06/08/2010
Conseil de sécurité
CS/10006

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6370e séance – matin


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ ENTEND LES EXPOSÉS DES COMMANDANTS DES FORCES DE LA MINUSTAH, DE LA MONUSCO, DE LA MINUL, DE LA MINUS ET DE L’ONUST


Il faut adapter les ressources, l’équipement et la formation pour mieux répondre aux réalités sur le terrain, estiment des délégations


Dans le souci de veiller à ce que les mandats des opérations de maintien de la paix (OMP) soient clairs, crédibles et réalisables et à ce que ces opérations soient dotées des ressources voulues, le Conseil de sécurité a entendu ce matin les interventions des commandants des Forces de la MINUSTAH, de la MONUSCO, de la MINUL, de la MINUS et de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST) suite de la guerre israélo-arabe de 1948.


Par sa déclaration présidentielle* du 5 août 2009, le Conseil avait souligné que, « pour mieux préparer, planifier, contrôler et évaluer les opérations de maintien de la paix », il était nécessaire d’établir des échanges non seulement avec le Secrétariat mais aussi avec toutes les parties prenantes dès la phase initiale d’établissement et pendant tout le déploiement de la mission.  Il s’agit aussi, comme l’ont rappelé aujourd’hui les représentants du Nigéria, de l’Inde, du Pakistan et du Bangladesh, quatre des plus importants fournisseurs de troupes aux opérations de maintien de la paix, de consulter plus avant les pays fournisseurs de contingents et d’équipement avant le renouvellement ou la modification de tout mandat.   


Dans une intervention liminaire, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Alain Le Roy, a salué l’importance de cette réunion qui, a-t-il dit, contribue à mieux préparer et planifier le déploiement d’une opération de maintien de la paix.  En 2010, les 18 opérations déployées sur le terrain comptent au total 120 000 personnes –soit 84 000 Casques bleus, 13 000 policiers et 23 000 civils - et un budget annuel record de 7,7 milliards de dollars. 


Si le Chef de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve, créé à la suite de la guerre israélo-arabe en 1948, a préconisé d’améliorer la coordination entre les composantes civile et militaire pour assurer une meilleure efficacité des missions de l’ONU, celui de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a estimé qu’il était essentiel de renforcer les capacités nationales pour préserver les gains de la stabilité et garantir une reconstruction à long terme à la suite du tremblement de terre du 12 janvier 2010. 


Celui de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) s’est dit convaincu qu’un investissement dans les Forces de sécurité du Libéria est nécessaire à l’approche des élections de 2011 et du retrait programmé des troupes de la Mission.  L’opération « SAFE REFUGE », destinée à renforcer la protection des civils visés aux frontières par les mouvements armés sera un défi majeur à relever, exigeant la coordination des forces militaires internationales engagées sur place mais aussi celles des organisations non gouvernementales (ONG), a déclaré le commandant de la Force de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS), en rappelant l’autre défi qui consiste à organiser le référendum de 2010 sur un territoire immense.


Répondant à une question du représentant de la France sur l’impact, en matière de protection des civils, des nouvelles conditionnalités imposées aux interventions des Casques bleus de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO), le Chef de la MONUSCO a noté qu’il était clair que « la réduction du soutien à l’armée congolaise risquait de voir les soldats congolais vivre aux dépens de la population ».  


La plupart des délégations ont souhaité des précisions sur les défis en matière de protection des civils et les moyens d’améliorer l’efficacité de l’ONU en ce domaine, notamment en République démocratique du Congo (RDC) et dans les camps de personnes déplacées au Soudan.  D’autres ont mis l’accent sur la nécessité de garantir la meilleure collaboration entre l’ONU et le pays hôte de la mission, et suggéré d’envisager la consolidation de la paix dès les premières phases du maintien de la paix.  Des délégations ont aussi souligné l’importance de la coopération aux niveaux régional et sous-régional et la nécessité d’éviter un vide en matière de sécurité après le retrait d’une opération de maintien de la paix.  À cet égard, plusieurs intervenants se sont dits préoccupés par l’absence de progrès dans le renforcement du secteur de la sécurité au Libéria. 


