité une plus grande synergie entre les politiques agricoles, celles ayant un rapport avec la sécurité alimentaire et les politiques de développement.


M. YUSRA KHAN (Indonésie), s’exprimant au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), a rappelé que l’éradication de la faim et de la pauvreté était le premier des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Il a souligné que les prix des denrées alimentaires avaient atteint cette année un record, dépassant les niveaux de ceux atteints lors de la crise alimentaire de 2008, sur fond de production alimentaire perturbée par les catastrophes naturelles.  Il a indiqué que l’ANASE avait adopté une approche holistique en vue d’assurer une sécurité alimentaire au niveau régional, afin notamment de prévoir des filets de sécurité en matière d’approvisionnement pour les populations les plus vulnérables.  Le représentant a souligné l’importance sur le long terme d’intégrer les petites et moyennes exploitations au marché alimentaire mondial, et a appelé à la conclusion, dans les plus brefs délais, des négociations commerciales du Cycle de Doha.  Il a, en outre, salué les efforts d’investissement et d’aide à l’innovation déployés dans le secteur agricole, appelant à ce que des aides continues soient accordées à travers différents programmes de coopération.


M. PHILIPPE LATRICHE (Union européenne) a rappelé le défi qui se pose au monde de devoir nourrir 9 milliards de personnes d’ici à 2050.  Dans ce contexte, une alimentation durable pour tous doit absolument rester une priorité de l’agenda mondial, a souligné le représentant.  Il a exhorté la Commission à trouver une solution à la volatilité des prix des denrées alimentaires en soutenant divers programmes concrets tel que la création d’un système d’informations sur les marchés agricoles (AMIS) ou l’exemption de restrictions à l’exportation pour des denrées alimentaires achetées dans un but humanitaire.  Il a aussi plaidé pour l’agriculture durable, pour une aide aux petites exploitations et aux femmes agriculteurs, mais aussi pour l’investissement et la promotion d’une nutrition équilibrée dans le cadre des programmes de la FAO.  Le représentant a, en outre, souligné que les efforts en faveur d’une agriculture durable ne pourraient avoir leur plein effet sans l’existence d’un commerce international effectivement ouvert, et qu’à ce titre, il est nécessaire de conclure les négociations commerciales du Cycle de Doha.


M. SERGEY B. KONONUCHENKO (Fédération de Russie) a souligné que le développement de l’agriculture est essentiel à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Il a estimé que la crise alimentaire avait un caractère systémique aujourd’hui et a exprimé le soutien de son pays aux travaux du Groupe des Nations Unies pour résorber la crise alimentaire.  Il a indiqué que la Fédération de Russie avait des ressources agricoles suffisantes pour pouvoir exporter des denrées en direction des pays qui en ont besoin.  La contribution de la Fédération de Russie au Programme alimentaire mondial (PAM) est de 22 millions de dollars US au titre de 2011, a-t-il ajouté, précisant que son pays avait prévu un  budget de 10 millions de dollars supplémentaires pour l’aide d’urgence.  Il a aussi indiqué qu’il est essentiel de réformer les institutions mondiales afin d’œuvrer plus efficacement pour la sécurité alimentaire mondiale.


M. AMAR DAOUD (Soudan) a demandé à la communauté internationale de renforcer son rôle de régulation pour mettre fin à la crise alimentaire internationale.  Il a relevé que Khartoum, la capitale du Soudan, a accueilli récemment la cinquième Conférence islamique sur la sécurité alimentaire.  Les résolutions de cette Conférence, a-t-il expliqué, invitent les pays industrialisés à soutenir les pays en développement pour leur permettre de développer leur agriculture, afin de leur permettre de faire face à la volatilité des prix des denrées alimentaires, et de pouvoir assurer la sécurité alimentaire de leur population.  Le représentant a affirmé que le Soudan a décidé de mettre l’accent en priorité sur le domaine agricole, afin que ce secteur donne une impulsion à l’économie du pays.  Le représentant a indiqué que, bien qu’ayant rempli les conditions requises pour adhérer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Soudan n’a pas encore pu formellement être accepté au sein de cette institution.  Il a regretté cette « injustice » et a invité les pays industrialisés à respecter leurs engagements concernant l’assistance au développement.


