20/05/2010
Assemblée générale
AG/10942

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Assemblée générale

Soixante-quatrième session

87e et 88e séances plénières – matin et après-midi


L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DÉBAT DE LA PERTINENCE ET DU CONTENU DU CONCEPT DE « SÉCURITÉ HUMAINE »


Certains États Membres dénoncent cette notion en l’assimilant à un cadre qui pourrait servir la violation de leur souveraineté et des ingérences étrangères


La « sécurité humaine », concept qui vise la protection des individus confrontés à des conflits violents ou des catastrophes naturelles, ou encore celle des personnes et des groupes qui font face à l’insécurité matérielle et alimentaire, a été débattue aujourd’hui à l’Assemblée générale, 11 ans après la création du Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine.  Le débat prenait place à la suite de la publication d’un rapport du Secrétaire général qui fait le point des progrès réalisés dans ce domaine.  Une table ronde officieuse interactive, tenue ce matin, a donné aux délégations des éléments de réflexion sur les aspects encore incertains du concept de la sécurité humaine et précisé les actions entreprises pour la protéger, avant qu’une vingtaine de délégations n’intervienne, cet après-midi, pour exprimer le point de vue de leurs gouvernements sur le concept de sécurité humaine.


Dans le Document final du Sommet mondial de 2005, les chefs d’État et de gouvernement avaient reconnu que « tous les individus, en particulier les plus vulnérables, ont le droit de vivre à l’abri de la peur et du besoin et doivent avoir la possibilité de jouir de tous leurs droits et de développer pleinement leurs potentialités dans des conditions d’égalité ».  Ils s’étaient en outre engagés à discuter plus avant de la notion de sécurité humaine.


Présentant ce matin son rapport à l’Assemblée générale, le Secrétaire général a invité les délégations à comprendre la notion de sécurité humaine dans un sens élargi, notamment en prenant en compte la protection et l’autonomisation des personnes.


Au cours du dialogue interactif tenu sur le thème « démarches centrées sur les personnes: valeur ajoutée de la sécurité humaine  », les quatre panélistes qui ont pris la parole ont tenté de préciser le contenu d’un concept qui reste en constante évolution.  La notion de sécurité humaine recouvre notamment la protection des personnes contre l’insécurité urbaine, la violence contre les femmes, et l’insécurité financière, alimentaire, de l’emploi, ou encore, l’insécurité due au changement climatique, a indiqué Richard Jolly, professeur honoraire à l’Institut des études sur le développement à l’Université du Sussex, au Royaume-Uni.


Un certain nombre d’intervenants ont fait remarquer que si la sécurité humaine doit avant tout relever de la responsabilité des États, le fait que les facteurs d’instabilité ont, à notre époque, une résonnance à l’échelle internationale, devraient donc entrainer une obligation de coopération internationale pour résoudre des problèmes tels que les changements climatiques, la crise financière et économique, la hausse des prix des produits alimentaires, les conflits, ou encore la criminalité organisée.  À cet égard, le Secrétaire général a souligné, dans son rapport, que la sécurité humaine est une approche pratique à adopter face à l’interdépendance croissante des vulnérabilités des personnes et des communautés.


« Notre action au titre de la sécurité humaine doit s’axer sur des stratégies centrées sur les personnes, détaillées, pertinentes et préventives », a, à cet égard, dit ce matin M. Ban Ki-moon.  Il a recommandé de tenir compte de la « valeur ajoutée » de la notion de sécurité humaine.


Des délégations se sont montrées critiques quant à la véritable valeur ajoutée du concept.  Le représentant du Brésil a par exemple noté que tous les domaines de préoccupation énumérés dans le rapport du Secrétaire général comptent déjà parmi les principales priorités du système onusien.  Ajouter une dimension « sécurité humaine » à ces cadres existants ne semble pas fournir de valeur ajoutée et risque de conduire à la confusion, a-t-il estimé.  Le représentant de la Fédération de Russie a pour sa part indiqué qu’il ne pouvait y avoir d’application du concept de sécurité humaine sans violation flagrante de la souveraineté des États et sans interférence dans leurs affaires intérieures.  La sécurité humaine dépend d’abord de la sécurité des "États; et seuls les États peuvent eux-mêmes la garantir à l’intérieur de leurs frontières, a-t-il souligné. 


Plusieurs autres délégations, comme celles de la République islamique d’Iran et du Venezuela, ont craint que la notion de sécurité humaine ne soit utilisée pour justifier des interventions et des ingérences étrangères, ou encore le recours à la force contre un pays, au mépris de sa souveraineté nationale et de son intégrité territoriale.


Le Secrétaire général a aussi souligné que l’approche de la sécurité humaine réside au cœur du travail des Nations Unies.  Il a notamment mentionné les actions qui ont été possibles grâce au Fonds d'affectation spéciale pour la sécurité humaine qui a contribué à rebâtir des sociétés déchirées par la guerre, réagir aux catastrophes naturelles et renforcer la sécurité humaine de populations dans le besoin.


M. Vijay Nambiar, Chef de Cabinet du Secrétaire général des Nations Unies et membre du Conseil consultatif sur la sécurité humaine, a précisé que le Fonds a permis de financer plus de 187 projets mis en place dans 70 pays, en leur consacrant 323 millions de dollars.  Nombre d’entre eux ont été menés en Amérique latine, a indiqué Sonia Picado, du Costa Rica, membre du Conseil consultatif sur la sécurité humaine.


L’Assemblée générale achèvera son débat sur cette question demain, vendredi 21 mai, à 10 heures.


