14/10/2011
Assemblée générale
AG/EF/3312

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Deuxième Commission

Réunion d’information- matin


RENCONTRE ENTRE LA BANQUE MONDIALE, LE FMI ET LA COMMISSION ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

SUR LES RÉSULTATS DES RÉUNIONS ANNUELLES 2011 DES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS


Les experts confirment que l’économie mondiale est en danger du fait

des crises de dettes souveraines, de l’instabilité des marchés, des prix alimentaires et de la chute de l’APD


Le Bureau du financement du développement du Département des affaires économiques et sociales (DAES) a tenu ce matin, au Siège des Nations Unies à New York, une réunion d’information sur les réunions d’automne du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). 


Présenté par M. Thomas Stelzer,Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, l’événement a été ouvert par quatre présentations préliminaires faites par: M. Jorge Familiar Calderón, Vice-Président et Secrétaire exécutif du Groupe de la Banque mondiale, et Secrétaire par intérim du Comité du développement; M. Elliot Harris, Représentant spécial du Fonds monétaire international auprès de l’ONU; M. Sudarshan Gooptu, Directeur de secteur du Département des politiques économiques et de la dette auprès du Groupe de la Banque mondiale; et Mme Carolina Sanchez, économiste principale auprès du Groupe de la Banque mondiale.


M. Calderón a fait un compte rendu de la réunion du Comité de développement de la Banque mondiale du 24 septembre, qui avait deux thèmes principaux: l’emploi et l’égalité des genres.  Les débats du Groupe de la Banque mondiale ont également porté sur la manière dont les pays en développement font face à la crise économique actuelle, en particulier en ce qui concerne l’extrême volatilité des marchés financiers et des cours des matières premières.  La crise a réduit leur capacité à faire face aux chocs économiques, a-t-il souligné.  Concernant l’emploi, il a fait valoir que c’était un aspect essentiel pour transformer la croissance en outil de réduction de la pauvreté, et a noté le rôle essentiel que jouent la Société financière internationale (SFI) et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI).  M. Calderón a aussi précisé que la réunion du mois de septembre avait accueilli positivement un rapport de la Banque mondiale sur la promotion de l’égalité des genres, lequel conclut que celle-ci est un aspect stratégique essentiel à la réduction de la pauvreté.  Il a été reconnu que davantage de mesures sont requises de la part des gouvernements, du secteur privé et des partenaires du développement pour promouvoir l’égalité entre hommes et femmes.  Il a également été conclu que le Groupe de la Banque mondiale doit trouver des approches innovantes pour promouvoir davantage l’égalité des genres, particulièrement pour pouvoir aider la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord dans son actuelle transition socioéconomique.  La réunion du Groupe de la Banque mondiale a aussi fait une large place à la situation de sécheresse qui prévaut dans la corne de l’Afrique, a rapporté M. Calderón, citant des réflexions sur une aide accrue de la Banque mondiale, qui a déjà débloqué 2 milliards de dollars pour ce problème.


M. Harris quant à lui est ensuite intervenu pour souligner que lors de la réunion annuelle du FMI, le 24 septembre dernier, les débats avaient porté sur le constat que l’économie mondiale est désormais entrée dans une phase « dangereuse », faite de croissance faible, de crise de la dette dans les pays développés, et d’extrême volatilité dans les marchés financiers et les prix des matières premières.  La reprise s’annonce difficile, avec des prévisions de croissance allant de 4% en moyenne pour les économies émergentes, -soit moins que de précédentes estimations-, à 1% pour les pays développés.  Des politiques sont actuellement mises en œuvre pour éviter que la situation n’empire, mais l’austérité budgétaire appliquée dans les pays développés contribue à ralentir l’économie, sur fond de crise de confiance des marchés envers l’efficience des mesures prises.  Dans son diagnostic, le FMI a identifié plusieurs risques à une reprise solide de l’économie mondiale, citant le manque d’investissements dans le secteur privé, des décisions politiques prises de manière trop tardive, le chômage, l’austérité budgétaire et fiscale, ou encore un manque de financements solides pour les banques.  Il a été suggéré de mettre en place des réformes structurelles en faveur de la création d’emplois et d’une meilleure flexibilité des flux financiers.  La réunion du FMI s’est aussi penchée sur les questions de l’extrême volatilité des prix des matières premières; de la promotion d’une croissance plus inclusive; de la nécessité de créer des emplois dans le sillage du « printemps arabe »; de la résistance aux catastrophes naturelles, et d’un meilleur encadrement du commerce international.


Dans son intervention, M. Gooptu a pour sa part présenté les perspectives mondiales du Groupe de la Banque mondiale, faisant état principalement d’un contexte international de plus en plus précaire qui se caractérise par des économies développées étranglées par leurs dettes souveraines; des pays émergents solides, mais devant se méfier de la contagion de la crise; et des pays en développement plus vulnérables que lors de la crise de 2008.  Le compte rendu a passé en revue des aspects purement financiers, comme le marché des dérivés de crédit (CDS) adossés à des dettes souveraines, ou encore les taux de spreads sur les crédits illustrant les inquiétudes sur la capacité des banques européennes à faire face à la crise.  Cette revue panoramique a aussi balayé des indices sur la production industrielle, le commerce mondial, les prix des matières premières, et a souligné que des inquiétudes sur la hausse des prix et l’inflation demeurent, mais sont moins vives que précédemment.  Les principales conclusions font état d’une reprise mondiale très fragile, tout particulièrement pour les pays riches et les pays en développement, et de prix des denrées alimentaires en très forte hausse, rendant inquiétante la situation de certaines régions, comme notamment celle de la corne de l’Afrique.  Des recommandations pour la croissance ont été faites à l’intention des pays en développement, comme par exemple la nécessité d’accroître les transferts de technologies; l’accélération du développement du commerce international, ou encore la mise en place de mesures pouvant promouvoir des classes moyennes.  Il a enfin été recommandé de replacer les politiques de l’emploi au cœur des priorités dans les pays industrialisés et émergents.


