06/01/2010
Conseil de sécurité
CS/9834

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6255e séance – matin


EN DÉPIT DES INCERTITUDES, L’ONU DEMEURE FERMEMENT ENGAGÉE À APPUYER LES AFGHANS À TROUVER LA VOIE

DE LA STABILITÉ ET DE LA PAIX, ASSURE M. BAN KI-MOON DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ


Son Représentant spécial pour l’Afghanistan, M. Kai Eide,

met l’accent sur la nécessité de développer les capacités civiles de l’Afghanistan


« L’année 2009 a été difficile dans un pays qui se heurte à des défis titanesques », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, qui présentait ce matin devant le Conseil de sécurité son dernier rapport sur la situation en Afghanistan*.  Une situation caractérisée par une augmentation de 65% du nombre des incidents entre 2008 et 2009 alors que les éléments antigouvernementaux sont responsables de la majorité des victimes civiles, dont 54% ont été tuées par des attentats-suicide ou des attaques au moyen d’engins explosifs improvisés.  En dépit des incertitudes, les Nations Unies demeurent fermement engagées à appuyer les hommes et les femmes en Afghanistan pour trouver la voie de la stabilité et de la paix, a-t-il assuré.  La plupart des 22 délégations qui sont intervenues ont également exprimé leurs inquiétudes face à la recrudescence de la violence, citant notamment l’attaque perpétrée à Kaboul le 28 octobre 2009, qui a fait cinq victimes parmi les membres du personnel des Nations Unies.


« Si nous ne tenons pas compte de la composante civile de la transition comme de la composante militaire, nous échouerons, a de son côté prévenu M. Kai Eide, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).  Ce dernier, qui intervenait pour la dernière fois devant le Conseil de sécurité, a mis l’accent sur l’importance d’une stratégie de transition avec des mesures qui permettront au Gouvernement afghan de dispenser des services essentiels et de les financer. M. Eide s’est dit préoccupé par le fait que les structures parallèles au Gouvernement sont maintenues et que 80% de l’aide en faveur de l’Afghanistan ont été consacrés à des projets bilatéraux auxquels le Gouvernement n’est pas associé.  C’est pourquoi, il a estimé que la Conférence internationale sur l'Afghanistan, qui se tiendra à Londres le 28 janvier 2010, et celle de Kaboul, le printemps prochain, seront l’occasion de réaffirmer les priorités fixées à Paris et à La Haye. 


La Conférence de Londres, qui sera coprésidée par le Premier Ministre du Royaume-Uni, le Secrétaire général de l’ONU et le Président de l’Afghanistan, se concentrera sur les trois domaines que sont la sécurité, le développement et la gouvernance, le cadre régional et l’architecture internationale, a indiqué le représentant britannique.  Le représentant de la France a, quant à lui, préconisé la création d’une structure qui veille à la bonne coopération entre les secteurs civil et militaire ainsi qu’au développement régional, en souhaitant que le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan soit en mesure de lancer des initiatives visant à renforcer le dialogue régional.  


L’Union européenne appuie activement l’amélioration de la bonne gouvernance et de l’état de droit, la lutte contre la corruption et l’impunité, ainsi que le respect des droits de l’homme en Afghanistan, a assuré son représentant.  Il a souligné qu’il est essentiel de renforcer les capacités afghanes afin de permettre aux Afghans de prendre en main les secteurs civil et de la police.  L’Union européenne est prête à appuyer des initiatives comme la création d’une structure de coordination civile renforcée qui assure à la fois une appropriation afghane et une implication des principaux donateurs, ainsi que la création d’un poste de responsable des affaires civiles au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS).


La représentante des États-Unis a expliqué que l’Administration américaine appuyait le renforcement des institutions afghanes dans le but de lutter contre les menaces terroristes en rappelant la décision du Président Obama d’envoyer 30 000 troupes supplémentaires en Afghanistan.  Elle a également insisté sur l’importance de concilier les efforts déployés sur le plan civil et sur le plan militaire en indiquant que les États-Unis comptaient envoyer près de 1 000 experts civils en Afghanistan. 


Il est nécessaire de renforcer les capacités afghanes, a souligné M. Eide, qui a rappelé qu’un gouverneur de district ne gagnait que 70 dollars par mois et qu’il ne disposait que de 15 dollars de budget opérationnel par mois.  Alors que sept millions d’élèves sont actuellement scolarisés dans les établissements d’enseignement primaire et secondaire, il n’existe que 60 000 places dans les universités du pays.  En outre, le secteur de l’agriculture continue d’être gravement sous-financé, alors qu’il est décisif dans la collecte de revenus et la création d’emplois, a-t-il fait remarquer.  M. Eide a mis l’accent sur le potentiel du secteur minier qui pourrait offrir des centaines de milliers d’emplois et susciter une véritable croissance économique dans un pays qui détient les plus grandes ressources en minerais de la région. 


Si M. Eide a estimé que la communauté internationale doit travailler à mieux comprendre la société et le contexte afghans, le représentant de la Fédération de Russie a souligné que la réconciliation nationale en Afghanistan doit être en phase et, non en contradiction, avec les décisions du Conseil de sécurité.  Ce dernier a également estimé que l’on ne peut envisager un dialogue qu’avec ceux qui ont déposé les armes et rompu avec Al-Qaida et les structures terroristes. 


Les délégations ont appuyé les cinq objectifs que sont la paix et la réconciliation, la sécurité, la bonne gouvernance, le développement économique et la coopération régionale, certaines rappelant que la réalisation des ces objectifs nécessitera, sous les auspices de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan, une coordination étroite et stratégique des efforts internationaux.  La plupart des délégations ont pris note de l’annonce faite par la Commission électorale indépendante (CEI) de tenir des élections législatives le 22 mai 2010.  Cette échéance, ont fait observer certaines délégations, rappelle l’urgence d’une réforme du système électoral, y compris du processus de désignation des membres de la CEI afin de s’assurer de leur impartialité.


Les cinq nouveaux membres du Conseil de sécurité, élus pour un mandat de deux ans, –Bosnie-Herzégovine, Brésil, Gabon, Liban et Nigéria– participaient à cette première séance publique de l’année 2010.  