La représentante des États-Unis a, pour sa part, exhorté les commandants des forces des opérations de maintien de la paix à faire respecter le principe de tolérance zéro pour prévenir d’éventuels abus par des membres du personnel de ces opérations.  Face à la demande croissante de contingents de police, le représentant de la Fédération de Russie a suggéré d’organiser une bonne répartition des tâches entre policiers et militaires des opérations de maintien de la paix.  De son côté, le représentant du Canada a estimé que les nouvelles exigences en matière de maintien de la paix nécessitent des mandats et une configuration des forces permettant d’optimiser la souplesse, la capacité de réaction et la mobilité.  S’agissant de la capacité de réaction rapide de l’ONU, les représentants des Philippines et de la République de Corée ont cité les initiatives de leur pays pour répondre aux besoins urgents des Casques bleus de l’ONU.  


* Voir communiqué de presse CS/9724


OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES


Déclarations


M. ALAIN LE ROY, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a indiqué que si seulement cinq commandants de missions de maintien de la paix intervenaient ce matin, les représentants de 10 autres missions étaient également présents dans la salle, prêts à répondre aux questions des membres du Conseil de sécurité.  Il a cependant précisé que les commandants des forces de la FINUL et de la MINUAD ont dû se rendre immédiatement auprès de leurs missions respectives au cours de ces deux derniers jours en raison des tensions qui existent dans les régions où ces deux missions sont déployées.  Il a rappelé que la plus ancienne des opérations de maintien de la paix qui sont actuellement actives, l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), avait été créée en 1948.  Le personnel de maintien de la paix de l’ONU a atteint aujourd’hui un niveau historique.  Sur un effectif total de 120 000 personnes, on compte 84 000 Casques bleus, 13 000 policiers et 22 000 civils.  M. Le Roy a souligné que cette réunion était essentielle pour nous aider à mieux préparer, planifier, contrôler et évaluer les opérations de maintien de la paix. 


Présentant la situation au Libéria, le général SIKANDER AFZAL, Commandant de la Force de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), a estimé que le Gouvernement du Libéria prenait les bonnes mesures pour faire face aux conséquences de 14 ans de guerre civile.  Même si le climat est plutôt pacifique, a-t-il dit, le chômage et l’insuffisance des infrastructures sont des sources d’inquiétude.  L’état de droit et la lutte contre la criminalité sont les principaux défis auxquels le Gouvernement libérien doit faire face pour que la population civile fasse confiance au rôle de la police et à celui du système judiciaire.  Il a cité notamment les litiges fonciers nés de la guerre et auxquels les lois en vigueur n’apportent pas de solution claire.  Le général Afzal a indiqué que la réduction du nombre de Casques bleus qui est passé de 14 000 à 8 100 a fait peser de nouvelles charges à la Mission qui est amenée à s’acquitter de son mandat avec des ressources limitées.  En raison de l’absence d’ingénierie dans le pays, c’est le génie de la Force de la MINUL qui maintient l’état des routes du pays, a-t-il précisé.  Le chef de la MINUL a souligné que les élections nationales de 2011 représenteront un jalon important pour mesurer le succès de la MINUL et préparer son retrait.  Il a jugé essentiel de renforcer les capacités du Libéria, en exhortant tous les bailleurs de fonds à investir dans ce domaine pour éviter que le Libéria ne connaisse ce qui s’est passé au Timor-Leste.


Général BABACAR GAYE, Commandant sortant de la Force de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a rappelé que la tâche première de la Mission était de protéger la population civile, « un défi beaucoup plus grand qu’il ne paraît à première vue ».  Même si près de 20 000 soldats sont déployés sur le terrain, même si la Mission dispose de huit hélicoptères de combat, elle doit s’occuper d’un territoire aussi vaste que l’Europe occidentale avec une population de 65 millions de personnes, a précisé le général Gaye.  Expliquant que si la Force toute entière n’était déployée que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, cela équivaudrait à confier à un Casque bleu la sécurité de 20 kilomètres carrés de territoire, le général Gaye a également souligné « la variété difficilement contrôlable des menaces émanant d’un nombre toujours plus important de groupes armés ».  Non seulement le terrain dans les deux Kivu est immense et difficile d’accès, mais la Mission est également confrontée à plus de 50 mouvements armés, dont les agissements au cours de ces dernières années sont venus s’ajouter à d’autres fléaux, comme la pauvreté, qui cantonnent la région dans l’insécurité et le sous-développement, a poursuivi le général Gaye.  Il a souligné que, dans ce contexte, la Mission doit continuer à aider à former le commandement militaire de la RDC et à renforcer la justice militaire du pays et l’appui logistique, « tout en assurant la protection des civils ».  Le général Gaye a expliqué que l’approche intégrée qui est privilégiée se base sur les principes « présence égale protection » et « présence égale mobilité ».  Chaque bataillon, a-t-il précisé, doit pouvoir être déployé rapidement dans 6 à 8 sites différents.  Après avoir insisté sur l’importance des patrouilles, qui sont « nécessaires pour permettre aux villageois des provinces orientales menacés par l’Armée de résistance du Seigneur de travailler en toute sécurité », le général Gaye a conclu que, « demain, la protection de la population dépendra du renforcement de l’autorité de l’État et de l’état de droit en RDC ». 


