23/02/2009
Conseil économique et social
ENV/DEV/1026

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commission du développement durable

Réunion préparatoire intergouvernementale

1e et 2e séances - matin et après-midi                      


LA COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE INVITÉE À RÉFLECHIR AUX MOYENS DE RENFORCER LE SECTEUR AGRICOLE POUR ATTÉNUER LES EFFETS DE LA CRISE ALIMENTAIRE


La Réunion préparatoire intergouvernementale aux travaux de la dix-septième session de la Commission du développement durable (CDD-17), qui s’est ouverte aujourd’hui jusqu’au 27 février, a diagnostiqué la faim et la malnutrition comme un véritable obstacle au développement et à la mise en place des moyens d’adaptation à la dégradation du climat.  Dans un contexte de crises financière, alimentaire et climatique, elle a appelé la Commission à s’attaquer d’urgence aux problèmes que rencontre le secteur agricole dans les pays du Sud. 


Les travaux de la CDD-17, qui se tiendront du 4 au 15 mai prochain au Siège des Nations Unies à New York, devront permettre aux délégations et aux experts de formuler des recommandations pour accélérer les progrès dans six domaines clefs à savoir, l’agriculture, le développement rural, le régime foncier, la sécheresse, la désertification et l’Afrique. 


Présentant les rapports du Secrétaire général sur ces questions, le Directeur de la Division du développement durable du Département des affaires économiques et sociales (DESA), M. Tariq Banuri, a demandé aux États Membres d’apporter des réponses rapides au défi posé au développement agricole et rural par les changements climatiques, estimant qu’il était temps de mettre en pratique les connaissances accumulées en matière de gestion des ressources naturelles. 


Plaidant pour le renforcement de l’autonomisation des femmes rurales et d’un appui renforcé aux institutions tournées vers la « révolution verte », en particulier en Afrique, M. Tariq Banuri a également souhaité que les États tiennent dûment compte du potentiel des biotechnologies pour mieux lutter contre la sécheresse et la désertification.  Il a évoqué à cet égard l’élaboration prometteuse de cultures vivrières de plus en plus résistantes au manque d’eau. 


« Si les biocarburants représentent une opportunité pour de nombreux pays africains, il est cependant impératif de garantir avant tout la sécurité alimentaire de ces pays et de continuer à y promouvoir un environnement pacifique, préalable à tout effort de développement durable », a encore noté Tariq Banuri. 


Le représentant de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), M. Ousmane Laye, a emboîté le pas à M. Banuri.  Au nom des cinq Commissions régionales de l’ONU, il a souligné que la conjugaison de la sécheresse, de la désertisation et de la dégradation des terres en Afrique avait pour conséquence non seulement de fragiliser l’activité économique mais d’intensifier les risques de conflits nationaux et régionaux. 


Il a appelé de ses vœux une action collective axée sur l’amélioration de l’accès au financement des secteurs de la recherche dans les pays touchés, sur la réforme de la gestion des terres agricoles et sur le renforcement des capacités institutionnelles et humaines. 


Ousmane Laye a estimé que de tels efforts, quand ils sont coordonnés, permettent l’autonomisation des communautés agricoles et la revalorisation des savoirs traditionnels susceptibles d’atténuer les effets de la sécheresse et de la désertification.  Il a ainsi mentionné diverses initiatives qui, à l’instar des programmes dits « De fermier à fermier », ont permis de responsabiliser davantage les petites exploitations grâce à une utilisation rationalisée des engrais et à l’accès au crédit. 


Les États Membres ont fait entendre leurs voix, soulignant à leur tour le besoin de garantir sur tous les continents la sécurité alimentaire.  Le représentant de la République tchèque, au nom de l’Union européenne (UE), a souhaité que les politiques et programmes de développement tendent vers l’amélioration des régimes de propriété foncière et l’utilisation raisonnable des ressources, « moteurs indispensables pour accompagner une exploitation bénéfique des sols. »


Le Groupe africain et le Groupe des États arabes ont invité l’ONU, par le biais de la CDD, à continuer d’encourager l’augmentation de la productivité agricole grâce à des transferts accrus de technologies, à la stabilisation des prix et à la suppression des barrières tarifaires empêchant l’accès des biens agricoles des pays les moins avancés (PMA) aux marchés mondiaux.


Un débat interactif sur la situation particulière des petits États insulaires en développement a en outre permis d’appeler la communauté internationale à soutenir les efforts de ces pays pour mettre en œuvre des modèles de développement durable adaptés à la fragilité de leurs écosystèmes ainsi qu’à leur forte exposition aux catastrophes naturelles. 


La séance d’aujourd’hui a par ailleurs été l’occasion pour les grands groupes de prendre la parole.  Les organisations de femmes, de jeunes et d’agriculteurs ainsi que les représentants des peuples autochtones et des travailleurs ont souligné le besoin impérieux de réduire la vulnérabilité des communautés confrontées aux crises alimentaire et climatique. 


La Réunion intergouvernementale de la CDD poursuivra ses travaux demain matin, à 10 heures.  Deux discussions interactives sont prévues, sur l’agriculture et sur le développement rural. 



ORIENTATIONS POSSIBLES ET MESURES ENVISAGÉES POUR ACCÉLÉRER LA MISE EN OEUVRE


a)    Agriculture (E/CN.17/2009/3)


b)    Développement rural (E/CN.17/2009/4)


c)    Régime foncier (E/CN.17/2009/5)


d)    Sécheresse (E/CN.17/2009/6)


e)    Désertification (E/CN.17/2009/7)


f)    Afrique (E/CN.17/2009/8). 


Interdépendance et questions intersectorielles (E/CN.17/2009/9)


Déclaration liminaire


M. SHA ZUKANG, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a recensé les défis auxquels le monde est confronté dans sa progression vers le développement durable tels que la flambée des prix de l’énergie et des produits alimentaires qui s’est produite l’année dernière.  Malgré la baisse récente des prix de l’énergie, ceux des produits du secteur de l’alimentation restent élevés, a-t-il remarqué, notant aussi la chute des taux de croissance.  Mais le plus grand défi reste celui posé par les changements climatiques, a estimé Sha Zukang.  Comme le Secrétaire général l’a rappelé récemment à New Delhi, en recevant le prix du leadership sur le développement durable, l’inaction dans ce domaine ne peut qu’aggraver la pauvreté et déstabiliser les économies, a-t-il souligné.  M. Zukang a noté que ces défis exigent des solutions intégrées combinant les éléments économiques, sociaux et environnementaux.