*S/2009/674


LA SITUATION EN AFGHANISTAN


Déclarations


Après avoir adressé ses vœux de Nouvel An aux membres du Conseil de sécurité, M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, a signalé que l’année 2009 avait été particulièrement difficile pour l’Afghanistan, marquée notamment par une détérioration de la situation en matière de sécurité.  Il est incontestable, a-t-il ajouté, que l’Afghanistan restera une de nos priorités pour 2010.  Insistant sur l’importance de renforcer le rôle du Gouvernement afghan, M. Ban a signalé que l’ONU se tenait prête à appuyer les prochaines élections parlementaires en contribuant par une assistance technique et en appuyant le renforcement des institutions.  M. Ban a souhaité qu’un nouveau pacte « réaliste et pertinent » soit établi entre le Gouvernement afghan et sa population, qualifiant par ailleurs le discours inaugural du Président Karzai d’« encourageant ».  Il a notamment évoqué les références faites par ce dernier à la sécurité, la bonne gouvernance, la corruption, l’unité nationale et la coopération régionale, notamment pour lutter contre le trafic de drogues et autres menaces transfrontalières à la sécurité.  M. Ban a également insisté sur l’importance d’assurer le transfert de responsabilité vers les institutions afghanes, en particulier dans le domaine de la sécurité.


L’insécurité, a-t-il affirmé, reste le principal obstacle aux progrès dans le pays.  En outre, la vulnérabilité des populations civiles demeure une question importante ayant un impact sur l’instauration de la paix et de la sécurité dans le pays.  Pour le Secrétaire général, l’Afghanistan se trouve actuellement à un tournant critique.  C’est pourquoi, il a engagé le Gouvernement afghan et la communauté internationale à tirer les leçons du passé, soulignant notamment que les nouvelles stratégies devraient être mises en œuvre d’une manière « efficace et opportune » afin de permettre au Gouvernement afghan d’honorer ses engagements ambitieux.  Le Secrétaire général a également estimé que la relation entre l’Afghanistan et ses partenaires internationaux méritait d’être réévaluée.  Il a notamment affirmé que la tenue prochaine, à Londres, de la Conférence internationale permettrait d’insuffler un nouvel élan aux efforts internationaux et au nouveau Gouvernement.  De l’avis de M. Ban, il incombe aux Afghans d’entreprendre ces efforts en faisant preuve d’un engagement ferme et de bonne gouvernance.


Après s’être félicité de la nouvelle approche adoptée par le Président des États-Unis, M. Barack Obama, visant à mieux équilibrer les efforts civils et militaires, M. Ban a estimé qu’il importait de renforcer les efforts civils.  Mais, a-t-il constaté, le problème principal relève de la volonté politique.  Une meilleure coordination fondée sur la volonté politique des pays donateurs, ainsi que sur d’importants efforts locaux est essentielle pour résoudre la situation actuelle, a-t-il dit.  Le Secrétaire général a réclamé l’établissement de nouvelles stratégies pour édifier des instituions durables et capables de fournir des services à la population et de développer l’économie du pays.   Avant de conclure, le Secrétaire général a rendu hommage aux membres du personnel de l’ONU qui ont perdu leur vie en Afghanistan.  Il a également demandé au Conseil de faire tout son possible pour assurer le bien être du personnel de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).


M. KAI EIDE, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a rappelé que cela faisait presque neuf ans, jour pour jour, que l’ONU s’était engagée en Afghanistan.  Il a cité la frustration croissante des Afghans dont les attentes n’ont pu être satisfaites à ce jour.  Si ces aspects négatifs ne sont pas éliminés, a-t-il prévenu, leur combinaison risque de devenir insupportable.  Il a estimé que la Conférence internationale sur l’Afghanistan qui se tiendra à Londres le 28 janvier et celle du printemps à Kaboul seront l’occasion de réaffirmer les priorités fixées à Paris et à La Haye.  Il a indiqué que la Conférence de Londres portera essentiellement sur les questions de sécurité et devrait appuyer l’augmentation des effectifs de police.  Il a mis l’accent sur une stratégie de transition qui doit inclure des mesures permettant au Gouvernement afghan de dispenser des services essentiels et de les financer.  « Si nous ne tenons pas compte de la composante civile de la transition comme de la composante militaire, nous échouerons », a-t-il prévenu. 


M. Eide s’est dit préoccupé par le fait que les structures parallèles au Gouvernement n’aient pas été réduites et que 80% de l’aide à l’Afghanistan soit passée par le biais de projets bilatéraux, passant outre les relations directes avec le Gouvernement.  Les prochaines Conférences de Londres et de Kaboul  doivent être l’occasion de convenir d’une stratégie politique ou l’appropriation afghane sera au cœur de nos activités.  Il a souhaité que les militaires n’élargissent pas leur engagement dans des zones civiles clefs.  Il a souligné l’importance de l’édification systématique de structures civiles en assurant une formation appropriée, en mettant en place des infrastructures et des mesures incitatives efficaces.  À cet égard, il s’est félicité d’un objectif de formation de 16 000 fonctionnaires destinés à servir les 32 provinces alors que 1 700 jeunes hommes et femmes sont en cours de formation à l’Institut national d’administration du pays.  « Il faut nous assurer que les jeunes formés par le Gouvernement afghan travaillent également pour ce Gouvernement », a-t-il dit.  M. Eide a souligné les difficultés des fonctionnaires afghans en précisant qu’un gouverneur de district gagne 70 dollars par mois et ne dispose que de 15 dollars de budget opérationnel par mois.  C’est pourquoi, il a insisté sur la nécessité d’appuyer le développement de compétences civiles au lieu de concentrer les efforts sur les structures internationales parallèles qui sont amenées à partir. 


Dans le domaine de l’éducation, a-t-il rappelé, le nombre de garçons et de filles scolarisés a atteint 7 millions alors qu’il n’y a que 60 000 places dans les universités et un terrible manque d’enseignants.  Il s’est également inquiété de la situation de l’agriculture dont le secteur continue d’être gravement sous-financé, alors qu’il est décisif dans la collecte de revenus et la création d’emplois.  Il a également mis l’accent sur le potentiel du secteur minier qui pourrait offrir des centaines de milliers d’emplois et susciter une véritable croissance économique dans un pays qui détient les plus grandes ressources en minerais de la région.  Les insurgés doivent s’éloigner du passé et accepter les progrès accomplis en Afghanistan ces dernières années, a-t-il encore dit.  Avec ce programme difficile, il est important que les Afghans disposent d’un gouvernement vigoureux tourné vers la réforme.  Le rejet de 17 candidats la semaine dernière retarde la formation d’un gouvernement et cela montre aussi que le Parlement est loin d’être une simple chambre d’enregistrement, a fait remarquer M. Eide.  La prochaine tâche sera d’allouer les ressources des donateurs aux domaines prioritaires.  M. Eide a également indiqué qu’il avait préparé des propositions avec le Ministre afghan des finances qui intègrent les responsables des principaux donateurs aux structures de coordination de la MANUA, de façon à assurer la meilleure efficacité de cette aide.


