25/06/2009
Assemblée générale
DEV/2752
ECO/155

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Conférence sur la crise

financière et économique mondiale

Table ronde2 – matin


TABLE RONDE: RENFORCER LA COOPÉRATION RÉGIONALE POUR ATTÉNUER L’IMPACT DE LA CRISE SUR LE DÉVELOPPEMENT


Experts et représentants d’États Membres ont débattu, ce matin, parallèlement à la séance plénière de la Conférence sur la crise financière et économique mondiale, des mesures coordonnées et concertées à prendre en vue d’atténuer l’incidence de la crise sur le développement.  Nombre d’entre eux ont en particulier plaidé en faveur d’un renforcement de la coopération régionale.


« Lutter contre la crise dans les pays en développement exige une approche coordonnée, cohérente et globale, de même que des ressources », a déclaré le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères et de l’immigration du Luxembourg, M. Jean Asselborn, en ouvrant cette deuxième table ronde de la Conférence, qu’il coprésidait avec son homologue de la République démocratique populaire lao, M. Tongloun Sisoulit


TABLES RONDES AYANT POUR THÈME GÉNÉRAL « EXAMEN DE LA CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE MONDIALE DE PLUS EN PLUS GRAVE, DE SON INCIDENCE SUR LE DÉVELOPPEMENT ET DES MOYENS DE LA SURMONTER »


Table ronde 2: « Mesures coordonnées et concertées et autres mesures propres à atténuer l’incidence de la crise sur le développement »


M. SUPACHAI PANITCHPAKDI, Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a en premier lieu commenté les remarques faisant état de l’émergence de « pousses vertes » indiquant une relance économique.  Certaines banques, surtout aux États-Unis, commencent à prêter à nouveau, a-t-il dit.  Mais, si l’on examine les différents indicateurs économiques, nous sommes encore bien loin de ces « pousses vertes », a-t-il assuré.  Il convient en effet, a-t-il recommandé, d’être prudent.  Ces « pousses vertes » pourraient contribuer à rétablir la confiance, mais peuvent aussi induire en erreur, a-t-il précisé.  Les créations d’emplois escomptées n’apparaîtront pas avant 2010, a-t-il dit.  En attendant, on continuera d’assister à une augmentation du chômage, a-t-il souligné, notant que les États-Unis envisageaient par exemple un taux de chômage de 10%. 


Le Secrétaire général de la CNUCED a de même affirmé qu’il ne fallait pas mesurer la reprise économique en termes de relance économique mais en termes de création d’emplois décents.  M. Panitchpakdi a également constaté une certaine forme de nationalisme économique ou de protectionnisme qui prospère et incite notamment certains pays à revenir sur leurs promesses.  M. Panitchpakdi a en outre mis l’accent sur la pénurie des ressources.  Il faut, a-t-il ajouté, être en mesure de créer davantage d’espace budgétaire afin de permettre aux pays d’adopter les mesures nécessaires à une relance économique. 


Mme NOELEEN HEYZER, Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), a affirmé que jusqu’à 60 millions de personnes risquaient de perdre leur emploi d’ici à la fin de l’année, dont 33 millions de personnes de la région Asie-Pacifique.  Pour éviter que cette crise ne se transforme en tragédie humaine, il faut recourir à des efforts concertés, a-t-elle dit.  Si l’on souhaite atténuer les effets de la crise sur les populations et le développement, ce n’est plus un choix mais un impératif, a-t-elle ajouté.  À la différence des crises précédentes, on ne peut pas, a-t-elle estimé, compter uniquement sur les pays développés pour sortir les autres pays de la crise.  Il faut stimuler la demande, en s’assurant que les mesures fiscales prises profitent aux plus pauvres et leur permettent d’augmenter leur capacité à consommer.  Elle a également regretté le manque de protection sociale dans la région.  Celle-ci créerait un fondement pour une société plus inclusive et permettrait de relancer l’économie.  Mme Heyzer a également défendu des mesures en faveur des femmes et de l’égalité entre hommes et femmes. 


Il est temps, a-t-elle poursuivi, de prendre des mesures pour engendrer une plus grande demande.  Avec les réserves de devises dont dispose la région, des ressources suffisantes existent pour créer les infrastructures nécessaires, a-t-elle dit, mettant en outre l’accent sur l’importance de la coopération.  De même, il est indispensable de compter sur une architecture financière moderne qui serait régionale.  Elle a souligné la nécessité de développer des partenariats pour lutter contre le protectionnisme.  Une crise mondiale requiert une réponse mondiale, mais cette réponse sera plus efficace si elle se fonde sur des bases régionales mieux coordonnées, a-t-elle conclu.


M. MARTIN KHOR, Directeur exécutif du Centre Sud, un centre de recherche intergouvernemental pour les pays en développement, a affirmé que les pays en développement n’étaient en aucun cas responsables de la crise financière actuelle, dont l’épicentre se situe aux États-Unis.  La Conférence des Nations Unies offre la première occasion pour tous ces pays de se réunir et décider ce qu’il convient de faire pour régler cette crise, a-t-il dit.  M. Khor a mis l’accent sur l’obligation internationale d’aider les populations et les pays qui souffrent pour des raisons indépendantes de leur volonté.  Il a notamment plaidé en faveur d’un moratoire provisoire sur les paiements de la dette pour les pays qui rencontrent des problèmes.  La réforme la plus importante, selon lui, consisterait à établir un système d’arbitrage de la dette.  Ces pays ont également besoin d’un espace politique afin de leur permettre de prendre des mesures politiques pour s’attaquer à la crise, a-t-il estimé.  Cet espace, a-t-il précisé, a été bloqué par les conditions de prêts imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.