Le développement durable est une vision qui respecte les limites des ressources de la planète qui nous permettent de vivre, a poursuivi le Secrétaire général adjoint.  C’est une vision qui rejette la grande pauvreté et l’inégalité sociale tant au sein des nations qu’entre elles, a-t-il ajouté.  Il a estimé que les crises actuelles font apparaitre la sagesse qui a conduit aux décisions prises il y a 17 ans, lorsque la Commission du développement durable a été créée et que l’Agenda 21 a été adopté.  M. Zukang a relevé les deux tâches qui incombent à la Commission cette semaine: poser les fondements des débats de la dix-septième session de la Commission en mai prochain, de sorte que l’on obtienne des résultats concrets; et montrer que le développement durable peut apporter une réponse aux crises actuelles.


De l’avis du Secrétaire général adjoint, il faut adopter un cadre politique de développement durable permettant de diversifier les économies, d’élaborer des modes de développement respectueux de l’environnement, de réduire la dépendance vis-à-vis de l’exportation d’un petit nombre de matières premières, de protéger les ressources qui soutiennent l’activité économique, et de mettre à profit les progrès et les changements technologiques.  Enfin, il a fait valoir ce que le Département des affaires économiques et sociales (DAES) a produit ou organisé pour assurer un soutien technique et fournir une expertise nécessaire aux discussions de la Commission.  À ce titre, il a cité la publication des rapports du Secrétaire général sur les thèmes clefs abordés par la Commission, le site Internet qui fournit des données importantes, ainsi que la tenue de réunions intersessions à Bangkok, en Thaïlande et en Namibie.


Présentation des rapports


M. TARIQ BANURI, Directeur de la Division du développement durable, a présenté les rapports soumis par le Secrétaire général sur les six thèmes de la session, et qui portent respectivement sur l’agriculture (E/CN.17/2009/3); le développement rural (E/CN.17/2009/4); le régime foncier (E/CN.17/2009/5); la sécheresse (E/CN.17/2009/6); la désertification (E/CN.17/2009/7) et l’Afrique (E/CN.17/2009/8). 


Il a notamment indiqué que le problème le plus important et le plus récurrent était la faim et la malnutrition qui continuent d’affecter de nombreuses populations, en dépit d’un accroissement significatif de la production mondiale de biens alimentaires.  M. Banuri a ajouté que la volatilité des prix et ses conséquences sévères sur les communautés les plus vulnérables constituaient, dans le contexte actuel de crise économique et financière, une autre source de préoccupation.  Il nous faut trouver une réponse aux effets des changements climatiques sur le développement agricole, a-t-il ensuite lancé, estimant qu’il était temps de mettre en pratique les connaissances accumulées en matière de gestion des ressources naturelles.  Selon lui, seule l’affirmation d’une volonté politique commune permettra une telle action de manière durable et équitable.  M. Banuri a également plaidé pour une relance rapide du développement rural, au travers notamment d’une autonomisation accrue des femmes et d’un appui renforcé aux institutions tournées vers la révolution verte, en premier lieu en Afrique. 


Le Directeur de la Division du développement durable a expliqué que le rapport du Secrétaire général sur l’agriculture soulignait l’urgence d’une intensification de la production alimentaire, en particulier dans les pays en développement, et au moment où les experts tablent sur une population mondiale de 9 milliards habitants d’ici à 2050.  Pour ce qui est du développement, le Secrétaire général demande la mise en place coordonnée au niveau local de politiques multisectorielles axées sur l’augmentation du capital social et humain, a encore dit M. Banuri.  Concernant la question du régime foncier, il a indiqué que le rapport du Secrétaire général sur la question défendait l’idée qu’une gestion durable des terres pouvait aider les communautés à s’adapter aux conséquences des changements climatiques.  Des politiques volontaires sont nécessaires pour limiter la compétition et réduire la pression des prix, en rendant notamment les régimes de propriété foncière plus transparents, a précisé M. Banuri. 


Pour ce qui est du rapport portant sur le problème de la sécheresse, il a attiré l’attention sur le potentiel des biotechnologies, en vue d’élaborer des cultures de plus en plus résistantes au manque d’eau.  Il a par ailleurs estimé qu’en matière de lutte contre la désertification, les gouvernements devaient accompagner les populations rurales dans la mise en place de stratégies d’adaptation aux changements climatiques et à l’impact de plus en plus brutal des variations climatiques saisonnières sur l’agriculture.  Enfin, Tariq Banuri a évoqué le rapport du Secrétaire général sur la situation de l’Afrique.  Il a souligné que ce document appelait à l’élaboration de politiques visant à contrer les effets de la dégradation des terres et de la désertification.  Si les biocarburants représentent une opportunité pour de nombreux pays africains, il est cependant d’abord impératif de garantir la sécurité alimentaire de ces pays et de continuer à y promouvoir un environnement pacifique, « préalable à tout effort de développement durable ».


Présentation des résultats des réunions intersessions (E/CN.17/2009/131et E/CN.17/2009/141)


M. KAIRE MUNIONGANDA MBUENDE (Namibie), Vice-Président de la Commission du développement durable, a présenté le rapport sur les travaux de la réunion régionale africaine, tenue les 9 et 10 février dernier à Windhoek, en Namibie, sur le thème « agriculture africaine au XXIe siècle: relever les défis et réaliser une révolution verte durable ».  Avec environ 120 participants, cette réunion s’est achevée par l’adoption de la Déclaration ministérielle de haut niveau de Windhoek, a dit le Vice-Président.  Les ministres ont souligné les urgences qui se posent aux pays du continent pour parvenir à mettre sur les rails une révolution verte africaine, révolution qui doit être soutenue par les écosystèmes particuliers à l’Afrique, notamment ses forêts.  M. Mbuende a ajouté que, selon les ministres africains, cette révolution doit profiter des expériences de l’Asie et de l’Amérique latine, en évitant les erreurs qui ont été faites dans ces régions, notamment en établissant un meilleur équilibre entre les trois piliers du développement durable (développement économique, développement social et protection de l’environnement).  Les ministres africains sont convaincus que les défis agricoles auxquels fait face l’Afrique doivent être abordés de toute urgence, et en recueillant le consensus indispensable aux actions à mener.  Le représentant a ensuite souligné la nécessité de transformer l’agriculture africaine, notamment en utilisant les technologies modernes dans sa pratique.  La Déclaration adoptée souligne aussi le potentiel de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour pouvoir parvenir à la sécurité alimentaire, en particulier en évitant la dégradation des sols.  En outre, la Déclaration demande une aide financière et technique pour que les États africains puissent améliorer leur compétitivité.  Elle souligne aussi la nécessité d’associer les femmes à la gestion des ressources naturelles et au développement durable, a précisé M. Mbuende. 