Il est important de ne pas concentrer les ressources dans les zones de conflits au sud et à l’est mais aussi au centre du pays, a souligné M. Eide, faisant observer que les provinces stables avaient été négligées, ouvrant ainsi la voie à l’insurrection.  L’élection présidentielle a montré la nécessité réelle de réformer les instances électorales et à quel point la situation politique était fragile au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle alors que des moyens non négligeables ont quitté le territoire dans la crainte d’une nouvelle instabilité.  « C’est un aspect fondamental de notre démarche », a-t-il assuré.  M. Eide a précisé que la Commission électorale indépendante (CEI) avait fixé au 22 mai 2010 les prochaines élections législatives, en rappelant que l’article 55 du Code électoral autorise la CEI à repousser des élections sur la base de considérations sécuritaires, financières ou techniques.  Il a fait remarquer qu’il y a une tendance à fonctionner sur le terrain d’une façon que les Afghans considèrent comme arrogante et peu respectueuse.  Les Afghans ont l’impression que leur pays est traité comme un « no man’s land » et non comme un État souverain.  Cette perception alimente les doutes quant à une ingérence étrangère inacceptable.  « Nous devons travailler à mieux comprendre la société et le contexte afghans. »  Il a également souligné une crise de recrutement qui met en cause l’avenir de la MANUA, en notant que 50 fonctionnaires ont quitté la Mission ces derniers mois en raison des conditions de sécurité et d’une certaine lassitude.  Le nouveau système de recrutement de l’ONU mis en place le 1er juillet 2009 est beaucoup trop lent, a encore estimé M. Eide.  Avant de conclure, il s’est dit convaincu que le conflit pourrait prendre fin d’une manière qui correspond aux attentes des Afghans. 


M. ZAHIR TANIN (Afghanistan) a déclaré qu’après des élections présidentielles qu’il a qualifiées d’importantes mais difficiles, l’Afghanistan a ouvert un nouveau chapitre de cinq ans qui permettra au peuple de prendre le contrôle de son propre avenir.  En l’occurrence, a-t-il poursuivi, la formation d’un nouveau gouvernement est la première ligne de ce chapitre.  Après cette étape, la Conférence de Londres, qui sera suivie d’une autre à Kaboul, préparera une feuille de route sur l’« afghanisation » de la sécurité et de la défense; le développement économique et social, la bonne gouvernance et la coopération internationale et régionale.  Dans tous ces domaines, a insisté le représentant, il s’agira de définir clairement les rôles respectifs du Gouvernement afghan et de la communauté internationale.


Il est clair, a reconnu le représentant, que la paix et la sécurité ne pourront être exclusivement réalisées par des moyens militaires.  Le Gouvernement afghan demeure donc attaché à la réconciliation et à l’intégration des anciens combattants à tous les niveaux des structures sécuritaires et civiles.  Si la réconciliation est un effort de tous les Afghans, elle ne peut néanmoins se faire sans une aide extérieure, a-t-il fait remarquer.  C’est pourquoi, M. Tanin a demandé au Conseil de sécurité de revoir la Liste consolidée établie en vertu de la résolution 1267 pour envisager de supprimer, chaque fois que le Gouvernement afghan le demandera, les noms des Taliban prêts à renoncer à la violence et à rejoindre le processus de paix. 


Tout en appuyant le rôle de coordination de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan, le représentant a estimé qu’il faudra discuter plus avant de la forme d’un mécanisme additionnel et de la manière dont il s’intègrerait parmi les différents acteurs.  Tout effort de coordination, a-t-il prévenu, doit tendre à renforcer les institutions afghanes et à promouvoir l’appropriation nationale plutôt qu’à donner lieu à des structures parallèles de gouvernance.  Le représentant a poursuivi en prévenant aussi que toute proposition de reporter les élections législatives prévues en mai 2010 constitue une violation de la Constitution afghane et pourrait compromettre l’intégrité du processus.  L’état de droit doit être maintenu, même quand le droit évolue, en tenant compte des enseignements tirés de la dernière expérience électorale.  Un véritable partenariat entre l’Afghanistan et la communauté internationale est important.  Ce  partenariat doit cependant être réaliste en termes de calendrier, de ressources et de capacités, a-t-il dit.  Un tel partenariat doit d’abord et avant tout appuyer et promouvoir l’appropriation nationale, en particulier dans les domaines de la sécurité et de la défense.  L’« afghanisation » doit être le but ultime de toutes les activités entreprises, a-t-il insisté.


M. FAZLI ÇORMAN (Turquie) a estimé que la communauté internationale devrait établir ses priorités en coopération avec le Gouvernement afghan.  De l’avis de sa délégation, quatre domaines méritent d’être privilégiés, à savoir un développement économique structuré, une force militaire et policière bien formée et puissante, une réconciliation nationale inclusive et un système éducatif et judiciaire moderne destiné à lutter de manière effective contre l’extrémisme.  Il faut élaborer un plan d’action politique et économique, a-t-il ajouté.  Le représentant a estimé en outre que la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan devrait être renforcée et que son nouveau rôle devrait être conçu de concert avec l’administration afghane.  Évoquant par ailleurs les attaques terroristes dont a été victime l’ONU dans ce pays, M. Çorman a affirmé que de tels actes devraient renforcer la détermination du Conseil à appuyer le peuple afghan.


Le représentant de la Turquie a ensuite insisté sur l’importance de l’appropriation et de la coopération régionale.  Il a indiqué que le quatrième Sommet trilatéral Turquie-Afghanistan-Pakistan se déroulerait le 24 janvier en Turquie et accorderait une attention particulière à l’éducation.  Il a également indiqué que son pays organiserait deux jours plus tard un sommet régional dans le but d’apporter une contribution régionale à la Conférence de Londres du 28 janvier.  La Turquie accueillera également la quatrième Conférence sur la coopération économique régionale en 2010.  M. Çorman a poursuivi en demandant au Gouvernement afghan de centrer ses efforts sur l’unité nationale et la reconstruction.  Il a également engagé les opposants politiques du Président Karzai à appuyer la nouvelle administration du pays.  L’Afghanistan, a-t-il estimé, doit renforcer ses valeurs démocratiques et édifier un mécanisme étatique efficace pour enrayer de nombreux problèmes, notamment les fautes professionnelles.  Les élections parlementaires doivent être tenues en 2010, comme le prévoit la Constitution afghane, a-t-il ajouté.  Comme la communauté internationale appuie le respect de l’état de droit, il est difficile de justifier le report de ces élections, a-t-il dit.  Ces élections doivent servir d’instrument pour la stabilisation du pays et non pas un obstacle.