En matière de gouvernance économique, M. Khor a préconisé davantage de cohérence dans la prise de décisions aux niveaux national et international.  Il faut un équilibre, a-t-il dit, précisant qu’un organe susceptible de prendre de telles décisions n’existait pas encore.  Il a ainsi souligné que l’ONU était le meilleur endroit pour assurer cette cohérence et cet équilibre.  Il a en outre mis l’accent sur la nécessité d’assurer un suivi de cette Conférence. 


M. ROBERT JOHNSON, ancien Économiste en chef de la Commission bancaire des États-Unis et ancien Économiste principal de la Commission du budget du Sénat des États-Unis, a notamment contesté la représentation que revendiquent certains groupes comme le G-20.  Il a en outre affirmé qu’en ces temps de crise, les investisseurs étaient devenus prudents, les pays en développement étant confrontés à une réduction de l’offre.  Il faut, a-t-il dit, revenir à des instruments de liquidités et rechercher des investissements rentables sur le plan social et financier.  


M. YAGA VENUGOPAL REDDY, ancien Gouverneur de la Banque de réserve de l’Inde, a souligné l’importance d’envisager la gestion de cette crise dans le contexte élargi du développement.  Il a notamment estimé que l’endettement excessif devrait être éliminé.  On ne peut pas éviter des changements douloureux, a-t-il dit.  Il a également préconisé une régulation macroéconomique des finances, et non plus de façon isolée.  Il a mis l’accent sur la nécessité de combiner une régulation minimale au niveau national avec une régulation mondiale par les institutions internationales importantes, lesquelles, a-t-il dit, doivent trouver un cadre commun.  


Lors du débat qui a suivi, le représentant de l’Inde a en particulier estimé que les instituions internationales devraient renforcer leurs prêts et éviter la stigmatisation liée à l’emprunt.  Il ne faut pas réduire la marge de manœuvre de chaque pays, a-t-il dit, mettant en outre l’accent sur la nécessité d’éviter les tendances au protectionnisme.  Son collègue du Gabon a observé que la crise pouvait être une opportunité pour certains pays africains, contraints de s’orienter vers une diversification de leur économie.  Il convient également, a-t-il estimé, de s’interroger sur une éventuelle future crise, issue d’un endettement excessif des pays développés et qui remettrait en cause le rebond observé aujourd’hui au niveau mondial.


Le représentant du Bangladesh a estimé que ce n’était pas le moment de jouer avec des conditionnalités de prêts plus sévères et qu’il convenait plutôt de mettre l’accent sur un décaissement rapide.  Il a également souligné la nécessité de procéder à une assistance spéciale pour les pays les plus vulnérables.  Son homologue de la République tchèque, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a préconisé une coordination des initiatives en faveur des pays en développement.  De même, il convient, a-t-il dit, de s’efforcer d’éviter toute forme de protectionnisme, en appuyant les initiatives multilatérales pour atténuer la détérioration du système financier.  Il a enfin plaidé en faveur d’une restructuration de la dette sur la base des principes actuels. 


Le représentant de la République de Corée a notamment souligné la nécessité de sensibiliser le public face à l’importance de la coopération pour le développement.  Il s’est également dit favorable à un renforcement de la complémentarité de l’aide publique au développement (APD) et des nouvelles sources de financement du développement.  Pour son collègue du Ghana, les partenaires des pays en développement doivent honorer leurs engagements pour la réduction de la dette.


Le délégué du Venezuela a indiqué que la coopération Sud-Sud constituait le principe guidant la politique de son pays.  Une intégration sur de nouvelles bases implique que l’on s’en remette aux principes de la solidarité sociale, a-t-il observé.  Cette stratégie de la solidarité repose sur la recherche de bénéfices partagés en vue de lutter contre la pauvreté, a-t-il dit.  Son collègue de Madagascar a souhaité que les instruments d’accès aux marchés des pays en développement ne fassent pas l’objet de conditionnalités politiques contreproductives.  


La représentante des États-Unis a souligné la nécessité de revoir le système financier international et de le dynamiser, faute de quoi, a-t-elle dit, il n’y aura pas de relance mondiale.  Les pays les plus vulnérables méritent une attention particulière, a-t-elle ajouté, notant que son pays avait en particulier lancé une initiative pour la sécurité alimentaire des populations les plus démunies du monde.  Son collègue de la Côte d’Ivoire a estimé que pour les États dits fragiles, dont fait partie son pays, des mesures solidaires allant au-delà de l’allègement de la dette doivent être prises.  L’aide publique au développement destinée à la production doit être plus efficace afin de permettre à ces États fragiles de participer au commerce international, a-t-il ajouté.


Le délégué de l’Indonésie a mis l’accent sur la nécessité de renforcer le programme d’aide pour les pays en développement, notamment dans le domaine des dépenses publiques.  Selon lui, les financements ne doivent pas être assortis de conditionnalités.  De même, il est nécessaire, a-t-il ajouté, de récompenser les pays efficaces.  Il a enfin plaidé en faveur d’un régionalisme ouvert et non protectionniste.  Le représentant du Congo a indiqué que la baisse des activités forestières de son pays avait atteint près de 50%.  Il a donc estimé que les pays disposant d’un bassin forestier et d’un capital écologique aussi important que le sien, devraient bénéficier de mesures leur permettant d’éviter un tel marasme. 


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