Général MOSES BISONG OBI, Commandant de la Force de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS), a souligné que la Mission n’avait que jusqu’à septembre prochain pour superviser le processus d’inscription des électeurs en vue des référendums sur l’indépendance du Sud-Soudan et sur le rattachement de la zone d’Abyei au nord ou au sud du pays, comme le prévoit l’Accord de paix global.  M. Obi a noté que « là encore le territoire, immense et difficile d’accès, que doit couvrir la Mission pose des problèmes pratiques parfois insolubles, en particulier pour le maintien des troupes chargées de patrouiller et d’assurer la sécurité dans les « zones minées par la violence tribale ».  Les Forces armées soudanaises, a-t-il estimé, respectent les termes de l’Accord de paix global, « même si elles sont peu actives à la frontière entre le Nord-Soudan et le Sud-Soudan ».  Le général Bisong Obi a tenu à souligner les succès militaires obtenus par la MINUS.  Il a, entre autres, évoqué la tenue « dans le calme » des élections des 11 et 15 avril dernier et le maintien de l’ordre et la protection des civils dans la zone de cessez-le-feu.  L’opération « SAFE REFUGE », destinée à renforcer la protection des civils visés aux frontières par les mouvements armés sera un défi majeur à relever, exigeant la coordination des forces militaires internationales engagées sur place mais aussi celle des ONG, qui sont incontournables pour garantir la fourniture de l’eau, des abris et des sanitaires dans les camps des personnes déplacées, a également souligné le Chef de la Force de la MINUS.


Rappelant que l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST) avait été créé en 1948 à la suite de la guerre israélo-arabe, le Chef de l’ONUST, le général Robert Moses, précise que cette mission avait pour mandat de couvrir des lignes de failles culturelle, religieuse et linguistique en Égypte, au Liban, en Syrie, en Israël et en Jordanie afin d’aider ces cinq pays à instaurer une véritable paix dans la région.  Il a indiqué que les 153 observateurs non armés fournis par 23 États Membres étaient des officiers biens formés qui jouissent d’une confiance totale de la population locale.  L’ONUST maintient un dialogue ouvert et constructif avec les cinq pays concernés sur diverses questions.  Le général Moses a recommandé d’améliorer la coordination entre les composantes civile et militaire des missions de maintien de la paix des Nations Unies afin d’assurer le succès de leur mandat. 


Présentant la situation à Haïti, le général LUIZ GUILHERME PAUL CRUZ, Commandant de la Force de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), a indiqué que la Mission avait franchi plusieurs étapes depuis sa création.  Il a rappelé la tenue des élections législatives et présidentielle en février 2006 après plusieurs reports en raison des violences.  En 2006 et 2007, a-t-il précisé, la composante militaire a participé au rétablissement de l’état de droit alors que la période 2008-2009 a été marquée par des émeutes et les destructions causées par les ouragans.  Le 12 janvier 2010, le tremblement de terre a interrompu une période de progrès et plongé le pays dans un climat d’incertitudes, a-t-il ajouté.  Le général Cruz a estimé que le renforcement des capacités nationales est essentiel pour protéger les gains de la stabilité et garantir une reconstruction à long terme.  Il a rappelé que les activités de secours et de relèvement représentent aujourd’hui le cœur des actions de la MINUSTAH et des autres organismes des Nations Unies.  Avant de conclure, il a mis l’accent sur les efforts de la MINUSTAH pour assurer la sécurité des civils dans des camps de déplacés.