M. NAWAF SALAM (Liban) a souligné le rôle fondamental que joue l’ONU pour appuyer l’Afghanistan, par l’intermédiaire, de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).  Il a estimé que le déroulement des récentes élections présidentielles en Afghanistan avait mis à l’épreuve la volonté internationale, mais qu’elles avaient néanmoins permis de déboucher sur des résultats positifs.  Il s’est notamment félicité de la promulgation des lois relatives à la lutte contre le terrorisme et aux droits des femmes.  Le représentant s’est ensuite dit préoccupé par la détérioration de la situation sécuritaire en Afghanistan ainsi que par la persistance de la culture de l’opium dans certaines régions du pays.  Il a appelé au renforcement de la police et de l’armée afghane afin d’assurer le maintien de la sécurité dans le pays.  Sa délégation se félicite de la tenue, à la fin du mois, de la Conférence de Londres.  Évoquant par ailleurs les liens entre la sécurité, la stabilité et le développement, M. Salam a insisté sur l’importance de la réconciliation nationale et de la bonne intégration de toutes les souches de la population afghane.


M. IVAN BARBALIC (Bosnie Herzégovine) a déclaré que l’augmentation des actes de violence perpétrés en Afghanistan depuis le dernier rapport du Secrétaire général était « alarmante ».  « Ma délégation, a-t-il ajouté, estime que l’Afghanistan se trouve à une conjoncture critique pour la paix et la sécurité. »  Évoquant ensuite la tenue, en 2009, des élections présidentielles, M. Barbalic a souligné l’importance de renforcer les institutions indépendantes afghanes, telles que la Commission des plaintes électorales.  Il a également encouragé le Gouvernement afghan et la communauté internationale à prévenir des lacunes lors des prochaines élections parlementaires.  Soulignant la nécessite d’assurer une meilleure coordination entre les efforts civils et militaires, M. Barbalic a dit appuyer, à l’instar du Secrétaire général, l’établissement d’une structure civile inclusive et coprésidée par un ministre afghan et par le Représentant du Secrétaire général.  Le représentant a également affirmé que l’amélioration des institutions chargées de la sécurité était essentielle pour assurer une stratégie de transition visant à instaurer une stabilité contrôlée sur le plan domestique.  « Ma délégation estime que la création d’un cadre institutionnel transparent capable de coordonner ces institutions permettrait d’augmenter leur efficacité. »  Le processus de réconciliation nationale sera également important à cet égard, a-t-il ajouté.  M. Barbalic a rappelé par ailleurs que la question des réfugiés et des personnes déplacées était une partie intégrante des efforts visant à assurer  la stabilité à long terme de l’Afghanistan.  Le représentant de la Bosnie-Herzégovine s’est félicité, avant de conclure, du projet de loi sur l’élimination de la violence faite aux femmes, ainsi que de la tenue prochaine de la Conférence de Londres.


M. CHRISTIAN EBNER (Autriche) a estimé qu’à la veille des élections législatives de 2010, le rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne pourrait se révéler très utile si on veut éviter les erreurs du passé.  Il est temps, a-t-il poursuivi, que l’amélioration de la situation dans le pays soit perçue comme l’œuvre des autorités et des institutions afghanes.  S’agissant des efforts internationaux, il a appuyé l’expansion et le renforcement de la Mission de l’ONU.  Il s’est aussi félicité de la nouvelle approche de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) consistant à faire de la protection des civils la priorité des priorités et à renforcer le partenariat opérationnel avec les Forces de sécurité afghanes.  Le représentant a aussi souligné l’importance de la communauté internationale dans la lutte contre la culture du pavot, reconnaissant le lien entre drogues, criminalité organisée et insurrection. 


Estimant que le mandat de la Mission de l’ONU devra être revu à la lumière des résultats des Conférences de Londres et de Kaboul, le représentant de l’Autriche a encouragé cette dernière à poursuivre son approche orientée vers les résultats, en précisant ses cibles et les indicateurs qu’elle a présentés en septembre dernier pour mieux les ajuster aux priorités du nouveau Gouvernement afghan.  L’objectif doit être de transférer progressivement l’autorité et les responsabilités aux autorités afghanes et d’appuyer leurs efforts en matière de sécurité, de stabilité et de prospérité, a conclu le représentant. 


M. ALFRED MOUNGARA MOUSSOTSI (Gabon) a estimé que la nouvelle stratégie visant à concilier l’intervention militaire et l’aide au développement est un facteur déterminant dans le processus de stabilisation de l’Afghanistan.  Il est vital d’adjoindre aux actions militaires, s’est-il expliqué, des actions de développement telles que la construction des écoles et des dispensaires, le développement agricole et l’émancipation progressive des femmes.  Il a donc salué la décision du Parlement afghan d’endosser la loi sur l’élimination de la violence par la pénalisation de la violence sexuelle.  Il a exhorté la communauté à continuer de soutenir le Gouvernement afghan, l’objectif ultime étant de permettre aux hommes et aux femmes du pays de prendre en main leur destin et d’écrire avec leurs propres mains les pages d’un Afghanistan stable, uni et prospère.  La Conférence de Londres, a-t-il conclu, constituera une nouvelle occasion de faire une évaluation globale de la situation politique, économique, sociale et humanitaire de l’Afghanistan. 


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé que le récent et difficile processus électoral en Afghanistan avait donné lieu à des résultats importants qui convenaient aux Afghans eux-mêmes.  Il a regretté que malgré les efforts entrepris par le Gouvernement afghan et la communauté internationale, la situation en matière de sécurité continuait de se dégrader.  Il s’est inquiété d’un niveau de violence sans précédent et de la propagation de cette violence dans les provinces du nord qui étaient jusqu’ici stables.  Il a appuyé l’idée d’assurer une réconciliation nationale en Afghanistan qui soit en phase et non en contradiction avec les décisions du Conseil de sécurité.  Il a dit qu’on ne pouvait envisager sérieusement un dialogue qu’avec ceux qui ont déposé les armes et ont rompu avec Al-Qaida et les structures terroristes.  Il s’est inquiété de la conséquence du trafic des stupéfiants.  Le représentant a insisté sur une coopération plus active entre les contingents internationaux et le Gouvernement de l’Afghanistan pour lutter contre le trafic des stupéfiants.  Il a dit que la Conférence de Londres sur l’Afghanistan du 28 janvier 2010 sera un événement international important et devrait donner un nouvel élan au Gouvernement afghan pour lui permettre de rendre ses forces militaires et de police opérationnelles.  Il a mis l’accent sur le rôle important des pays de la région en matière de lutte contre les stupéfiants et le terrorisme.  Il a cité les efforts de son pays pour appuyer le secteur de l’éducation afghan en mentionnant tout particulièrement le soutien à l’Université polytechnique de Kaboul.  Il a indiqué que la Fédération de Russie a récemment expédié en Afghanistan un grand nombre de camions à gros tonnage.