APPLICATION ET SUIVI INTÉGRÉS ET COORDONNÉS DES TEXTES ISSUS DES GRANDES CONFÉRENCES ET RÉUNIONS AU SOMMET ORGANISÉES PAR LES NATIONS UNIES DANS LES DOMAINES ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET DANS LES DOMAINES CONNEXES; SUIVI DES TEXTES ISSUS DU SOMMET DU MILLÉNAIRE: RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL (A/64/701)


Déclarations


Mme SANJA ŠTIGLIC, qui a pris la parole au nom de M. ABDUSSALAM ALI TREKI, Président de la soixante-quatrième session de l’Assemblée générale, a rappelé le contexte dans lequel le rapport du Secrétaire général examiné ce jour a été préparé, à l’issue du Sommet mondial de 2005.  Dans le Document final de ce Sommet, les chefs d’État avaient en effet reconnu que « tous les individus, en particulier les plus vulnérables, ont le droit de vivre à l’abri de la peur et du besoin et doivent avoir la possibilité de jouir de tous leurs droits et de développer pleinement leurs potentialités dans des conditions d’égalité », a rappelé Mme Sanja Štiglic.  Elle a ajouté que les dirigeants du monde s’étaient en outre engagés à discuter plus avant de la notion de sécurité humaine.  Des efforts significatifs ont été réalisés par les États Membres au cours des cinq dernières années, a-t-elle signalé, citant notamment le débat thématique informel de l’Assemblée générale qui s’est tenu en mai 2008.  En outre, a-t-elle ajouté, les Amis de la sécurité humaine et le Réseau sur la sécurité humaine ont grandement contribué à la clarification des discussions relatives à ce concept et ont permis de faire avancer les aspects opérationnels de la sécurité humaine.  Le débat d’aujourd’hui devrait permettre de se pencher sur les progrès accomplis, afin de faire avancer la discussion, a-t-elle indiqué.


« Nous vivons dans un monde interconnecté », a déclaré ce matin à l’Assemblée générale, M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies.  « Les crises actuelles transcendent les frontières et menacent les vies de millions d’hommes, de femmes et d’enfants à travers le monde », a ajouté le Secrétaire général.  Évoquant notamment les crises économique, financière et alimentaire, ainsi que les catastrophes naturelles et la pandémie de la grippe H1N1 qu’a connues le monde, le Secrétaire général a affirmé que les conditions de santé d’une communauté pouvaient avoir de graves conséquences sur la santé d’une autre.  Il a expliqué que le rapport qu’il soumettait aujourd’hui à l’Assemblée générale réclamait l’élargissement de la compréhension du concept de la sécurité humaine, afin d’y prendre en compte la protection et l’autonomisation des personnes.  « Notre action doit s’axer sur des stratégies centrées sur les personnes, détaillées, contextuellement pertinentes et préventives.  Voilà en quoi consiste l’approche de la sécurité humaine », a-t-il dit.  Il a également ajouté que ce concept renforçait la souveraineté des États en fournissant aux gouvernements des outils efficaces leur permettant d’examiner les causes premières des menaces, aussi bien celles qui persistent que celles qui sont émergentes.


Poursuivant son intervention, le Secrétaire général a expliqué qu’il s’agissait avant tout de renforcer les capacités locales ainsi que celles des gouvernements en identifiant les besoins concrets des populations qui se trouvent dans des situations difficiles et stressantes; ceci, en développant des solutions qui se basent sur des réalités locales et en édifiant des partenariats ciblés, économiquement efficaces et fondés sur la prise en compte des avantages comparatifs.  « Une telle approche de la sécurité humaine réside au cœur du travail des Nations Unies, et des progrès notables ont été accomplis pour intégrer la sécurité humaine dans le travail de l’Organisation », a-t-il affirmé.  Le Secrétaire général a notamment indiqué que le Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine avait contribué des ressources pour rebâtir les sociétés déchirées par la guerre, réagir aux catastrophes naturelles et renforcer la sécurité humaine, entre autres.  La sécurité humaine est un outil important pour faire progresser les efforts que nous déployons pour être « Unis dans l’action », a-t-il par ailleurs estimé.  Selon M. Ban, la sécurité humaine fournit notamment à l’Organisation un cadre qui lui permet de profiter de ses avantages comparatifs, de renforcer son action, de galvaniser son travail et de revitaliser ses actions de partenariat.


Table ronde officieuse sur la sécurité humaine intitulée: Démarches axées sur les populations: l’intérêt que présente la notion de sécurité humaine


De nombreux progrès ont été accomplis dans la définition de la portée du concept de la sécurité humaine, a remarqué ce matin la Représentante permanente de la Slovénie, Mme SANJA ŠTIGLIC, qui était la modératrice du dialogue interactif sur le thème « démarches centrées sur les personnes: valeur ajoutée de la sécurité humaine ».  Ce débat, qui portait sur un concept en constante évolution, et auquel une dizaine de délégations ont participé, a tourné autour des interventions de quatre experts.


Traditionnellement, la menace à la sécurité des populations d’un pays vient d’autres États, et pour y faire, ce sont d’abord les infrastructures militaires qui ont été développées pour protéger la sécurité humaine des populations, a expliqué M. VIJAY NAMBIAR, Chef de Cabinet du Secrétaire général des Nations Unies et membre du Conseil consultatif sur la sécurité humaine.  Mais aujourd’hui, a-t-il ajouté, face à la menace grandissante que posent des acteurs non étatiques, il faut trouver un équilibre entre la protection de la sécurité de l’État et la sauvegarde tout aussi importante des libertés civiles et de la vie civile.


Le moment est venu de se concentrer sur les insécurités qui touchent les citoyens, comme l’insécurité urbaine, la violence contre les femmes, l’insécurité financière, alimentaire, de l’emploi, ou encore, l’insécurité due aux changements climatiques, a reconnu pour sa part M. RICHARD JOLLY, professeur honoraire à l’Institut des études sur le développement à l’Université du Sussex, au Royaume-Uni.


En 1999, a rappelé M. Nambiar, le Premier Ministre du Japon a exposé l’idée selon laquelle les individus devaient pouvoir vivre dans la dignité et sans voir leur survie menacée.  C’est ainsi qu’un fonds d’affectation spéciale pour la sécurité humaine a été créé, la même année.  Puis la Commission sur la sécurité humaine a vu le jour en 2003.  En 10 ans, le Fonds a permis de financer plus de 187 projets mis en place dans 70 pays, a indiqué M. Vijay Nambiar.  Le Fonds a consacré 323 millions de dollars à ces projets, notamment au Burkina Faso, où il soutient les efforts visant à éviter le mariage précoce des enfants.  Les ressources du Fonds sont aussi utilisées au Myanmar pour renforcer les infrastructures de la population d’agriculteurs, dont la plupart vivaient de la culture de l’opium.  En Bolivie, le Fonds soutient un projet destiné à protéger les adolescents, a ajouté M. Nambiar.