M. IVAN BARBALIĆ (Bosnie-Herzégovine) a estimé que pour assurer le succès de la mise en œuvre des mandats du Conseil de sécurité, « il faut combler les lacunes en matière de ressources, de formation et de capacités ».  La coordination entre le Conseil, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes doit être affermie à cette fin, a-t-il ajouté.  Le représentant a également souligné le potentiel de la Commission de consolidation de la paix (CCP) qui, selon lui, pourrait rapprocher les différents acteurs.  C’est pourquoi, il a appelé le Conseil à tenir davantage compte des avis de la CCP dans l’élaboration des mandats des missions.  Il a également exhorté le Secrétariat à continuer d’accroître ses capacités de planification stratégique et de collecte de données, afin d’aligner au mieux les mandats des missions sur les besoins réels sur le terrain.  M. Barbalić a indiqué que dans les domaines de l’état de droit, de la sécurité et du désarmement, un effort particulier doit être fait pour améliorer la formation et le recrutement, « notamment lorsque les missions prévoient des activités de consolidation de la paix ». 


M. EMMANUEL ISSOZE-NGONDET (Gabon) a noté que la MINUAD était en voie d’être pleinement déployée sur le terrain, ce qui permettra une extension réelle du territoire couvert jusqu’ici.  Le nouveau mandat de la Mission de l’ONU en RDC est plus réaliste, a-t-il estimé.  La MONUSCO pourra ainsi apporter une assistance coordonnée aux côtés du Gouvernement de la RDC, pour protéger au mieux les populations sur l’ensemble du pays.  Le représentant a également salué l’intégration d’approches pluridisciplinaires dans les mandats des missions.  Ces mandats prévoient désormais des mesures spéciales visant à renforcer l’état de droit et à mettre en œuvre des programmes de reconstruction.  En outre, a-t-il estimé, la complexité des crises et des mandats que le Conseil de sécurité établit pour y faire face, exige de la part de la communauté internationale des réponses à la hauteur des défis logistiques. 


M. CHRISTIAN EBNER (Autriche) a souligné l’importance de mieux préparer, planifier, contrôler et évaluer les opérations de maintien de la paix.  Pour ce faire, a-t-il dit, les informations des commandants des forces des missions de maintien de la paix sont importantes pour mieux connaître les réalités sur le terrain.  Le succès de ces missions, a-t-il dit, dépend de la façon dont elles s’acquittent de leur mandat.  M. Ebner s’est félicité de la contribution de la présidence japonaise du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix.  Il a salué l’approche définie dans le document « Nouvel Horizon », qui met l’accent sur l’importance des équipements et des ressources dont doivent disposer les missions déployées sur le terrain pour s’acquitter efficacement de leur mandat.  Il a également souligné l’importance de la question de l’alerte rapide.  Le représentant a salué la mise en place par la MONUSCO d’équipes conjointes de protection pour prendre des mesures civiles et militaires propres à chaque situation.  Il a souhaité des précisions sur les initiatives prises par les opérations de maintien de la paix en matière de protection des civils.  Il a souhaité que le problème posé par l’Armée de résistance du Seigneur soit examiné de manière urgente, avec la coopération de tous les pays concernés de la région. 


Mme JOY OGWU (Nigéria) a souligné l’importance de la planification du déploiement d’une opération de maintien dans le cadre des réunions du Conseil de sécurité avec les pays fournisseurs de troupes et d’équipement.  Elle a également mis l’accent sur la nécessité de renforcer la coopération aux niveaux régional et sous-régional en matière de maintien de la paix.  La représentante a insisté, par ailleurs, sur le rôle clef de la diplomatie préventive.  Elle a estimé que le succès du maintien de la paix passait par l’intégration de stratégies de consolidation de la paix.  Il est urgent de renforcer les mandats des opérations de maintien de la paix afin d’améliorer la sécurité du personnel de maintien de la paix, a-t-elle dit, en souhaitant que le Conseil de sécurité adopte une politique de tolérance zéro à l’égard des violences commises contre le personnel de ces opérations. 