Mme MAYTE MASOT PLANOS (Cuba) a souhaité que les travaux de la Deuxième Commission ne fassent pas doublon avec les travaux de la FAO et des agences spécialisées de l’ONU.  Elle a rappelé l’importance des Objectifs du Millénaire pour le développement, dont le premier est la sécurité alimentaire pour tous et la réduction de 50%, d’ci à 2015, du nombre de personnes souffrant de la faim.  La sous-alimentation est une honte pour la planète, a-t-elle souligné, ajoutant que l’on ne pourra pas éliminer la faim dans le monde tant que des multinationales contrôlent les prix alimentaires.  Le rapport de la FAO suggère qu’il faut réduire le gaspillage dans les pays développés par un système d’éducation approprié, a aussi relevé la représentante.  Cuba appuiera les initiatives de la FAO visant à réduire l’insécurité alimentaire au niveau mondial, a-t-elle dit.  La représentante a aussi stigmatisé les préjudices que subit Cuba en raison du blocus américain, qui rend cette situation inacceptable sur le plan éthique.    


M. ROBET MARKS (États-Unis) a relevé que selon la Banque mondiale, l’instabilité des prix des denrées alimentaires a poussé 50 millions de personnes de plus dans la pauvreté depuis le mois de juin dernier.  Il a indiqué que malgré les difficultés économiques, les États-Unis sont déterminés à respecter l’engagement pris au Sommet du G-8 de L’Aquila, Italie, en 2009.  Il s’agit de la promesse faite, par le G-8, de consacrer 3,5 milliards de dollars à la lutte contre la faim sur les trois années suivant le Sommet.  Il a invité tous les partenaires internationaux à respecter leurs engagements en la matière, et il a attiré l’attention sur les 13 millions de personnes qui ont besoin d’une assistance urgente dans la corne de l’Afrique.  M. Marks a rappelé que les États-Unis sont le premier donateur d’assistance humanitaire dans la région de la corne de l’Afrique, avec des actions ayant permis de sauver 4,5 millions de personnes qui faisaient face à la famine.


Le représentant a cependant indiqué que ces réponses d’urgence ne peuvent suffire à régler le problème de la sécurité alimentaire.  Il a, à ce propos, indiqué que des actions sur le long terme seraient également opportunes.  C’est dans cette optique, a-t-il souligné, que le Gouvernement américain a mis en place l’initiative « Nourrir le futur », qui vise à augmenter la productivité agricole à travers le monde.  Ce programme, a dit M. Marks, vise à permettre à 18 millions de personnes, en situation de vulnérabilité, de pouvoir générer 2,8 milliards de dollars grâce aux activités agricoles.  Il a invité les Nations Unies à considérer également des solutions à court et à long termes pour résoudre le problème de la sécurité alimentaire.  Il a ensuite rappelé le soutien des États-Unis au projet « 1000 jours », lancé par le Secrétaire général, et qui vise à permettre aux mères de pouvoir assurer une bonne nutrition à leur enfant, de la grossesse à la deuxième année de vie.  Il a également réaffirmé le soutien des États-Unis au projet de renforcement des capacités des femmes du secteur agricole, un projet lancé par la FAO.  Il a, à cet effet, affirmé qu’en rapport avec le dicton populaire qui stipule que « si l’on apprend à un homme à pêcher, il pourra se nourrir toute sa vie », on pourrait également soutenir que « si on apprend à une femme à pêcher, elle pourra nourrir sa famille durant toute sa vie ».


M. FAISAL HASHIM (Arabie saoudite) a estimé que la question du développement de l’agriculture et de la sécurité alimentaire était au cœur des défis mondiaux posés par la crise alimentaire mondiale et par la hausse des prix.  Il a rappelé que les pays les moins avancés étaient en première ligne pour souffrir de la crise alimentaire, et il a aussi noté que la crise économique rendait difficile la réalisation des objectifs arrêtés en matière de sécurité alimentaire.  M. Hashim a rappelé que son pays a donné 500 millions de dollars US au Programme alimentaire mondial et qu’il avait déployé des aides aux programmes de développement pour promouvoir la stabilité des prix alimentaires.


M. MOHAMED KHALIL(Égypte) a déclaré qu’un certain nombre de facteurs relatifs à l’offre et à la demande allaient accroître les défis en matière d’alimentation dans le monde, citant entre autres la croissance démographique, l’urbanisation ou encore l’augmentation des revenus dans les pays en développement.  Dans le même temps, a-t-il poursuivi, le secteur agricole sera de plus en plus lié au secteur énergétique, à la fois comme consommateur, mais aussi comme producteur, notamment, de biocarburants.  De nombreux experts estiment que le monde a les capacités de répondre à ces défis en adoptant de bonnes politiques et en pourvoyant les ressources nécessaires, a ajouté M. Abdelaziz, soulignant que la famine qui sévit dans la corne de l’Afrique reflète l’impératif d’une action au niveau international.  Le représentant a aussi estimé que la volatilité des prix des denrées alimentaires est un autre défi posé à la sécurité alimentaire mondiale.  De ce fait, l’adoption et la mise en œuvre de politiques appropriées, et l’investissement dans le domaine agricole, sont nécessaires, tout autant que le sont les transferts de technologie, l’assistance technique ou encore les mécanismes de régulation, a encore estimé le représentant égyptien.