Le Fonds pour la sécurité humaine a aussi contribué à des projets conçus pour faire face aux catastrophes ainsi qu’à des projets visant les femmes et les enfants au Guatemala, au Honduras, au Salvador, en Équateur et au Pérou, a déclaré Mme SONIA PICADO, du Costa Rica, membre du Conseil consultatif sur la sécurité humaine depuis sa création.  Le continent sud-américain, qui est le premier à avoir signé la Charte démocratique, en 2001, déploie de grands efforts en matière de sécurité humaine; efforts qui visent les populations les plus vulnérables et les plus exclues, notamment les femmes, a indiqué Mme Picado.


Mme SAKIKO FUKUDA-PARR, professeur de relations internationales à la New School for Social Research, à New York, a précisé la menace que constitue le déclenchement de tout conflit violent contre la sécurité humaine.  Si elle a reconnu le lien qui existe très souvent entre pauvreté et conflit violent, elle a expliqué que ces conflits sont un phénomène complexe qui ne s’explique pas que par la pauvreté matérielle.  Une autre explication de leur déclenchement réside dans la dépendance des populations envers des ressources naturelles qui sont mal gérées, ce qui fait que certains groupes ont recours à la violence pour en avoir le contrôle.


Une autre théorie sur la cause des conflits violents repose sur la prise en compte du facteur démographique, a poursuivi Mme Fukuda-Parr.  Dans un pays où la tranche de la population âgée de 15 à 30 ans est nombreuse et connait un fort taux de chômage, les risques de conflits violents sont plus grands qu’ailleurs.  Si on prend les exemples récents de conflits violents, comme ceux qui ont affecté le Népal, le Burundi ou la Sierra Leone, on constate que la cause des affrontements est très souvent une combinaison de plusieurs facteurs, a-t-elle cependant relevé.  Ce n’est donc pas seulement la croissance économique qui peut assurer le succès de la sécurité humaine.  Pour préserver celle-ci, il faut adopter des mesures préventives.  Partageant cet avis, le représentant d’El Salvador a invité les participants au débat à réfléchir au concept de maintien et de consolidation de la paix en ce qui concerne les pays sortant d’un conflit, l’application de ce concept relevant du rôle des Nations Unies.


M. Nambiar a ensuite pris la parole pour expliquer que la sécurité humaine recouvre un sens de la sécurité qui résulte de l’absence de souci concernant la possibilité pour les membres d’une population d’avoir un accès assuré à la nourriture, au logement, à l’emploi, aux soins de santé et à l’éducation.  Il ne s’agit pas de remplacer la sécurité offerte par l’État à ses populations, mais de la compléter, a-t-il précisé, en expliquant ensuite les deux aspects de la sécurité humaine que sont la protection et l’autonomisation.


En ce qui concerne la « valeur ajoutée » qu’apporterait une définition plus précise de la sécurité humaine, M. Jolly a quant à lui trouvé quelques avantages à clarifier le concept.  Cette clarification rendrait les décideurs plus conscients des menaces qui peuvent posent se poser à la sécurité humaine et leur permettrait de mieux informer et protéger le grand public, a-t-il dit.  Cela permettrait aussi d’identifier les menaces et les insécurités de façon générale, pour mieux trouver les ressources économiques qui sont nécessaires pour y faire face, y compris auprès des organisations non gouvernementales.


Parmi les incertitudes concernant la notion de sécurité humaine, M. Jolly a signalé le risque d’une « mondialisation » de l’insécurité ou le risque d’appeler « insécurité humaine » des problèmes qui sont déjà identifiés et gérés.  Pour la délégation de l’Argentine, qui a pris la parole, il est difficile à ce stade d’adopter une position dans ce domaine, vu les aspects divers qu’il recouvre.  La représentante de la Colombie a, quant à elle, demandé des précisions sur les liens entre la sécurité humaine et les trois domaines suivants: la traite des personnes, la prolifération des armes et la situation des migrants internationaux.


De son côté, le représentant de la République islamique d’Iran a exprimé sa préoccupation concernant les éventuelles interventions que pourraient mener des acteurs externes, sous le prétexte de « protéger la sécurité humaine de certains individus ou populations », sans le consentement et l’autorisation du gouvernement concerné.  Mme Picado lui a répondu en assurant que la notion de souveraineté de l’État n’était absolument pas remise en cause par le concept de sécurité humaine.


Enfin, les délégations du Japon et de l’Égypte ont demandé comment la sécurité humaine pouvait être utilisée pour contribuer à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Si on avait défini ce concept plus tôt au niveau mondial, l’approche internationale concernant la recherche de solutions à la crise alimentaire aurait-elle été différente? s’est demandé pour sa part le représentant de l’Inde


Débat général


M. JUAN ANTONIO YÁÑEZ-BARNUEVO (Espagne), parlant au nom de l’Union européenne, s’est félicité du rapport du Secrétaire général qui propose une mise à jour des progrès réalisés depuis 2005 dans le domaine de la sécurité humaine.  Il n’y a pas de développement sans sécurité ni de sécurité sans développement, a-t-il affirmé.  Combattre la pauvreté et promouvoir un développement social centré sur les personnes peut contribuer à la fois à l’amélioration de la sécurité humaine et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, a-t-il ajouté.  En ce qui concerne les situations postconflits, il a estimé que la Commission de consolidation de la paix (CCP) joue un rôle clef en tant que plate-forme intergouvernementale souple qui recherche la cohésion entre les acteurs des secteurs de la politique, de la sécurité, du développement et de l’humanitaire.  Pour ce qui est des mines et engins explosifs, il a dénoncé le fait qu’ils entravent le retour des réfugiés et des personnes déplacées ainsi que le travail des organisations et travailleurs humanitaires.  En matière de prévention et de médiation, il faut faire de plus grands progrès, a-t-il demandé, avant d’indiquer que l’Union européenne travaille avec les Nations Unies et d’autres organisations, comme l’Union africaine, en vue de promouvoir la médiation dans les zones de conflit, quand elle est possible.  L’Union européenne est aussi très soucieuse d’assurer la protection des enfants et de minimiser les effets des conflits armés à leur égard, a-t-il noté. 