M. CLAUDE HELLER (Mexique) a déclaré que les opérations de maintien de la paix doivent disposer d’un mandat clairement défini, crédible et réalisable, ainsi que de ressources humaines et financières adéquates.  L’engagement de toutes les parties concernées, a-t-il souligné, doit être sans équivoque afin que les efforts déployés permettent de parvenir à une solution pacifique basée sur un accord général de paix portant sur les véritables causes du conflit.  Poursuivant, M. Heller a estimé que le rôle de la Mission doit être compris par les populations pour lui permettre d’opérer efficacement.  Il a ajouté que les difficultés sur le terrain, évoquées ce matin par les responsables militaires des missions montraient combien il est nécessaire que le Conseil de sécurité adapte en permanence les mandats de ces missions.  C’est pourquoi, le Conseil doit élaborer des stratégies qui puissent être mises en œuvre à court terme. 


M. SHIGEKI SUMI (Japon) a estimé qu’il convient en premier lieu de se concentrer sur la réduction des écarts persistant entre la définition des mandats et leur exécution.  Le Conseil de sécurité doit écouter directement et sur une base régulière les commandants des forces des différentes missions de maintien de la paix pour réduire les incompréhensions entre le terrain et le Siège de l’ONU, a-t-il dit, en se félicitant de la tenue du débat d’aujourd’hui.  C’est en tenant compte des observations faites aujourd’hui et en améliorant la compréhension mutuelle que le Conseil sera en mesure de définir des mandats clairs qui répondent aux besoins sur le terrain, a-t-il répété.  Avant de conclure, le représentant a demandé que les capacités et ressources des opérations soient utilisées au mieux, comme c’est actuellement le cas avec la MONUSCO, « qui a efficacement renforcé sa communication auprès de la population locale en vue d’en faire une partie prenante des efforts de paix en RDC ».


Mme REGINA MARIA CORDEIRO DUNLOP (Brésil) a souligné l’importance des travaux du Comité spécial des opérations de maintien de la paix (« Comité des 34 »).  La protection des civils ne doit pas uniquement être perçue comme une tâche militaire, mais comme une priorité de l’ensemble de la mission de maintien de la paix, a-t-elle rappelé.  Elle a souligné l’importance du rapport attendu sur la stratégie du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) concernant les interventions rapides, mais aussi du prochain rapport de la Banque mondiale sur les conflits, la sécurité et le développement.  Elle a souhaité que d’ici à 2011, des progrès importants seront réalisés pour assurer une meilleure compréhension entre la sécurité et le développement et mieux définir les activités de maintien de la paix et celles de la consolidation de la paix.  Elle a également souhaité que les grandes difficultés sur le terrain, notamment en matière de coordination entre tous les acteurs concernés et le renforcement des capacités, soient identifiées afin d’y apporter les solutions appropriées. 


M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a souligné que la vision acquise sur le terrain par les chefs des missions était essentielle.  Il a souhaité connaître les principales difficultés auxquelles sont confrontées les opérations de maintien de la paix en matière de protection des civils depuis la réflexion engagée à l’occasion de la publication de l’étude conjointe commandée par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et le DOMP, en juin 2010.  Il a demandé également des précisions sur les stratégies de protection élaborées par la MINUAD, la MINUS, la MONUSCO et la MINUSTAH.  S’agissant tout particulièrement de la MINUSTAH et de la gestion de l’après-tremblement de terre, il a demandé d’indiquer les leçons qui pourraient être tirées de l’engagement des capacités de génie mises à la disposition de la Mission.  En ce qui concerne la décision du Conseil de mettre en place un système de conditionnalités précis et contraignant pour l’intervention de la MONUSCO, M. De Rivière a demandé des informations sur les conséquences de cette décision sur la protection des civils congolais et la mise en œuvre du mandat en matière de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).  En outre, il a demandé comment se préparait la réduction des forces de la FINUL et quelles étaient les leçons apprises de la transition entre maintien et consolidation de la paix.