M. MAMADOU NDIAYE (Sénégal) a rappelé que la situation alimentaire mondiale était de plus en plus préoccupante et a souhaité que la communauté internationale s’engage à faire en sorte que la sécurité alimentaire durable soit assurée.  Alors que des milliards de personnes continuent de souffrir de la sous-alimentation et de la faim, le représentant a souhaité que de nouvelles opportunités dans le domaine agricole soient développées.  Ce domaine, a-t-il expliqué, fournit l’essentiel de l’alimentation de la population mondiale.  Il a également mis l’accent sur le deuxième Forum international agricole, qui s’est tenu à Dakar, au Sénégal, en avril 2011.  Les questions relatives à l’amélioration des systèmes de production agricole et à la promotion des entreprises agricoles ont été évoquées, a-t-il dit.  Le représentant a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle accroisse les financements destinés à l’agriculture, et promeuve l’investissement étranger tout en accordant à l’agriculture et au développement rural une partie des ressources additionnelles tirées des mécanismes de financement innovants. M. Salam Diallo a également estimé que des politiques de régulation adaptées devraient être prises, ainsi que des mesures pour garantir et réguler les prix agricoles dur les marchés.  


M. JORGE LAGUNA (Mexique) a relevé que des mesures concertées s’imposent pour lutter contre l’insécurité alimentaire.  Il a annoncé que le Mexique a octroyé 1 million de dollars au cadre des efforts internationaux destinés à venir à bout de la famine dans la corne de l’Afrique.  Le représentant a remarqué qu’avec l’augmentation des prix des denrées alimentaires, les populations les plus pauvres dépensent tout leur revenu à l’achat de produits d’alimentation.  Il a fait remarquer que le quota des produits alimentaires dans les échanges commerciaux internationaux ne cesse d’augmenter.  Il a, de ce fait, appuyé la proposition de résolution portant sur les technologies agricoles car ces dernières permettraient d’avoir une solution durable au problème de la sécurité alimentaire.  Il a également souhaité la conclusion du Cycle des négociations commerciales de Doha, et il a invité la communauté internationale à convoquer une rencontre de niveau ministériel sur cette question au plus vite.


M. TAUHEDUL ISLAM (Bangladesh) a déclaré que les premières causes des crises alimentaires, de la pauvreté, des épidémies ou encore de l’instabilité politique dans de nombreux pays sont le manque de cohérence dans les politiques internationales et l’absence d’un environnement favorable au développement.  Maintenir les peuples en état de disette est une violation de la dignité humaine, a encore déclaré le représentant, jugeant regrettable que le droit à l’alimentation et celui de toute personne à ne pas avoir faim soient devenus une « morale pour livres d’histoire ».  Dans ce contexte, M. Islam a souligné le besoin urgent d’accroître les efforts en matière de sécurité alimentaire, en augmentant notamment le financement et les investissements dans le secteur agricole des pays les moins avancés et en développement.  Le représentant a aussi estimé que les subventions agricoles et autres distorsions commerciales créées dans les pays développés ont considérablement détruit le secteur agricole des pays en développement, réduisant leurs capacités à contribuer à la réduction de la pauvreté.  En conséquence, le représentant a appelé à une conclusion rapide du Cycle de Doha; à l’arrêt des mesures discriminatoire dans les pays développés; au transfert des technologies, et à l’incitation du secteur privé afin que celui-ci investisse massivement dans les pays en développement.


Mme CHEN YINGZHU (République populaire de Chine) a regretté qu’1 milliard de personnes souffrent de la faim à travers le monde.  Elle a également rappelé que dans la corne de l’Afrique, la famine, causée par la sécheresse, a créé une crise humanitaire grave.  La représentante a affirmé que la sécurité alimentaire est importante pour le développement mondial et la sécurité, et elle a invité la communauté internationale à renforcer la coopération internationale afin de stabiliser les prix des denrées alimentaires et autres produits de première nécessité. 