Mme ROSEMARY A. DICARLO (États-Unis) a estimé que l’heure était cruciale en Afghanistan.  La communauté internationale doit agir de manière délibérée et urgente afin de permettre aux Afghans de changer eux-mêmes la situation que connaît le pays.  Elle a expliqué que l’Administration américaine appuyait le renforcement des institutions afghanes dans le but de lutter contre les menaces terroristes.  Le Président Obama a décidé d’envoyer 30 000 troupes supplémentaires en Afghanistan à cette fin, a-t-elle précisé.  La représentante a également insisté sur l’importance de concilier les efforts déployés sur le plan civil et sur le plan militaire.  Il faudrait, a-t-il suggéré, tripler la présence civile en Afghanistan.  Mme Di Carlo a ajouté que les États-Unis comptaient envoyer près de 1 000 experts civils en Afghanistan.  Soulignant l’importance du développement économique, la représentante a estimé qu’afin de faire échec aux activités des Taliban, il importe de créer des emplois et de privilégier le développement du secteur de l’agriculture.  Elle a engagé les Afghans ayant rejoint les rangs des Taliban à déposer les armes, tout en appelant la communauté internationale à mieux coordonner ses efforts.


La représentante des États-Unis a indiqué que sa délégation appuyait la recommandation du Secrétaire général de renforcer la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).  Elle a précisé que les États-Unis étaient prêts à y déployer du personnel américain.  Mme Di Carlo s’est par ailleurs félicitée de l’intention de l’ONU d’ouvrir des bureaux régionaux en Afghanistan.  Mme Di Carlo a affirmé que les États-Unis entendaient appuyer l’Afghanistan à résoudre les importants problèmes qui continuent de faire obstacle à la tenue des élections.  Elle a également déclaré que sa délégation attendait beaucoup de la tenue de la Conférence de Kaboul.


M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a déclaré que l’édification d’un Afghanistan sûr et stable était une tâche de longue haleine.  Il a mis l’accent sur l’importance de la Conférence de Londres le 28 janvier qui sera coprésidée par le Premier Ministre britannique, le Secrétaire général des Nations Unies et le Président de l’Afghanistan.  Il a précisé que cette Conférence se concentrera sur les trois domaines que sont: la sécurité, le développement et la gouvernance, et le cadre régional et l’architecture internationale.  Il a insisté sur la nécessaire « afghanisation » de la stratégie de transition.  Le représentant du Royaume-Uni a développé quatre questions clefs dont l’efficacité de l’aide en exhortant les donateurs à former et renforcer les capacités afghanes plutôt que de les remplacer.  Le Royaume-Uni appuie l’initiative du général McChrystal, a-t-il assuré, en rappelant que les éléments antigouvernementaux sont responsables de la majorité des victimes civiles (78%), dont 54% ont été tuées par des attentats-suicide ou des attaques aux engins explosifs improvisés.  En outre, il a souligné que le développement des Forces de sécurité afghanes en quantité et qualité était essentiel pour que l’Afghanistan soit en mesure de prendre en charge sa sécurité.  Par ailleurs, le représentant a estimé très importante l’initiative de défense des communautés en souhaitant que l’on examine les moyens d’intégrer cette initiative dans la stratégie nationale de sécurité.  Personne ne niera que l’Afghanistan connaît une nouvelle période difficile depuis trois mois, a-t-il dit.  Sa délégation, a-t-il fait remarquer avant de conclure, est particulièrement sensible aux difficultés auxquelles la MANUA est confrontée en raison du recrutement du personnel de l’ONU et souhaite qu’une solution soit trouvée rapidement.


Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI (Brésil) s’est dite gravement préoccupée par la détérioration de la situation sécuritaire en Afghanistan et par l’augmentation du nombre de victimes civiles.  Elle a demandé la poursuite des efforts visant à faire une distinction entre les combattants et les non-combattants afin d’éliminer les risques qu’encoure la population civile.  La protection des civils est également un élément clef du renforcement de la légitimité et de l’efficacité de la présence militaire internationale en Afghanistan, a-t-elle estimé.  La représentante a également évoqué les attaques perpétrées contre un des bâtiments de l’ONU, ainsi que le déroulement controversé des élections présidentielles au mois d’août dernier.  De telles irrégularités sapent la légitimité du processus électoral et sont manipulées à des fins de propagande par des groupes extrémistes, a-t-elle affirmé.  Mme Ribeiro Viotti s’est ensuite félicitée de l’intention du Président Karzai d’œuvrer en faveur de l’unité et de la réconciliation nationale.  Elle a également souligné la nécessité de renforcer les Forces de sécurité afghanes, de promouvoir le développement économique, de procéder à la réforme de l’administration et de lutter contre la corruption.  La création d’un gouvernement compétent et inclusif sera essentielle pour assurer la réalisation de ces engagements, a-t-elle notamment signalé.  Mme Viotti a ensuite engagé le Gouvernement afghan à porter une attention particulière à la réforme électorale.  Les élections de 2010, a-t-elle estimé, devraient contribuer à la consolidation de la démocratie dans le pays.  Elle a également réclamé l’amélioration du dialogue entre le Gouvernement afghan et la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).


Mme Ribeiro Viotti a poursuivi en insistant sur l’importance d’assurer la promotion et la protection des droits des femmes.  Elle a notamment engagé le Parlement afghan à examiner le projet de loi sur l’élimination de la violence faite aux femmes ainsi que l’amendement de la loi sur le statut personnel des Shiites.  La représentante a également estimé que les problèmes liés à la sécurité du pays exigeaient « l’afghanisation » de la sécurité nationale, afin de permettre le retrait progressif de la présence militaire internationale et la normalisation de la vie dans le pays.  De l’avis de sa délégation, la Stratégie nationale de développement devrait centrer ses efforts sur des projets à long terme, ce qui engagerait éventuellement la MANUA à jouer un rôle plus important.  À l’instar du Représentant spécial, Mme Ribeiro Viotti a ensuite insisté sur le caractère essentiel de l’amélioration de la coordination de l’action civile internationale en Afghanistan.  Elle a souligné l’importance d’accorder une attention particulière à l’appropriation nationale et à la création d’une structure de coordination civile afin d’assurer le transfert progressif vers le Gouvernement afghan de la coordination de l’appui des donateurs.  Elle a notamment engagé les pays donateurs à centrer davantage leur action sur le renforcement des capacités.  La représentante du Brésil a par ailleurs estimé que la tenue des Conférences de Londres et de Kaboul permettrait de contribuer au renforcement des institutions afghanes.