M. PATRICK S. MUGOYA (Ouganda) a appelé à mieux évaluer les défis auxquels se heurtent les opérations de maintien de la paix sur le terrain, « dont le mandat s’est étoffé à mesure que les crises sont devenues plus complexes ».  Il faut des ressources suffisantes pour éviter le retard dans leur déploiement, qui contribue souvent à l’escalade des violences dans les zones de conflit.  Ceci a un impact négatif sur l’image de l’ONU, a-t-il fait observer.  Le représentant a estimé important que les missions sur le terrain établissent des partenariats stratégiques avec les organisations régionales et sous-régionales afin de tirer profit de leur proximité avec le théâtre des opérations.


Mme ROSEMARY A. DICARLO (États-Unis) a mis l’accent sur la nécessité d’améliorer la formation des forces de police, précisant que les États-Unis pouvaient offrir leur expertise et leur expérience dans ce domaine.  Après avoir souligné l’importance de mettre en œuvre la stratégie de l’Assemblée générale sur l’appui aux missions en renforçant les critères d’évaluation des performances, la représentante a préconisé que les opérations de maintien de la paix s’accompagnent d’efforts de consolidation de la paix.  Dans ce cadre, la Commission de consolidation de la paix doit être responsabilisée et contribuer à restaurer la confiance des populations du pays hôte à l’égard de l’ONU.  Avant de conclure, elle a demandé au commandant de la Force de la MINUL de préciser les défis auxquels la Mission serait bientôt confrontée à l’approche des élections. 


M. WANG MIN(Chine) a souhaité que les opérations de maintien de la paix se concentrent davantage sur les activités de reconstruction lorsqu’il n’y a plus de paix à maintenir.  Il a souligné la nécessité de définir clairement les mandats des opérations de maintien de la paix.  Les missions les plus vastes, a-t-il noté, sont confrontées à des problèmes logistiques.  La délégation de la Chine estime que les mandats des opérations de maintien de la paix tiennent compte de la situation spécifique des pays.  


M. PHILIP JOHN PARHAM (Royaume-Uni) a estimé que les interactions entre le Conseil de sécurité et les pays fournisseurs de contingents et d’équipement étaient essentielles.  La protection des civils est souvent difficile à assurer en raison des obstacles auxquels se heurtent les Casques bleus et le personnel humanitaire en s’acquittant de leur mandat.  Pour être efficaces, a-t-il dit, les responsables des opérations de maintien de la paix doivent avoir la volonté de lutter contre ceux qui essaient de faire dérailler les processus de paix.  Les efforts de la MINUSTAH sur le front humanitaire et de la reconstruction, a souligné le représentant, doivent être coordonnés avec les autres organismes de l’ONU, afin d’éviter des doublons qui risquent de rendre l’ONU moins crédible.  Il a également demandé des explications sur les retards enregistrés dans le renforcement du secteur de la sécurité au Libéria.


Mme CAROLINE ZIADE (Liban) a souligné la nécessité, d’une part, de préciser le lien qui existe entre maintien et consolidation de la paix, et d’autre part, de renforcer le rôle des organisations régionales et sous-régionales, dans le respect du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  Elle a déclaré que des attaques comme celles qu’Israël a lancées contre Cana en 1996 et contre le poste de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve en 2006 ne devraient plus jamais se reproduire.  S’adressant en particulier au commandant de la FINUL, elle a demandé de lui préciser les risques liés au vide sécuritaire qu’entraînent les problèmes logistiques qu’il a évoqués dans son intervention.  Elle a également souhaité savoir quels étaient les principaux problèmes logistiques auxquels la MINUSTAH est actuellement confrontée pour la coordination des efforts d’assistance. 


M. ERTUĞRUL APAKAN (Turquie) a tout d’abord rappelé « le lien vital qui doit exister entre consolidation et maintien en vue d’instaurer une paix durable.  Il a ensuite voulu savoir si les missions étaient dotées des moyens nécessaires pour établir concrètement ce lien sur le terrain.  Il a également souhaité savoir si les opérations étaient en mesure de tirer profit de la coordination stratégique qui existe entre les acteurs du maintien de la paix et ceux du développement.  Par ailleurs, il a demandé d’indiquer comment les responsables militaires des missions déployées sur le terrain procédaient pour assurer un bon fonctionnement entre troupes d’origines culturelles très différentes.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a rappelé la proposition faite par sa délégation de continuer à intensifier les activités du Comité d’état-major dans le souci d’obtenir des informations fiables.  Il est important que le Conseil se penche sur la question d’établir un niveau adéquat des compétences des contingents militaires formés, a-t-il dit.  Compte tenu de la demande croissante de contingents de police, les mandats des opérations de maintien de la paix devraient envisager une bonne répartition des tâches entre les policiers et les militaires.  Pour assurer une meilleure efficacité des opérations de maintien de la paix, le Conseil de sécurité devrait organiser des échanges interactifs plus fréquents avec les commandants de leurs forces.