Dans l’objectif d’assurer la sécurité alimentaire, Mme Chen a suggéré que la communauté internationale accorde une importance particulière au développement agricole.  Elle a ensuite souhaité la fin du protectionnisme commercial, la suppression des barrières tarifaires et la conclusion du Cycle des négociations commerciales de Doha, afin d’établir, a-t-elle noté, un système commercial juste et équitable.  À ce propos, elle a invité les pays développés à faire preuve de plus de volonté en ouvrant leur marché aux produits agricoles des pays en développement.  Elle a également indiqué que les prix des denrées alimentaires ne devraient pas être l’objet de spéculations financières.  La représentante a, en outre, invité les pays industrialisés à respecter les engagements pris au Sommet du G-8 de L’Aquila en 2009 en rapport avec le financement du secteur agricole.  Mme Chen a rappelé qu’avec moins de 9% des terres arables du monde et 6,5% de ressources en eau douce, la Chine réussit à nourrir sa population qui représente 21% de l’humanité.  Elle a, en outre, souligné que la Chine a accordé 70 millions de dollars d’assistance aux pays de la corne de l’Afrique, région qui fait face à la famine.


Mme CARLA ESPOSITO (Bolivie) a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle redouble d’efforts pour résoudre la situation terrible dans laquelle se trouve la corne de l’Afrique en termes d’alimentation.  Elle a énuméré l’ensemble des facteurs qui mettent en danger la sécurité alimentaire de la population mondiale, du changement climatique à la spéculation sur les marchés des matières premières.  Elle a demandé une plus grande intervention des institutions internationales pour garantir la sécurité alimentaire, citant l’octroi d’une aide au développement pour une agriculture durable, mais aussi une évolution du commerce international en faveur de ces pays, avec moins de barrières à l’importation de leurs produits dans les pays développés.  La représentante a parlé du quinoa, céréale produite par son pays, et dont les vertus nutritionnelles ont été reconnues, et a indiqué que la Bolivie avait l’intention de présenter « un projet d’année internationale consacrée au quinoa » pour 2013.   


M. JASON BAY (Singapour) a rappelé des chiffres de la FAO selon laquelle il faut augmenter de 70% les capacités alimentaires mondiales d’ici à 2050 pour pouvoir faire face aux besoins de la population mondiale à cet horizon.  Sans oublier que les nouveaux modes de vie des populations des économies émergentes vont augmenter la demande mondiale en viande de 20% sur la seule décennie actuelle, a prévenu le représentant.  Il a rappelé que la sécurité alimentaire n’est pas une simple question économique, mais bien un problème d’ordre politique et social.  Ainsi, un État Membre sur cinq a fait face à des manifestations lors de la crise alimentaire de 2008, a-t-il rappelé.  Le représentant a relevé la complexité de la question de la sécurité alimentaire, étroitement liée aux questions de l’approvisionnement en eau et en énergie.  Il a appelé à une coordination des politiques alimentaires au niveau international et s’est dit confiant dans l’existence de solutions de long terme au problème de la sécurité alimentaire.  À ce titre, il a plaidé en faveur d’une plus grande libéralisation des marchés alimentaires mondiaux, avec moins de taxes et de quotas entre pays, et pour une conclusion effective des négociations de Doha sur le commerce international.


M. JASSER JIMENEZ(Nicaragua) a souligné qu’il était de « notre devoir d’éviter que la crise alimentaire mondiale de 2008 ne se reproduise ».  Il s’est interrogé sur le sens de célébrer l’anniversaire de programmes alimentaires si les faits sont accablants, à l’instar de la situation prévalant dans la corne de l’Afrique.  Si l’on veut éviter une catastrophe et des millions de morts à terme, la communauté internationale doit se mobiliser de toute urgence, a-t-il insisté.  Sans efforts internationaux, nous n’aurons que des solutions partielles, a prévenu le représentant.  Tant que la sécurité alimentaire n’est pas garantie, avec des aliments à des prix justes, il faudra continuer de développer des capacités nationales pour encadrer la nutrition des populations, a ensuite estimé le représentant du Nicaragua, qui a cité en exemple un programme national de promotion de l’agriculture et d’encadrement de l’alimentation mis en place au Nicaragua pour les plus démunis.


Mme HANNA PROROK (Ukraine) a souligné les progrès réalisés ces dernières années pour réduire la faim et la pauvreté, mais a noté que les pays les plus fragiles n’avaient pas bénéficié de ces progrès, notamment en Afrique subsaharienne.  La représentante de l’Ukraine a exprimé le soutien de sa délégation aux activités des Nations Unies et de leurs agences, en particulier la FAO, le FIDA et le PAM.  Elle a aussi salué les contributions du G-8 et du G-20 à la promotion du développement de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.  La représentante a émis l’idée de créer un « fonds mondial des céréales » géré par le système de Nations Unies et financé par des institutions financières internationales, fonds qui permettrait de réguler les cours des denrées alimentaires en intervenant sur le marché quand il y a des baisses de l’offre en céréales.  L’Ukraine, en tant que l’un des 10 plus gros producteurs céréaliers mondiaux, est prête à contribuer à ce fonds, a indiqué la représentante.  Elle a, en outre, apporté le soutien de son pays à la question du développement de l’agriculture des pays en développement, via des investissements pour la promotion d’une agriculture durable et un meilleur accès des denrées produites aux marchés mondiaux.