M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) a déclaré que l’Afghanistan se heurtait à d’importants défis sur les plans économique, politique et de la sécurité.  C’est pourquoi, il a lancé un appel à tous les acteurs politiques afin que le nouveau gouvernement afghan soit approuvé dans les meilleurs délais pour qu’il puisse s’atteler à la réforme et à la lutte contre l’insurrection.  Il faut que les partenaires pour le développement du pays travaillent ensemble de manière plus coordonnée dans le souci de mieux soutenir les efforts et les initiatives afghans.  Il s’est dit préoccupé par la détérioration de la sécurité alors qu’il y a une recrudescence du nombre des attaques armées et d’attaques-suicide.  Il est essentiel de renforcer les capacités afghanes en matière de sécurité, afin que ce pays soit en mesure de prendre en charge sa sécurité.  Le représentant a salué l’adoption par le Parlement afghan d’une loi sur la lutte contre le terrorisme et s’est félicité du projet de loi sur l’éradication de la violence à l’égard des femmes.  Par ailleurs, il s’est dit très préoccupé par les attaques visant le personnel de l’ONU, en souhaitant le renforcement de la sûreté et de la sécurité du personnel de la MANUA. 


M. GÉRARD ARAUD (France) a insisté sur les principaux défis de l’année 2010.  Il a évoqué la tenue, le 28 janvier, de la Conférence de Londres, étape importante, selon lui, du partenariat entre la communauté internationale et le Gouvernement afghan.  Il a dit espérer que les Conférences de Londres et de Kaboul seraient l’occasion pour le Gouvernement afghan de lancer le programme de réforme évoqué par le Président Karzai dans son discours d’investiture.  M. Araud a notamment mentionné l’importance du développement et de la lutte contre les stupéfiants.  Il a également insisté sur l’importance de mieux coordonner les efforts de la communauté internationale.  La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a souligné M. Araud, doit disposer de suffisamment de ressources afin de lui permettre de s’acquitter de son mandat.  Le représentant de la France a préconisé la création d’une structure pour veiller à la bonne coopération entre les secteurs civil et militaire ainsi qu’au développement régional.  M. Araud a également souhaité que le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan soit en mesure de lancer les initiatives visant à renforcer le dialogue régional.  Il a ensuite engagé le Gouvernement afghan à assurer le bon déroulement de la réforme du processus électoral, et ce, avant la tenue du prochain scrutin dans le pays.  Les Afghans ont démontré leur engagement en faveur de la démocratie, et celui-ci ne doit pas être trahi, a-t-il insisté.  Passant ensuite aux attentats dont a été victime l’ONU en Afghanistan, le représentant de la France a souhaité une réflexion globale sur l’implantation géographique de la MANUA dans le pays.


M. YUKIO TAKASU (Japon) a regretté que le Conseil ait, chaque année, à réaffirmer les mêmes résolutions.  Il a donc voulu que ce début d’année soit l’occasion d’inverser la tendance et d’assurer le succès en Afghanistan.  Il a dit attendre de la nouvelle administration du Président Karzai qu’il commence très bientôt la réforme et la consolidation de la nation en unissant tous les Afghans.  Le représentant s’est félicité de la nouvelle stratégie américaine annoncée le 1er décembre dernier, avant d’annoncer celle du Japon qui sera financée à hauteur de cinq milliards de dollars sur une période de cinq ans à partir de 2009.  Attendant le même engagement de la part du Gouvernement afghan, il a salué la détermination dont a fait preuve le Président Karzai dans son discours d’investiture. 


La Conférence de Londres, a-t-il poursuivi, sera l’occasion pour cette nouvelle administration de réaffirmer ses engagements en faveur de la réforme, et pour la communauté internationale de confirmer son appui et son engagement financier.  Il a estimé que parmi les plus grands défis figure la réintégration des anciens insurgés qui, selon lui, relève de la responsabilité du Gouvernement afghan.  Le représentant a conclu sur la question des donateurs en appuyant l’analyse du Secrétaire général selon laquelle ces derniers doivent coordonner leurs efforts avec pour objectif ultime « l’afghanisation ».  Il a aussi dit attendre avec impatience des mesures concrètes pour améliorer les structures de coordination de la MANUA et accélérer le recrutement d’un personnel expérimenté.  Il a souligné que la coordination ne peut se faire sans la coopération des donateurs et leur volonté d’être coordonnés par les Nations Unies.


Mme JOY OGWU (Nigéria) a estimé que le nouveau gouvernement afghan mérite l’appui de la communauté internationale, en soulignant que l’état de droit et un processus dynamique de réconciliation nationale sont les conditions préalables à la paix et à la stabilité du pays.  Demandant à la communauté internationale d’investir davantage dans ce domaine, elle s’est félicitée des propositions de réforme électorale et a encouragé les acteurs politiques à appréhender le système politique avec le sens du compromis et de la réconciliation.  La représentante a estimé qu’il serait peut-être utile de publier, pour éviter les erreurs du passé, les conclusions de l’enquête en cours sur les irrégularités observées pendant les dernières élections en Afghanistan. 