Intervenant après le Représentant permanent de la Namibie, M. JAVAD AMIN MANSOUR (République islamique d’Iran), Vice-Président de la Commission du développement durable, a fait part des conclusions de la réunion intersessions tenue à Bangkok, en Thaïlande, du 28 au 30 janvier, intitulée « Atelier de développement des compétences pour améliorer la productivité agricole, l’efficacité de l’utilisation de l’eau, et les conditions de vie dans les zones rurales ».  Les recommandations émanant de cet atelier concernent d’abord la productivité agricole, qui doit être accrue, en mettant l’accent sur la réalisation d’une sécurité alimentaire durable, a dit M. Mansour.  L’atelier a aussi mis en évidence la nécessité d’augmenter le capital social, en investissant davantage dans les zones rurales.  Parmi les autres recommandations, il a aussi été préconisé de s’adapter aux changements climatiques, et la nécessité de renforcer les capacités des sociétés a, à cet égard, été soulignée.  Enfin, M. Mansour a réitéré les trois messages principaux adressés à la Commission par l’atelier sur les thèmes abordés: mener des efforts multidimensionnels et faire preuve d’une forte volonté politique; adopter une vision à long terme pour le développement agricole; et intégrer dans les politiques le savoir-faire et les pratiques qui existent déjà.


Présentation des perspectives régionales


M. OUSMANE LAYE, représentant de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a déclaré, au nom des Commissions régionales des Nations Unies, que la question agricole était de retour au premier plan de l’agenda international.  Il a noté à ce sujet qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes, la pauvreté dans les zones rurales restait extrêmement élevée en dépit d’une hausse de 30% de la valeur ajoutée des productions agricoles.  Il a également indiqué que chaque année, dans la région Asie-Pacifique, « qui produit pourtant plus de 50% des réserves vivrières mondiales », 2 millions de morts étaient directement imputables à la persistance de l’insécurité alimentaire.  Le fossé continue de se creuser entre zones rurales et urbaines en termes notamment de qualité de vie à travers la région, a encore dit M. Laye.  Il a ensuite expliqué que l’Afrique était la seule région où la production alimentaire par habitant avait baissé au cours des trois dernières décennies, entraînant une augmentation de la pauvreté rurale, la hausse des prix alimentaires et la diffusion des famines.  Les pays africains consacrent ainsi 25 milliards de dollars aux importations de denrées alimentaires, a relevé M. Laye. 


Le représentant de la CEA a déclaré que la conjonction de la sécheresse, de la désertisation et de la dégradation des terres en Afrique avait pour conséquence d’y fragiliser l’activité économique et d’y intensifier les risques de conflit aux niveaux national et régional.  Il a plaidé pour une action axée sur l’amélioration de l’accès au financement des secteurs de la recherche dans les pays touchés, pour la mise en œuvre de réformes de la gestion des terres agricoles, et pour un renforcement des capacités institutionnelles et humaines.  Selon lui, de tels efforts, quand ils sont coordonnés, doivent permettre l’autonomisation des communautés agricoles, ces dernières devant pouvoir, en outre, faire valoir leurs savoirs traditionnels en matière de lutte contre l’impact de la sécheresse et de la désertification. 


M. Laye a noté que pour toutes les régions, y compris l’Asie occidentale, la gestion améliorée des terres devait être au centre de la vie sociale, politique et économique.  C’est ainsi qu’il a appelé à un accès facilité et équitable aux marchés et aux terres cultivables.  Il a également ajouté que les mesures pratiques que préconisent les Commissions régionales dans les domaines de l’eau, de l’égalité de genres, de l’autonomisation des petits exploitants ou encore de l’éducation, nécessitaient une coopération internationale et un financement du développement plus soutenus, grâce notamment à l’établissement de partenariats entre les secteurs public et privé. 


M. Ousmane Laye a salué diverses initiatives menées en Afrique et dans la région Asie-Pacifique.  Il a ainsi évoqué la réussite des programmes dits « De fermier à fermier », qui, en Afrique, ont permis d’autonomiser davantage les exploitations communautaires par le biais d’une utilisation rationalisée des engrais et de l’accès au crédit.  Il a aussi mentionné les efforts consentis en ce qui concerne le développement des technologies et des modes de financement privé-public dans le domaine agricole en Asie, ces efforts ayant abouti à une revalorisation du rôle des femmes rurales dans la sphère agricole.


Débat avec de grands groupes (E/CN.17/2009/10)  


S’exprimant au nom du Groupe des 77et de la Chine, M. ABDALMAHOOD ABDALHALEEM MOHAMED (Soudan), a appelé la Commission du développement durable à prendre en considération, au cours de sa dix-septième session, les besoins particuliers des pays en développement, notamment les États africains, les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement.  Il a soulevé la nécessité de prendre des mesures pour permettre aux peuples d’exercer leur droit à l’autodétermination et ainsi de réaliser leur développement économique et social, avant de réaffirmer les besoins particuliers des pays sortant de conflits.  Le représentant a ensuite souligné les liens étroits qui existent entre les différentes questions thématiques dont la Commission est saisie.  Pour les pays en développement, l’agriculture, le développement rural et la gestion des terres sont des secteurs clefs, a-t-il fait remarquer.  M. Mohamed a appelé la CDD à adopter une nouvelle vision pour une coopération globale afin de mettre en œuvre les politiques visant à augmenter la productivité agricole, à établir des régimes commerciaux justes, à préserver les ressources naturelles et à investir dans les infrastructures agricoles.  Il a invité notamment la communauté internationale à procéder à un meilleur partage des nouvelles technologies. 


