28/06/2010
Secrétaire général
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LES PROGRÈS VERS LA RÉALISATION DES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE POUR LE DÉVELOPPEMENT SONT TRÈS INÉGAUX, DÉCLARE LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL AU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL


On trouvera ci-après le texte de la déclaration du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans le cadre du débat de haut de niveau du Conseil économique et social, à New York aujourd’hui 28 juin:


Je suis heureux d’ouvrir ce débat de haut niveau du Conseil économique et social.


Nous nous retrouvons alors que la planète est encore secouée par les ondes de choc d’une série de crises.  La crise financière, la crise alimentaire, la crise climatique ont entravé les efforts déployés pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement et hypothèquent l’avenir.


Nous vivons dans un monde assombri par les incertitudes financières et économiques.  Après la récession la plus grave de l’histoire récente, la reprise est fragile et inégale.  Elle n’est pas suffisante pour rattraper les pertes subies.  Des dizaines de millions de personnes ont basculé dans l’extrême pauvreté.


Pourtant, malgré ces mauvaises nouvelles, les raisons d’espérer ne manquent pas.  Le rapport de 2010 sur les objectifs du Millénaire pour le développement montre que nous avons marqué des points dans notre lutte contre l’extrême pauvreté dans la dernière décennie.  Le taux mondial de pauvreté devrait baisser à 15% d’ici à 2015 – la moitié de son niveau de 1990.


Les enfants sont plus nombreux que jamais à avoir accès à l’éducation.  Le taux mondial d’inscription scolaire atteint 85%.  Beaucoup de pays ont franchi la barre des 90%.  La mortalité infantile a nettement diminué, de même que l’incidence de la rougeole, du paludisme et des maladies tropicales négligées.


Nous avons également assisté à l’élargissement phénoménal de l’accès aux traitements antirétroviraux contre le VIH.  Des dizaines de millions de vies ont été sauvées grâce à l’action collective des gouvernements, de la société civile et des organisations internationales.


Ces résultats –dont beaucoup ont été obtenus dans les pays les plus pauvres de la planète– prouvent que les Objectifs du Millénaire pour le développement sont réalisables.  Ils montrent que, là où nous essayons, nous réussissons.  Si nous n’essayons pas, nous échouons.  La recette est claire: des politiques rationnelles, des investissements suffisants, des appuis internationaux fiables.


     Permettez-moi toutefois d’ajouter un bémol.  Car les avancées ont été globalement inégales.  Nous allons sans doute passer à côté de plusieurs objectifs, surtout dans les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral, les petits États insulaires en développement et les pays en situation de conflit ou d’après conflit.


     Le changement climatique reste une menace pour le développement durable.  La faim et l’insécurité alimentaire frappent des millions d’individus.  Des disparités tenaces subsistent – entre les riches et les pauvres, entre les ruraux et les citadins, entre les hommes et les femmes.  Les peuples de la planète attendent et méritent une meilleure qualité de vie.


     Ils ont besoin d’un monde dans lequel les bienfaits du développement économique et social sont partagés par tous, un monde dans lequel les grandes puissances sont interpellées sur leurs nombreux engagements.  Tel est le message que je porterai en septembre au Sommet consacré aux Objectifs du Millénaire.


     Ce message, je l’ai déjà porté au Sommet du G-20 ce week-end.  Les grands de ce monde ont réitéré devant moi leur volonté d’accélérer la réalisation des objectifs, malgré les difficultés de l’heure, ce qui me donne des raisons d’espérer.


     Pour la première fois, le développement figurera à l’ordre du jour du prochain Sommet du G20 à Séoul en novembre.  Les gouvernements doivent s’entendre sur un plan d’action concret contenant une feuille de route précise pour tenir notre promesse d’ici à 2015.


     Nous devons obtenir des résultats pour les populations les plus vulnérables de la planète.  En sa qualité de principale entité du système des Nations Unies pour les questions économiques et sociales, ce conseil a un rôle essentiel à jouer.  Je crois qu’il faut agir sans attendre sur trois fronts.


     Premièrement, l’emploi – aujourd’hui, le taux de chômage mondial bat tous les records.  Quelque 211 millions de personnes sont sans travail.  Nous devons créer 470 millions d’emplois dans les 10 prochaines années.  Et il est temps de promouvoir le travail décent – dans tous les pays, et pas seulement dans les pays riches – l’investissement de bon sens dans les emplois verts, la reprise verte.