Abordant la question de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes, le délégué de l’Espagne a souligné l’importance des accords conclus autour des résolutions 1325, 1820, 1888 et 1889 du Conseil de sécurité, qui devraient se traduire par des mesures concrètes grâce à l’adoption d’indicateurs de mise en œuvre.  Passant à la responsabilité de protéger, le représentant a soutenu la mise en œuvre de ce concept « pour protéger les populations contre les génocides, les crimes de guerre, les nettoyages ethniques et les crimes contre l’humanité ».  « Ce concept et celui de la sécurité humaine se renforcent mutuellement », a-t-il estimé.  Pour ce qui est des changements climatiques, l’Union européenne a adopté une stratégie qui traite de la sécurité et analyse notamment les répercussions sécuritaires de ce phénomène au niveau régional.  Le Secrétaire général recommande de tenir compte de la valeur ajoutée de la notion de sécurité humaine, et l’Union européenne souhaite que l’application du concept de sécurité humaine vienne compléter et centrer les activités des Nations Unies dans toute une série de domaines, a-t-il conclu.


Mme MARLENE MOSES (Nauru), qui intervenait au nom des petits États insulaires en développement du Pacifique, a affirmé que de nombreuses menaces à la sécurité humaine ne pouvaient être surmontées par un seul pays.  Nous n’avons pas provoqué la crise financière, mais nos pays en ont subi les conséquences de plein fouet, a-t-elle rappelé pour ensuite indiquer que les changements climatiques étaient la plus importante menace qui pèse sur la sécurité des populations de la région du Pacifique.  Tous ces désastres sont le fruit d’activités humaines dans lesquelles les îles du Pacifique ne sont pas responsables, a-t-elle affirmé.  Relevant ensuite que le concept de la sécurité humaine était le fondement de l’État-providence moderne du monde développé, la représentante a affirmé que ces mêmes États prenaient part à des activités qui entravaient la sécurité humaine dans de nombreux pays en développement.  Nauru et les îles du Pacifique sont d’avis que le débat actuel s’axe sur une question centrale qui est de savoir comment le concept de la sécurité humaine peut être utilisé pour assurer la réalité de cette sécurité humaine dans le monde en développement.  Mme Moses a par ailleurs estimé que le concept de sécurité humaine ne devait pas saper les droits fondamentaux des populations, ni la responsabilité qu’a l’État de les protéger.  Le concept de sécurité humaine doit également permettre d’augmenter la portée des initiatives internationales existantes et non pas provoquer une prolifération de nouvelles mesures, a-t-elle jugé.  La représentante de Nauru a ensuite indiqué que les changements climatiques avaient des implications profondes sur la sécurité humaine des pays vulnérables.  Il est temps pour le Conseil de sécurité d’examiner ces graves menaces sécuritaires, a-t-elle affirmé, car cet organe a pour responsabilité première le maintien de la paix et de sécurité au niveau international.  Il est de son devoir juridique de répondre aux menaces sécuritaires posées par les changements climatiques, a-t-elle dit.


M. ANDREW GOLEDZINOWSKI (Australie), parlant au nom du Forum des îles du Pacifique, a déclaré que lorsque l’on regarde la famille des États du Pacifique, en particulier les plus petits d’entre eux, on voit très clairement ce que le terme « sécurité humaine » veut dire.  Ces pays sont confrontés aux menaces simultanées de l’élévation du niveau de la mer, des manifestations climatiques extrêmes, du déclin des ressources halieutiques, des changements dans les modes traditionnels d’agriculture de subsistance, et des pressions qui s’en suivent dans les relations intercommunautaires.  Ces communautés doivent pouvoir faire entendre leur voix, et l’examen de la mise en œuvre de la Stratégie de Maurice sera une bonne occasion pour mener cet exercice, a estimé le représentant.


Il ne faut pas oublier, a-t-il poursuivi, que les changements climatiques sont une menace existentielle pour beaucoup d’îles du Pacifique.  Saluant une nouvelle fois la résolution de l’Assemblée générale sur l’impact possible des changements climatiques sur la sécurité, le représentant a ajouté: « nous avons parcouru un long chemin, et nous devons encore définir la sécurité humaine et identifier la manière de traiter des causes sous-jacentes de l’insécurité ».  Il a appelé le monde à assurer la sécurité de tous les peuples, en particulier ceux des petits États insulaire en développement, dont la vulnérabilité unique face aux menaces à la sécurité ne peut disparaître sans un effort collectif de la communauté internationale. 


M. JAIRO HERNANDEZ-MILIAN (Costa Rica), qui s’exprimait au nom du Réseau surla sécurité humaine, a recensé les problèmes multidimensionnels qui dépassent la capacité individuelles des gouvernements à y répondre, comme la crise financière et économique, la hausse des prix des produits alimentaires, les urgences liées aux changements climatiques, les conflits, la criminalité organisée ou encore les problèmes de santé.  Il a proposé de mener une analyse intégrée de promotion de la sécurité à trois niveaux -humain, national et international– et a relevé qu’ils sont intrinsèquement liés entre eux.  La sécurité humaine est la pierre angulaire qui garantit la sécurité nationale et internationale, a-t-il expliqué.  Le représentant a fait valoir que la perspective de la sécurité humaine peut aider les gouvernements à élaborer des stratégies contre les menaces émergeantes, ce qui va bien au-delà des préoccupations d’un État concernant sa seule sécurité militaire.   Il a mis l’accent sur la coopération internationale et le multilatéralisme, qui permettent de mettre en place des synergies et de lancer des initiatives internationales.  Le Fonds d’affectation spéciale pour la sécurité humaine, ainsi que les Amis de la sécurité humaine et le Réseau créé sur cette question, en sont de bons exemples, s’est-il réjoui.


La sécurité humaine ne se résume pas à l’absence de conflit, car elle doit aussi garantir les conditions sociales, culturelles, économiques et environnementales permettant de prévenir l’insécurité et d’assurer la survie, le bien-être et la dignité d’une population.  Nous y avons aussi inclus les questions relatives au VIH/sida et à la santé en général; à l’environnement; à l’élimination de la pauvreté, aux changements climatiques, et aux droits de l’homme.  Le Réseau est convaincu que la sécurité humaine apporte une véritable valeur ajoutée, a indiqué M. Hernandez-Millian.  L’aspiration véritable de la sécurité humaine consiste à satisfaire la sécurité nationale des États et en même temps les besoins de leurs populations.  Les stratégies à court, moyen, et long termes devront se fonder sur les vulnérabilités et les capacités des populations concernées, a dit le représentant.  Il a enfin invité l’Assemblée à reconnaitre l’importance des initiatives nationales, sous-régionales et régionales en la matière.


