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Conférence sur la crise
financière et économique mondiale
Table ronde1 - après-midi
TABLE RONDE: LE RÔLE DE L’ONU ET DES ÉTATS MEMBRES DANS LA RÉFORME DU SYSTÈME FINANCIER ET ÉCONOMIQUE INTERNATIONAL
Parallèlement à la séance plénière de la Conférence sur la crise financière et économique mondiale et son incidence sur le développement, les participants à une table ronde se sont attachés, cet après-midi, à examiner le rôle des Nations Unies et de leurs États Membres dans les débats internationaux en cours sur la réforme et le renforcement du système financier et économique international et de son architecture.
La place de l’ONU dans la réaction internationale à la crise est centrale, ont assuré nombre d’experts et de représentants d’États Membres, d’instituions internationales et d’organisations non gouvernementales (ONG), défendant le caractère inclusif de cette réponse.
Cette première table ronde de la Conférence, que coprésidaient les Premiers Ministres de la Barbade et de la Serbie, respectivement MM. David Thompson et Mirko Cvetković, a été ainsi l’occasion pour plusieurs orateurs de réclamer un système qui rétablisse un équilibre en faveur des économies émergeantes ou des pays à faible revenus, qui n’ont habituellement pas voix au chapitre.
TABLES RONDES AYANT POUR THÈME GÉNÉRAL « EXAMEN DE LA CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE MONDIALE DE PLUS EN PLUS GRAVE, DE SON INCIDENCE SUR LE DÉVELOPPEMENT ET DES MOYENS DE LA SURMONTER »
Table ronde 1: « Rôle de l’Organisation des Nations Unies et de ses États Membres dans les débats internationaux en cours sur la réforme et le renforcement du système financier et économique international et de son architecture »
M. JOSEPH STIGLITZ (États-Unis), de l’Université Columbia, Président de la Commission d’experts du Président de l’Assemblée générale sur la réforme du système monétaire et financier international, a estimé que cette crise montrait que les actions d’une partie de l’économie pouvaient avoir des effets sur les autres parties. « Nous sommes confrontés à la nécessité de rétablir les économies du monde afin qu’elles retrouvent la vigueur adéquate », a-t-il dit, précisant qu’en l’absence de collaboration, le risque était grand de voir chaque pays recourir à son propre plan de relance qui maximiserait des avantages nationaux, sapant ainsi les efforts sur le plan mondial. L’ONU doit jouer un rôle central dans cette réaction. Cette réponse devrait en effet inclure tous les pays du monde, a-t-il précisé.
M. Stiglitz a souligné la nécessité de réexaminer les perspectives politiques, les marchés de capitaux et la libéralisation. Il s’est félicité du fait que le document final suggère, en tant que mesure transitoire, la création d’un conseil d’experts qui mettrait en évidence les insuffisances existantes et examinerait d’autres voies en vue de combler ces lacunes.
Le Président de la Commission d’experts a, en particulier, souligné l’importance de réformer la gouvernance des institutions actuelles et de réguler les marchés. Il a néanmoins exprimé la crainte que les réformes à conduire ne soient que cosmétiques. Les grandes institutions n’ont pas correctement fait leur travail et ont mal géré les risques, et c’est pourquoi, a-t-il insisté, il est nécessaire de conduire de nombreuses réformes et d’en débattre. « Nous n’avons pas créé les institutions indispensables pour gérer ce monde globalisé », a-t-il observé.
Mme NGOZI OKONJO-IWEALA, Directrice générale de la Banque mondiale, a affirmé que cette crise n’avait pas été provoquée par les pays en développement, lesquels en subissent néanmoins les répercussions. « Si nous ne trouvons pas de solution immédiate, la situation sera catastrophique, en particulier pour les pays à faible revenu, a-t-elle dit, s’interrogeant sur la façon dont la Banque mondiale pourrait contribuer à résoudre la crise. Elle a en outre mis l’accent sur la nécessité de trouver les moyens d’éviter que ce genre de crise ne se reproduise à l’avenir. Selon elle, avant de créer de nouvelles institutions, il serait sans doute plus utile de remodeler les institutions existantes.