La désertification continue à poser des obstacles au développement agricole et à aggraver la pauvreté, a poursuivi le représentant.  Il a donc souhaité que des mécanismes tels que la Convention-cadre sur les changements climatiques et le Fonds pour l’environnement mondial soient renforcés.  Il a aussi souligné que les pays en développement ne peuvent pas parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sans un contexte international favorable.  Il a souligné à cet égard, que le financement du développement n’a jamais été aussi critique qu’en cette période.  En 2012, la communauté internationale célèbrera le vingtième anniversaire du Sommet de la Terre de Rio, et ce sera 40 ans après la Conférence de Stockholm.  Le moment sera venu d’évaluer les progrès réalisés ainsi que les écarts existant entre la situation actuelle et les objectifs initialement visés.  M. Mohamed a espéré que la dix-septième session de la CDD permettra de se mettre d’accord sur des politiques orientées vers le développement, et en particulier sur des mécanismes de suivi et de mise en œuvre.


M. BEDRICH MOLDAN (République tchèque), qui parlait au nom de l’Union européenne, a indiqué que les pays de cette entité souhaitaient que la présente réunion ainsi que la CDD-17 réagissent de manière constructive à la crise économique et financière internationale actuelle.  Cette crise, a-t-il dit, combinée aux crises énergétique, environnementale et alimentaire, souligne la nécessité de s’engager dans une réforme en profondeur des relations économiques internationales.  Il a estimé qu’une telle réforme devait promouvoir une croissance durable par le biais d’une pleine intégration des considérations écologiques et sociales aux stratégies économiques des États.  Il a attiré l’attention sur la nécessité d’encourager les investissements dans les secteurs clefs des énergies propres et de la création d’emplois « verts ». 


M. Moldan a ensuite insisté sur le fait que l’Union européenne souhaitait ardemment que la CDD-17 se penche prioritairement sur les réponses à trouver pour mettre un terme à l’insécurité alimentaire, qui est au cœur du cycle pernicieux actuel.  L’agriculture, a-t-il dit, doit être l’un des éléments centraux des futurs politiques et programmes de développement.  Il a demandé que ces stratégies tiennent compte au niveau régional des vues et des savoirs des petits exploitants agricoles.  L’amélioration des régimes de propriété foncière, la protection des droits fonciers et une gestion efficace des ressources naturelles sont indispensables pour accompagner une exploitation bénéfique des sols et pour l’atténuation des effets de la désertification et de la sécheresse, a encore indiqué le représentant.  Il a conclu en estimant que l’Afrique devait être intégrée aux marchés mondiaux, conformément à l’Agenda de développement des négociations commerciales de Doha, ceci afin de permettre aux pays du continent de réaliser dans les temps les Objectifs du Millénaire pour le développement. 


Mme ISHRAT JAHAN (Bangladesh), qui parlait au nom du Groupe des pays les moins avancés (PMA), a souligné les liens étroits qui existent entre les questions thématiques dont est saisie cette dix-septième session de la Commission du développement durable (CDD-17), à savoir l’agriculture, le développement rural, le régime foncier, la sécheresse, la désertification et la situation de l’Afrique.  Dans une économie globale fortement ébranlée, les pays les moins avancés sont les plus touchés, a-t-elle remarqué.  Elle a fait part des résultats d’une étude qui, sur les 107 pays en développement étudiés, a constaté que 43 d’entre eux sont exposés aux effets de la crise actuelle, et parmi eux, 32 qui font partie des PMA.  Le secteur agricole des pays les moins avancés dépend essentiellement du rythme des pluies et est donc très vulnérable aux changements climatiques, a poursuivi la représentante.  En vue de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, l’investissement dans l’agriculture et dans les infrastructures rurales doit augmenter, a-t-elle préconisé.  Elle a appelé les pays riches à cesser d’imposer aux exportations agricoles des pays en développement des restrictions tarifaires.  La lutte contre la sécheresse, autre problème majeur pour les PMA, exige le développement d’un système d’intervention pour y faire face.  De façon générale, il faut que les PMA développent leur résistance aux changements climatiques, a averti Mme Jahan.  Parmi les recommandations qu’elle a formulées, la représentante a appelé les pays développés à assumer leurs engagements en termes d’aide publique au développement et à annuler toutes les dettes extérieures des PMA.  Elle a aussi invité la communauté internationale à renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes dans le secteur de l’agriculture.


Mme DESSIMA M. WILLIAMS (Grenade), qui s’exprimait au nom de l’Alliance des petits États insulaires en développement (AOSIS), a rappelé que la CDD était l’unique plate-forme où les États pouvaient débattre des objectifs du développement durable.  Elle a souligné la nécessité, dans un tel cadre, de mener des discussions réellement interactives.  Les objectifs en question, a-t-elle estimé, ont été identifiés et peuvent être, le plus souvent, mis en œuvre rapidement au travers de partenariats directs.  Elle a indiqué que les options politiques de chaque pays étaient connues, et que l’accent devait être mis désormais sur l’amélioration du financement, par le biais de l’accès au Fonds pour l’environnement mondial, et en levant les obstacles à la coopération interrégionale.  La représentante a indiqué que pour les petits États insulaires en développement, l’adaptation aux effets des changements climatiques devait être au cœur des stratégies nationales, celles portant sur la sécurité alimentaire, le développement agricole et rural, ainsi que sur la gestion des terres et des ressources côtières et marines.  Nous pouvons relever les défis alimentaires en renforçant nos agricultures domestiques, ce qui réduirait notre vulnérabilité à la volatilité des prix.  Nous pourrions miser sur une approche soucieuse de l’environnement, a encore noté Mme Williams.  Elle a ainsi appelé à une utilisation accrue des nouvelles technologies pour, notamment, protéger les zones qui sont les plus vitales pour les petits États insulaires, et que sont les bassins versants.  La représentante a aussi souligné la nécessité de faire plus souvent appel aux savoirs traditionnels des communautés rurales et autochtones pour lutter contre la fragilisation des écosystèmes et l’érosion des ressources naturelles. 