M. HENRI-PAUL NORMANDIN (Canada) a rappelé que la communauté internationale demandait aux forces de maintien de la paix d’accomplir une plus grande diversité de tâches.  Ces nouvelles exigences nécessitent des mandats et une configuration des forces permettant d’optimiser la souplesse, la capacité de réaction et la mobilité.  Il a estimé que les forces devraient avoir la capacité intrinsèque de s’adapter à des conditions en évolution constante sur le terrain.  Il a jugé crucial d’assurer le perfectionnement des capacités du personnel au moyen d’activités de formation et de mentorat afin de donner aux missions les moyens d’examiner de manière approfondie l’information pour en dégager des actions concrètes.


M. MANJEEV SINGH PURI (Inde) a rappelé que son pays avait contribué à toutes les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  Aujourd’hui, plus de 8 000 soldats et policiers indiens sont déployés sur le terrain, a-t-il précisé avant de se féliciter de la nomination du général Prakash Wadhwa, de l’armée indienne, à la tête de la Force de la MONUSCO.  Poursuivant, le représentant a fait remarquer que l’Inde et les autres pays contributeurs concernés attendaient toujours d’être informés de l’avenir de la FINUL.  Le représentant a également attiré l’attention sur les problèmes de commandement et de contrôle qui persistent dans les missions déployées en Afrique de l’Ouest.  Les responsables au Siège de l’ONU devraient fournir plus d’informations sur ces difficultés aux États Membres afin d’y remédier, a ajouté le représentant.  En conclusion, il a assuré que la complexité des crises actuelles nécessitait des réponses autres que sécuritaires, les Casques bleus étant appelés à jouer un rôle déterminant dans le domaine humanitaire et de la protection des civils. 


M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a mis l’accent sur la nécessité pour le Conseil de définir des mandats en matière de maintien de la paix plus solides.  Le maintien de la paix, a-t-il dit, doit se concentrer sur des zones particulières de conflit et ne pas être considéré comme un moyen de régler des situations politiques générales.  Dans ce contexte, l’engagement du gouvernement du pays hôte et des acteurs politiques locaux est essentiel aux missions de l’ONU, notamment pour mener à bien les réformes du secteur de la sécurité, les activités de désarmement, réintégration et réhabilitation (DDR) et les efforts de consolidation de la paix, a-t-il ajouté.  Il a également souligné le rôle des organisations régionales qui, comme l’Union africaine dans le cadre de la MANUAD et de l’AMISOM, contribuent à des succès déterminants sur le plan militaire et dans le domaine de la réconciliation. 


M. LIBRAN CABACTULAN (Philippines) a déclaré que 1 057 soldats et policiers philippins étaient répartis dans neuf opérations de maintien de la paix.  Il a assuré que les Philippines procédaient actuellement au renforcement de leur propre mécanisme de maintien de la paix afin de réagir avec plus d’efficacité aux demandes de troupes de maintien de la paix.  Il a regretté que l’augmentation de la demande en matière de maintien de la paix ne s’accompagne pas de ressources suffisantes.  Les Philippines, a-t-il poursuivi, appuient la démarche du Département des opérations de maintien de la paix en matière de protection des civils, axée sur trois piliers, à savoir: la protection par le biais d’un processus politique; la protection physique; et la mise en place d’un environnement de protection. 


M. PARK IN-KOOK (République de Corée) a rappelé que la Cinquième Commission avait adopté en mai 2010 un budget annuel record de 7,7 milliards de dollars pour 16 opérations de maintien de paix regroupant au total un effectif de 124 000 personnes.  Le représentant a souligné l’importance du rapport du Secrétaire général sur l’application des recommandations du Comité spécial des opérations de maintien de la paix (C-34) et des quatre axes prioritaires suivants: donner des orientations sur les tâches essentielles; mobiliser et renforcer les capacités nécessaires pour obtenir des résultats optimums sur le terrain; adapter le système d’appui de l’ONU pour en assurer l’efficacité et permettre la bonne utilisation des ressources; mieux planifier, gérer et contrôler les missions de maintien de la paix des Nations Unies.  S’agissant la capacité de réaction de l’ONU, il a assuré que la République de Corée venait de promulguer une loi qui autorise le déploiement de forces en attente à court terme.   