M. GUILLERMO PUENTE (Mexique) s’est inquiété de la persistance de vieux défis qui demeurent des obstacles à la stabilité et aux progrès en Afghanistan.  Dans de telles circonstances, il faudrait renforcer la coordination et le soutien de la communauté internationale, a-t-il estimé.  La création d’un mécanisme de coordination est essentielle pour trouver des ressources nécessaires pour renforcer les secteurs de la sécurité, du développement et de la bonne gouvernance.  Le représentant a émis l’espoir que les Conférences de Londres et de Kaboul permettront de consolider la coordination.  Par ailleurs, il a dit que le processus électoral avait marqué un tournant et en même temps montré la faiblesse des institutions afghanes.  Il a appelé le Gouvernement afghan à redoubler d’efforts afin d’honorer les engagements pris au lendemain des élections, notamment en ce qui concerne la lutte contre la corruption et l’impunité dans le pays.  Le représentant a espéré que la désignation des nouveaux membres du gouvernement du Président Karzai permettra de parvenir à l’unité nécessaire.  Pour ce qui est de la sécurité, il s’est dit préoccupé par des chiffres qui montrent une forte recrudescence de la violence par rapport aux années précédentes.  Le représentant du Mexique s’est dit convaincu que des mesures parallèles au renforcement de la sécurité sont nécessaires en faveur du développement, du respect des droits de l’homme, et de la promotion de la bonne gouvernance.  Il a regretté la persistance d’attaques ciblant le personnel humanitaire et le personnel des Nations Unies.  Avant de conclure, le représentant a souhaité que l’ONU ne ménage aucun effort pour protéger le personnel humanitaire et le personnel de l’ONU et a réaffirmé l’appui de sa délégation à tous les efforts du Gouvernement afghan en faveur du rétablissement de la sécurité. 


Intervenant en sa capacité de Représentant permanent de la Chine, M. ZHANG YESUI a souhaité que le nouveau gouvernement afghan puisse prendre ses fonctions dès que possible.  Il a insisté sur l’importance de renforcer les capacités militaire et de police de l’Afghanistan afin que le pays soit en mesure d’assurer sa propre sécurité.  Le représentant a également souligné la nécessité d’accorder une attention particulière à la question du développement.  Il a par ailleurs souhaité que les Conférences de Londres, d’Istanbul et de Kaboul puissent déboucher sur les résultats concrets.


M. JOHN MCNEE (Canada) a appelé à des mesures immédiates pour enrayer la corruption à tous les niveaux et continuer à réformer le système juridique.  Il faut continuer à progresser sur les plans de la sécurité, de la consolidation d’institutions nationales fortes et responsables, des services de base et du développement économique, sans oublier la réforme du système électoral.  C’est au Gouvernement afghan que revient la responsabilité d’assumer le leadership dans la réalisation de ces priorités, a souligné le représentant.  Au fur et à mesure que la communauté internationale avancera, le renforcement de l’appropriation nationale sera la clef du succès, a-t-il estimé.  Le Président Karzai et son Gouvernement doivent définir un contrat avec la population afin de rétablir la confiance. 


La Conférences de Londres et de Kaboul seront l’occasion, a dit le représentant, de se concentrer sur les objectifs qu’aura établis le Gouvernement afghan et de concevoir une nouvelle architecture de l’engagement international.  Saluant la nouvelle stratégie américaine et le renforcement de la MANUA en tant que leader des efforts internationaux sur le terrain, le représentant a appelé à plus de coordination entre cette dernière et l’OTAN.  Mais, a-t-il prévenu, même mieux coordonnés les efforts internationaux ne porteront leurs fruits que s’ils sont axés sur le renforcement des capacités afghanes.  « Nous ne pouvons perdre de vue la nécessité de faire en sorte que la gouvernance de l’Afghanistan  soit assurée par un Gouvernement afghan compétent et efficace », a conclu le représentant.


M. JIM MCLAY (Nouvelle-Zélande) s’est à son tour félicité de la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan que sa délégation considère comme conforme à l’appel du Secrétaire général pour un « autre état d’esprit » dans le chef de la communauté internationale mais aussi du Gouvernement afghan.  Pour sa part, a-t-il poursuivi, la Nouvelle-Zélande a intensifié ses efforts de renforcement des capacités de la police afghane dans la province de Bamyan et a augmenté son appui budgétaire, à cette fin.  La Nouvelle-Zélande établit aussi une ambassade à Kaboul pour coordonner ses efforts avec ceux de ses partenaires, en particulier les Afghans eux-mêmes. 


Pour un petit pays aux ressources militaires et financières limitées, il s’agit d’un engagement qui compte sur un effort significatif de la part de la nouvelle Administration afghane, a souligné le représentant.  Les doutes sur la probité des résultats électoraux, le manque de progrès dans le renforcement des capacités institutionnelles et la faiblesse de la lutte contre la corruption ont amèrement mis à l’épreuve la faculté des donateurs à maintenir ou augmenter leurs contributions, a prévenu le représentant.  Ceux qui envoient leurs troupes au front souhaitent voir des progrès dans les domaines de la lutte contre la corruption et pour la bonne gouvernance, a-t-il insisté.  C’est pourquoi, sa délégation attend avec intérêt la Conférence de Londres à laquelle la Nouvelle-Zélande participera au niveau ministériel, a-t-il dit avant de conclure. 


M. DAVID WINDSOR (Australie) a souligné que son pays a augmenté sa contribution à la tâche essentielle de renforcement des capacités dans le domaine de la sécurité de la province d’Oruzgan.  Le pays a aussi élargi sa contribution au domaine civil, en particulier la gouvernance et les services sociaux de base.  Se félicitant de la détermination dont a fait preuve le Président Karzai dans son discours inaugural, le représentant a estimé que tout comme le Gouvernement afghan, la communauté internationale doit « affiner son jeu ».  Les mécanismes internationaux doivent assurer une coordination régulière, efficace et effective, a-t-il souligné.


S’inquiétant de la faiblesse de la MANUA, il a prôné des arrangements plus souples comme le déploiement d’officiers de liaison.  Les besoins de la Mission en matière de sécurité doivent être satisfaits pour lui permettre de jouer son rôle indispensable dans le pays, a-t-il insisté, avant de saluer les prochaines Conférences de Londres et de Kaboul.  Il faut rester engagé dans l’effort essentiel visant à débarrasser l’Afghanistan de la violence et de l’extrémisme, a estimé le représentant.


M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a déclaré que son pays avait des intérêts vitaux à l’égard de la paix en Afghanistan, en rappelant qu’aucun pays voisin n’avait autant souffert des conséquences du conflit afghan.  L’insurrection doit être éliminée de manière prioritaire sans chercher à externaliser ce problème, a-t-il insisté.  Il faut appuyer une réforme politique qui traitera les causes profondes de l’insurrection, notamment par le biais d’efforts visant à améliorer la gouvernance et un processus politique conduit par les Afghans eux-mêmes pour rétablir la paix.  « Nous avons toujours estimé que le développement et la sécurité ne pouvaient être réalisés que par un gouvernement stable en Afghanistan », a-t-il dit.  C’est pourquoi, le Pakistan a offert tout son appui au programme du Gouvernement afghan et à la feuille de route de son Président.  Le représentant a salué le rapport du Secrétaire général qui, selon lui, apporte des informations intéressantes sur les difficultés du récent processus électoral, la nature et la complexité de la situation sécuritaire en Afghanistan, l’efficacité de l’aide, ainsi que la coordination des donateurs et le développement.  Il a rappelé que la résolution 1869 (2009) du Conseil de sécurité préconisait l’expansion des activités de la MANUA au niveau des provinces en saluant l’ouverture, prévue en 2010, de nouveaux bureaux provinciaux. 