Prenant la parole au nom des petits États insulaires en développement du Pacifique, M. VILIAMI MALOLO (Tonga) a expliqué que l’agriculture et le développement rural sont des facteurs essentiels du développement socioéconomique dans cette région.  On y pratique une agriculture de subsistance et le partage des terres et des ressources agricoles, a-t-il précisé.  Il a ajouté que l’agriculture et la pêche sont les principales ressources des îles du Pacifique.  C’est pourquoi un cadre politique approprié et l’intégration des stratégies de développement durable sont cruciaux pour nos pays, a dit M. Malolo.  Il a souligné notamment que les stratégies d’adaptation aux changements climatiques doivent être intégrées dans les politiques nationales.  La pénurie des terres et leur utilisation efficace constituent des problèmes importants à résoudre dans la région du Pacifique, a-t-il aussi noté.  Soulignant que les communautés humaines sont les gardiennes des terres sur lesquelles elles vivent, il a démontré qu’elles doivent participer aux politiques relatives à la gestion de ces terres.  M. Malolo a enfin considéré que les crises financières vont mettre au défi de nombreux pays développés, qui devront remplir leurs engagements et tenir les promesses faites dans le cadre du financement du développement.


M. MOHAMMED AQEEL BA-OMAR (Oman), qui s’exprimait au nom du Groupe des États arabes, a déclaré que la présente session de la CDD intervenait dans un contexte de crise financière aigüe, et que cette crise est combinée à la montée des périls climatique, alimentaire et énergétique.  Les menaces qui pèsent sur les pays les moins avancés, y compris ceux de la région arabe, du fait de la sécheresse et de la désertification, exigent que les pays industrialisés honorent les engagements pris au titre de l’Agenda pour le développement, a ajouté le délégué.  Depuis deux décennies, les pays arabes ont réalisé des progrès considérables en matière de développement, a-t-il dit, précisant que ces avancées étaient d’autant plus considérables que la région subissait l’impact négatif des effets combinés d’une croissance démographique élevée et de la montée des prix des denrées alimentaires.  Ce phénomène sape les efforts entrepris pour lutter contre la pauvreté dans nos pays, a encore noté le représentant, pour qui seule une coopération Sud-Sud et tripartite accrue, couplée à l’intensification de l’aide internationale aux pays les plus touchés par la faim, permettra de traiter durablement les causes du phénomène.  Il a également estimé que l’ONU, par le biais de la CDD, devait continuer à encourager l’augmentation de la productivité agricole, au travers des échanges d’informations et de technologies, et en levant les barrières tarifaires qui entravent l’accès des produits des PMA sur les marchés mondiaux.  Le représentant a par ailleurs demandé que les conséquences « désastreuses » de l’occupation israélienne sur le développement du Territoire palestinien occupé et du Golan syrien occupé soient examinées dans le cadre des débats de la CDD-17.


M. PAUL BADJI (Sénégal), a pris la parole au nom du Groupe africain, et a rappelé que, lors du Sommet mondial sur le développement, le monde s’était engagé à aider l’Afrique à faire face aux défis que pose son développement.  Ce continent reste la région la plus pauvre et la moins développée de la planète, a-t-il ajouté, notant que l’Afrique n’est pas en voie de réaliser les OMD d’ici à 2015.  Les crises mondiales actuelles aggravent la situation de l’Afrique, a-t-il aussi remarqué.  Énumérant tous les défis que rencontrent les pays africains, il a cité les mesures qu’ils ont prises, notamment par le biais du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).  Les fortes performances économiques des années récentes en Afrique sont la preuve des résultats de la création d’un environnement propice au développement durable, a ensuite noté le représentant.  Mais, dans certaines régions, notamment en Afrique subsaharienne, l’emploi n’a pas augmenté, et la pauvreté n’a pas diminué.  Deux Africains pauvres sur trois vivent en milieu rural et leur subsistance est liée à l’agriculture.  Il faut donc arriver à une transformation substantielle et durable des économies rurales africaines, a dit M. Badji.  Il faut passer d’une production de subsistance à une production de moyenne ou large échelle, a-t-il préconisé.


Les activités agricoles et l’utilisation des ressources naturelles sont cruciales pour la croissance économique et le développement, a relevé M. Badji.  Soulignant que les femmes portent en premier le fardeau du travail de la terre, tout en étant gardiennes de l’environnement, il a jugé important que la réforme des régimes fonciers soit accompagnée de garanties pour les droits fonciers des femmes.  Dans le domaine du commerce international, M. Badji a rappelé les problèmes liés à l’accès aux marchés que connaissent les pays africains.  L’initiative « Aide pour le commerce » est un pas dans la bonne direction, a-t-il estimé, appelant à la mettre en œuvre rapidement, tout en reprenant le Cycle de négociations commerciales de Doha.  Enfin, il a dénoncé l’absence de démocratie au niveau international, et notamment la faiblesse extrême de la représentation des pays africains dans les organes internationaux, ce qui est une grande injustice.


Mme RACHEL MCCORMICK (Canada) a indiqué que le Gouvernement canadien avait récemment convié un large éventail de parties prenantes canadiennes à discuter des principales questions liées au développement durable.  Elle a noté que ce processus de consultations avait pour objectif de permettre au Canada d’axer sa participation aux principaux forums internationaux sur les approches concrètes à privilégier pour sortir des crises actuelles.  Elle ainsi souligné que la science et les technologies devaient jouer un rôle de choix dans la définition des programmes et politiques de développement agricole et rural, ou encore dans l’amélioration de la qualité des denrées alimentaires.  Elle a également estimé que l’accent mis sur la recherche devait aller de pair avec la prise en compte des savoirs traditionnels des communautés locales dans toutes les régions, en particulier celles touchées par l’impact négatif de la sécheresse et de la désertification.


M. JOHN MATUSZAK (États-Unis) a souligné que les défis mondiaux actuels renforcent la nécessité de se concentrer sur la promotion du développement durable.  La sécurité alimentaire et le développement durable sont les priorités du Président Obama, a-t-il assuré, citant le discours d’investiture de celui-ci et estimant que les débats qui vont avoir lieu au sein de la CDD arrivent à point nommé.  Selon lui, la Commission doit encourager un plus grand soutien à l’éducation, à la recherche et à la science à travers le monde entier.  Il a donné l’exemple des États-Unis, qui apportent ce genre d’aide au niveau international, notamment en ce qui concerne les techniques de micro-irrigation qui permettent de conserver et gérer l’eau.  Il a aussi invité la Commission à encourager les échanges et les communications sur les informations scientifiques, les besoins des utilisateurs, ainsi que sur les conditions économiques, et l’état des marchés.  M. Matuszak a cité un nouveau programme intitulé « eXtension » qui permet d’obtenir sur Internet des réponses à des questions spécifiques portant par exemple sur les prévisions de récoltes.  La créativité et l’entreprenariat au niveau local sont nécessaires pour renforcer le développement durable, a-t-il ajouté.  En Afrique, nous appuyons le système d’alerte avancée pour la prévention des famines, a indiqué le représentant.  Enfin, M. Matuszak a invité la communauté internationale à utiliser les technologies de l’information et de la communication pour transmettre les nouvelles techniques aux utilisateurs et aux gestionnaires de ressources; et il a dit qu’il était indispensable de renforcer les capacités de gestion des sols de façon écologique; et d’appuyer l’entreprenariat et l’innovation au niveau local en mettant l’accent sur les femmes, les jeunes et les institutions locales.