M. ABUL KALAM ABDUL MOMEN (Bangladesh) a mis l’accent sur le fait que son pays qui, depuis 1988, a été engagé dans 36 missions de l’ONU, s’attachait désormais à renforcer la présence de soldats femmes sur le terrain, « conformément à la résolution 1325 du Conseil de sécurité ».  Il a ainsi rendu hommage à la centaine de membres du personnel des opérations de maintien de la paix originaires de son pays ayant perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions.  Pour le représentant, il est essentiel que soit accrue la représentation des pays contributeurs de troupes dans les processus de décisions du Secrétariat en matière de maintien de la paix.  L’élaboration des mandats des missions doit refléter, dans toutes les phases, les vues des pays contributeurs, a-t-il également insisté.


Reprenant la parole, le commandant de la Force de la MINUL a répondu aux questions en expliquant, notamment, que les effectifs de police étaient suffisants pour préparer l’organisation des élections de l’année prochaine.  Le retrait de la Mission aura lieu après la tenue de ces élections.  « Nous devons, à présent, identifier les capacités nationales qui devront assurer ensuite la sécurité de la phase de transition démocratique », a-t-il ajouté. 


De son côté, le commandant de la Force de la MONUSCO s’est félicité de ce que les autorités congolaises aient pris conscience des impératifs de protection de la population civile, ce qui a permis d’établir un mécanisme de surveillance des activités des rebelles, conformément à la politique de conditionnalités.  Il a estimé que la technologie de communication tactique et opérationnelle dont dispose la Mission était de plus en plus utile pour renforcer la protection de la population civile. 


Reprenant la parole, le commandant de la Force de la MINUSTAH s’est félicité de l’intervention des compagnies de génie japonaises et coréennes qui permettent à la Mission d’ouvrir des sites pour les institutions gouvernementales, les hôpitaux et les internats.  Il s’est inquiété par ailleurs de l’augmentation de la violence dont sont victimes les femmes en Haïti.  Pendant la phase humanitaire d’urgence, a-t-il rappelé, la MINUSTAH a distribué des quantités énormes d’eau, de nourriture et d’abris.  Après la phase d’urgence, la MINUSTAH a établi un système de fourniture d’aide humanitaire, en coordination avec les plans du Gouvernement haïtien. 


Répondant à une question sur la protection des civils, le commandant des Forces de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) a indiqué que la Mission se concentrait sur les zones urbaines et les zones à haut risque.  Il a souligné la difficulté pour l’ONUCI de faire face aux impératifs de protection des populations dans un pays d’une telle taille avec seulement 7 000 Casques bleus.  Il est difficile, a-t-il ajouté, de protéger des civils qui sont menacés par les forces de sécurité nationales lors de mouvements de contestation.  


Le commandant de la Force de la MINUS a souligné l’efficacité croissante de la de la coopération avec la MONUSCO pour coordonner la lutte contre l’Armée de résistance du Seigneur, en particulier en matière de communication et d’information.  Les améliorations apportées sont nécessaires pour renforcer la protection des civils le long de la frontière entre le Sud-Soudan et la RDC,  où les activités de l’Armée de résistance du Seigneur ont un impact sur la sécurité de la population civile, a-t-il dit.  Les moyens aériens sont indispensables car il est impossible de se déplacer par voie fluviale pendant les intempéries, a ajouté le commandant. 


Le commandant de l’ONUST a brièvement évoqué les échanges de rapports entre la FINUL et ses partenaires internationaux sur le terrain visant à évaluer et recenser les violations des résolutions de l’ONU concernant la situation au Liban et le Golan syrien occupé. 


Dans des remarques de clôture, le Conseiller militaire aux opérations de maintien de la paix de l’ONU a déclaré que les commandants des forces de maintien de la paix étaient encouragés par l’attention que leur accorde le Conseil de sécurité. 


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