M. CLAUDE HELLER (Mexique) a indiqué qu’en sa qualité de Coprésident du Groupe des amis de la sécurité humaine, le Mexique tenait à signaler que le caractère transnational des nouvelles menaces oblige les États à adopter des mesures relatives à la promotion de la sécurité humaine.  Celle-ci doit impérativement s’appliquer aux aspects sociaux de la sécurité qui accompagnent la lutte contre la pauvreté, et l’atténuation du risque de catastrophes et de pandémies, entre autres.  Le représentant a estimé que la sécurité humaine et les droits de l’homme étaient complémentaires.  La sécurité humaine répond à la notion de l’obligation de protéger la personne humaine, a-t-il notamment estimé.  Le représentant a ensuite lancé un appel pour que la sécurité humaine soit intégrée dans les programmes de l’ONU, ainsi qu’aux mandats de ses différentes opérations de maintien de la paix.  « Ma délégation souhaite que la sécurité humaine compte parmi les principaux piliers qui ont une influence sur les prises de décision », a-t-il dit.


M. MAGED A. ABDELAZIZ (Égypte) a jugé que, pour appréhender au mieux le concept de sécurité humaine au sein du système des Nations Unies, les États Membres devraient se mettre d’accord autour d’une approche coopérative destinée à protéger tous les droits de l’homme et les libertés fondamentales.  Le représentant a préconisé en ce sens d’appuyer les efforts nationaux de renforcement des capacités en vue de donner aux différents gouvernements les moyens de respecter leurs obligations internationales.  Nous devrions en outre nous engager à soutenir énergiquement les activités des fonds et programmes de l’ONU dans le domaine du développement humain, en prêtant une attention particulière à la santé, à l’éducation et à la protection des femmes et des enfants, a-t-il ajouté.  Au-delà, le représentant de l’Égypte a considéré que l’opérationnalisation responsable du concept de sécurité humaine devrait s’effectuer dans le cadre de l’Assemblée générale, afin que le « moteur » que représente cet organe au sein de l’Organisation aide à restaurer la confiance entre le Nord et le Sud. 


M. A.K. ABDUL MOMEN (Bangladesh) a indiqué que dans le cadre d’une enquête menée il y a deux ans dans son pays, les personnes ayant participé à un sondage avaient  indiqué que la pauvreté, le chômage, les catastrophes naturelles et l’absence de sécurité sociale comptaient parmi leurs plus grandes préoccupations.  Tout en convenant qu’il incombe en premier lieu aux États de protéger leur population respective, le représentant bangladais a indiqué qu’en certains cas, les pays ne pouvaient espérer répondre seuls aux défis qui leur étaient posés et devaient attendre l’aide de la communauté internationale.  M. Abdul Momen a ensuite évoqué les défis que rencontre son pays du fait des changements climatiques, de la densité de sa population et du phénomène de la migration interne, qui sont autant de situations qui méritent, selon lui, d’être examinées sous l’angle de la sécurité humaine.  Nous devons répondre en premier lieu aux causes premières de ces menaces omniprésentes, sinon, nous n’échapperons pas aux désordres qu’elles provoqueront, a-t-il conclu.


Mme SANJA ŠTIGLIC (Slovénie) a notamment estimé qu’en matière de sécurité humaine, l’accent doit être mis sur la protection des civils.  Soixante dix pour cent des victimes qu’ont faites les récents conflits étaient des non-combattants et, pour la plupart, étaient des femmes et des femmes, a-t-elle souligné.  Pour la représentante, le dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité portant sur les femmes, la paix et la sécurité, qui aura lieu en octobre 2010, sera une l’occasion d’échanger des informations sur les meilleures pratiques et les leçons tirées.  Cet anniversaire permettra également de mettre en exergue le rôle positif joué par les femmes dans tous les aspects du maintien de la paix, de la gestion des conflits et de la sécurité, a affirmé Mme Štiglic. 


M. LIBRAN CABACTULAN (Philippines) a jugé suffisamment claire la distinction établie entre la promotion de la sécurité humaine et le respect de la souveraineté nationale, ainsi qu’entre la sécurité humaine et la responsabilité de protéger.  Il a relevé que le Secrétaire général, dans son rapport, souligne que la sécurité humaine est une approche pratique face à l’interdépendance croissante des vulnérabilités des personnes et des communautés.  Il suffit de constater les travaux menés par la Division de la sécurité humaine au Bureau des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU pour se rendre compte que la sécurité humaine n’est pas un concept nouveau, mais plutôt un des domaines d’action des Nations Unies, a-t-il ajouté.  Il a aussi indiqué que les Philippines ont bénéficié du soutien du Fonds d’affectation spéciale pour cinq projets.  Le représentant a ensuite mis l’accent sur le lien entre sécurité humaine et migration, évoquant les problèmes de la traite des femmes et des enfants.  Même si quelques-uns émettent des doutes en ce qui concerne la portée de la sécurité humaine, a-t-il dit, il faut reconnaître qu’il existe un soutien général concernant la validité et le bien-fondé du concept.


M.JORGE VALERO BRICEÑO (Venezuela) a fait part des préoccupations de sa délégation concernant la procédure utilisée pour organiser ce débat de l’Assemblée sur la sécurité humaine, alors qu’il n’a pas été explicitement demandé.  La notion de sécurité humaine n’a pas été définie jusqu’à présent de façon consensuelle, et il est étonnant qu’une unité de travail sur la sécurité humaine ait été créée au sein des Nations Unies, a-t-il remarqué.  Le représentant a exprimé ses doutes quant à la notion de sécurité humaine, notamment quant à la possibilité d’user de la force pour l’appliquer dans des cas où on considère que la population d’un pays est en danger.  Dans un tel cas, il faudrait veiller à n’utiliser que les moyens fondés sur les dispositions de la Charte des Nations Unies, a-t-il soutenu.  Expliquant ensuite que la sécurité humaine doit être centrée sur le développement, il a rappelé que les États ont l’obligation de mettre en œuvre des politiques solidaires et humanistes pour contribuer à l’édification d’une société où règne la justice, la sécurité et le bien-être, comme c’est le cas au Venezuela.  Il s’est félicité que cette responsabilité soit parfaitement assumée dans son pays sans ingérence étrangère.  Craignant une utilisation sélective, voire politisée, de la notion abstraite de sécurité humaine, il a attiré l’attention sur les menaces d’invasion ou d’ingérence étrangère que la notion peut entraîner.  Il n’existe pas de modèle unique de démocratie; et aucun État ne peut imposer son modèle à un autre, a-t-il averti. 