M. DUSHYANT SINGH (Inde) a estimé que la sécurité alimentaire est la question la plus importante inscrite à l’agenda du développement, et que la résolution de cette question est essentielle à la réalisation des OMD.  Il a souligné que la crise alimentaire de 2008 avait mis en lumière les déséquilibres et les limites existants dans la production alimentaire mondiale, caractérisée par des modes de production qui ne sont pas viables.  Alors que ces déséquilibres perdurent, le problème de la spéculation pratiquée par les marchés financiers concernant les produits agricoles a conduit à une flambée des prix des produits de base et des matières premières en général.   M. Singh a demandé, à ce titre, une meilleure régulation des marchés de matières premières.  Le représentant a, en outre, cité des experts selon lesquels les capacités de production étaient moins gaspillées dans les pays en développement, et a fait remarqué que, selon les mêmes experts, si la nourriture était moins gaspillée dans les pays développés, il serait tout à fait possible de nourrir 9 milliards d’habitants sur la planète.  Le représentant de l’Inde a aussi souligné les mesures prises par son pays pour réformer son agriculture en vue d’en faire une agriculture durable.  Il a enfin appelé à d’avantage d’efforts concertés au niveau international en ce qui concerne la sécurité alimentaire, saluant au passage les mesures prises lors du Sommet des ministres de l’Agriculture du G-20, tenu  en juin dernier.  L’Inde soutient l’Initiative de L’Aquila sur la sécurité alimentaire, a rappelé M. Singh.


M. ENAYET MADANI (Afghanistan) a déclaré que le domaine agricole apparaît comme le plus important secteur de l’économie des pays les plus pauvres du monde.  Il a affirmé qu’en Afghanistan, 80% de la population dépendent de l’agriculture ou des secteurs connexes.  Il a indiqué que les conflits armés, qui ont marqué la vie de l’Afghanistan depuis trois décennies, ont conduit à la destruction des infrastructures du pays, y compris les infrastructures agricoles.  Il s’est félicité que le Fonds de développement agricole, que le pays a mis en place, ait reçu 100 millions de dollars des États-Unis.  Ce fonds, a précisé le représentant, permet d’offrir des prêts aux petits agriculteurs et de développer l’irrigation et l’approvisionnement en semences améliorées.  M. Madani a également affirmé que les changements climatiques minent le développement de l’agriculture de l’Afghanistan.  En effet, la rareté de l’eau, les inondations, et les sécheresses, sont autant de facteurs qui entravent la productivité de l’agriculture afghane.  Le représentant a ensuite invité la communauté internationale à considérer avec attention, la situation des 12 millions d’Afghans qui souffrent de la faim.  Il a noté que 61% de la population ont besoin d’assistance, ceci dans 14 provinces, même si, a-t-il reconnu, leur situation n’est pas aussi désastreuse que celle des populations de la corne de l’Afrique.  Il a, à cet effet, souhaité une augmentation de 142 millions de dollars des fonds d’assistance du Programme alimentaire mondial déboursés en faveur des agriculteurs de l’Afghanistan.


M. FAICAL SOUISSI (Maroc) a relevé que la communauté internationale accuse un important retard par rapport à la réalisation du premier des huit Objectifs du Millénaire pour le développement, qui est celui relatif à l’élimination de la faim et de la pauvreté dans le monde.  Il a regretté que l’instabilité des prix des denrées alimentaires soit de plus en plus marquée, alors que, dans le même temps, l’aide publique au développement, en matière agricole, a connu un déclin de 15 à 5% au cours des 20 dernières années.  Le représentant a souligné que le Maroc a lancé le « Plan Maroc vert » en 2008, une initiative qui vise à faire de l’agriculture le principal moteur de l’économie marocaine.  Ce Plan s’accompagne notamment d’actions telles que le reboisement, la création de bassins versants pour lutter contre l’érosion des sols, et la protection des barrages de retenue d’eau consacrés à l’irrigation, a expliqué le représentant.  M. Souissi a également invité les pays en développement à exploiter leur capacité de stockage des productions agricoles, au niveau régional, afin de prévenir la volatilité des prix des denrées agricoles, et faire ainsi barrage à la spéculation.


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