En même temps que les économies émergentes, les pays à faible revenu doivent avoir la possibilité d’être entendus. Elle a expliqué que la Banque mondiale avait débloqué cette année 34 milliards de dollars, soit deux fois plus que les années précédentes, et que 14 milliards avaient été accordés aux pays en développement pour les aider à affronter leur dette.
Mme ALICIA BÁRCENA, Secrétaire générale adjointe et Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), a en particulier plaidé en faveur d’un multilatéralisme plus large que le G-8 ou le G-20. Elle a en outre mis l’accent sur la nécessité de créer un mécanisme qui permette d’éviter le protectionnisme. Elle a exprimé sa crainte de voir des pays se livrer à un bilatéralisme compétitif. Elle a, par ailleurs, souligné les différences entre le chômage dans les pays développés et celui dans les pays en développement, faisant observer que les chômeurs, dans les pays en développement, ne bénéficient pas de mesures sociales. La mondialisation a été plus rapide que le développement des institutions internationales, a-t-elle observé. Les Nations Unies représentent, a-t-elle estimé, la seule instance qui peut assurer la durabilité, la sécurité et la justice. Le rôle du FMI dans la gestion de la crise est important pour prévenir sa progression et essayer d’assurer la stabilité, a-t-elle en outre souligné. Mme Bárcena a proposé notamment la création au sein des Nations Unies d’un système de coordination économique.
Mme Bárcena a, de même, proposé la création d’un organe de surveillance qui devrait suivre et observer les mesures discriminatoires, ainsi que l’attitude en matière d’aide publique au développement (APD). Il convient aussi de créer au sein de l’ONU un programme de portée mondiale. Elle a souhaité la mise en place d’une nouvelle architecture financière qui fasse partie de la réforme politique et mondiale, le contrôle devant en être assuré par l’ONU dans le cadre d’un système efficace et sain.
M. ANDREI BOUGROV, Directeur général et membre du Conseil d’administration de l’entreprise Interros et Directeur exécutif et membre du Conseil d’administration de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, a estimé qu’il manquait toujours un chef de file dans la gestion de la crise actuelle. Il a déploré la prolifération des institutions, dont les mandats se chevauchent, et qui, selon lui, devraient être enrayées. Elles doivent être remplacées par d’autres organisations, d’autres mécanismes, et doivent refléter les changements dans l’économie mondiale, a-t-il dit. M. Bougrov a défendu la recommandation de la Commission Stiglitz visant à renforcer la coordination au sein des Nations Unies, toutes les voix devant, a-t-il estimé, être entendues.
M. YU YONGDING, ancien Directeur de l’Institut des études sur l’économie et la politique mondiales de l’Académie chinoise des sciences sociales et ancien membre du Comité de la politique monétaire de la Banque populaire de Chine, a affirmé que son pays s’efforçait de gérer la crise pour endiguer la fuite des capitaux et freiner l’augmentation du chômage. Des réformes structurelles ont été mises en œuvre pour stimuler la demande interne et éviter que le pays ne soit trop tributaire de la demande extérieure. En outre, le rapport de la Commission Stiglitz offre une excellente occasion de surmonter les résistances à la création d’un système monétaire international. Un système de réserve mondiale est indispensable et il ne faut pas laisser passer cette occasion, a-t-il déclaré.
Lors du débat qui a suivi, le représentant de la Malaisie a estimé qu’il convenait de parler de coopération régionale autant que de coopération internationale. Au nom de l’Union européenne, la déléguée de la République tchèque a souligné l’importance du FMI et de la Banque mondiale dans le domaine de la coopération financière et économique. Les efforts en vue de réformer le système, a-t-elle suggéré, devraient comprendre ces institutions. Elle a également plaidé en faveur de la création d’un mécanisme de coopération pour le développement permettant une meilleure synergie entre les différentes actions.
La représentante de Cuba a jugé que la crise économique et financière mondiale était le résultat de l’échec de l’économie libérale et de la défaillance des institutions financières actuelles. Les solutions de fond ne peuvent être trouvées par les pays les plus riches, lesquels, a-t-elle précisé, sont responsables de la crise. Elle a souhaité l’ouverture d’un dialogue international très inclusif, avec la participation de tous les membres des Nations Unies. Il n’y a pas d’organisation mieux équipée que l’ONU et son Assemblée générale, a-t-elle dit.