M. OLEG A. SHAMANOV (Fédération de Russie) a souhaité que les discussions de la réunion permettent de créer une base solide pour l’adoption des recommandations de politique générale de la CDD-17.  Le public veut des solutions pratiques pour répondre aux défis urgents existant notamment en matière de développement agricole et rural, a ajouté le représentant, tout en estimant que les États devraient tenir compte, au cours de leurs négociations, des réalités économiques du monde d’aujourd’hui.  Il faut se concentrer sur les besoins spécifiques des pays les plus touchés en particulier par les conséquences de la crise alimentaire qui sape tout effort de développement et d’adaptation aux effets des changements climatiques, a dit M. Shamanov.  Invoquant un devoir moral, il a ensuite annoncé que la Fédération de Russie, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), allait multiplier par trois le montant de son aide aux pays en développement dans le domaine agricole et climatique, cela malgré la crise financière internationale.  Le représentant a en outre jugé essentiel de respecter les paramètres fixés dans le document final de la CDD-16, en en retenant les dispositions les plus pratiques, fondées sur des concepts opératoires d’application des mesures destinées à atteindre la réalisation des objectifs internationaux de développement durable.  Cela devrait nous permettre d’éviter les doubles emplois avec ce que font les autres organisations internationales, a-t-il conclu.


M. DEAN MERRILES (Australie) a constaté que les partenariats sont cruciaux dans la voie vers le développement durable.  Il faut améliorer la sécurité alimentaire, a-t-il relevé, notamment dans les pays qui souffrent de la faim.  Le représentant a cité les efforts de son pays pour contribuer au financement du développement.  Il a aussi plaidé en faveur de la libéralisation du commerce international, appelant les États Membres à ne pas se réfugier derrière des mesures protectionnistes.  Il a encouragé tous les pays à participer à des négociations constructives dans le but de réformer le commerce mondial.  L’Australie appuie aussi le transfert des technologies, a-t-il ajouté.  Elle met en œuvre des initiatives visant à créer un environnement sain, protégé et résiliant, afin de préserver les écosystèmes essentiels.  Notre pays veille aussi à assurer une bonne gestion de ses ressources naturelles, a précisé le représentant.  Il a enfin indiqué que le Gouvernement australien élabore actuellement une initiative en matière de sécurité alimentaire, en investissant dans la recherche agricole.


Débat interactif avec les grands groupes


La représentante du Groupe des femmes a souhaité qu’on reconnaisse les femmes comme élément moteur du développement rural.  Il faut, a-t-elle plaidé, qu’elles participent à l’élaboration des politiques concernant ce domaine car « les femmes sont des spécialistes du secteur agricole ».  La représentante a aussi souligné la nécessité de transformer les structures et les processus agricoles qui doivent reconnaître le rôle de gestionnaire des femmes.  Celles-ci doivent pouvoir se faire entendre, a-t-elle dit, en appelant au renforcement de leurs capacités et à un travail de mobilisation auprès des communautés. 


Il faut aussi renforcer les capacités des jeunes et créer des cycles d’éducation et de formation pour tous les âges, a renchéri la représentante du Groupe des jeunes.  La sécurité alimentaire exige la mise en place d’un système de gouvernance mondial de l’industrie alimentaire, a-t-elle poursuivi, en soulignant que les jeunes du monde entier agissent de manière concrète pour la durabilité du développement et demandent qu’on leur confie des outils pour faire changer les choses.  Rappelant la nécessité d’un cadre éthique pour la collaboration internationale en matière de développement durable, elle a estimé, à cet égard, que la CDD remplit ce rôle.


La représentante du Groupe des autochtones a jugé important de trouver les moyens à mettre à la disposition des petits agriculteurs la technologie disponible.  Il faut reconnaitre la contribution importante des peuples autochtones à la conservation des ressources naturelles, a-t-elle dit.  Pour ce qui est du régime foncier, elle a souligné l’importance des réformes agraires pour respecter les droits des peuples autochtones et des petits agriculteurs.  S’agissant du développement rural, les priorités doivent être clairement établies, a-t-elle dit, citant d’abord et avant le respect du droit à la terre.  Elle a également attiré l’attention de la Commission sur la nécessité de tenir dûment compte des connaissances traditionnelles afin de préserver la biodiversité. 


Le représentant des organisations non gouvernementales (ONG) a attiré l’attention sur le besoin de promouvoir un développement agricole soucieux de l’environnement et tourné vers la défense des intérêts des petits exploitants, « colonne vertébrale de la vie rurale, en Afrique notamment ».  C’est en ce sens qu’il a appelé au renforcement des institutions locales et à l’accroissement de la participation des femmes des communautés dans les plans de développement rural.  Les gouvernements, a–t-il préconisé, doivent se concentrer sur la réduction de la vulnérabilité des communautés face à la volatilité des prix, à la dégradation des conditions climatiques et au manque de produits de première nécessité.  Il a estimé que la formation, l’amélioration des régimes de propriété foncière et la prise en compte des savoirs traditionnels étaient les principaux éléments devant permettre la relance d’un secteur agricole efficace et responsable. 


Le représentant des autorités locales a noté le rôle croissant des maires dans un contexte d’urbanisation galopante.  Dans les grands centres africains, les populations se tournent de plus en plus souvent vers les maires pour ce qui concerne le développement durable.  Ce sont eux que l’on interpelle pour construire des infrastructures et améliorer la fourniture des services publics, a-t-il rappelé.  Il a précisé que les autorités locales devaient être en mesure de prendre la tête des différentes mutations touchant aux domaines de l’énergie, de l’adaptation aux changements climatiques et de la protection de la biodiversité.  Ce sont dans les villes que les innovations doivent être mises au point et testées, et que les compétences doivent s’acquérir, a-t-il dit, avant de réclamer pour les villes un appui financier adéquat.