     Deuxièmement, la sécurité alimentaire – la faim touche aujourd’hui plus d’un milliard d’individus dans le monde.  Face à ce chiffre sans précédent, nous devons absolument tenir les engagements souscrits à L’Aquila. Misons sur les petits paysans.  Ils produisent l’essentiel des biens alimentaires mondiaux et forment la clef de voûte économique des pays en développement.


     Troisièmement, l’investissement en faveur des femmes.  C’est là que nous sommes le plus en retard.  La réalisation des Objectifs du Millénaire, quels qu’ils soient, passe par l’égalité sociale, politique et économique des femmes  Tant que les femmes et les filles resteront prisonnières de la pauvreté et de l’injustice, la réalisation de nos aspirations – la paix, la sécurité, le développement – sera compromise.


     Il est donc tout à fait logique que cette session du Conseil économique et social porte sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.  L’autonomie des femmes est un impératif économique et social.


     Les deux tiers des 72 millions d’enfants d’âge primaire non scolarisés sont des filles.  Au niveau mondial, les femmes n’occupent que 18 % des sièges parlementaires.  Et partout dans le monde, elles sont trop nombreuses à vivre dans la peur et la violence.  La violence faite aux femmes est un crime, un crime qu’aucune culture ne doit tolérer.


     Les politiques, les cadres juridiques et les systèmes de justice sociale sont tout simplement insuffisants dans de trop nombreux pays.  L’amélioration de la santé maternelle est de tous les Objectifs du Millénaire celui où les progrès se font le plus attendre.  Chaque année, 10 à 15 millions de femmes sont diminuées à vie à cause de complications durant la grossesse ou l’accouchement.  Chaque année, plus d’un million d’enfants perdent leur mère à la naissance.  Il est inadmissible qu’au XXIe siècle des femmes meurent encore en couches.


     Je vous demande de mobiliser des appuis en faveur de notre plan d’action conjoint pour la santé des femmes et des enfants.  Vous êtes assurément bien placés pour faire inscrire la question des femmes en bonne place dans toutes les futures négociations sur le développement.  Les conclusions du récent examen 15 ans après de la mise en œuvre de la Déclaration de Beijing devraient être directement reprises dans vos pourparlers et dans le texte final du Sommet de septembre sur les Objectifs du Millénaire pour le développement.


     Nous devons tous ensemble presser les gouvernements de changer d’attitude et de politiques à l’égard des femmes et des filles.  Nous devons mettre fin aux inégalités et aux discriminations et informer les femmes et les filles de leurs droits inaliénables.


     Nous sommes dans une année charnière pour les femmes.  Nous célébrons en effet le quinzième anniversaire de la Déclaration de Beijing et le dixième anniversaire de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité, pour ne citer que quelques jalons importants.


     Et cette année, nous sommes bien partis pour faire un autre grand pas en avant.  Je me félicite de la décision, adoptée à la soixante-troisième session de l’Assemblée générale, de regrouper les quatre entités du système des Nations Unies traitant des questions liées à la condition des femmes en une seule entité composite.  Je suis attentivement les négociations intergouvernementales en cours durant la session qui concrétiseront cette décision.


     La création d’ONU Femmes renforcera de manière décisive notre capacité à œuvrer avec les États Membres pour répondre de manière cohérente aux besoins des femmes et des filles.


Nous devons tous obtenir des résultats dans notre lutte collective contre les crises mondiales et notre effort pour avancer vers la réalisation des Objectifs du Millénaire.  Les femmes doivent participer à tous les niveaux à toutes les prises de décision politique.  La volonté politique de changer les lois et les règles discriminatoires à l’égard des femmes doit être plus forte que jamais.


Dans leur famille et au travail, les femmes contribuent de manière essentielle à améliorer la sécurité alimentaire, à renforcer la résilience des communautés face au changement climatique et aux catastrophes naturelles et à trouver des solutions durables au problème de la pauvreté.


Je compte sur vous pour garder à l’esprit l’impératif d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes lors de l’examen ministériel annuel et du Forum pour la coopération en matière de développement.  Et je vous exhorte à réfléchir aux initiatives nationales renforcées à engager pour accélérer la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Ils sont tous à notre portée.  Nous avons les outils.  Mettons-les au service de notre volonté politique et notre détermination.


Je vous souhaite une session fructueuse.


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