Mme SANCHEZ a enfin présenté un rapport sur l’égalité des genres, qui dresse un bilan mitigé des progrès faits à ce jour, avec notamment une hausse inégale de la scolarisation des femmes à travers le monde; des salaires inférieurs à ceux des hommes; ou encore, une sous-représentation des femmes dans les instances politiques représentatives.  L’experte a souligné le coût que peut engendrer l’inégalité des genres, en termes de réduction de la productivité dans le secteur agricole, de violences sociales accrues, et de politiques publiques moins portées sur l’amélioration des conditions de vie des populations.  Carolina Sanchez a abordé la question du rôle des institutions et des marchés dans la promotion d’une meilleure égalité des genres et a plaidé en faveur de la mise en place de programmes publics qui visent à réduire les écarts de revenus entre hommes et femmes, à améliorer la santé publique, l’éducation, ou encore à encourager l’émancipation économique des femmes, avec notamment un meilleur accès au crédit.  L’Économiste principale à la Banque mondiale a aussi abordé des thématiques sociales associées à l’égalité des genres, comme par exemple, accroître le droit des femmes à la contraception, renforcer la législation sanctionnant les violences conjugales, ou encore encourager les campagnes d’information portant sur ces questions.


Débat interactif


La délégation du Népal a demandé à ce qu’une catégorie des PMA soit spécifiquement reconnue au sein des institutions de Bretton Woods et a voulu savoir quels sont les moyens existants pour encourager l’investissement dans ces pays.  M. Calderón lui a répondu en évoquant les capacités du guichet de l’IDA (Association internationale de développement) pour répondre aux crises, et a indiqué que l’IDA a donné des outils à la Banque mondiale pour pouvoir assister les pays défavorisés à faible revenu.  Il a aussi cité la possibilité d’une collaboration avec la Société financière internationale.  Interrogé par le Portugal sur les priorités et sur l’agenda des institutions de Bretton Woods, il a fait part d’une modernisation en cours de l’élaboration de l’agenda de la Banque mondiale et du FMI afin de les rendre plus réactifs.  Interpellé par plusieurs représentants, dont celui de la Turquie, sur la situation des pays à revenu intermédiaire, M. Calderón a répondu que la Banque mondiale était préoccupée par la pauvreté de manière générale, et que la stratégie d’intervention de l’institution dans les États faisant partie de ce groupe de pays était en cours d’examen en vue d’en améliorer les outils.


À la question portant sur la cohérence des politiques menées par les institutions de Bretton Woods et sur la réforme de leur gouvernance, soulevée par les délégations de la Norvège et de la France, M. Harris a répondu que les travaux avaient pris du retard et qu’un ensemble de propositions passées en 2010 attendent la ratification de tous les États membres de ces institutions.  Seulement 20 d’entre eux ont ratifié à ce jour ces propositions, a-t-il précisé.  Le panéliste a en outre précisé que des travaux étaient en cours en vue de réformer le système monétaire en vigueur et de renforcer les réserves de devises, avec une réflexion sur un rôle accru de l’usage des droits de tirage spéciaux (DTS).  À la question posée par plusieurs délégations sur les moyens de stabiliser les prix des matières premières, il a indiqué que ce n’était pas de la compétence du FMI, mais que le G-20 était actif sur le sujet.


La délégation de la France a demandé comment, dans la perspective de la Conférence Rio+20 sur le développement durable, la Banque mondiale allait être impliquée.  M. Gooptu a répondu que la Banque mondiale voit dans cette Conférence une opportunité pour définir de nouvelles lignes en vue d’un consensus mondial, sachant que nous sommes aujourd’hui dans une situation très différente de celle qui prévalait en 1992 au moment de la tenue du Sommet de la Terre, ou encore lors de la Conférence sur la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).  Le Portugal s’est inquiété du risque de contagion qui se pose pour les pays aux économies ouvertes, et le Népal s’est pour sa part inquiété de l’assèchement des aides au développement destinées aux pays les moins avancés (PMA), ce à quoi M. Gooptu a répondu qu’il fallait faire d’avantage avec ces aides et avec les fonds existants.  Interpellé par les délégations du Bénin et de la Turquie sur la manière dont la technologie peut remplacer et détruire des emplois, il a suggéré aux pays de mettre l’accent sur les secteurs à fort potentiel de création d’emplois.


Interpellée quant à elle par l’Allemagne sur l’utilisation du Rapport sur l’égalité des genres, Mme Sanchez a précisé que l’objectif de ce document n’était pas de type opérationnel, mais qu’il devait servir de document suscitant l’analyse et la discussion.  Elle a donné en exemple, pour faire suite à une remarque du Bangladesh, les cas de l’Inde et des États-Unis, pays où on peut observer les apports des femmes dans le domaine de la politique et les conséquences découlant des choix politiques, notamment une baisse des niveaux de corruption.


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