La représentante des travailleurs et syndicats a déclaré que le contexte de crise actuelle exigeait de la communauté internationale qu’elle change ses pratiques et tienne compte pour ce faire des options proposées depuis longtemps par les gens du terrain.  Nous devons, a-t-elle dit, passer du discours à la pratique en matière de création d’emplois verts, afin qu’advienne une nouvelle économie, soucieuse de l’environnement et du bien-être du plus grand nombre.  L’intervenante a également souligné l’importance de soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs pour leur assurer l’accès aux produits de première nécessité.  Elle par ailleurs demandé que la sécurité des ouvriers agricoles soit renforcée, sachant que 270 000 d’entre eux sont tués chaque année par la négligence des employeurs.


Le représentant du monde des affaires et de l’industrie a rappelé que la population a triplé depuis 1950 et que le ratio terre arable/population va se réduire de 40 à 55% d’ici à 2030.  Il a appelé la CDD à envisager un large éventail de politiques et d’approches, en privilégiant la souplesse.  L’expérience a montré que saper l’esprit d’entreprise au niveau local compromet la réalisation des objectifs fixés, a-t-il fait remarquer.  Attirant l’attention sur une approche basée sur les agriculteurs, intitulée « Farming First », le représentant a noté que, dans beaucoup de pays pauvres, une grande partie des récoltes est perdue faute d’un appui adéquat après les récoltes.  Il a aussi appelé au partage des connaissances pour améliorer l’agriculture et rendre disponibles les ressources pour les agriculteurs.


Le représentant des communautés scientifiques et technologiques a reconnu que le partage des connaissances en matière de technologie agricole doit être au centre des efforts.  Il faut inverser la tendance à la baisse des investissements dans la recherche, a-t-il insisté, en mettant l’accent sur l’importance qu’il y a à réduire la vulnérabilité face aux changements climatiques.  Il a dénoncé, en la matière, l’absence de système d’alerte rapide, en soulignant que les exploitants agricoles et la communauté scientifique manquent de données fiables.


De nos jours, l’agriculture doit faire face à de grands défis consistant à doubler la production alimentaire tout en utilisant moins de surface et moins d’eau, en se gardant d’accentuer l’effet de serre et en préservant l’environnement, a expliqué le représentant des agriculteurs.  Soulignant que l’agriculture est un moteur de la croissance économique et donc de la réduction de la pauvreté, il a appelé à la mise en place de mécanismes d’investissements dans ce secteur.  Il a donc souligné la nécessité d’améliorer la gestion des marchés fonciers pour ouvrir l’accès à la terre aux agriculteurs et notamment aux femmes.  Les fermiers sont prêts à travailler avec les gouvernements pour améliorer le développement rural, a-t-il assuré, appelant notamment à inclure ce développement dans les mesures d’incitation fiscale.


Le représentant de la République tchèque, au nom de l’Union européenne, s’est fait l’écho des revendications des différents groupes en demandant que leur participation à la mise en œuvre des recommandations de la CDD soit plus importante.  Il a en outre mentionné la nécessité d’améliorer l’accès des femmes et des filles à l’éducation et à la formation dans les secteurs de l’agriculture.  Il a aussi plaidé pour le respect et la protection des savoirs et des modes de vie autochtones et appelé à la pleine implication des États Membres dans la mise en œuvre des droits des peuples autochtones, y compris les droits fonciers.


Débat interactif sur les petits États insulaires en développement


M. ABDALMAHOOD ABDALHALEEM MOHAMED (Soudan), au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a expliqué que si les petits États insulaires en développement (PEID) ont accompli des progrès aux niveaux national et régional, en renforçant leurs capacités institutionnelles pour assurer le développement durable, la mise en œuvre de leurs stratégies et des plans d’action continue de rencontrer de sérieuses difficultés.  Il a notamment cité le manque de ressources humaines, techniques et financières pour faire face à ces tâches incommensurables.  Des phénomènes tels que l’adaptation aux changements climatiques, l’élévation du niveau de la mer ou encore le transport maritime exigent des ressources importantes.  Rappelant qu’à Maurice en 2005, la communauté des donateurs s’est engagée à augmenter le niveau de soutien aux PEID, le représentant a regretté que ces promesses restent pour beaucoup encore à réaliser.  Il a donc exhorté les partenaires du développement à honorer leurs engagements de toute urgence. 


Mme DESSIMA M. WILLIAMS (Grenade) a appelé à une mise en œuvre urgente du Programme d’action de la Barbade et de la Stratégie de mise en œuvre de Maurice.  Nos efforts nationaux et régionaux doivent être complétés par ceux de la communauté internationale, a-t-elle ajouté, en souhaitant, à son tour, que tous les engagements pris en faveur des PEID soient honorés, notamment ceux qui concernent le renforcement des capacités, le transfert des technologies et les ressources financières.  Une vulnérabilité accrue des 43 PEID mérite que l’on s’attache à mettre en œuvre immédiatement les engagements pris à leur égard, a-t-elle insisté.


M. VILIAMI MALOLO (Tonga), au nom des PEID du Pacifique, a expliqué que beaucoup de ressources de la région ont été investies dans la gestion de la terre, compte tenu de l’élévation du niveau de la mer.  Il a notamment souligné les problèmes d’infiltration des eaux salées dans le sol et les aquifères qui mettent en danger la production agricole.  Il a aussi souligné l’effet direct sur la santé qu’ont les changements climatiques, dont les risques de malnutrition et de maladies transmises par l’eau.  Les changements climatiques augmentent la pression sur nos économies, a-t-il conclu, appelant les partenaires du développement à un soutien financier adéquat.