M. RODOLFO BENÍTEZ VERSON (Cuba) a relevé que lors du dernier débat thématique de l’Assemblée générale sur la sécurité humaine, diverses définitions du concept avaient été présentées par les États Membres.  Ma délégation note avec préoccupation que le Secrétariat a adopté des politiques destinées à mettre en œuvre un concept qui n’a pas été clairement par les États Membres, a-t-il déclaré.  De son avis, la mise en œuvre de concepts « ambigus » est propice à leur manipulation par certains États, et ce, au profit d’« intérêts politiques étroits ».  Poursuivant, le représentant a notamment affirmé que si le sous-développement et la pauvreté ne sont pas éliminés, si 1,4 milliard de personnes n’étaient pas libérées de la pauvreté extrême, et si 800 millions d’adultes analphabètes n’étaient pas éduqués, alors la sécurité humaine demeurerait une vaine rhétorique.  M. Benitez Verson a de plus estimé que ce concept était incompatible avec l’existence de 22 000 armes nucléaires dans le monde, pour dénoncer ensuite les politiques de « deux poids deux mesures » qui sont systématiquement appliquées dans le domaine des droits de l’homme.


M. Benitez Verson a ensuite estimé que la sécurité humaine devait pleinement respecter le droit international et la Charte de l’ONU, notamment les principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et de non-ingérence.  Ce concept doit également exclure l’usage ou la menace de l’usage de la force à l’encontre d’un État, et garantir que les gouvernements des différents pays seront les seuls à bénéficier du droit d’identifier les menaces à la sécurité humaine qui pourraient exister dans leur territoire. Il a de plus estimé que toute aide étrangère relative à la sécurité humaine devait être conditionnelle et bénéficier du consentement de l’État concerné.  Cuba n’appuiera aucun concept susceptible d’être manipulé à des fins politiques, a-t-il souligné.  Il a également estimé que toute décision prise sur la question devait être consensuelle et ne pas être prise dans la hâte.


M. NORIHIRO OKUDA (Japon) a noté avec satisfaction que le rapport du Secrétaire général sur la sécurité humaine rappelait que la sécurité humaine ne passe pas par un quelconque recours à la force contre la souveraineté des États.  Il a estimé que le concept de sécurité humaine renforçait cette souveraineté et impliquait que les capacités des gouvernements et de leurs institutions étaient des éléments essentiels pour promouvoir cette sécurité.  Il s’est dit heureux de constater que ce rapport faisait une distinction entre la sécurité humaine et la responsabilité de protéger (R2P), ceci conformément aux dispositions du Document final du Sommet mondial qui analyse les différences entre ces deux concepts.  M. Okuda a rappelé que la question de la sécurité humaine était agréée au paragraphe 143 du Document final du Sommet mondial, alors que la question de la R2P est définie aux paragraphes 138 à 140 du même Document.  En tant que pionnier de la promotion du concept de sécurité humaine, le Japon souhaite que les délégations gardent à l’esprit au cours des futurs processus intergouvernementaux les différences entre ces deux concepts, a-t-il dit. 


S’agissant de la valeur ajoutée de la sécurité humaine, M. Okuda a précisé que le rapport du Secrétaire général montrait bien comment ce concept s’appliquait dans différentes situations auxquelles fait face l’ONU ou qui sont des priorités de l’Organisation.   Il a précisé que d’importantes organisations régionales ou sous-régionales, dont l’Union africaine, la CEDEAO, l’ANASE, l’APEC et l’OEA, avaient adopté ce concept.  Il a ajouté que les organismes de l’ONU, comme le PNUD, n’avaient pas seulement adopté la sécurité humaine dans leurs stratégies, mais qu’elles diffusaient aussi ce concept dans différents pays et régions.  Il a mis l’accent sur le rôle critique joué par le Fonds d’affectation spéciale de l’ONU pour la sécurité humaine pour obtenir des résultats pratiques sur le terrain par le biais des activités menées par des organismes de l’ONU.  M. Okuda a précisé que le Japon poursuivrait ses efforts visant à rendre opérationnel le concept de sécurité humaine par le biais de son assistance bilatérale.  Il a indiqué que le Japon et le Mexique coprésidaient des rencontres biannuelles des Amis de la sécurité humaine, qui est un forum à composition non limitées qui a déjà vu la participation à ses travaux de plus de 140 États Membres depuis octobre 2006.  Le représentant a précisé que le but de ce Forum était de promouvoir une compréhension commune de ce concept et de favoriser son intégration dans les activités de l’ONU.  Il a mis l’accent sur l’importance de « sécuriser » la promotion de la sécurité humaine pour réaliser les OMD.  M. Okuda a insisté sur le fait que ce concept était en permanente évolution puisqu’il était amené à faire face à des menaces émergentes.  C’est pourquoi, le Japon souhaite que les débats sur la sécurité humaine soient menés de manière régulière par la plénière de l’Assemblée générale.               


À l’instar des informations contenues dans le rapport du Secrétaire général, M. BASO SANGQU (Afrique du Sud), a estimé qu’il était impératif d’identifier les causes premières de l’insécurité humaine afin de pouvoir y répondre de manière efficace.  La sécurité humaine mérite, en effet d’être centrée avant tout sur le bien-être des personnes, mais le développement durable doit également figurer en son sein, a-t-il ajouté.  Le représentant a notamment estimé que ce concept devait également comprendre l’élimination de la pauvreté, la prévention de la marginalisation dans le monde en développement et la prévention et l’élimination du VIH/sida, du paludisme et de la malaria, entre autres.  Poursuivant son intervention, M. Sangqu a affirmé que l’engagement des dirigeants africains en faveur de l’élargissement du concept de la sécurité humaine se manifestait par l’intermédiaire de l’architecture de gouvernance établie au sein de l’Union africaine.  Il a également estimé que la sécurité humaine dépendait de la coordination et de la cohérence au sein du système de l’ONU.  De son avis, l’ONU doit continuer d’examiner par quels moyens elle peut avoir un impact holistique sur le terrain afin d’améliorer la qualité de la vie des populations et améliorer la sécurité et la stabilité des pays.


