10/03/2010
Communiqué de presse
Conférence de presse

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LE RÔLE CENTRAL DES FEMMES AU SEIN DES COMMUNAUTÉS ET DES MÉNAGES POUR FAIRE FACE À L’INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE


Les femmes des communautés locales, notamment rurales, sont particulièrement touchées par l’insécurité alimentaire car elles sont au cœur de la production alimentaire, des achats d’aliments et de la préparation des repas.  Quand les denrées se font rares ou que les prix de l’alimentation augmentent, ce sont elles qui trouvent des solutions et élaborent des stratégies au niveau local pour atténuer les effets de la crise alimentaire.  C’est ce qu’ont souligné cet après-midi des représentantes de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de trois organisations de femmes, qui ont mis l’accent sur l’intérêt, pour les décideurs politiques, d’utiliser les connaissances des femmes en la matière.


Au cours d’une conférence de presse tenue au Siège de l’ONU, Mme Marcella Villareal, Directrice de la Division de la parité, de l’équité et de l’emploi rural de la FAO, a présenté une initiative de la FAO et de réseaux mondiaux de femmes, WOCAN et la Commission Huairou, de la Malaisie, qui a consisté à observer et relever les stratégies adoptées sur le terrain par les femmes pour atténuer l’insécurité alimentaire, afin d’en tirer des conclusions.


Le monde subit les effets combinés de la crise alimentaire mondiale et de la crise économique et financière, a-t-elle rappelé.  Avec aujourd’hui un milliard de personnes souffrant de la faim à travers le monde, Mme Villareal a appelé à prendre en compte ces hommes, ces femmes et ces enfants par le biais de programmes visant à résoudre le problème de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire.


L’étude menée a permis de consulter des femmes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sur l’incidence de l’insécurité alimentaire sur elles-mêmes et sur leurs communautés et a conduit à évaluer les stratégies qu’elles ont adoptées pour pallier ce problème.  Cette étude met en évidence les groupes les plus vulnérables à la crise alimentaire, comme les pauvres des zones urbaines, les habitants des zones rurales chargés de faire les courses alimentaires, et plus spécialement les femmes chefs de foyer.


Comme les autres intervenantes, Mme Villareal a souligné que le manque d’accès des femmes à la terre place un pays tout entier dans une situation de vulnérabilité.  L’égalité des droits pour l’accès à la terre, et notamment du droit à la propriété foncière, ne sont donc pas seulement des impératifs moraux, mais aussi une nécessité pour arriver à la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté, a-t-elle estimé.  Elle a précisé qu’en moyenne dans le monde, seulement 20% des femmes possèdent des terres, ce chiffre variant entre 3% dans certains pays à 47% au maximum dans d’autres.


Le monde a trop longtemps négligé les investissements dans le secteur agricole, a poursuivi Mme Villareal, ce qui compromet les chances d’atteindre l’Objectif 1 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui vise à éliminer l’extrême pauvreté et la faim.  Elle a donc appelé à augmenter la part des investissements affectés à ce secteur aux niveaux national et international.


Mme Sri Sofjan, de la Malaisie, représentant la Commission Huairou, a fait part des résultats d’études menées auprès de femmes des communautés locales de cinq pays d’Asie: Bangladesh, Inde, Népal, Pakistan et Philippines.  Elle a rappelé qu’en Asie l’insécurité alimentaire se manifeste notamment par l’augmentation des prix de l’alimentation et la pénurie de produits locaux.  Elle a aussi dénoncé le changement climatique comme un des facteurs majeurs qui empêchent les femmes de continuer à pratiquer les activités agricoles dans lesquelles elles s’impliquent avec leurs connaissances actuelles.


Parmi les trois effets principaux de l’insécurité alimentaire, elle a parlé des problèmes de santé entrainés par la baisse de la consommation alimentaire et de la qualité des aliments.  Beaucoup de foyers sont obligés de sauter des repas, et certains aliments courants dans la cuisine quotidienne ne peuvent plus être utilisés à cause de leur prix trop élevé, comme c’est le cas au Népal pour la pomme de terre.  Mme Sofjan a aussi mentionné la tendance à consommer davantage de nourriture de mauvaise qualité, qui peut être riche en calories et moins chère, mais qui est moins nutritive.


Pour sortir de l’insécurité alimentaire, les femmes ont développé des stratégies diverses.  Elles créent par exemple des groupes de crédit et d’épargne, apprennent de nouvelles méthodes agricoles comme la diversification et l’utilisation de semences locales, et constituent des banques alimentaires et des banques de grains et de semences.


Les recommandations qui peuvent être tirées de l’expérience des femmes en Asie sont notamment de prendre en compte les connaissances locales et les pratiques des autochtones en ce qui concerne la production alimentaire, et de moins s’appuyer sur les produits alimentaires importés.


La représentante du Réseau international d’organisations féminines communautaires (GROOTS), Mme Violet Shivutse, du Kenya, a exposé, elle aussi, quelques stratégies qu’ont élaborées les agricultrices au niveau local dans son pays.  Elle a cité, par exemple, les activités qui génèrent des revenus communs et bénéficient aux groupes vulnérables, comme les personnes vivant avec le VIH/sida et les orphelins.  Il y a aussi des programmes de nutrition dans les écoles pour que les enfants aient au moins un repas par jour; des banques de céréales; et des écoles communautaires de nutrition.  Les femmes du terrain assurent aussi la promotion des connaissances ancestrales de stockage et de plantation, qui sont moins coûteuses que les techniques dites modernes, et pourtant efficaces.


Suivant les recommandations de ces femmes, Mme Shivutse a appelé à reconnaitre que les femmes sont touchées par l’insécurité alimentaire et peuvent donc être associées aux prises de décision.  Elles sont en effet en mesure de dire ce qui fonctionne le mieux pour elles, a-t-elle relevé.  Elle a aussi mentionné le problème du manque d’accès à la terre pour les femmes locales.  Si elles ne peuvent pas acquérir la terre individuellement, elles peuvent le faire de façon collective, a-t-elle cependant fait remarquer.


Mme Ruth Serech, du Guatemala, représentante de Coordinación de Desarrollo Integral de Mujeres Mayas (CODIMM), a souligné le problème de sécheresse en Amérique latine.  Les femmes sont les premières touchées par le phénomène, car leurs activités dépendent en grande partie de l’eau, a-t-elle noté.  Elle a indiqué combien les femmes souffraient du déficit nutritionnel et de la baisse des stocks alimentaires dans les familles.  La représentante a aussi demandé que les gouvernements s’engagent à favoriser l’utilisation des engrais biologiques, afin de ne pas continuer à endommager la terre.  Mme Serech a enfin appelé à offrir un appui financier et technique aux femmes.


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