Mme DJAHEEZAH SUBRATTY, du Ministère de l’environnement et du développement national de Maurice, a déclaré qu’il fallait donner aux petits États insulaires les moyens de s’adapter au changement climatique.  Notre agriculture subit les conséquences d’une pluviosité de plus en imprévisible, a-t-elle dit, ce qui exige que nous repensions nos systèmes d’irrigation et que nous diversifiions nos récoltes.  L’intervenante a également indiqué que son pays s’efforçait de faciliter l’accès au microcrédit des communautés agricole et de la pêche et de renforcer la formation et l’emploi des groupes vulnérables.  Le secteur privé est notre premier allié dans cette tâche, a dit Mme Subratty, ajoutant que, seul, l’État ne pouvait pas tout faire.  Dans nos pays, la terre manque, a-t-elle poursuivi, soulignant l’importance d’une évaluation efficace des besoins pour maximiser les possibilités d’exploitation.  Pour l’oratrice, l’adaptation aux changements climatiques a des bénéfices locaux directement perceptibles aux plans économique et écologique.  Elle a voulu que cet effort soit soutenu financièrement, en particulier par le Fonds monétaire international (FMI) dont elle a souhaité une simplification des procédures.


M. DONNOVAN STANBERRY, Secrétaire permanent au Ministère de l’agriculture de la Jamaïque, a expliqué que les petits exploitants agricoles de son pays étaient peu éduqués et manquaient cruellement d’outils techniques leur permettant de faire face à la dégradation du climat.  La vulnérabilité de nos économies est attisée par le fait que les récoltes des petits propriétaires fonciers ne sont pas assurées, a ajouté l’intervenant.  Il a lui aussi souligné la nécessité de diversifier les cultures, la Jamaïque dépendant presque exclusivement de ses exportations de sucre et de bananes.  Il nous faut sortir de ces pièges qui nous rendent encore plus vulnérables pendant que la crise du système financier international pèse sur nos crédits et que les prix des denrées alimentaires augmentent, a déclaré M. Stanberry.  L’orateur a précisé que la priorité de son Gouvernement était de relancer le secteur pour endiguer la migration urbaine, à l’origine de l’instabilité des villes et du démembrement des campagnes.  Il a fait savoir que les programmes de développement de son pays mettaient l’accent sur la formation et la protection des fermiers « en cas de coups durs ».  Nous devons moderniser nos moyens de production et développer parallèlement un tourisme vert afin que les agriculteurs jamaïcains puissent toucher les dividendes d’une source très importante de revenus, a conclu M. Stanberry. 


M. ALIIOAIAGA FETURI ELISAIA (Samoa), au nom des petits États insulaires en développement, a estimé que pour mieux combattre les effets néfastes des changements climatiques, il fallait faciliter l’accès des pays vulnérables au Fonds pour l’environnement mondial.  Si les engagements en matière de financement ne sont pas honorés, les communautés des petits États insulaires en paieront durement le prix, a-t-il prévenu, rappelant que donner rapidement à ces pays les moyens concrets de s’adapter au réchauffement de la planète aurait un coût moins élevé que celui de l’inaction. 


Amorçant le débat interactif sur les petits États insulaires en développement, le représentant de la République tchèque, au nom de l’Union européenne, a rappelé la coopération de longue date de l’UE avec ces États.  Le changement climatique est l’un de ces défis importants que la communauté internationale va devoir gérer dans les années à venir, a-t-il noté, citant en particulier l’élévation du niveau de la mer qui touche en particulier les PIED.  Il a précisé que l’UE a lancé une alliance mondiale sur les changements climatiques se concentrant sur les PMA et les PEID les plus vulnérables.


Plusieurs autres délégations ont détaillé le soutien qu’elles apportent aux PEID, comme celle des États-Unis qui a évoqué les prêts mis à la disposition des îles américaines de la région.  Affirmant apporter des dons et un appui technique en Micronésie, le représentant du Japon a indiqué que son pays contribue aussi à un centre de services pharmaceutiques à Fidji.  La représentante de l’Inde a aussi attiré l’attention sur l’aide financière de son pays aux PEID. 


« Nous connaissons tous des contraintes en matière de capacités », a indiqué Mme SUBRATTY, qui évoquait celles de son pays, la Jamaïque.  Lui aussi favorable au renforcement des capacités des petits États insulaires en développement, le représentant de la Chine a souhaité que la communauté internationale aide ces pays à surmonter leurs difficultés, notamment dans l’application de leurs stratégies de développement durable.


Le représentant de Fidji a en effet noté la faiblesse des partenariats et demandé que les politiques internationales soient plus efficaces pour compléter les efforts nationaux.  Le représentant de l’Australie a exprimé son engagement dans le partenariat du Pacifique pour le développement.  L’aide est d’autant plus efficace que les donateurs coordonnent leur action, a-t-il fait remarquer.  Pour la représentante du Guatemala, il faut une « synergie » dans cette coopération internationale.


La Suisse et la Jamaïque ont reconnu la grande vulnérabilité des PEID, notamment par rapport aux catastrophes naturelles, qui est aggravée par leur isolement géographique.  Mais la représentante de la Suisse a relevé le potentiel de l’écotourisme et a souhaité qu’il soit mieux exploité.  La délégation jamaïcaine a suggéré de réduire les effets des catastrophes naturelles notamment par le développement des systèmes de diversification.  M. STANBERRY a invité la Commission à mettre l’accent sur les polices d’assurance en prévision de ces catastrophes.


Le représentant de la Norvège a rappelé que les mesures d’adaptation permettent de réduire la vulnérabilité des PEID face aux catastrophes naturelles.  Comme le représentant de la Norvège, M. FETURI ELISAIA a jugé important d’essayer d’intégrer les changements climatiques dans tous les secteurs du développement, car c’est une question multisectorielle.  Le représentant des États fédérés de Micronésie a insisté quant à lui sur le manque d’eau et sur l’érosion des sols, maux dont souffre son pays.


Si le représentant tchèque a reconnu le rôle fondamental de la CDD pour traiter des problèmes posés, celui du Nigéria a souligné que la Commission n’est pas un organe opérationnel.  Les politiques élaborées ici doivent être mises en pratique, a-t-il dit, en rappelant que des mécanismes ont été mis en place pour les PMA mais qu’ils ne sont pas forcément appliqués aux PEID.


Les représentants d’Antigua-et-Barbuda, de l’Argentine et du Chili se sont aussi exprimé au cours de cette discussion interactive.  Concluant le débat, la Présidente a noté les préoccupations exprimées par les délégations par rapport à la mise en œuvre du Programme d’action de la Barbade et de la Stratégie de Maurice mais a constaté que plusieurs se sont félicitées de la convocation d’une réunion d’examen en 2010.


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