Mme MARIA GALLARDO HERNANDEZ (El Salvador) a rappelé qu’il incombe en premier chef aux gouvernements d’assurer la survie, la dignité et le bien-être des leurs citoyens.  Aucun pays ne peut avoir de développement sans sécurité ni de sécurité sans développement, ce qui implique aussi le respect des droits de l’homme, a-t-elle souligné, reprenant les termes du Secrétaire général.  L’insécurité peut donc alimenter un cercle vicieux, a-t-elle constaté.  La représentante a aussi souligné l’importance qu’il y a à intégrer de façon transversale la sécurité humaine dans les valeurs des Nations Unies.  La valeur ajoutée de cette approche est due au fait que la sécurité humaine est devenue une réponse aux menaces actuelles émergeantes, menaces qui sont complexes et liées entre elles.  La sécurité humaine est devenue une des principales préoccupations des citoyens d’Amérique du Sud, a-t-elle assuré, insistant sur le fait qu’il est possible de trouver une solution à l’insécurité civile.  Cela va de pair avec la réduction de la criminalité, a-t-elle ajouté.  Elle s’est enfin prononcée en faveur de la poursuite de la discussion sur la question de la sécurité humaine au sein de l'Assemblée générale. 


M. ZAHIR TANIN (Afghanistan) a indiqué que les besoins sécuritaires de son pays éclipsaient tous les efforts destinés à établir un Afghanistan stable, sûr et prospère.  Il a évoqué le terrorisme, les assassinats et les menaces à la vie des populations, pour ensuite insister sur l’importance de briser le cycle de la violence et des conflits.  Nous devons savoir aller au-delà du bien-être physique et assurer sur le long terme la sécurité économique, sociale et politique du peuple afghan, a dit le représentant pour qui le concept de sécurité humaine pourrait servir de guide pour l’approche à adopter en Afghanistan.  Il a notamment évoqué le fait que ce concept était centré sur les êtres humains, qu’il soulignait l’« importance essentielle » du développement et cherchait à réparer les dégâts provoqués par les conflits.  De plus, a-t-il ajouté, la sécurité humaine compte sur des sociétés et des institutions fortes pour fonctionner comme mécanisme de protection central et répondre à tout facteur potentiellement déstabilisateur.  Il a également évoqué la Stratégie de Londres, qui vise à renforcer les capacités afghanes. 


Poursuivant son intervention, M. Tanin a engagé les États Membres à assurer la mise en œuvre de ces principes.  Il a cependant estimé que le manque de coordination entre les acteurs locaux et internationaux, et l’absence de cohérence dans la recherche des objectifs choisis continuaient à marginaliser le leadership domestique et à circonvenir le Gouvernement afghan au profit de structures parallèles.  Le concept de sécurité humaine ne servira pas, à moins que la communauté internationale s’engage à réellement comprendre le contexte local des conflits et à autonomiser la population locale, a dit M. Tanin.  La communauté internationale doit comprendre que les conflits ont des causes diverses et exigent des réponses détaillées et conceptualisées, a-t-il notamment dit.


Mme BYRGANYM AITIMOVA (Kazakhstan) a assuré que l’usage de la force n’est pas envisagé dans l’application du concept de sécurité humaine.  Le Kazakhstan soutient pleinement la définition de la sécurité humaine qui garantit d’être à l’abri de la peur, notamment à cause de l’existence des armes de destruction massive.  C’est pourquoi, a expliqué la représentante, le Kazakhstan a rejeté l’arme nucléaire.  Par ailleurs, elle a expliqué que son pays a atteint une certaine stabilité grâce à une harmonie interethnique et interreligieuse.  Elle a salué les initiatives des États Membres qui promeuvent le concept de sécurité humaine aux niveaux régional et sous-régional, tout en édifiant une architecture basée sur les droits de l’homme.  À cet égard, elle a proposé que les commissions régionales des Nations Unies examinent les perspectives d’actions à mener en matière de sécurité humaine.  Se basant sur les urgences qui se révèlent en matière de changements climatiques, la représentante a souhaité que l’utilisation du Fonds d’affectation spéciale pour la sécurité humaine soit plus souple et plus prévisible.  Enfin, elle s’est montrée reconnaissante du soutien fourni par le Fonds aux pays d’Asie centrale, notamment à ceux proches de la région de Semipalatinsk.


S’appuyant sur des citations des Présidents Roosevelt et Obama, M. FREDERICK D. BARTON(États-Unis) a affirmé que le concept de sécurité humaine « reflétait les valeurs des États-Unis ».  Il a estimé que les sécurités humaine et nationale étaient intrinsèquement liées, et que chacune appuyait la réalisation de l’autre.  Lorsque les gens peuvent vivre librement et réaliser leur plein potentiel, ce ne sont pas uniquement les personnes qui prospèrent, mais également leur pays, a-t-il dit.  Pour le représentant, il incombe à chaque État de décider par quels moyens protéger les libertés de ses citoyens et garantir la sécurité humaine.  « De l’avis de ma délégation », a-t-il ajouté, « ce concept doit être examiné en prenant en compte l’importance de l’appropriation nationale dans le domaine du développement ».  À l’instar du rapport du Secrétaire général, le représentant a prôné l’adoption d’une approche holistique en matière de développement, notamment en ce qui concerne la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).


M. HASAN KLEIB (Indonésie) a relevé que la communauté internationale n’arrive pas à se mettre d’accord, après tant d’années, sur le concept de sécurité humaine.  Il a estimé que c’est au sein des Nations Unies que l’on doit débattre des principaux problèmes qui affectent les pays et réfléchir aux solutions possibles.  Après la sécurité de la santé et la sécurité alimentaire, on parle maintenant de la sécurité humaine, a-t-il aussi remarqué.  Pour l’Indonésie, la formulation exacte des problèmes et des concepts est secondaire, le plus important étant la pérennité des efforts pour renforcer les services de santé.  Ce sont les États qui doivent créer une plate-forme pour permettre aux citoyens de jouir de leurs droits élémentaires, a dit M. Kleib.  Quant à l’aspect opérationnel, il a estimé que ce sont les États qui peuvent l’assurer, par l’intermédiaire des différents fonds des Nations Unies, qui doivent apporter leur aide et faire la différence.  Enfin, le représentant a souligné les principes fondamentaux de la Charte de l’ONU, qui mettent notamment l’accent sur le respect de la souveraineté nationale, et il a demandé qu’ils soient respectés.