Son homologue du Venezuela a souligné que les pays en développement subissaient une crise dont ils n’étaient pas les auteurs. Selon lui, l’Afrique a ainsi été la plus touchée, de même que les pays enclavés et les pays sous occupation étrangère. Le délégué de la République démocratique du Congo (RDC) a exprimé la préoccupation de son pays face aux difficultés d’exporter ses ressources minières. Il convient de réfléchir, a-t-il dit, aux moyens à mettre en œuvre pour valoriser les ressources locales et éviter ainsi, à l’instar de la Chine, d’être trop dépendant des exportations.
Le délégué du Ghana a affirmé que seules les Nations Unies offraient cette représentation complète, cette inclusivité et cette légitimité pour s’atteler à une nouvelle architecture financière mondiale. Il faut éviter que cette crise dévastatrice ne se reproduise, et nous devons demeurer fermes dans notre volonté de procéder à une réforme, a-t-il déclaré. La représentante de l’Organisation
mondiale du commerce (OMC) s’est notamment penchée sur les relations entre l’ONU et l’OMC, notant que la responsabilité des réformes appartenait, en premier lieu, aux États Membres. La cohérence commence au niveau national, a-t-elle ajouté.
Pour le délégué de l’Inde, les rôles et les mandats doivent être redéfinis, tandis que la gouvernance doit être adaptée aux réalités nouvelles. Il a souligné le besoin urgent de procéder à une réforme des institutions de Bretton Woods, afin de renforcer la représentation des économies émergentes, avec une surveillance indépendante. Le G-20 et l’ONU, a-t-il dit, doivent se renforcer mutuellement. Il a aussi mis l’accent sur la nécessité de réformer l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, en augmentant, pour ce dernier, les catégories des membres permanents et non permanents.
Le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a dit en particulier craindre de voir cette crise mener à une réduction des services sociaux et publics, des fonds devant être octroyés à la santé ou à l’éducation. Le délégué de la Guyane a déploré que la voix des petits pays peine à se faire entendre. Il a ainsi demandé à ce qu’une attention particulière leur soit accordée. Son collègue de la Côte d’Ivoire a souligné la nécessité de demeurer pragmatique et de veiller à ce que la solidarité se manifeste dans les faits, notamment dans le domaine de l’aide publique au développement (APD). Il conviendrait aussi, a-t-il estimé, de mettre en place des mécanismes de financement pour les pays dits fragiles, en vue de les aider à sortir de la pauvreté.
Le représentant de l’Arabie saoudite a plaidé en faveur d’une réforme des institutions afin d’éviter de prendre à nouveau des risques excessifs. Il a mis l’accent sur la nécessité d’ouvrir les marchés aux produits des pays en développement. Il a de même exprimé ses doutes concernant la valeur ajoutée que pourrait apporter un éventuel Conseil mondial. Son homologue de la Suède a estimé que le FMI et la Banque mondiale avaient une responsabilité particulière pour réformer le système financier. Il a en outre souhaité un renforcement de la capacité des Nations Unies en vue d’agir de manière unie, et a insisté sur la nécessité d’achever le Cycle de négociations de Doha.
Pour la représentante de la République-Unie de Tanzanie, il est nécessaire d’envisager de nouveaux paradigmes, une nouvelle réflexion pour répondre au besoin de réformer les institutions internationales. Son collègue de la Norvège a notamment souhaité connaître les mesures prises par le G-20 pour traiter de la question des fonds détournés. Le délégué de la Barbade a souhaité que soit entendue la voix des petits États insulaires en développement. La représentante de l’Indonésie a mis l’accent sur la nécessité de maintenir l’élan de la réforme et du renforcement du système économique et financier et d’accorder une voix plus importante aux économies émergentes.
Le délégué des États-Unis a estimé qu’il convenait d’insister sur des actions qui aideraient les pays les plus vulnérables. Il y a encore beaucoup à apprendre et, dans cet esprit, l’ONU a un rôle essentiel à jouer, compte tenu de son caractère universel. Son homologue de la Chine a mis l’accent sur la nécessité d’assurer, au sein de la Banque mondiale, un partage équilibré entre les pays développés et les pays en développement.
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