Le représentant a assuré que le Pakistan était résolu à renforcer ses relations amicales et bilatérales avec l’Afghanistan, conformément à l’esprit de la Déclaration conjointe signée par les Présidents pakistanais et afghan en 2009. « L’Afghanistan est aussi notre troisième partenaire commercial et devrait bientôt devenir le deuxième », a-t-il rappelé.  Le représentant a dit qu’il attendait beaucoup de la Conférence de Londres du 28 janvier et de la réunion qui sera organisée quelques jours avant celle-ci à Istanbul, en Turquie.  Il a indiqué que le Pakistan était prêt  à permettre le retour de trois millions de refugiés afghans présents sur son sol, en souhaitant le renforcement de programmes de réintégration des refugiés dans la stratégie de développement de l’Afghanistan.  Le représentant a estimé que l’Afghanistan avait toujours besoin d’un appui de la communauté internationale, durable, pragmatique et prudent.  Aucun État de la région ou État extérieur à la région ne doit manipuler la situation, a-t-il souligné, en insistant sur la nécessité de respecter la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de l’Afghanistan.   


Mme MONA JUUL (Norvège) a regretté le manque d’unité et d’efforts consacrés par la communauté internationale pour trouver une solution politique en Afghanistan.  Elle a réclamé une action concertée pour établir des priorités conjointes avec le Gouvernement afghan, ainsi que pour assurer l’autonomisation des institutions afghanes.  De l’avis de sa délégation, il est important d’assurer un transfert d’autorité « graduel et responsable » vers le Gouvernement afghan.  « Notre but doit être de permettre aux Afghans de s’acquitter de leurs responsabilités d’une manière transparente et d’assurer la gestion compétente des institutions et des programmes nationaux afghans.  Mme Juul a estimé que le succès des efforts déployés par la communauté internationale dépendra de l’amélioration et du renforcement de la coordination de ses efforts civils et militaires.  L’ONU, a-t-elle ajouté, doit jouer un rôle clef pour assurer la coordination de l’appui civil et politique international en Afghanistan.  Elle a par ailleurs estimé que le nouveau mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) devrait accorder une attention particulière à sa relation avec la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS).  Pour la représentante de la Norvège, la MANUA doit également être en mesure de développer une stratégie politique et trouver des moyens permettant de lancer un processus de paix.  Elle a également estimé que ses bureaux régionaux devraient disposer de mandats plus clairs.


La représentante a souligné qu’il était essentiel, pour appuyer les prochaines élections parlementaires en Afghanistan, de remédier au préalable aux graves lacunes rencontrées au cours de ce scrutin.  La communauté internationale, a-t-elle ajouté, doit se tenir prête pour appuyer le prochain Gouvernement afghan afin de lui permettre d’honorer les engagements ambitieux qu’il a pris vis-à-vis de sa population.  Elle s’est félicitée de la tenue prochaine de la Conférence de Londres qui, a-t-elle dit, permettra de renforcer le partenariat entre le Gouvernement afghan et la communauté internationale et d’appuyer les actions clefs de ce dernier.


M. HANS-PETER SCHWAIGER, représentant de l’Union européenne, s’est félicité de la conclusion du processus électoral en assurant le Président Karzai et son futur gouvernement de tout le soutien de l’Union européenne.  Il a appuyé les cinq objectifs que sont la paix et la réconciliation, la sécurité, la bonne gouvernance, le développement économique et la coopération régionale.  Il a estimé que la réalisation des ces objectifs nécessitera sous les auspices de la MANUA une coordination étroite et stratégique des efforts internationaux.  L’Union européenne, a-t-il ajouté, prend note de l’annonce par la Commission électorale indépendante (CEI) de l’organisation des élections parlementaires en mai 2010.  Cette échéance rappelle aussi l’urgence d’une réforme du système électoral, y compris du processus de nomination des membres de la CEI assurant leur impartialité, tel que mentionné dans le dernier rapport de la mission d’observation électorale de l’Union européenne en Afghanistan.  S’agissant de la situation en matière de sécurité, le représentant s’est inquiété de l’augmentation de 65% du nombre des incidents entre 2008 et 2009 et mentionné l’attaque perpétrée à Kaboul le 28 octobre 2009, qui a fait cinq victimes parmi les membres du personnel des Nations Unies.  Par ailleurs, il a précisé que l’Union européenne appuyait activement l’amélioration de la bonne gouvernance et de l’état de droit, la lutte contre la corruption et l’impunité, ainsi que le respect des droits de l’homme en Afghanistan.  Il a estimé essentiel de renforcer les capacités afghanes afin que les autorités du pays prennent en main les secteurs civils et de la police.  Il a indiqué que la Mission de police européenne en Afghanistan (EUPOL) faisait preuve d’un engagement dynamique et continu. 


Notant que la stabilité, la sécurité et le développement en Afghanistan étaient étroitement liés à la situation d’ensemble de la région, le représentant de l’Union européenne a fortement encouragé l’adoption d’une approche coordonnée au niveau régional et d’une coordination renforcée entre l’Afghanistan et les pays voisins, notamment avec le Pakistan.  À l’instar du Secrétaire général, il a souligné qu’un effort civil international mieux ciblé et mieux coordonné, sous les auspices des Nations Unies et dans le cadre d’une stratégie de transition, était indispensable.  Dans ce contexte, a-t-il ajouté, l’Union européenne est prête à appuyer des initiatives comme la création d’une structure de coordination civile renforcée, assurant à la fois une appropriation afghane et une implication des principaux donateurs, ainsi que la création d’un poste de responsable des affaires civiles au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS).  En outre, il a souligné l’importance de la Conférence de Londres le 28 janvier 2010 et de la Conférence de Kaboul au printemps prochain qui, a-t-il dit, donneront l’occasion à la communauté internationale de réaffirmer son engagement en Afghanistan.  Tout en rappelant que la responsabilité première du développement national revient au peuple et au Gouvernement afghans, il a assuré, avant de conclure, que l’Union européenne ne cessera d’appuyer les efforts afghans sur la voie de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité en étroite collaboration avec la MANUA et les autres acteurs internationaux.  


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