M. BUI THE GIANG (Viet Nam) a souligné qu’en analysant le concept de sécurité humaine et les différentes priorités de l’ONU, telles que décrites par le Secrétaire général dans son rapport, le Viet Nam est d’avis que l’Organisation doit concentrer son attention sur les domaines suivants: l’éradication de la faim, la réduction de la pauvreté et le développement socioéconomique.  La pauvreté et le sous-développement représentent les causes principales de nombreuses menaces auxquelles fait face la communauté internationale, a-t-il noté.  Pour le représentant, l’expérience dont jouit l’ONU dans ces domaines en fait un contributeur naturel pour renforcer la sécurité humaine et faciliter la mise en œuvre des OMD.


M. ALEXANDER PANKIN  (Fédération de Russie) a invité les États Membres à faire progresser le concept de sécurité humaine, mais a estimé que le rapport du Secrétaire général ne peut pas servir à cet égard de base exhaustive; et les diverses tentatives opérées au sein des différentes plates-formes établies sur la question de la sécurité humaine ne le peuvent non plus.  La question de la sécurité des États, qui malheureusement n’est pas mentionnée dans le rapport, est importante, a souligné le représentant, en faisant valoir que la sécurité humaine ne peut être assurée que dans le cadre d’un État lui-même en sécurité.  Même en essayant de résoudre le problème de la sécurité économique et sociale, on risque de menacer la souveraineté des États en intervenant au nom de la sécurité humaine, a-t-il aussi argué.  Le représentant a également émis des doutes sur la thèse selon laquelle la sécurité humaine n’entraîne pas le recours à la force contre un État.  Par ailleurs, il n’a pas jugé utiles les chapitres du rapport sur la protection et l’autonomisation.  Le représentant russe s’est ensuite félicité de l’attention accordée aux normes juridiques dans le rapport, mais il a regretté que les aspects religieux et culturels des sociétés humaines soient passés sous silence.  Il a enfin averti du risque de double emploi qui pourrait être fait des activités des Nations Unies en la matière, car elles viendraient s’ajouter à celles qui sont déjà menées par l’Organisation et ses partenaires dans d’autres secteurs.


M. GUILHERME PATRIOTA (Brésil) a estimé que le rapport du Secrétaire général manquait d’objectivité pour répondre aux défis inhérents à la sécurité humaine.  Selon lui, le fait que la sécurité humaine peut être appliquée dans de nombreux contextes différents témoigne de ses limites en tant qu’outil théorique.  « Nous avons entre les mains une proposition qui semble être un appel moral en faveur de la défense des êtres humains et dont l’utilité s’avère par conséquence limitée pour assurer des solutions intégrées et multidimensionnelles », a dit M. Patriota.  Il a également relevé que tous les domaines de préoccupation énumérés dans le rapport du Secrétaire général comptaient déjà parmi les principales priorités du système onusien.  Ajouter une dimension « sécurité humaine » à ces cadres existants ne semble pas fournir une valeur ajoutée et risque de conduire à la confusion, a-t-il estimé.


Si nous voulons assurer le bien-être des personnes, a poursuivi le représentant, nous devons éviter tout lien avec la « sécurité » et nous rapprocher de l’humanisme, de l’inclusion sociale et de la solidarité, notamment en faveur des plus vulnérables.  Il a de même estimé que la reconnaissance des liens entre le développement humain et la « sécurité » ne devait pas renforcer la tendance négative qui consiste à faire un usage indiscriminé de la force et à avoir recours au Chapitre VII de la Charte comme moyen de gérer les affaires internationales, au détriment de la coopération et de la solidarité internationale.  Le concept de sécurité humaine s’avèrera-t-il réellement utile pour améliorer la situation de civils dont la vie a été mise en jeu?  Notamment là où la notion de dégât collatéral a été justifiée? s’est notamment interrogé M. Patriota.  « Au lieu de s’attacher aux causes principales de l’instabilité internationale, le concept de sécurité humaine devrait chercher à répondre à l’impact des crises mondiales.  Voilà l’approche préventive qu’il faut privilégier », a dit le représentant.  Si nous voulons réellement mettre l’accent sur les être humains, a-t-il ajouté, nous devons d’abord réformer les systèmes économique, commercial et financier internationaux, et nous devons chercher à comprendre pourquoi de larges segments de la population mondiale n’ont toujours pas accès à des traitements capables de sauver leur vie et répondre aux causes premières de ces injustices.


Mme MARTA HORVATH FEKSZI (Hongrie) a rappelé que son pays a préparé, l’année dernière, une étude de faisabilité sur la création à Budapest d’un centre pour la prévention du génocide et des crimes de masse dans le monde.  Un tel centre, a-t-elle estimé,  pourrait encourager la coopération internationale et conduire à l’établissement d’un système efficace, doté de mécanismes d’alerte rapide.  Mme Horvath Fekszi a indiqué que la Hongrie appuyait les recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général et s’est déclarée convaincue qu’un rapport périodique sur l’intégration de la sécurité humaine dans les activités de l’ONU pourrait contribuer au développement de ce concept « complexe ».


M. JAKKRIT SRIVALI (Thaïlande) a relevé qu’il n’existait pas de définition unique de la sécurité humaine, mais que ce concept avait déjà pris racine en tant qu’approche holistique axée sur les personnes, et qui s’avère utile dans un monde de « menaces interconnectées et complexes ».  Il a rappelé que la Thaïlande était le premier pays à disposer d’un Ministère de la sécurité humaine et du développement social, et a expliqué que pour son pays, la sécurité humaine consistait à placer l’être humain au cœur de toutes les politiques adoptées en matière de développement durable.  Loin d’exclure la sécurité de l’État ou le rôle de ce dernier, nous cherchons à les réincorporer dans une approche holistique afin de se recentrer sur l’individu, a-t-il précisé.


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